Bibliographie. Chapitre II








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Fernand GRENARD

HAUTE

ASIE

Mongolie

Turkestan chinois

Tibet




à partir de :

HAUTE ASIE
par Fernand GRENARD (1866-1942)

Deuxième partie du tome VIII de

la Géographie Universelle,

publiée sous la direction de P. Vidal de la Blache et L. Gallois
Librairie Armand Colin, Paris, 1929, pages 235-394 (de 394), + 1 carte couleurs + 25 cartes et figures + 49 photographies.
On peut avec grand profit lire à titre de préface le C. R. de lecture de Jacques BACOT : La Haute Asie, d'après M. Grenard, in Annales de Géographie, 1931, t. 40, n° 223, pp. 91-97 (sur Persée).

Édition en format texte

par Pierre Palpant

www.chineancienne.fr

mars 2013

TABLE DES MATIÈRES

Chapitre premier. — Traits généraux. La structure et la formation du relief.

I. La formation des plis montagneux. — II. Les plissements tertiaires. — III. Les derniers soulèvements : les bassins fermés et les déserts. Bibliographie.

Chapitre II. — La Mongolie.

I. Région du haut Iénisseï. — II. Le bassin du Sélenga. — III. La Vallée des Lacs. — IV. L'Altaï mongol. — V. Le Gobi. — VI. Le peuple mongol : formation du peuple mongol ; divisions politiques ; type ethnique ; le genre de vie ; villes ; routes et commerce ; rapports avec l'Europe ; indépendance de la Mongolie extérieure.

Chapitre III. — Le Turkestan chinois (Sin-kiang).

I. La Djoungarie. — II. Le Tien-chan : le Tien-chan central ; hydrographie du Tien-chan central ; chaînes marginales ; vie végétale et animale ; le Tien-chan oriental ; le Pé-chan. — III. Le bassin du Lob-nor : la végétation ; le sable ; l'hydrographie ; le Tarim ; le Lob-nor ; le Sou-lo-ho ; le dessèchement. — IV. La population : les origines ; impuissance politique ; développement de la civilisation ; oasis et villes ; le genre de vie ; agriculture ; élevage ; industrie et mines : les routes ; commerce extérieur ; relations avec l'Europe ; groupes ethniques ; l'administration chinoise.

Chapitre IV. — Le Tibet.

I. Le Tsoung-ling. — II. Plan et géologie des chaînes tibétaines. — III. Le haut plateau du Nord-Ouest : l'Altyn-tagh et l'Oustoun-tagh ; le haut plateau désert ; le Karakoram-Himalaya ; abaissement du plateau et apparition de l'homme ; le Transhimalaya. — IV. Le Tibet méridional : le sillon Indus-Brahmapoutre ; l'Indus ; le Ladag ; le Baltistan ; le Satledj ; le Tsangpo-Brahmapoutre ; les rivières himalayennes ; l'Himalaya. — V. Le Tibet oriental : les grands fleuves de Chine et d'Indochine ; les montagnes du Tibet oriental ; le Salouen, le Mékong et le fleuve Bleu ; la région des basses vallées ; le fleuve Jaune ; le Tsadam ; le Nan-chan. — VI. Le peuple tibétain : origine et formation ; distribution de la population ; le genre de vie ; l'état social ; le cléricalisme ; l'état économique ; les routes ; le commerce ; villes et couvents ; relations avec l'Europe ; politique chinoise et politique britannique : géographie politique.

Bibliographie. — Table des cartes et figures. — Table des photographies.

TABLE DES CARTES ET FIGURES

Carte en couleurs : Distribution de la végétation et de la population dans le Turkestan chinois.

Figures :

35. Formation du continent asiatique.

36. Coupe nord-sud de la Haute Asie.

37. Orographie de la Haute Asie (directions des plis montagneux).

38. Hydrographie de la Haute Asie.

39. La Mongolie.

40. Vue schématique du Khangaï.

41. Distribution de la végétation et des déserts dans la Haute Asie.

42. Carte ethnographique de la Haute Asie.

43. Intérieur de la tente mongole.

44. Le Turkestan chinois.

45. Coupe des monts Tien-chan.

46. Grands glaciers du Tien-chan.

47. Dépression de Louktchoun.

48. Le bas Tarim et le Lob-nor.

49. L'oasis de Khotan.

50. Khotan à vol d'oiseau.

51. Routes du Turkestan et du Tibet.

52. Carte hypsométrique de la Haute Asie.

53. Esquisse géologique de la partie occidentale du massif tibétain.

54. Coupe géologique de l'Altyn-tagh, depuis la plaine du Turkestan jusqu'aux pentes Nord de l'Arka-tagh.

55. Coupe nord-sud du plateau tibétain.

56. Coupe à travers le Cachemir et le K2.

57. Le Tibet.

58. Coupe nord-est—sud-ouest dans les monts Nan-chan.

59. Plan de Lhasa.
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TABLE DES PHOTOGRAPHIES

XLIX. A.

XLIX. B.

XLIX. C.

L. A.

L. B.

LI. A.

LI. B.

LI. C.

LII. A.

LII. B.

LII. C.

LIII. A.

LIII. B.

LIV. A.

LIV. B.

LIV. C.

LIV. D.

LV. A.

LV. B.

LV. C.

LVI. A.B.

LVI. C.

LVI. D.

LVII. A.

LVII. B.

LVIII. A.

LVIII. B.

LVIII. C.

LIX. A.

LIX. B.

LIX. C.

LIX. D.

LIX. E.

LX. A.

LX. B.

LX. C.

LX. D.

LXI. A.

LXI. B.

LXII. A.

LXII. B.

LXII. C.

LXIII. A.

LXIII. B.

LXIII. C.

LXIV. A.

LXIV. B.

LXIV. C.

Extrémité est des monts Djaïr (Djoungarie).

Ville éolienne à Ourkho (Djoungarie).

Escarpement de grès et d'argile du Gobi. Monts Arbis-oula (Ordos).

Le lac Khara-oussou et l'Altaï mongol, près de Kobdo.

Campement de Toubas à Ala-sou (haut Iénisseï).

Type de Mongol.

Famille et hutte de Toubas (haut Ienisseï).

Tente mongole, entre Ourga et Kiakhta.

Le grand monastère d'Ourga.

Blocs de granité sur la pente sud du Bogdo-oula.

Pentes nord de la chaîne Noïn-bogdo (Altaï oriental).

Crête de conglomérats dans la chaîne Noïn-bogdo (Altaï oriental).

Extrémité orientale des monts Dzolin (Altaï oriental).

Contreforts du Mouztagh-ata.

Pont sur le Youroungkach (Khotan).

Montagnes du haut Youroungkach-daria (Altyn-tagh).

Ming-Uï, les Mille Grottes.

Type de village au pied sud du Karlyk-tagh.

Type de forêt de sapins du Tien-chan, au pied du Khan-tengri.

Massif du mont Khan-tengri, dans le Tien-chan central.

L'oasis de Kéria (Turkestan chinois).

Ruines de Leou-lan. Désert du Lob-nor, région des « yardangs ».

Indigènes et barques sur l'Ougen-daria (Tarim).

Jeune koulan capturé par des indigènes du Turkestan chinois.

Vallée Sud de Koutcha (Turkestan chinois).

Pied nord du Tcheul-tagh.

Forêt de toghraks morts au bord du lit desséché du Kéria-daria.

Source de Lowaza, sur le bord Sud du Lob-nor.

Le petit frère du Grand lama de Tachilhounpo.

Dame noble du Tibet central.

Types des hauts plateaux.

Types des hauts plateaux.

Cavaliers tibétains en expédition.

Crête de montagne en arête entre Mékong et Salouen.

Village du Tibet oriental.

Village de Tingri (Tibet méridional).

Le mont sacré Kailas (Tibet occidental).

Lé et le château de l'ancien roi tibétain.

Monastère de Séra, près de Lhasa.

Vue du lac Tchigad-tso (hauts plateaux tibétains).

Source du Tsangpo-Brahmapoutre et monts Koubi-gangri.

Le mont Everest vu du côté tibétain.

Gyangtsé-dzong (Tibet central).

La rivière Kyi-tchou en aval de Lhasa.

Vue de Lhasa.

Le col de Karakoram.

Le glacier du Baltoro (Karakoram-Himalaya).

Le glacier du Baltoro, versant abrupt de droite.



Crédits photographiques

Bacot : LX. A.B.

Carruthers : L. A.B. — LI. A.B. — LV. A.

Descos : LV. B.

Dutreuil de Rhins : LVI. A.B. — LIX. D.

Hayden : LXIII. A.

Hedin : LIV. A. — LVI. C.D. — LVII. A. — LIX. A.C.E. — LX. D. — LXI. A. — LXII. A.B.

Heron : LX. C. — LXI. C.

Lacoste : LII. A. — LIV. A.

Neel : LIX. B.

Obroutchev : XLIX. A.B.C. — LI. C. — LII. B.C. — LIII. A.B. — LVIII. A.

Pelliot : LIV. D. — LVII. B.

Sella : LIV. B.C.

Stein : LIV. B.C. — LVIII. B.C.

Soc. Géogr. de Paris : LV. C.

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CHAPITRE PREMIER

TRAITS GÉNÉRAUX.

LA STRUCTURE ET LA FORMATION DU RELIEF

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p.235 Le continent asiatique tout entier, de la mer Égée à la mer d'Okhotsk, est traversé par une levée large et continue de hautes terres, qui, dans sa partie centrale, prend des dimensions colossales en altitude et en surface. Du lac Baïkal à l'Himalaya, entre Krasnoïarsk, le Pamir, le Yun-nan et l'extrémité septentrionale du Grand Khingan, elle forme, dressé sur de vastes terrasses de hauteurs diverses et couvrant plus de 8 millions de kilomètres carrés, un édifice composite de plis montagneux, le plus puissant du globe (fig. 37). C'est la Haute Asie, sorte de noyau du continent, autour duquel se rangent les plaines et les vallées fertiles de l'Inde et de la Chine, les forêts et les champs de blé de la Sibérie, les steppes des Turcs Kazaks, les oasis de Transoxiane et le plateau également montagneux, mais beaucoup plus accessible et hospitalier, de l'Iran. Phénomène physique sans pareil, qui eut pour l'histoire de l'humanité des conséquences très graves. Les rides de l'écorce terrestre se pressent les unes contre les autres presque sans interruption sur une profondeur de plus de 3.000 kilomètres ; elles atteignent dans le Sud les altitudes les plus élevées du monde, et, quand au Nord elles s'abaissent à 2.000-3.000 mètres, la latitude plus haute leur laisse la même âpreté de climat. L'éloignement de la mer se joint à la disposition du relief pour réduire à l'extrême la quantité des pluies, imposer un régime de températures excessives, de cours d'eau et de lacs sans écoulement, d'aridité exclusive de la vie humaine dans une grande partie du pays. Ainsi tout concourt à la difficulté des communications. Il en est résulté une séparation profonde, jusqu'à la fin du XIXe siècle, des deux grands centres de la civilisation, le méditerranéen et le chinois. Encore aujourd'hui le rail contourne par le nord l'obstacle resté p.236 infranchissable au grand commerce, et c'est surtout le progrès de la navigation à vapeur qui a rompu l'isolement de l'Extrême-Orient. Si nous remontons à une période plus lointaine de la vie des êtres, nous voyons que ce même rempart montagneux, s'avançant au-dessous du 28e parallèle, a coupé en deux le domaine biologique subtropical qui s'étendait de l'Atlantique au Pacifique et lui a substitué sur une part notable du globe la faune et la flore des steppes.

Le fragment de la surface terrestre qui fait l'objet de cette étude comprend, en somme, les dépendances extérieures de l'ancien empire chinois et se divise en trois régions principales assez bien délimitées au triple point de vue de la nature, de la population et de la politique : la Mongolie, le Turkestan oriental, le Tibet. Mais, avant d'en aborder la description détaillée, il est nécessaire de jeter un regard d'ensemble sur l'ordonnance des montagnes qui couvrent tout l'espace dont il s'agit et en constituent le caractère essentiel. Ces montagnes appartiennent à des âges différents, elles présentent des aspects divers et suivent des orientations variées ; néanmoins elles se conforment à un plan général dont il faut dégager l'harmonie compliquée par un tableau synthétique, seul capable de mettre de l'ordre et de la clarté dans un chaos apparent.

On sait aujourd'hui que les chaînes de la Haute Asie décrivent des lignes, plus ou moins arquées et déviées, dans le sens des parallèles. Longtemps on s'en est fait une idée tout autre, et, en effet, les communications d'ouest en est ne tirent pas d'une telle disposition les facilités qu'on en pourrait attendre. Le voyageur qui vient de l'Occident rencontre devant lui dans la partie la plus méridionale le rebroussement nord-ouest de l'Himalaya ; plus au Nord, il se heurte au Pamir dont les chaînons courant d'ouest en est sont guindés sur un haut piédestal et vont buter contre l'arc de Yarkend ; puis le prolongement du Tien-chan vient s'appliquer en biais sur le Pamir, et ses courbes infléchies au nord-ouest présentent un nouvel obstacle. Si, entre le Tien-chan et l'Altaï mongol, la Djoungarie s'ouvre comme une large bouche, de forts tronçons montagneux se mettent obliquement en travers de son entrée, ne laissant libre que la « porte djoungare », passage étroit et déjà excentrique. Enfin les arcs de l'Altaï russe, recourbés au nord, complètent une illusion que les anciennes cartes traduisaient par une chaîne continue le long de la frontière occidentale de l'empire chinois. De même, à l'Orient, un géographe aussi savant et perspicace que Kropotkine émettait encore en 1904 l'hypothèse d'un raccordement de l'Himalaya au Khingan, enveloppant le grand plateau asiatique. En réalité les chaînes venant de l'Ouest sont détournées et infléchies vers le sud ou vers le nord à l'approche des massifs anciennement consolidés de la Chine, et seul le Tsin-ling poursuit sa course régulière au Levant en se glissant entre les deux môles précambriens qui occupent le Nord et le Sud de cette contrée.

La direction générale en latitude des plis de la Haute Asie est due à ce qu'ils sont essentiellement le produit de la compression de l'écorce entre les vieux continents de la Sibérie et de l'Inde. Mais l'âge différent de leur formation première et l'intervention d'autres masses anciennement affermies ont introduit dans leur orientation comme dans leur structure une diversité considérable. p.237

I. — LA FORMATION DES PLIS MONTAGNEUX

Avec Suess, qui le premier débrouilla le chaos, transportons-nous à l'orée méridionale de la plate-forme archéenne de Sibérie, qui, largement étendue au Nord entre l'Iénisseï et l'Aldan, pousse un énorme promontoire au Sud jusqu'aux environs d'Irkoutsk. Elle est l'homologue presque exact du plateau hindou, équivalent en puissance et morceau lui-même de l'ancien continent indo-africain. Aplanie dès l'époque précambrienne et à peine plissée dans la suite, abandonnée par la mer depuis l'âge silurien, recouverte aux temps jurassiques de lambeaux horizontaux de terrains à lignites formés en eau douce, dits de l'Angara, elle constitue un des blocs primordiaux de la terre ferme, l'un des plus homogènes et des plus résistants. Contre elle, les plis montagneux de la Haute Asie se sont appliqués par étapes successives du nord au sud, se disposant en guirlandes et comblant progressivement le vieil océan, connu sous le nom de Téthys, qui occupait le centre du continent actuel et déployait ses nappes salées du Pacifique à la plate-forme russo-scandinave et à la Méditerranée (fig. 35).



Fig. 35. — Formation du continent asiatique.

1. Aires continentales ; 2. Plis antédévoniens ; 3. Plis de l'ère carbonifère ; 4. Plis tertiaires. — Échelle : 1:50.000.000.

D'abord une zone en arc de cercle convexe au Sud, large d'un millier de kilomètres en moyenne, borde le promontoire sibérien, autour duquel elle semble se propager en vibrations concentriques. Elle se compose de longues croupes monotones de roches anciennes qui s'alignent parallèlement entre Irkoutsk et le Khingan, avec une direction Nord-Est, jusqu'à la mer d'Okhotsk, et se continuent au Sud-Ouest par de petits tronçons dégradés à travers la Mongolie septentrionale. Leur direction s'infléchit graduellement pour ménager leur raccord aux chaînes Nord-Ouest qui s'étendent à l'Occident du méridien d'Irkoutsk — p.238 Saïan oriental, Tangnou-oula oriental, Khangaï, Altaï mongol. C'est le plissement le plus ancien de l'Eurasie, le Faîte primitif de Suess. Nom impropre qui en suppose l'origine exclusivement précambrienne, alors qu'on y a reconnu des parties d'âge silurien et dévonien, d'ailleurs impossibles à délimiter. Nous nous contenterons de l'appeler l'ancien Faîte, en y joignant un fragment qu'en sépare l'illustre géologue, la région intermédiaire de Minoussinsk, qui comprend les branches occidentales du Saïan et du Tangnou, distinguées par leur direction nord-est. Elle semble être l'amorce d'un autre arc coupé à l'Ouest par l'Ala-taou de Kouznetsk, dont la ligne nord-sud marque la rencontre de deux domaines montagneux différents : l'ancien Faîte et les plis rattachés à l'Oural qui se sont formés entre le bouclier sibérien et le bouclier russo-scandinave.

La frontière méridionale du Faîte, à peu près parallèle à la côte septentrionale du môle sinien et à la lisière nord-orientale du bassin du Lob-nor, n'en est séparée que par un intervalle assez étroit. Il faut sans doute voir dans ce dernier bassin, pour lequel il est commode de relever l'appellation oubliée de Sérinde, un ancien massif, une grande île de la Téthys, dont le sol primitif est aujourd'hui dissimulé sous des sédiments récents. Du long géosynclinal en croissant, qui se creusait dans l'intervalle indiqué, ont sailli à l'ère carbonifère les plis pressés du Tien-chan et du Pé-chan, continués par quelques débris dans la Mongolie du Sud. Simple fragment des Altaïdes de Suess, qui se développent en vaste éventail dans la dépression touranienne, de l'Ob à l'Amou-daria ; ils y forment des courbes concentriques convexes au Sud-Ouest, dont l'amplitude s'accroît du nord au sud : Altaï russe, Tarbagataï, Ala-taou djoungare, branches occidentales du Tien-chan, Hindou-kouch. Cette immense ondulation, interrompue à l'Est ou resserrée par la Sérinde, reprend sa liberté à l'autre extrémité de la digue, s'y manifeste par le faisceau du Nan-chan, qui va à l'est-sud-est se heurter à l'éperon Sud-Ouest du môle sinien, et par les chaînes nombreuses du Tibet oriental, accumulées en arrière comme des vagues parallèles, les unes s'écoulant vers l'est, entre les deux massifs chinois, sous le nom de Tsin-ling, les autres repoussées au Sud par le bloc résistant du moyen fleuve Bleu. Au Nord-Est, les Altaïdes ont pour dernier représentant le Grand Khingan, qui embrasse le Sud et l'Est de l'ancien Faîte et constitue la frontière tectonique entre la Mantchourie et la Transbaïkalie.

En même temps, les plissements relativement étroits de l'arc de Yarkend, dont les débuts remontent à une ère antérieure, s'achevaient et commençaient à combler le bras méridional de la Téthys, le long du bord ouest et sud de la Sérinde. Ils forment les monts de Kachgar, l'Altyn, l'Oustoun et l'Arka-tagh, qui à l'Est se raccordent au Nan-chan et au Tsin-ling.

Enfin, les mouvements orogéniques de la période tertiaire firent disparaître le dernier vestige de la Méditerranée asiatique et complétèrent la construction du continent actuel en donnant naissance aux plus hauts reliefs du globe, qui sillonnent de courbes parallèles, convexes au sud-sud-ouest, une grande partie du Tibet et culminent dans l'Himalaya à la limite méridionale de la région décrite dans ces pages.

Dans l'esquisse très sommaire qui précède, la Haute Asie apparaît comme le résultat de plissements qui se sont succédé dans le temps du nord au sud, indice d'une direction inverse de la poussée subie par la matière plastique. La réalité est moins simple. Dans le Pé-chan, on croit reconnaître les traces d'un mouvement antédévonien, avorton de plis symétriques à l'ancien Faîte et de même âge. Une p.239 partie de l'Altyn-tagh remonte aussi haut dans le temps et révèle une avance au sud des terres de la Sérinde, correspondant à l'extension au nord du continent de Gondwana qui, dès le Cambrien, touchait l'emplacement de la crête actuelle de l'Himalaya.

Il est remarquable que cette dernière chaîne décrive un arc de cercle régulier, seulement un peu faussé à l'Est, avec le Lob-nor pour centre. Cet arc se creuse comme une paume prête à recevoir l'ancien Faîte projeté de Sibérie. Son sommet géométrique, ainsi que le coude du Gange près de Bénarès, est situé sur une perpendiculaire tirée au sud-sud-ouest du milieu du front sud-occidental du promontoire d'Irkoutsk. Cette ligne, qui passe par le Lob-nor, détermine l'orientation générale du segment montagneux de la Haute Asie dont elle témoigne l'unité de plan. Non que ce soit un édifice isolé ; il fait partie au contraire d'une ordonnance plus vaste. Les Altaïdes s'allongent à l'Ouest, parfois invisibles, pour se relier à l'Oural et aux ruines des monts hercyniens de l'Europe. L'Himalaya et les chaînes tertiaires du Tibet ne sont qu'une suite des plis alpins, qui les rejoignent par les arcs d'Anatolie et d'Iran. L'un et l'autre système se continuent au Sud-Est à travers l'Indochine, et vont, en décrivant des courbes très amples, former les îles rangées en festons au flanc de l'Asie orientale. La houle montagneuse, comprimée et arrêtée par le bloc solide de l'Inde, le déborde des deux côtés et s'enfonce profondément au sud dans les espaces qu'il laisse ouverts à l'Ouest et à l'Est.

II. — LES PLISSEMENTS TERTIAIRES

L'action orogénique de l'ère tertiaire ne s'est pas bornée à créer le système himalayen : elle a fortement remanié les constructions antérieures. Rasées par le temps, celles-ci ont été relevées par elle sur un plan modifié, en sorte que leur aspect présent est proprement son œuvre. Mais, en dehors de son domaine particulier, elle s'est exercée sur des terrains déjà solides, et non plus sur des sédiments neufs, avec des effets variant selon le degré de rigidité de la matière façonnée. Elle a produit des plis de fond, déterminés, aussi bien que ceux des géosynclinaux, par des efforts horizontaux de contraction qui compriment, rident, exhaussent, déforment et rompent l'écorce terrestre depuis les profondeurs plus fluides jusqu'à la surface plus figée. Les terrains y sont d'autant moins dociles, toutes choses égales d'ailleurs, qu'ils sont de formation plus ancienne, et les blocs archéens, sans y être à beaucoup près insensibles, y résistent au point de nous sembler, faute d'élément de comparaison supérieur, comme, des bornes immobiles contre lesquelles vient déferler le flux de la substance plastique mise en mouvement par les contractions de la croûte du globe et par les phénomènes d'isostasie. Ils n'en participent pas moins au resserrement général dans les mêmes conditions que les terres plus jeunes, et il y a dans leur comportement différence de degré, non de nature. Mais, moins ils cèdent aux plissements, plus ils subissent des déplacements d'ensemble qui les rapprochent entre eux ; aussi ne jouent-ils pas seulement le rôle passif d'obstacles contenant les matières mobiles à la manière des berges d'un fleuve, ils intensifient, en s'avançant les uns vers les autres, la pression des masses prises dans l'intervalle.

La Haute Asie embrasse toute l'étendue, relativement flexible et en quelque mesure fluide, qui est soumise aux actions opposées du promontoire d'Irkoutsk p.240 et de la plate-forme hindoue. La puissance de cet étau a déterminé l'accumulation et l'altitude exceptionnelles des plis montagneux, particulièrement saisissantes dans la partie occidentale que limite une ligne droite tirée d'Irkoutsk à Calcutta (fig. 35). C'est en effet de ce côté seulement que les deux môles solides se font directement face ; leur énergie s'y fait sentir davantage, et elle s'accroît de l'intervention entre eux du bloc sérindien. Dans la subdivision orientale, au contraire, la rencontre des deux masses étant oblique et la Sérinde ne faisant plus obstacle à l'écoulement profond des matières plastiques, les crêtes s'abaissent, et, fait plus important, la hauteur moyenne du sol diminue de beaucoup. Les plus hauts pics de l'Himalaya se groupent un peu à l'ouest de la ligne de démarcation. Là sont situés le point culminant, l'Everest (8.840 m.), et sept cimes de plus de 8.000 mètres, c'est-à-dire toutes celles de cet ordre de grandeur — sauf le Nanga-Parbat — que compte l'Himalaya proprement dit. La carte hypsométrique jointe à ce texte (fig. 52, p. 337) montre que les immenses surfaces du Tibet où ne s'observe aucun point inférieur à 4.500 mètres sont renfermées presque entièrement dans la première subdivision. D'une part, le Karakoram-Himalaya, l'arc de Yarkend et le Tien-chan atteignent respectivement jusqu'à 8.610, 7.680 et 7.000 mètres ; d'autre part, le Nan-chan et l'Ala-chan ne dépassent pas 6.350 et 3.250 mètres. Les chaînes Nord-Ouest de l'ancien Faîte, du Saïan à l'Altaï, ont des sommets de 3.500 à 4.500 mètres, tandis que dans les chaînes Nord-Est il n'y a rien au-dessus de 2.800.

L'arc himalayen marque la lisière du vieux continent de Gondwana. Il se compose de deux bandes soulevées en plis de fond à l'époque tertiaire : les sédiments anciens sans fossiles du bas Himalaya au Sud, les roches éruptives et cristallines de la haute chaîne au Nord. Parallèle au môle archéen que limite au Nord la vallée actuelle du Gange, il en borde l'extrême extension précambrienne. Cette extension est à la plate-forme hindoue ce que l'ancien Faîte est au promontoire d'Irkoutsk. Sa convexité est tournée vers l'intérieur au lieu de l'être vers l'extérieur, mais de part et d'autre les couches sont renversées vers le continent, et tout l'Himalaya est débité en nappes cassantes charriées au Sud. Dès que l'arc montagneux, après s'être développé sur 2.400 kilomètres, perd l'appui des terrains archéens, il cesse brusquement de pousser ses deux bouts vers le Nord. À l'Ouest, au delà de l'Indus, il se replie par les monts du Dardistan et passe à la direction sud-sud-ouest de la branche orientale de l'arc iranien, tandis que la courbure du bas Himalaya s'affronte le long du Tchilam (Jhelam) à la courbure inverse des derniers rameaux de l'Iran. À l'Est, au delà du Brahmapoutre, le système subit autour des terres anciennes une torsion violente pour se raccorder à la direction sud-sud-est des monts du Tibet oriental et aux chaînes Naga et Patkaï, orientées sud-sud-ouest.

Les deux cornes que poussent au Nord l'Himalaya et le vieux continent ont pour conséquence un puissant étranglement des plis montagneux contre le massif sérindien à l'Ouest et contre le môle de la Chine méridionale à l'Est. Ces plis formés dans le dernier géosynclinal de la Téthys tibétaine constituent dans l'Occident une double chaîne : au Sud, les plis de la zone fossilifère, dite zone tibétaine, en grande partie éocène, qui côtoie le versant septentrional de l'Himalaya ; au Nord, les plis calcaires crétacés du Karakoram. Les premiers sont déversés au Sud vers la marge du continent hindou, les autres, au Nord vers la Sérinde. Il est probable, bien qu'on n'en soit pas exactement informé, que la p.241 même disposition, habituelle aux formations géosynclinales, se prolonge à l'Est dans le centre du Tibet, où les plis s'épanouissent et se multiplient à mesure que le bassin du Lob et l'Inde s'écartent l'un de l'autre. La direction des plis, parallèle à l'Himalaya, c'est-à-dire sud-est, puis ouest-est, incline à l'est-sud-est en passant dans la subdivision orientale de la Haute Asie. Elle est alors parallèle au Nan-chan. Enfin, ces chaînes neuves se relient aux plis de fond sculptés dans le matériel hercynien des Altaïdes et se butent aux masses résistantes du moyen fleuve Bleu. Le bassin Rouge du Sseu-tchouan, dont les couches continentales, qui ne remontent pas au delà du Jurassique, paraissent reposer directement sur un substratum silurien ou


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