Université Montpellier I faculté de Médecine








télécharger 1.26 Mb.
titreUniversité Montpellier I faculté de Médecine
page2/14
date de publication29.03.2017
taille1.26 Mb.
typeBibliographie
p.21-bal.com > droit > Bibliographie
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   14

II. La personne transsexuelle
II.1. Présentation et définitions
II.1.1. Transsexualisme 
II.1.1.1. Généralités
Le transsexualisme est considéré comme un trouble d'ordre psychique, que l'on appelle aussi syndrome de Benjamin ou dysphorie de genre. Il est défini comme la conviction permanente et inébranlable d'appartenir au sexe opposé en l'absence de toute anomalie physique, hormonale, ou chromosomique, et de toute autre anomalie psychique.

On appelle "transsexuels" des hommes ou des femmes qui déclarent reconnaître qu'ils ont un sexe d'homme ou de femme, mais que ce sexe n'est pas celui auquel ils se sentent appartenir. Il y a une contradiction entre le sexe de leur corps et le sexe de leur âme, c'est-à-dire entre leur sexe et leur genre. Ils sont une femme prisonnière dans un corps d'homme ou un homme prisonnier dans un corps de femme. Ils consultent en demandant qu'on leur restitue leur "vrai" corps. Ils ne se sentent pas souffrir d'un trouble mental.

De plus, il y a une préoccupation persistante depuis au moins deux ans de se débarrasser de ses caractéristiques sexuelles primaires et secondaires et d'acquérir celles du genre opposé. En conséquence, le diagnostic n'est pas fait si le désordre est limité à de brèves périodes de stress.

Invariablement, il y a un désir de vivre comme un membre du sexe opposé.

Généralement, ce sentiment est associé à des troubles de la personnalité, les angoisses sont fréquentes, la dépression également. Les tentatives de suicides sont courantes.

Certains professionnels n'appellent "transsexuels" que ceux qui se sont fait opérer: pour eux, être transsexuel, ce serait donc avoir franchi le pas. Ceci va pourtant à l'encontre du désir de beaucoup de transsexuels de se fondre, après l'intervention, dans la masse des hommes et des femmes, et d'être simplement un homme ou une femme, et surtout de ne pas s'afficher comme transsexuel.

La fréquence de survenue de cette "maladie" est estimée à environ 1 cas pour 100 000 habitants en France, selon les statistiques officielles. Elle varie entre 1 pour 20 000, et 1 pour 100 000 selon les pays.

Il faut savoir cependant que les statistiques officielles ne prennent en compte que les patientes effectuant leur changement de sexe en France. Or, il est très courant dans la communauté transsexuelle de se faire opérer à l'étranger, notamment en Belgique, en Angleterre, en Thaïlande, aux Etats-Unis…

II.1.1.2. Classifications
La transsexualité est actuellement classée par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) parmi les maladies mentales dans la catégorie "déviations et désordres sexuels". Elle est donc considérée comme une "maladie".

Le DSM IV (manuel de classification des maladies mentales de l'association américaine de psychiatrie) répertorie le transsexualisme dans le chapitre "désordres sexuels et troubles de l'identité de genre".

Le DSM-IV définit cette maladie par quatre points:

  1. Identification intense et persistante à l'autre sexe.

  2. Sentiment persistant d'inconfort par rapport à son sexe ou sentiment d'inadéquation par rapport à l'identité de rôle correspondante.

  3. L'affection n'est pas concomitante d'une affection responsable d'un phénotype hermaphrodite.

  4. L'affection est à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.



II.1.1.3. Transsexualisme primaire et secondaire
L'ordre des médecins distingue deux types de transsexualisme.

On parle de transsexualisme primaire lorsque la conviction de posséder un sexe anatomique différent du sexe psychologique est très profonde, qu'elle remonte à la lointaine enfance et n'a jamais ou rarement changé au cours du temps. C'est un sentiment permanent qui ne variera jamais. Le sentiment et la conviction sont clairs, affirmés, évidents. La personne a pris conscience de sa transsexualité avant d'avoir vraiment vécu dans le genre de sa naissance.

On parle de transsexualisme secondaire lorsque, dans la plus lointaine enfance, les personnes ont pu avoir une conviction forte d'être de l'autre sexe ou avoir des désirs puissants d'être de l'autre sexe, puis ce désir ou ces sensations ont été refoulés (à l'adolescence et à l'âge adulte). Ce sentiment réapparaît régulièrement. La personne a tenté d'assumer son genre de naissance avec ou sans conscience de son état. Le diagnostic est alors plus difficile. Lorsque la personne est mariée, les médecins refusent généralement de l'opérer tant qu'elle n'a pas encore divorcé.

II.1.1.4. Étiologies
On ne connaît pas encore la cause biologique qui détermine l’identité sexuelle, ni pourquoi il y a un dysfonctionnement chez certains. Les recherches sont menées en endocrinologie et en biologie, en génétique et en psychiatrie. En l'état actuel des connaissances, il s'agit d'un trouble psychique, dont les causes ne sont pas encore connues.

Plusieurs études médicales ont été pratiquées, mais aucune anomalie génétique ou endocrinienne n'a jamais été constatée.
Parmi d'autres hypothèses invoquées, il se pourrait que la qualité et la quantité de l'imprégnation hormonale reçue par l'embryon au cours de la grossesse jouent un rôle dans la survenue du transsexualisme "primaire", qui touche autant les garçons que les filles.

Les travaux récents de Zhou et Hofman (1995) reposent la question d'une étiologie biologique au syndrome transsexuel.

L'étude post mortem du noyau de la strie terminale situé dans l'hypothalamus postérieur, intervenant dans la commande des comportements sexuels, au moins chez l’animal, montre une différence de taille significative entre hommes et femmes. Ces différences anatomiques permettent à ces auteurs de formuler l'hypothèse que l'identité de genre s'acquiert avant la période fœtale par une interaction entre les hormones sexuelles et les structures cérébrales en cours de développement. En effet, lors de l’étude des cerveaux de six transsexuels (à corps d’homme mais convaincus d’être des femmes), ces chercheurs ont trouvé des dimensions féminines à ce noyau.
La plupart des auteurs contemporains, psychiatres et psychanalystes, qui se sont penchés sur l'étiologie de la transsexualité optent pour l'explication psychogénétique.

II.1.1.5. Traitements
Il a d'abord été tenté de traiter les patients par psychothérapie. Après de très nombreux échecs, il est désormais considéré que le traitement donnant les meilleurs résultats est un traitement hormono-chirurgical. La plupart des patients ayant suivi ce traitement hormono-chirurgical bénéficient d'une réduction significative de leur souffrance psychique, et d'une amélioration, significative également, du fonctionnement social et professionnel.

II.1.2. Sexe versus genre
Selon Foucault (6), la notion de sexe regroupe des éléments anatomiques, des fonctions biologiques, des conduites, des sensations, des plaisirs. Être sexué(e), c'est être assujetti(e) à un ensemble de régulations sociales.

Freud a expliqué que la biologie, la psychologie et la sociologie déterminaient les termes "féminin" et "masculin". En effet, les caractères sexuels secondaires sont engendrés par le "programme génétique".
Selon Morris (7), le genre est plus réellement une façon de vivre et d'aimer qu'une quelconque combinaison d'organes génitaux, d'ovaires et d'hormones. C'est ce qu'il y a d'essentiel en soi, la psyché.

Selon Augst-Merelle A. et Nicot S. (8), le genre est l'identité sexuée psychique. C'est le sentiment intime d'être une femme ou un homme. Le genre résulte d'une identification à un rôle social et à des stéréotypes culturels qui définissent les comportements masculins et féminins. Le genre n'est pas nécessairement congruent au sexe: une personne mâle peut très bien s'identifier au rôle féminin et être ainsi de genre féminin.
Les mots mâle et femelle désignent le sexe; masculin et féminin sont les genres, et bien que ces conceptions se recouvrent en partie, elles ne sont pas synonymes.

II.1.3. Sexualité et orientation sexuelle
La sexualité et l'orientation sexuelle sont indépendantes du genre et du sexe.

Il existe des personnes dont le genre et dont l'orientation sexuelle correspondent à leur sexe. Un individu mâle de genre masculin, attiré par les femmes est un homme hétérosexuel.

Il existe également toutes les combinaisons possibles de ces trois composantes. Par exemple, des transsexuels homosexuels, c'est-à-dire par exemple des individus de sexe mâle, de genre féminin, attirés par les femmes. Les transsexuels MtF attirés par les hommes sont considérés comme hétérosexuels.

II.1.4. Femme et féminité
Selon Augst-Merelle A. et Nicot S. (8), une femme est une personne de genre féminin, sans considération de sexe; et une femelle est une personne de sexe femelle, sans considération de son genre.

Etre femme, c’est une façon de se comporter en société, de s’habiller, de s’exprimer, de se déplacer, de sourire, de dire des choses. Être une femme, c'est aussi en général être plus souple dans ses rapports avec les autres, être plus fluide dans ses mouvements.

Simone de Beauvoir écrivait qu'on ne naît pas femme, mais qu'on le devient. Cela sous-entend que la féminité se construit plus par le social que par le biologique.

II.2. Prise en charge
II.2.1. Diagnostic
En France, avant toute intervention chirurgicale ou même toute prescription d'hormones, on impose un protocole d'évaluation et d'observation psychiatrique, d'une durée de deux ans minimum avec une équipe pluridisciplinaire composée d'un psychiatre, un endocrinologue, et un chirurgien.

Étant donné que le transsexualisme est fondé sur la conviction d'appartenir à l'autre sexe, il se situe dans le domaine psychique, selon l'avancée actuelle des recherches. Le traitement se situe donc logiquement dans ce même domaine, à savoir sous la forme d'une psychothérapie. C'est la première démarche à entreprendre. Ce n'est que si le traitement psychothérapeutique n'amène ni une modification de la conviction ni une acceptation sereine de la discordance entre l'identité sexuelle ressentie et le sexe de l'apparence physique et de l'état civil, que la démarche visant à modifier l'apparence physique et l'état civil peut être envisagée.
Le protocole diagnostique consiste à préciser les caractéristiques de sa dysphorie de genre, la nature de celle-ci et ses éventuelles conséquences psychosociales. Il se compose d’une évaluation psychiatrique, d’un bilan psychologique, d’un bilan endocrinien, et d’un bilan chirurgical.

Jusqu’au terme de cette période, sont proscrites les prescriptions d’œstrogènes chez les hommes, de testostérone chez les femmes, et toute intervention chirurgicale destinée à modifier les caractères sexuels du sexe biologique.

C'est seulement à la suite de la période de deux ans d'observation, d'évaluation et de diagnostic, que le traitement hormonal et les interventions chirurgicales pourront commencer, dans la mesure où le diagnostic de transsexualisme est maintenu.

II.2.1.1. Évaluation psychiatrique
L’objectif de cette évaluation est d’établir un diagnostic positif de trouble de l’identité de genre, et de rechercher d’éventuelles anomalies mentales pouvant contre-indiquer le THC (Traitement Hormono-Chirurgical): transvestisme fétichiste, schizophrénie avec idées délirantes de thématique de métamorphose sexuelle, psychopathie avec demande de traitements hormonaux féminisants à visée utilitaire. Cette évaluation consiste en des entretiens réguliers au cours desquels est effectué, de façon traditionnelle, un examen psychiatrique complet. La psycho-biographie doit être minutieusement reconstituée et, dans la mesure du possible, précisée et nuancée par l’entourage, en particulier par les parents. 
II.2.1.2. Bilan psychologique
Réalisé par des psychologues cliniciens ayant acquis une expérience dans ce domaine, le bilan psychologique comporte des tests de niveau (vocabulaire, logique abstraite) et des tests de personnalité (tests projectifs et questionnaire). Il contribue à la pluridisciplinarité de l’approche clinique. Le bilan psychologique permet de repérer ou confirmer des troubles de la personnalité qui sont parfois masqués par une cristallisation autour de la dysphorie de genre. Il apporte également des éléments d’appréciation du risque de décompensation, en particulier psychotique ou de passage à l’acte suicidaire. Il permet, enfin, de situer la demande de changement de sexe dans un contexte psychologique plus large. Le questionnaire permet une comparaison empirique entre le fonctionnement psychologique du sexe biologique et du sexe d'arrivée.

II.2.1.3. Bilan endocrinien
Il est une étape diagnostique et pronostique essentielle pour le patient tout en contribuant à une recherche biologique de large spectre sur le trouble dont il souffre. Ils ont un triple objectif dans l’esprit du protocole d’évaluation :

- La recherche clinique et biologique d’une affection susceptible d’entraîner ou de favoriser un trouble de l’identité de genre. Selon le DSM-IV, le trouble de l’identité de genre n’est pas concomitant d’une affection responsable d’un phénotype hermaphrodite. Ce bilan est donc le plus souvent « normal » et confirme l’intégrité du système hormonal.

- L’examen clinique détaillé permet d’évaluer les caractères sexuels secondaires et des organes génitaux externes avant leurs éventuelles modifications ultérieures.

- La recherche d’affections ou anomalies qui pourraient contre-indiquer un éventuel traitement hormonal ultérieur, comme un adénome hypophysaire, un A.V.C., ou un diabète non équilibré, par exemple; sachant qu’après castration, ce traitement sera indispensable et définitif.
II.2.1.4. Bilan chirurgical
Le bilan chirurgical comporte un examen clinique permettant de constater l’état des organes sexuels, de rechercher des anomalies physiques susceptibles de gêner une éventuelle intervention ultérieure (obésité majeure par exemple) et d’éliminer une contre-indication opératoire (troubles de l’hémostase, décompensation d’une séropositivité…).

II.2.2. Diagnostic différentiel

Il convient de différencier la transsexualité des affections biologiques que sont :

- les états intersexuels d'origine organique qui sont en relation avec une aberration chromosomique (vrai et faux hermaphrodisme). Selon les définitions adoptées dans les classifications internationales des maladies, les personnes transsexuelles sont exemptes de signes biologiques d'intersexuation, dans l'état actuel de nos connaissances et de nos moyens d'investigation.

- une affection endocrinienne.
Il convient aussi de différencier les personnes transsexuelles :

- des transgenres qui vivent comme les personnes du sexe opposé sans pour autant avoir le désir de subir les opérations chirurgicales,

- des travestis qui ont conscience d'appartenir à leur genre et sexe biologique,

- des psychotiques,

- des délirants,

- des masochistes,

- de certains homosexuels masculins ou féminins travestis,

- des fétichistes,

- des convictions sexuelles qui peuvent apparaître lors de certains syndromes psychotiques,

- des personnalités psychopathiques et antisociales avec prostitution,

- de la schizophrénie.


II.2.3. Traitement hormonal et réassignation sexuelle
La cause de cette anomalie qui touche l'identité de genre étant inconnue, son traitement ne peut être que palliatif. Parmi les différents traitements envisagés (neuroleptiques, psychothérapie), il a été démontré que la prise en charge la plus efficace était une transformation hormono-chirurgicale du patient, dans le sens de sa conviction.
Avec la condition formelle que cette transformation physique s'accompagne sur le plan juridique d'un changement d'état civil, il a été observé avec un recul d'une vingtaine d'années que l'équilibre et la qualité de vie de ces patients ont été considérablement améliorés.

Des études longitudinales telles que celle de Revol M., a, , ServantJ.-M.,a et Banzet P., (9), ou celle de Krege et coll (10), montrent qu'une très faible proportion des patients ayant subi une transformation hormono-chirurgicale comme traitement du transsexualisme regrettent cet acte.

II.2.3.1. Traitement hormonal
Dès que la décision de THC (Traitement Hormono-Chirurgical) a été prise, le traitement hormonal peut être initié. Dès cette phase initiale, un dossier est établi et transmis au Service Médical de l'Assurance Maladie pour l'ouverture de la prise en charge.

La mise en place du traitement hormonal est précédée d'un bilan biologique qui pourra être répété le cas échéant.

Il comporte deux phases: la première prévoit un traitement anti-hormonal, anti-androgénique, chez l’homme. Les effets de ces deux traitements sont réversibles. La deuxième phase comporte une œstrogénothérapie, chez l’homme. Ces prescriptions ont des effets irréversibles ou partiellement réversibles.

Il faut ajouter que la prise d’hormones, si elle suffit à aggraver la voix des transsexuels, ne modifie guère que d’un demi-ton celle des transsexuelles.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   14

similaire:

Université Montpellier I faculté de Médecine iconÉconomies d’eau : Réutilisation des eaux de pluie
«Eaux» de l’Afssa 15 cnrs- umr 5119-Université Montpellier 2- montpellier 16 ehesp- rennes 17 Laboratoire de Santé publique et Environnement-Faculté...

Université Montpellier I faculté de Médecine iconAdresse professionnelle : 39 Rue de l’Université, 34000 Montpellier

Université Montpellier I faculté de Médecine iconFaculte de medecine et de pharmacie -rabat

Université Montpellier I faculté de Médecine iconRecherche en sciences infirmières, point de vue du doyen de la faculté de médecine d’Angers 5

Université Montpellier I faculté de Médecine iconThèse présentée à la Faculté des études supérieures de l’Université de Montréal

Université Montpellier I faculté de Médecine iconThèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l'Université...

Université Montpellier I faculté de Médecine iconDe la franc maconnerie a montpellier
Écrit à son ami Pierre Jacques Astruc, conseiller maître en la cour des comptes, aides et finances de Montpellier

Université Montpellier I faculté de Médecine iconDept de medecine generale / universite paris diderot

Université Montpellier I faculté de Médecine iconGhizlane el kafz
«Génie et Gestion de l’eau et de l’environnement» Faculté des Sciences de Rabat, Université Med V d’agdal

Université Montpellier I faculté de Médecine iconFaculté de médecine d’Alger
«alcool» a pour origine le mot Arabe Al Koh’l qui désigne une poudre subtile, très fine à base de stibine : le sulfure d’antimoine....








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com