Rappel du caractère historique du procès








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date de publication17.11.2016
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  • Sokhna MBATHIE

  • Diarra DABO

  • Mbaye CISSE

  • Ndongo FAYE

MINISTERE PUBLIC / HISSENE HABRE

JOURNEE D’AUDIENCE DU 08/02/16

Les plaidoiries ont débuté par le rappel de l’affaire inscrite au rôle par le greffier sur demande du président Kam. S’en est suivi une présentation de tous les conseils dans cette affaire. Honneur à la partie civile avec l’équipe dirigée par Me Yaré Fall.

  1. Me Yaré Fall 

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L’homme commence par rappeler une conférence tenue avec des étudiants sur les tenants et les aboutissants de ce procès. Selon l’avocat, l’objet de ladite rencontre tournait autour d’un pilier phare du droit pénal qu’est la présomption d’innocence. Il poursuit en attribuant à ce procès un caractère historique

  1. Rappel du caractère historique du procès 

Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans ces genres de situation, il s’est alors posé la question de savoir s’il fallait réprimer les Etats ou les responsables ? Il a été opportun de créer ce que l’on appelle la cour pénale internationale. L’aspect historique dans le procès de Hissène Habré est donc la création des CAE, juridictions spéciales au sein des juridictions sénégalaises. C’est donc la première fois dans l’histoire judicaire nationale et internationale qu’un chef d’Etat africain est jugé par des juridictions africaines même si des commentaires surgissent de part et d’autre. L’avocat pense qu’il est à la limite injurieuse et inconcevable que des personnes quelconques se permettent de se prononcer sur cette affaire notamment sur le caractère juste et équitable du procès. L’avocat tente d’éclairer davantage cette notion de procès juste et équitable et montre par ailleurs qu’équitabilité doit être distinguée des états d’âmes des uns et des autres.

  1. Les critères d’appréciation d’un procès juste et équitable 

Me Fall tente tant bien que mal de fournir des éléments d’appréciation d’un procès juste et équitable. Ainsi il en dégage quelques critères.

  • Le principe du contradictoire : Pour l’avocat cet aspect essentiel du procès pénal a été respecté depuis l’instruction jusqu’à ce stade du procès. En passant, il n’a pas manqué de saluer le travail des juges sénégalais qui de par leur capacité et ancienneté en la matière ont abattu un travail « extraordinaire ».

  • La présomption d’innocence : L’équitabilité du procès peut être appréciée par rapport au principe de la présomption d’innocence. C’est le droit le plus absolu de l’accusé, de surcroit, la stratégie de défense adoptée par Habré lui est légalement reconnue de même que son droit au ministère d’avocat.

  • Le droit d’avoir recourt à des avocats : Certes ses avocats ont boycotté le procès mais il n’en demeure pas moins que des avocats lui ont été commis d’office conformément aux dispositions légales internes notamment le code de procédure pénale du Sénégal.



  • Le caractère public des audiences 



  • Le droit à l’égalité des armes



  • Le droit d’être jugé : L’avocat précise qu’au Sénégal, nombreux sont les détenus qui sont en attente d’être jugés depuis des années par faute de moyens. Ce qui n’est pas le cas de l’accusé ici présent.

Nous pouvons donc en conclure que le principe d’équitabilité a jusque là été respecté.

L’avocat dénonce fermement l’attitude de l’accusé. Pour lui, il est inconcevable que ce dernier adopte cette posture après avoir usé de toutes les voies de recours qui s’offraient à lui s’il a été débouté de tous ses recours. Ceci n’est pas digne d’un juriste rompu.

  1. Démarche

La partie civile par la voix de l’avocat a soulevé les difficultés rencontrées pour établir un plan d’attaque pour leurs plaidoiries. En effet, les Chambres Africaines Extraordinaires sont une juridiction à caractère international. Mais si l’on se réfère à son statut, on peut comprendre que pour son organisation et son bon fonctionnement, il sera fait application des dispositions nationales. Dès lors, ils se sont posé les questions de savoir s’ils sont réellement devant une juridiction à caractère international ? Laquelle des lois faut-il appliquer ? Le droit national ou international ? Après étude et analyse poussées, la partie civile a décidé de se référer à l’ordonnance de renvoi. Cela s’explique par le fait qu’aucune partie n’a interjeté appel contre cette ordonnance qui est la base légale de la saisine des CAE qui a acquis l’autorité de la chose jugée. Ce qui fait que l’acte s’impose à toutes les parties et demeure irrévocable. C’est dans cette optique que la partie civile a décidé d’articuler son raisonnement conformément aux axes d’étude de l’ordonnance.

  1. La responsabilité du supérieur hiérarchique

Pour rappel cette responsabilité est individuelle, elle n’est pas une responsabilité du fait d’autrui. Le droit interne et international condamnent ceux qui sont au début de la chaîne de commandement. Selon la jurisprudence, c’est la personne qui exerce effectivement l’autorité qui est tenue pour responsable même si celle-ci est de fait. A titre illustratif, l’avocat invoque les tribunaux pénaux internationaux de la Yougoslavie et du Rwanda. D’ailleurs, les statuts précisent que cette responsabilité est engagée lorsque la personne inculpée avait connaissance des crimes commis, qu’il n’a pris aucune mesure pour faire cesser ces troubles et enfin qu’il n’a pas jugé nécessaire de prendre des mesures de sanction.

  1. Me Lamina Ndintamadji

Selon l’avocate, nous avons vu des gens défiler devant la barre pendant trois mois pour témoigner sur les faits qu’ils ont vécus sous le régime Habré. D’après leurs dépositions souvent marquées par l’émotion, nous avons pu constater à quel point ils ont été atteint. A-t-on donc le droit de dire que ce sont des victimes fabriquées ? Elle souligne que le président Kam a donc la lourde responsabilité de rendre justice à tout un peuple décimé, toutes ces familles ayant été victimes des exactions du régime de Habré y compris la sienne. Les Tchadiens ont vécu l’horreur durant cette époque, c’est donc une injure de dire que tout ceci a été inventé. sans-titre.png

Aujourd’hui, il y a très peu d’intellectuels au Tchad car ceux qui devaient les former ont tous péri (enseignants, médecins…). Habré est l’Hitler du Tchad, la DDS est la Gestapo. « M. le Président, vous n’avez pas droit à l’erreur », ajoute-elle.

Me Lamina va ensuite parler des crimes de guerre en commençant par rappeler sa définition selon les statuts des Chambres Africaines Extraordinaires.

Crimes de guerre : Aux fins du présent Statut, constitue un crime de guerre l’un des actes ci-après lorsqu’il concerne des membres des forces armées, des prisonniers de guerre ou des civils ou des biens protégés par des dispositions des conventions de Genève du 12 août 1949 : l'homicide volontaire, la torture ou les traitements inhumains, le fait de priver un prisonnier de guerre ou toute autre personne protégée de son droit d’être jugé etc.

Lors de la guerre du Nord opposant le GUNT aux FANT le 30 Juillet 1983, il y a eu homicide volontaire, tortures et actes inhumains (entassement, manque d’alimentation et de soins, tortures physiques et morales…), violation des droits des prisonniers de guerre à être jugés et enfin la détention et le transfert illégal. Ainsi, il est incontestable que le Président Habré a commis des crimes de guerre. Il était même présent lors de la bataille de Faya.

  1. Me Philippe Houssiné

Pour l’avocat, ce procès est une aubaine historique pour les victimes afin de tourner cette page noire et de regarder vers l’avenir. Mais quant à l’accusé, il est en train d’être rattrapé par son passé. Et la DDS constitue pour tous les Tchadiens, synonyme de terreur.

  1. Crimes de torture

Me Philippe Houssiné est revenu largement sur la définition de «crimes de torture » pour lesquels l’accusé est également poursuivi. Cependant, la défense a clairement montré son indifférence face à la douleur des victimes sous prétexte que c’était une mesure visant à protéger un Etat fragilisé.

Les femmes d’opposants, les prisonniers de guerre, les Libyens, les membres de certains groupes ethniques étaient systématiquement torturés après arrestations. La plupart des témoins ont affirmé à la barre avoir été torturés dans les locaux de la DDS.

La torture est une souffrance aiguë physique ou mentale pouvant être manifestée sous différentes formes.

  • Tortures physiques : l’Arbatatchar, l’ingurgitation d’eau, l’électrocution, la bastonnade, supplice du pot d’échappement, supplice des baguettes, supplice de la cigarette, pulvérisation de gaz…

Nous pouvons nous référer aux dépositions de certains témoins tels que Robert Hissein Gambier ayant vécu le supplice des baguettes et reçu un coup de pied au niveau des parties intimes. Ou encore nous conférer au rapport de la commission d’enquête dans lequel les différentes formes de tortures ont été méthodiquement décrites.

  • Les tortures morales : elles sont manifestées par des arrestations et détentions illégales car dans la plupart des cas, les victimes ignoraient les motifs de leur arrestation ou même la date de leur libération. C’est le cas de Oumar Goudja qui se voyait mourir en prison. Les conditions de détention atroces en font partie ; les détenus cohabitaient avec les cadavres et leurs matières fécales car ils faisaient leurs besoins dans les cellules.

Le docteur Zakaria Fadoul, n’ayant jamais subi de tortures physiques a affirmé qu’il risquait de mourir en prison s’il y était resté un seul jour de plus à cause des conditions de détentions difficiles.

De plus, ces tortures s’accompagnaient d’actes inhumains qui consistaient à humilier, déshumaniser les victimes. Les détenus étaient enfermés 24h/24h et étaient souvent privés de nourriture et de soins médicaux.

L’avocat ne manque pas de revenir sur les dépositions de plusieurs victimes pour illustrer ses propos.

  • Les plus grands tortionnaires : les noms qui reviennent souvent sont les suivants : El Djonto, Abakar Torbo, Abba Moussa, Guihini Correy, Issa Araway.



  1. Responsabilité hiérarchique de Habré

Au regard de tout ce qui a été dit, il semble évident que Habré est également coupable de crimes de tortures. En sa qualité de supérieur hiérarchique, il n’a pris aucune mesure pour faire cesser tout cela, il l’a au contraire encouragé alors qu’au moment des faits, il était chef d’Etat et chef suprême des armées.

En outre, les agents de la DDS prêtent serment devant le Président avant de prendre service de garder secrète leur mission. Il est clair que Habré a mis en place une machine de terreur qu’est la DDS. Aucun ministre ne pouvait prétendre avoir le pouvoir sur la DDS.

De plus, en sa qualité de chef d’Etat, Hissène Habré ne pouvait pas ignorer les exactions qui étaient commises par les éléments de sa garde présidentielle (Ex : Massacre ranch de Déli 17 Septembre 1984).

Selon l’avocat, la défense a tenté de les distraire en affirmant qu’Idriss Deby a mené les opérations sur le terrain. Mais « nous ne sommes pas là pour juger Deby » ; souligne-t-il avant de poursuivre, nous ne pouvons que nous référer à l’ordonnance de renvoi qui ne le vise pas.

La responsabilité pénale individuelle de Habré doit être engagée en tant que chef d’Etat étant donné qu’il était au courant de tout ce qui se passait sur le territoire national et a choisi de s’abstenir de toute réaction.

Pour conclure, l’avocat assimile le comportement de l’accusé à celui d’éminents dictateurs comme Pol Pot, Pinochet etc.

  1. Me Fatimata Sall

L’avocate dès l’entame de sa présentation dénonce dans un premier temps les pires formes de tortures perpétrées sur les victimes en détention ; qui ne sont rien d’autre qu’une dénégation des droits humanitaires. Et comme pour répondre à une catégorie de personnes ciblées elle lâche que les conseils des parties civiles n’ont aucunement été coachés par une quelconque organisation. Dans la même lancée elle précise que les victimes n’ont pas été fabriquées comme le prétendent d’aucuns. Pour elle, ce procès est celui des victimes de Habré contre lui-même mais pas celui de Habré contre l’actuel président du Tchad à savoir Idriss Deby. Aujourd’hui c’est la voix du peuple tchadien qui prévaut sur tout : le pouvoir est exercé par le peuple et pour le peuple.

Et pour répondre aux critiques faites par la défense en ce qui concerne les rapports présentés par les différents experts devant la barre, le conseil de la partie civile prétend qu’on n’a pas besoin d’être témoin d’un fait pour en saisir les contours. A titre illustratif, elle donne l’exemple de Cheikh Anta Diop avec la civilisation égyptienne qu’il n’a pas vécu.

  1. Les crimes sous-jacents de viols et d’abus sexuels

L’avocate a essentiellement axé son argumentaire sur les crimes d’abus sexuels dont certaines détenues ont fait l’objet. Ainsi, la plupart d’entre elles étaient privées de liberté et répondaient aux désirs sexuels des geôliers en l’absence de tout consentement. A ce niveau précis elle ne manque pas de s’appesantir sur la minorité de certaines d’entre elles. D’ailleurs, qu’en est-il de la responsabilité du président ?

  1. La responsabilité pénale de Hissein Habré

Le Président Habré était à la tête d’une entreprise criminelle. Sa responsabilité découle du fait unanimement reconnu qu’il fut le cerveau de tous les crimes d’ailleurs matérialisés par les actions de la DDS. L’article 1 du décret portant création de la structure la définit comme étant un organe central de renseignements. 1093 personnes ont travaillé au service de cette machine à répression et 584 soldats de la Brigade spéciale d’intervention rapide (BSIR) étaient chargés des tâches d’arrestations. Aussi, les prisons n’étaient pas conformes aux normes standards qui régissent la création et le fonctionnement de prisons. C’est dire que le président avait un droit de vie et de mort sur tout le monde. Il fut la personne la mieux informée sur tout le territoire tchadien. L’avocate termine par cette citation « il faut qu’aux portes de l’enfer, que la vérité éclate ».

  1. Me Jacqueline Moudeina

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Elle commence ses propos en déclarant que « ce jour représente le jour où la phase la plus sombre de l’histoire du Tchad écrite par du sang et des larmes des victimes va être relatée».

Huit (8) ans de terreur, de cruauté humaine mise en place par un régime avec une machine de répression qui a fait disparaître des ethnies entières, des milliers de personnes disparues, clame l’avocate.

Me Moudeina rappelle que cela est le fait d’une seule personne ici présente qui n’est personne d’autre que Hissein HABRE qui s'était comporté à l’époque comme un dieu sur terre.

Selon l’avocate, il suffit d'écouter simplement l'être humain, les victimes qui ont déposé devant la Chambre pour savoir qu’elles sont traumatisées. Mais, elles ont banni de leur langage la notion de vengeance pour la substituer à la notion de quête de justice.

Parmi les victimes, beaucoup d'entre elles n'ont jamais connu Ndjamena, capitale du Tchad. Alors pour la première fois de leur vie, elles sont venues à Dakar afin de raconter devant la barre des CAE les souffrances qu’elles ont subies durant le règne de Hissein Habré.

Celui qui est la cause de cette tragédie inoubliable est là assis devant la barre, encagoulé sous son drap blanc sans aucun respect pour la Chambre.

  1. Habré au centre de la machine de répression

Elle explique comment la DDS à été la machine de répression au Tchad par l'aide d'un graphique qu'elle exhibe avec des explications claires.

Me Moudeina va présenter monsieur Saleh Younouss comme étant le premier directeur de la DDS. Selon ce conseil des parties civiles, cet homme avait déclaré que « la DDS avait été créée pour la sécurité de l'Etat mais c'est le Président qui l’a transformée et l’a orientée en une machine de terreur. »

Abdourahmane Guèye ce Sénégalais arrêté et libéré plus tard sur la base d’une négociation entre l’Etat du Tchad et celui du Sénégal explique que Habré était bel et bien au courant de la situation de tous les détenus de son régime. Durant tout son règne, il a nommé jusqu’à quatre directeurs de la DDS et à la prise de leurs fonctions, ils devaient prêter le serment de s'engager de manière solennelle avec dévouement et de ne jamais trahir ni divulguer des informations concernant la DDS.

Schéma organisation fonctionnement de la DDSschéma de fonctionnement de la dds.png

  1. Interventions de Hissein HABRE dans les interrogatoires des victimes

Mme Fatim Hachim avait servi de traductrice lors d'un interrogatoire d'un détenu de l'arabe classique à l'arabe locale en présence du Président Habré. Le lendemain relate l’Avocate, elle a retrouvé le détenu méconnaissable, baignant dans une mare de sang. Tous cela c'est pour démonter l’implication directe et personnelle du président Habré lors des interrogatoires.

Elle rappelle la présence d’Abakar Torbo de manière constante aux côtés de Hissein Habré de 1982 à la sortie du Président en 1990. Son nom revenait toujours dans les dépositions des témoins et était présent durant toutes les commissions.

  1. L’extension de la DDS

La DDS a débuté avec trois agences avant de s’étendre jusqu'à vingt trois services éparpillés dans toute l'étendue du territoire.

Des témoignages ont démontré qu’il n’y avait pas de prison au niveau du Sud, c'est la Mairie de Tsar qui servait de lieu de détention aux détenues et c'est à partir de celle-ci que ces derniers étaient enlevés pour être exécutés.

  1. La transformation de la piscine en prison

À l'époque, Me Moudeina se rappelle qu'elle connaissait bel et bien l'existence de cette piscine et c’était des Italiens qui habitaient aux alentours.

Dix cellules ont été construites dans cette prison avec des conditions de détention inhumaines durant des années. Des documents de compte rendu montrent que le Président Habré était quotidiennement informé.

Abakar Torbo qui faisait chaque jour le tour des prisons de la BSIR, à la gendarmerie, aux locaux, à la DDS, la piscine jusqu’aux deux prisons qui se trouvaient à la Présidence, pour ramasser les cadavres et procéder à leur enterrement.

C'est impossible de dire que Hissein Habré qui a créé et qui contrôlait cette machine de répression n’était pas au courant de cette terreur qui régnait à l’époque. D'ailleurs, elle rappelle les propos de M. SAREYA, l'infirmier de la BSIR qui a vu de ses propres yeux le Président venir contrôler la prison. Tout cela explique que le Président Habré contrôlait tout et rien ne pouvait lui échapper.

Derrière ces disparitions, ces décès, ces rescapés, il y a un responsable et c'est le Président Habré. Car quelques mois après sa prise de pouvoir, il voyait le diable partout. Il craignait ses anciens alliés, les Zaghawas et les Hadjaraïs et il s’est acharné sur la population civile.

Le cas de Gambier a encore été soulevé ; après son arrestation, il a déclaré avoir été conduit devant le Président qui s’adressait avec ses homologues en langue Gorane a ordonné son transfert à la direction c'est-à-dire la DDS.

Mahamat Djibrine dit El Djonto était un agent de la DDS et neveu du Président Habré, c’était un tortionnaire redoutable de cette police politique. La plupart des victimes ont déclaré avoir été torturées par ce dernier.

Me Moudeina inscrit le nommé Issa Arawaï au cœur de la DDS et comme l'un des hommes de confiance du Président Habré.

  1. La BSIR, bras armé de la DDS

Me Moudeina a essayé de démonter avec son graphique comment l’accusé était au centre de la BSIR. Elle affirme que les agents de la DDS étaient civils mais pour les éléments de la BSIR ils étaient des agents de sécurité parallèle.

Elle a compté jusqu’à 584 éléments pour la BSIR et des milliers d'agents de la DDS qui étaient partout dans le Tchad même à l'hôpital et au niveau des juridictions ; leur rôle étaient de divulguer des informations en cas de soupçons sur d’éventuelles ennemis du régime de Hissein Habré.

  1. Le cas particulier de Rose Lokissim

Elle plaide longuement sur le cas de cette brave femme avec des propos émouvants. L’Avocate rappelle que cette dame fut détenue en 1984 dans plusieurs cellules dont la fameuse cellule « C », dénommée cellule de la mort. Ceux qui y étaient enfermés étaient programmés pour y mourir. Elle s’organisa pour transmettre des informations aux familles des détenus. Rose notait les noms des prisonniers, des morts et des disparus sur du papier à cigarette, rassemblant de nombreux détails pour que ces personnes ne tombent pas dans l’oubli. Son courage ne passera pas inaperçu et elle fut un jour dénoncée. Me Moudeina emprunte ainsi le témoignage d’un ancien détenu des locaux du nom de Hawa Brahim:« Un jour, ils ont fait la fouille chez elle et ils ont trouvé les papiers. Les militaires ont pris une pelle et une pioche et l’on amené dans la voiture … Après nous avons appris qu’ils ont mis une corde autour de son cou et qu’ils ont tiré des deux cotés pour l’étrangler ».

L’avocate exhibe devant la Chambre le document de son procès verbal d’audition en date du 15 mai 1986 dans lequel sont mentionnés les propos de Rose: « si je venais à mourir, c’est pour mon pays et mes parents et l’histoire parlera de moi et l’on me remerciera du service rendu à la nation Tchadienne ».

Après avoir longuement rappelé les déclarations de Rose Lokissim tronquées de son PV d'audition et ses conclusions, elle revient sur les témoignages d'une victime du nom de Hadjo Moctar déposés devant la Chambre et qui déclarait que Rose à été appelé par Abba Moussa. Celui-ci lui avait demandé de prendre une pioche et Rose leur avait fait des adieux avant de suivre Abba Moussa. Depuis ce jour Rose n'a pas donné signe de vie.

Me Jacqueline Moudeina termine sa plaidoirie en déclarant que ses confrères vont plaider sur la répression des Hadjaraïs commis par l'architecte de la DDS et désigne M. Hissein Habré.

  1. Me Delphine K. DJIRAIBE

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L’avocate fera son exposé autour de trois principaux points.


  1. Le contexte historique des crimes perpétrés au Sud

Durant son règne, le Président Habré a mis en œuvre un processus d’extermination des populations du Sud pour éliminer les cadres de cette localité. La première raison de cette répression était le rééquilibrage entre cadres du Nord et ceux du Sud ce qui sous entendait tuer les uns pour faire de la place aux autres. La seconde raison était la conquête du Sud, mais les cadres se sont réunis en rébellion (CODOS) pour mettre fin à ces exactions.

Habré avait mis en place une stratégie minutieuse pour mener à bien son plan macabre. Il avait même remis à l’un de ses agents Mahamad Fadil une liste de cadres sudistes à éliminer.

Trois missions vont être envoyées au Sud qui finira par être « mis en sandwich ». Ces missions avaient pour prétexte de pacifier le Sud mais en vrai, elles avaient pour but d’exterminer les populations du Sud.

Selon Bandjim Bandoum, ancien membre de la DDS, les militaires avaient dans l’esprit que tous les sudistes étaient des ennemis de l’Etat. Ainsi, beaucoup de cadres civils sudistes ont été arrêtés. A Sarh, des personnes ont été enlevées pour exécution, pendant que plusieurs autres villages étaient décimés. De nombreux cadres ont disparu et ce pour toujours. Le mode opératoire était le même dans tous les villages du Sud comme Koumra, Maïbo etc.

Me Delphine revient largement sur les massacres de Ngalo et de Déli pour montrer l’atrocité que ces peuples ont vécue. Ces répressions étaient planifiées au plus haut niveau de l’Etat. Habré contrôlait et donnait les ordres. Il ne peut nier qu’il était au courant de tout ce qui se passait au Sud.

Après 1982, la situation sociopolitique a continué à se détériorer sur l’ensemble du territoire tchadien. Les seuls maîtres mots à l’époque étaient « exil » ou « résignation » car les gens avaient peur de la répression.


  1. Les conditions de détention inhumaines


BANDJIM BANDOUM ancien agent de la DDS ayant comparu devant la CAE a déclaré que les tortures étaient systématiques et obligatoires même si la personne reconnaissait les faits ; rappelle Me DELPHINE. Elle emprunte les propos de son confrère Me Moudeina qui affirme que M. Habré voyait l’ennemi partout. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait créé beaucoup de commissions aux fins de pouvoir tout surveiller.

Par ailleurs, même les anciens alliés du Président Habré n’étaient pas épargnés notamment Hassan Djamouss, Galyame, Gali Ngoté entre autres. Et presque toutes les personnes qui se sont présentées devant la Chambre ont expliqué qu’elles ont toutes subi des tortures : arbatachar, les supplices des baguettes, immersion dans le fleuve, l’obligation pour les détenus de cohabiter avec les cadavres, la privation de nourriture…Il ne faut surtout pas oublier l’insalubrité dans les lieux de détention l’entassement des détenus, la fameuse cellule C, qualifiée de cellule de la mort par plusieurs témoins ; elle se faisait fermer par l’arrière de la voiture, la fameuse 404 bâchée de Abba Moussa. Tous ces éléments constituent également des actes de tortures et plongeaient les prisonniers dans le désarroi.

Selon Me Delphine, il paraît opportun de rappeler en conséquence les 571 victimes examinées par le Docteur Hélène Jaffé qui a affirmé lors de sa déposition que «  la torture reste une maladie qui ne se guérie jamais » difféfents lieux de détention à ndjamena.png

Différents lieux de détention à Ndjamena

  1. Situation des femmes détenues sous le régime Habré

Plusieurs femmes ont été arrêtées, torturées, violées et d’autres exécutées sous le régime de Hissein Habré. Parmi elle Me Delphine a pu citer : Fatimé Sakine arrêtée et torturée sans tenir compte de son état de grossesse avancée de 7 mois à l’époque ; Ginette Ngarbaye elle aussi enceinte de 4 mois et ayant subi le même sort que Fatimé. Elle a accouché en prison sans aucune assistance. « L’enfant sort et on cherche un objet tranchant dans la poubelle pour couper le cordon ombilical» ; explique avec désarroi l’Avocate devant la barre. Une autre codétenue de la dame Ginette du nom de Bila ANIT, confirme qu’il y a eu des cas de naissance. Cette dernière a aussi accouché en prison et contrainte de donner le nom de son tortionnaire Abakar Torbo à son nouveau né.

Ensuite il ne faut surtout pas oublier le témoignage de Rose Lokissim : une femme brave qui a surmonté beaucoup d’épreuves en prison. L’avocate a eu à faire l’éloge de cette « héroïne » Tchadienne exécutée par les éléments de la DDS comme en font foi les différents témoignages des victimes qui ont partagé les années difficiles de terreur avec la dame Rose.

Elle a aussi cité les dames Kaltouma, Adje Moctar, Khadidja dite la Rouge Adje Mabrouka, Hawa Brahim qui était détenue avec sa mère et d’autres femmes, toutes arrêtées, torturées et transférées à Ouadi Doum à environ 600 Km de Ndjamena pour être réduites en esclaves sexuelles.

L’histoire de la fameuse pelle et pioche n’a pas été omise dans la plaidoirie. Me Delphine qui invoque les propos de la fillette de 14 ans arrêtée et détenue durant deux longues années aux locaux et qui a confirmé l’existence des prisonniers qui ont été emportés dans la fameuse 404 bâchée avec pelles et pioches pour les faire disparaître.

Par contre, en ce qui concerne les violences sexuelles l’Avocate affirme que le Docteur Hélène Jaffé avait déclaré que plusieurs femmes qui l’ont subi ont préféré s’envelopper dans le mutisme.

Elle invoquera également l’attitude de la dame Kaltouma qui a déposé devant la Chambre et qui lorsqu’on lui a demandé ses sentiments, a affirmé qu’elle n’éprouvait plus aucune haine à l’endroit de Habré car elle est brave face à cet homme réduit en objet devant elle.

En définitive elle termine sa plaidoirie en taclant la défense qui a affirmé que ces dames ont été victimes de leur beauté.


  1. Gestion du temps

Intitulés

Temps

Début audience

9H 10

Pause matinée

10H 30

Pause déjeuner

12H 30

Pause après-midi

16H

Fin audience

17H30



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