Avant toute chose, IL convient de mener une réflexion profonde sur le potentiel de production dont on dispose: l’existant, l’antériorité, les objectifs, et les








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Rappelons aussi que le rendement figurant dans le décret n’est pas un but à atteindre, encore moins lorsqu’il est majoré du plafond limite de classement. Autrement dit, un vignoble planté à 2000 pds/ha peut donner un vin très concentré si on se cantonne à un rendement inférieur à 20 hl/ha ou 1 l/pied.
1.3 Le bilan conduite
Avec le bilan terroir, on a déterminé le potentiel qualitatif actuel de la propriété mais il convient de définir la manière dont on l’exploite. Pour cela, on abordera le mode de conduite au sens propre, puis le système de lutte. Il n’est pas question ici de proposer un manuel de « viticulture idéale » mais plutôt, de donner des outils d’appréciation. On considère que le lecteur maîtrise l’aspect technique et cherche à prendre du recul sur ses choix.



1.3.1 La conduite
Nous allons reprendre nos 3 cas et constater que les choix se font à la plantation. Par la densité de plantation et le rendement au pied visé, on conditionne bon nombre de conséquences.

En vignoble industriel, on part du marché qui impose généralement un prix de vente bas et bloqué. Pour dégager de la marge bénéficiaire, on va chercher à optimiser la conduite pour un coût de production moindre du volume maximum. Concernant le coût de production, la main d’œuvre est un poste, si ce n’est le poste, prépondérant. Aussi, la mécanisation est un élément clé si on limite le nombre d’interventions. Quant au volume, on rassemblera les conditions nécessaires pour atteindre le rendement voulu ou autorisé.

Sur le plan pratique, on choisira le mode de conduite qui nécessite le moins de main d’œuvre et d’interventions comme le cordon de Royat que l’on peut pré-tailler. La vigne sera désherbée et les sarments broyés, le sol non travaillé. Le nombre d’yeux, et la fumure seront adaptés à chaque cas.

Un autre moyen d’optimiser est d’accroître le rendement au pied en maintenant la qualité requise. Pour cela, on va favoriser des palissages à grande SFE, qui doublent ou quadruplent la surface de feuillage comme le GDC ou la Lyre. Dans ces cas, la densité de plantation peut descendre à 1600 pieds/ha et les rendements atteindre 150 hl/ha avec une bonne maturité. Ces systèmes ont montré leurs performances dans l’élaboration de vin de table à l’étranger. Ils sont cependant peu adaptés à une viticulture à la française, même en vin de pays, car les rendements atteints sont trop importants. Si on diminue ces rendements, on n’amortit plus les surcoûts de palissage et les moûts sont trop riches.
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En vignoble de niche, c’est la démarche opposée : on part du produit que l’on veut unique et rare. La valeur est souvent fixée par une limite au-delà de laquelle il ne se vend plus. On remarque que la notion de rapport qualité/prix n’est plus valable parce que la qualité n’est plus l’élément principal du choix (cf qualité). Cette approche est dangereuse en période de crise car on ne peut baisser fortement le tarif habituel sans nuire à l’image perçue par le consommateur. En règle générale, ces vins génèrent une valeur ajoutée importante, voire considérable. Quant à la viticulture, autant dire qu’on ne regarde pas à la dépense. On plante à la densité la plus élevée (10 à 12000 pieds/ha) ce qui interdit les grandes surfaces foliaires. Aussi, on observe des vignes basses, conduites en taille sévère. Les sols sont travaillés, quelques fois enherbés, très rarement désherbés. Les sarments sont ramassés, palissage et manquants sont très suivis, on vise le zéro défaut. Ces viticulteurs sont conscients du patrimoine naturel dont ils disposent. Cette conscience s’est renforcée ces dernières années et bon nombre d’entre eux mènent une réflexion profonde et intégrée sur le potentiel de ce patrimoine. Cela passe souvent par la remise en cause de leurs pratiques culturales et l’acceptation de nouveaux concepts comme la considération du sol en tant qu’écosystème vivant. Cette mouvance sera approfondie dans le paragraphe suivant.

Le vignoble  artisanal est intermédiaire en tout. Sa conduite résulte d’un compromis entre rentabilité (optique industrielle) et recherche d’un vin concentré et particulier (vignoble de niche).

Cette harmonie est fragile car elle est sensible à beaucoup de facteurs extérieurs. Si la catégorie supérieure subit une baisse, on se retrouve non compétitif puisque, à prix égal, le consommateur trouve meilleur ou plus célèbre. On est alors contraint de diminuer les coûts et on glisse alors vers une viticulture industrielle, très difficilement réversible.

A l’inverse, on peut aussi s’orienter vers les marchés de niche en s’investissant dans une viticulture coûteuse (augmentation de la densité de plantation, opérations manuelles, etc…). Progressivement, on verra la concentration, la personnalité du vin se démarquer du segment de départ. Il restera à se faire connaître en tant que tel pour justifier d’un prix beaucoup plus élevé. Le marché français actuel illustre bien ces propos puisqu’on rencontre tous les cas de figure dans une conjoncture difficile : bon nombre d’AOC connaissent des difficultés de commercialisation, certains vins ont des côtes inférieures à leur coût de revient. Au contraire, certains viticulteurs vendent à des prix parmi les plus élevés du Monde, en revendiquant leur production en VDP ou VDT.

En conclusion, ce paragraphe n’apporte pas de solution miracle : il n’existe pas un type de vignoble qui conduise à la réussite sinon, tout le monde l’aurait adopté. En revanche, le viticulteur doit prendre conscience qu’une partie de la solution réside dans ses choix viticoles.

Une conjoncture difficile, que ce soit à l’échelle du Domaine ou globale, n’est pas la cause première d’un échec, elle n’est que le révélateur de faiblesses internes.

A ce stade de l’analyse, le problème récurrent vient souvent d’une conduite inadaptée au type de vin souhaité, ou inversement. On doit définir ce type à partir de l’existant, ou créer le vignoble en fonction du type choisi et ensuite, mettre en œuvre des moyens cohérents avec les objectifs.

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1.3.2 Le système de lutte
La conduite de la vigne détermine la structure du pied et l’organisation de la parcelle. Ceci étant, il va falloir combattre de nombreuses attaques pour assurer qualité de la récolte (saine et mûre) et quantité (rendement économique) mais aussi la pérennité du vignoble.

Parmi les fléaux qui touchent la vigne, on entend les prédations des animaux, les accidents climatiques (grêle, gel, tempête, …) et les maladies d’origines virale, bactérienne et surtout cryptogamique. Les deux premiers sont des facteurs aléatoires que l’on ne peut retenir, tant qu’ils gardent un caractère exceptionnel. Si leur fréquence est régulière, on rejoint le chapitre précédent pour conclure que l’endroit est naturellement inadapté à la viticulture.

Quant à la troisième catégorie, elle représente le souci majeur du viticulteur. Les maladies virales sont théoriquement absentes d’un matériel végétal certifié, les maladies bactériennes sont rares.

Cependant, les maladies cryptogamiques (champignons microscopiques) sont omniprésentes sous deux formes : la première se développe durant le cycle végétatif alors que la deuxième est une forme de survie qui passera l’hiver jusqu’au prochain cycle végétatif. On a souvent tendance à combattre la forme visible de la maladie sans s’attaquer à la source : on jugule l’effet sans se préoccuper de la cause !

Nous allons voir différents concepts, de la « guerre chimique » à la médiation, en dégageant les inconvénients et les atouts de chacun. Cet inventaire peut sembler hors de notre propos mais nous verrons que le système de lutte est déterminant dans les coûts de production, la fixation du prix et donc, le positionnement. Au-delà de cet aspect, le système de lutte doit être cohérent avec l’image retenue pour l’entreprise de manière à obtenir la qualité de vin souhaitée et à pouvoir communiquer judicieusement.


1.3.2.1 La lutte systématique
Développée dans les années soixante, elle a suivi les progrès techniques et commerciaux de l’industrie phytosanitaire. La multiplication des molécules, l’augmentation de leur puissance et le développement d’un réseau associant commerce et conseil ont contribué à une implantation massive de ce système simpliste. On se base sur la rémanence du produit qui conditionne les applications.

Les inconvénients sont multiples : cette lutte est aveugle, nuisible à l’environnement et à son utilisateur, mais surtout, elle ne garantit pas la préservation du vignoble et de la récolte alors qu’elle est la plus coûteuse. L’aspect financier sera repris dans le chapitre gestion. Question impact sur l’environnement, les matières actives sont extrêmement puissantes et détruisent généralement toute la microflore. On crée une zone aseptisée, sans concurrence, qui deviendra un milieu facile à coloniser pour tous microorganismes adaptés (similitude avec les maladies nosocomiales). Parmi ceux-là figurent les mutants des espèces combattues, devenus résistants à la matière active employée régulièrement.

Les produits sont extrêmement dangereux pour l’utilisateur inexpérimenté. Devant la recrudescence des problèmes liés aux traitements phytosanitaires, les pouvoirs publics réfléchissent à la nécessité d’une formation professionnelle diplômante, obligatoire pour toute pulvérisation. Autrement dit, on devra intégrer cette contrainte dans la gestion et le management du Domaine.

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1.3.2.2 La lutte raisonnée
S’inscrivant dans le cadre de l’agriculture raisonnée, elle se pratique à l’échelle de la propriété et se base sur la notion de risque phytosanitaire.

Elle doit satisfaire aux nouvelles exigences de la société en terme de traçabilité et de respect de l’environnement. Elle a pour ambition de maîtriser les effets négatifs de l’agriculture sur l’environnement tout en assurant, grâce à la qualité des produits élaborés dans ce cadre, l’amélioration de la rentabilité économique de l’exploitation.

On a pu modéliser le développement des champignons pathogènes parce que leur cycle épidémique est étroitement lié aux conditions météorologiques. Les organismes spécialisés délivrent localement des avertissements qui déterminent l’intervention chimique. On vise ainsi à supprimer les traitements préventifs pour finalement n’appliquer que les traitements nécessaires.

C’est une méthode plus naturaliste et intelligente, d’un coût moindre et justifié mais qui ne fait appel qu’à l’intervention chimique. Elle combat les effets des maladies quand elles apparaissent, sans se préoccuper des causes.

Ce système satisfait mieux à la demande des consommateurs, matérialisée par celle des grands distributeurs, vers une certification simple, identifiable, au cahier des charges plus facile à mettre en œuvre que l’agriculture biologique.

1.3.2.3 Les mesures prophylactiques
Un bien grand mot pour beaucoup de bon sens : ces mesures concernent toutes les interventions qui gênent la conservation des foyers de maladie. Elles ne détruisent pas les fléaux, elles contribuent à empêcher leur implantation et leur propagation. Les formes de survie des pathogènes se conservent sur les bois infestés, dans les amas de feuilles et bois morts et les zones humides (flaques, mares et fossés). La première des mesures est l’élimination de ces zones humides.

Concernant les bois, le broyage des sarments est à proscrire. Les souches infectées qui dépérissent doivent être arrachées. Il est inutile de « sortir les bois » de la vigne, ceps et sarments, pour les entasser à proximité de la ferme. La dissémination des spores peut se faire 2 kilomètres autour du tas. Il faut donc brûler ces bois, ou les conditionner en sac (sarments broyés). Dans le cas des débris végétaux, un simple enfouissement suffit à neutraliser les foyers. D’autres idées seront développées dans le paragraphe consacré à la viticulture naturelle.

1.3.2.4 La lutte intégrée
On passe ici à une autre conception de l’agriculture en général, et de la viticulture en particulier. Les luttes systématique et raisonnée sont affiliées, elles prônent le tout chimique pour ne combattre que les effets des maladies. La lutte intégrée s’approche doucement de l’agrobiologie.

Elle s’inscrit dans la production intégrée, définie par l’Organisation Internationale de la Lutte Biologique (O.I.L.B.) : la production intégrée en viticulture consiste en une production durable, économiquement viable de raisins de haute qualité, donnant priorité à des méthodes écologiquement plus saines, minimisant les effets non intentionnels indésirables et l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, en vue de préserver l’environnement et la santé humaine.
Elle favorise délibérément les mécanismes de régulation naturelle en maintenant une diversité biologique dans l’écosystème viticole et ses alentours.

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Dans la pratique, la lutte intégrée résulte de la synthèse des mesures prophylactiques, de la lutte raisonnée et de la notion de perte de récolte. On va instaurer, ou rétablir, un équilibre entre la vigne, son écosystème et le climat local. On va rendre le milieu hostile aux pathogènes en favorisant la concurrence pour en limiter les attaques. On acceptera une petite perte de récolte si le coût est moindre que celui d’une intervention chimique.

Ce système de lutte est sans doute le meilleur compromis mais nécessite de la part du viticulteur une grande connaissance du milieu, doublée d’une motivation à toute épreuve.

1.3.2.5 La viticulture naturelle
On emploiera ce terme car on parle ici de concept et non de la certification. On rentre dans un monde où l’utilisation de tout produit de synthèse industrielle est bannie. Mais, la viticulture naturelle ne se limite pas à la suppression des interventions chimiques, c’est une approche complète quasi opposée à l’agriculture conventionnelle. Claude Bourguignon distingue l’agrologie de l’agronomie :

L’agrologie est comme la science, la connaissance du champ, alors que l’agronomie en est la loi, la police. Dépasser l’agronomie revient à passer d’une approche dirigiste et simplificatrice de l’agriculture à une approche plus scientifique et plus globale. Il ne s’agit plus de forcer la vigne, ou l’animal d’ailleurs, à se plier à notre modèle productiviste, mais de comprendre et d’accepter la complexité de la nature.

La question de départ était: comment contraindre l’écosystème à supporter la vigne qui produira ce que je veux ?

Elle devient double: comment inciter la vigne à s’intégrer dans cet écosystème ?

Une fois acceptée, la vigne et l’endroit pourraient-ils ensemble

conduire à un vin particulier, riche et bon ?
Pour évoluer vers ce type de viticulture, on doit effacer la plupart des acquis et repartir sur de nouvelles bases, à commencer par le sol. L’agriculteur attache souvent plus d’importance à la plante qu’au sol qu’il considère comme un support plus ou moins docile, inerte et stable. En réalité, le sol est l’élément essentiel, on le qualifie d’être vivant qui naît, atteint la maturité et meurt. A l’échelle humaine, l’évolution est lente, presque imperceptible mais bien réelle. Depuis les années 60, la mécanisation, le désherbage et les sols non travaillés ont conduit à une dégradation physique. Le plus désastreux est ce qu’on ne voit pas : la vie du sol. A la base, cette vie grouillante admirablement organisée en une chaîne de vie est sensée faire le lien entre la matière minérale et la matière organique en assimilant, en construisant des substances assimilables, autorisant ainsi une vie plus élaborée. Du champignon aux microbes en passant par les bactéries, tous sont spécifiques de l’écosystème ( géologie, mésoclimat ) et sont seuls garants d’une typicité au sens strict. Au lieu d’intégrer cette composante d’un vrai terroir, de la caractériser, de la préserver et de l’entretenir, on a tout fait pour s’en affranchir. Fongicides et pesticides détruisent la microflore autochtone pour permettre l’implantation d’une population de substitution uniforme.

Sans entretient, déstructuré et lessivé, neutralisé par une aseptisation systématique, le sol est peu à peu réduit au rôle de support quasi inerte. Si l’on rajoute à cela des exigences de production qu’un sol affaibli ne peut satisfaire, il faut bien apporter des compléments nutritifs de synthèse. Aujourd’hui, on se préoccupe de nourrir sa vigne, et peu son sol. Hélas, elle s’apprivoise vite et, comme un chien docile qui attend sa gamelle, la plante déploie tous ses efforts dans un système racinaire horizontale, perdant sa faculté originelle à se développer verticalement en profondeur.

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Les naturalistes soulignent l’incohérence de ce système productiviste dans lequel on communique sur les mérites du terroir, de la typicité alors que dans la pratique, on est proche de la culture hors sol, dont on sait qu’elle donne des légumes insipides. Dans les différents courants du naturalisme, le sol retrouve toute sa place comme l’élément prépondérant. Il reste à le cultiver et là, les approches sont différentes selon qu’on s’oriente vers l’agriculture biologique ou bio dynamique.
1.3.2.5.1 L’agriculture biologique
La France est le premier pays au monde à créer une législation sur l’agriculture biologique. C’est en 1980 que naît la première définition légale : « c’est l’agriculture n’utilisant pas de produits chimiques de synthèse » (loi d’orientation agricole n° 80-502 du 4 juillet 1980). Cette loi est complétée en 1981 par le décret n° 81-227 du 10 mars relatif à l’homologation des cahiers des charges définissant les conditions de production de l’agriculture biologique (ROUSSEAU, 1991).

Née il y a 50 ans en Allemagne, elle a subi des influences diverses avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Depuis HOWARD et PFEIFFER, deux précurseurs de l’agriculture biologique, elle est basée sur l’équilibre entre les éléments composant la nature, ainsi que sur l’entretien de la fertilité du sol par l’apport de compost. C’est à partir de ces deux principes que naît en 1980 la première règle légale définissant l’agriculture biologique. Par la suite, le développement de cette agriculture a entraîné l’apparition d’organismes certificateurs et la mise en place de cahiers des charges. Maintenant, ces organismes font appliquer une réglementation très précise dont le principe essentiel est la non-utilisation de produits chimiques. La viticulture biologique, comme les autres productions, est donc soumise à cette réglementation, avec quelques nuances concernant l’étiquetage notamment.

La pratique de la viticulture biologique nécessite des techniques culturales précises et complexes. Le poste le plus important est l’entretien du sol, car celui-ci influe sur l’ensemble de la culture de la vigne. Pour cela, l’enherbement est une pratique courante, car elle permet une amélioration de la structure du sol, son enrichissement, et favorise la faune auxiliaire. Pour compléter les effets de l’enherbement, la fertilisation organique (principalement apportée par compost) remplace la fertilisation chimique. Après l’entretien du sol, la principale préoccupation du viticulteur « bio » est la protection de la vigne.

A ce niveau, il est confronté à deux impasses : l’utilisation excessive de cuivre contre le mildiou, et la lutte contre la flavescence dorée. Les autres maladies et ravageurs ont généralement peu de conséquences sur la vigne « bio » grâce à l’équilibre général de la culture et à certaines méthodes performantes (lutte biologique et confusion sexuelle).

Il ne faut pas imaginer que la viticulture biologique est simple à mettre en œuvre, qu’on laisse faire la nature, bien au contraire. C’est bien parce qu’on s’interdit toute intervention chimique et coercitive qu’il faut faire preuve d’un haut niveau de technicité.

La complexité de la viticulture biologique entraîne obligatoirement une modification de l’ensemble de l’exploitation (notamment par l’augmentation de la main d’œuvre nécessaire), mais également de son résultat. En effet, pendant la période de conversion de trois ans, l’augmentation des charges sans contrepartie entraîne une diminution nette du résultat. Par contre, une fois la production vendue comme « issue de raisins de l’agriculture biologique », les charges sont largement compensées, d’autant plus que le marché des vins « bio » est en constante augmentation. Seuls quelques points restrictifs de la réglementation limitent son développement.
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1.3.2.5.2 L’agriculture bio-dynamique
Pour comprendre ce mode de culture, il est nécessaire de revenir aux fondements de cette discipline qui n’est pas un phénomène nouveau. Comme l’expliquent la plupart des auteurs ayant étudié le sujet, c’est en 1924, à Koberwitz (aujourd’hui en Pologne), que Rüdolf Steiner (1861-1925) donna les bases de la méthode bio-dynamique, à travers une série de conférences, souvent décrites comme « Cours aux agriculteurs ». R. Steiner, inspiré des nombreux écrits de Goethe, est le fondateur d’un courant de pensée appelé l’anthroposophie (littéralement la sagesse de l’homme), qu’il définit comme une méthode scientifique exacte permettant de faire des recherches sur les mondes suprasensibles. SILGUY (1991) explique que le but de Steiner était de créer une science spirituelle, applicable à tous les domaines de la vie, notamment à l’agriculture. Pour elle, cette démarche spirituelle peut surprendre et choquer, mais elle permet une compréhension plus approfondie du monde qui nous entoure.

Durant ses conférences de 1924, Steiner expliqua que l’univers comprenait d’une part une réalité matérielle, c’est-à-dire ce que perçoivent généralement nos sens corporels, et d’autre part des phénomènes psychiques, qu’ils ne captent pas. Pour lui, une science qui ne considère que les lois de la matière limite beaucoup ses capacités de compréhension du monde en général, alors qu’une science «spirituelle » permet de mieux appréhender le monde terrestre en interaction avec l’univers. Son approche anthroposophique de l’agriculture se traduit par une inquiétude en ce qui concerne l’utilisation excessive d’intrants chimiques au sein d’un sol considéré comme un organisme vivant et les nombreux déséquilibres qui s’en suivent. Steiner donna également toute une série de conseils pratiques, applicables sur le terrain pour régénérer un sol épuisé par les pratiques intensives et pour développer les liens entre vie pédologique, vie végétale et énergies cosmiques. C’est E. Pfeiffer, à partir des thèses de Steiner, qui élabora la méthode ensuite appelée «bio-dynamique » (en grec : vie et énergie) et qui la mit en place pour la première fois sur des domaines agricoles européens et américains. A ce jour, elle est surtout pratiquée dans les pays germanophones (Allemagne, Pays-Bas, Suède, Suisse, Belgique), aux Etats-Unis et elle regroupe plus de 600 000 ha en Australie !

En France, cette technique a longtemps été considérée comme farfelue, peut-être à cause de quelques partisans sectaires, soit disant adeptes de la biodynamie, pour justifier d’un mode de vie marginal. Aujourd’hui, de plus en plus de viticulteurs se penchent objectivement sur la question. Certains parmi les plus célèbres, ou les plus importants, convertissent progressivement leur propriété en tout ou partie. D’autres abandonnent simplement les usages productivistes et s’orientent vers des pratiques plus naturelles en s’inspirant de quelques principes de la biodynamie. Qu’ils revendiquent ou non leur démarche, ils sont tous motivés par une conscience patrimoniale de leur terroir.

Les vignerons n’utilisent pas de produits de synthèse (tels les engrais, les insecticides, les pesticides, les désherbants), ils répondent en ce sens aux critères de l’agriculture biologique mais la démarche est bien plus profonde, animée par des principes :

  • La notion d’individualité agricole : le domaine (agricole) doit être indépendant sur

le plan énergétique au sens chaîne alimentaire. Il y a une complémentarité nécessaire entre le troupeau qui fournit du fumier et du lisier à destination des cultures qui, elles, fournissent les fourrages et la nourriture nécessaires aux bêtes, les prairies assurent la rotation. En viticulture, on est souvent en monoculture alors à défaut d’animaux, de surfaces cultivées et enherbées, on se procure les lisiers.

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- La conception de la maladie. Le problème des ravageurs et des maladies présente un très grand intérêt du point de vue biodynamique. STEINER (1924) pensait que « la dégénérescence est une conséquence de la destruction de l’équilibre biologique et amène l’irruption des « ravageurs » et des maladies : c’est la nature elle-même qui liquide ce qui n’a plus assez de force pour vivre. Pour lui, « la maladie est souvent un bien qui n’est plus à sa place, un organisme sorti de la sphère où sa présence est salutaire » et c’est dans le sol qu’il faut essayer de comprendre ce déséquilibre. Un champignon au niveau du sol peut être tout à fait inoffensif, mais totalement nuisible s’il remontre vers les parties foliaires de la plante. Ainsi, en 1993, des chercheurs de l’Institut d’œnologie de Bordeaux ont mis en évidence la présence, dans les sols des vignobles, d’une bactérie active contre le Botrytis, à partir de laquelle ils ont pu élaborer un fongicide biologique hautement efficace. Pour les bio-dynamistes, « l’anti-Botrytis » est déjà dans la vigne, à condition de ne pas le détruire. De leur point de vue, aussi bien le Botrytis que le mildiou et l’oïdium, sont des champignons que l’on a forcé à quitter le sol où ils étaient inoffensifs, et qui ont migré vers les parties aériennes de la vigne, feuilles et grappes, devenant des parasites. De même, les spécialistes ne sont pas en mesure aujourd’hui d’expliquer les phénomènes qui provoquent l’eutypiose, cette maladie si menaçante. (PEYROULOU, 1993). Contrairement à la viticulture biologique, on ne cherche pas à combattre la maladie, on cherche à l’éviter. Plutôt que de subir l’effet, on s’attaque à la cause en rétablissant les équilibres du biotope et en rendant la plante forte et hostile : un problème doit être appréhendé dans sa globalité.

- Le sol : un organisme à part entière. Le dessein principal de la biodynamie est de recréer un équilibre durable entre le sol nourricier et la culture en place. La méthode permet de vivifier le sol afin que la plante retrouve ses ressources naturelles dans un sol bien pourvu, non pas dans un sol pauvre auquel on apporterait chaque année des engrais de secours afin d’assurer la récolte de l’année. On favorise un système autonome en acceptant la récolte qu’il a la capacité intrinsèque à produire.

- Les énergies et les rythmes naturels : pour les biodynamistes, l’exploitation agricole et par-là même les cultures, matérialisent un lien entre les ressources terrestres (l’eau, le sol, les éléments minéraux et la roche mère) et entre les énergies cosmiques (la chaleur, la lumière, l’air et l’eau encore). Une des différences entre l’agriculture biologique et l’agriculture biodynamique, réside dans les énergies et la mise en valeur de ces énergies, d’une part par l’application de préparations dynamisées, à base de plantes et de minéraux, et d’autre part parce que les biodynamistes travaillent en fonction des positions planétaires, qui imposent un rythme aux hommes autant qu’aux plantes. On distingue des périodes favorables aux racines, à l’expression végétative, aux fleurs et aux fruits. Les préparations spécifiques seront mises en œuvre en fonction du calendrier biodynamique.

- Clonage et biodynamie

En ce qui concerne le clonage, l’avis des viticulteurs bio-dynamistes est relativement unanime. PEYROULOU (1993) écrit que : si les vieilles vignes produisent toujours de meilleurs vins, les raisons tiennent non seulement à leur vieillesse et à leur faible rendement, mais aussi à la diversité de leurs cépages.  Qu’est-ce qu’un clone sinon la monoculture poussée à son paroxysme ? Cette conception, purement technocratique, qui conduit à la reproduction d’un seul sujet, le meilleur soi-disant, à des dizaines de millions d’exemplaires, ne relève-t-il pas d’un idéal contestable, surtout qu’à l’origine, la définition du « meilleur » était liée à des critères botaniques et purement quantitatifs. Pour les biodynamistes, c’est le résultat d’une sélection végétale trop intensive, qui fragilise la plante et qui serait une des causes de la recrudescence des maladies dans les vignobles.

Sans vouloir être radical, seule cette viticulture peut prétendre revendiquer les notions de terroir et de typicité, aujourd’hui usurpées en toute indifférence.

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1.3.2.6 Conclusions
Nous avons fait l’inventaire des différents modes de conduite de la vigne en essayant de dégager les approches de chacun d’eux. Dans le bilan, il est essentiel de décrire objectivement le système pratiqué pour s’assurer que le mode de production est en phase avec les objectifs choisis, en terme de qualité définie, de gestion et de communication.

Nous avons longuement décrit ces différents systèmes pour que chacun en comprenne les enjeux et les contraintes. Nous verrons comment passer d’un mode à un autre. Le tableau qui suit rassemble tous les éléments, en partant de son itinéraire cultural, on sait vers quel type de viticulture on s’oriente.





Vignoble Industriel


Vignoble artisanal

- +

Vignoble de niche

Lutte systématique

le plus courant

possible

non

Lutte raisonnée

possible

de + en +

au moins

Lutte intégrée

non

rare

oui

Mesures prophylactiques

non

non

+ ou -

oui

Agriculture biologique

non

possible

souhaitable

Agriculture bio-dynamique

non

possible mais rare

souhaitable

Travail du sol

non

non

+ ou -

oui
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«suivre» et «mener le troupeau», c'est-à-dire savoir adapter le nombre de têtes en fonction de la surface, faire pâturer sans abîmer...








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