Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage








télécharger 1.51 Mb.
titreUniversité de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage
page9/27
date de publication27.03.2017
taille1.51 Mb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > droit > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   27

-ārĭu(m) > -> - > -> - > - > -.
-ārĭa(m) > - > - > - > --.
Pour ce suffixe, la réalisation de la voyelle palatale varie cependant quelque peu en gascon « noir » puisque le degré semi-fermé - existe aux points 672, 674O, 680 et 680N, mais aussi à 664S dans l’aire occidentale. Arnaudin donne - pour Mimizan alors qu’il entend - à Labouheyre326. Nous pensons qu’à ce timbre semi-fermé, il faut préférer le timbre moyen [-ẹ]327. Cette évolution semble conforme à celle qui a cours au centre de la péninsule ibérique avec –ārĭu(m) > -- > -- quand l’ouest conserve --328. Cependant, -() reste la forme très largement majoritaire, non seulement du gascon « noir » mais encore du gascon en général. Comme le rappelle Sauzet329, Ronjat y voit une surévolution d’un protoforme -ièir-, -ièira-, lequel Ronjat se trompe d’ailleurs pour Bayonne et Condom qui ne connaissent pas, du moins aujourd’hui, -èira. Dès le Moyen-Âge, d’après la scripta, -èir et –èira n’étaient présents qu’au nord-ouest d’une ligne Bayonne-Bazas330. Aujourd’hui, l’isoglosse passe plus au nord pour le féminin et encore plus pour le masculin. Le premier  de -- a sans doute été éliminé avant qu’il n’ait pu fermer --, sans quoi la voyelle noyau aurait abouti à --331 en gascon « noir » et les deux suffixes –ārĭu(m) et –ōrĭu(m) se seraient confondus. Le gascon occidental et « noir » ont peut-être conservé le I pour éviter la fermeture et par répugnance pour  vers lequel on se serait alors dirigé. D’autre part, l’évolution  >  était achevée avant l’évolution -tr- > -dr- > --332. Pour les autres aires, hors Gascogne, où la palatalisation régressive apparaît, Sauzet pense plus à un vestige qu’à une innovation et voit le changement gascon comme plus tardif que celui de l’occitan, raison essentielle pour laquelle ce phénomène y est plus général. Cette hypothèse va contre Ronjat333 qui postule que les palatalisations  >  semblent beaucoup plus récentes que dans les parlers de la Gascogne. Bec334 signale  >  en gallo-italien et Bourciez remarque la même évolution  >  en Haute-Italie335. On peut alors supposer que le phénomène est plus ancien et plus général en Gascogne et que, pour être ancien en provençal et en languedocien, il l’est moins qu’en gascon où l’évolution est allée plus loin, ce qui signifie peut-être qu’elle a eu plus de temps pour le faire. Nous n’oublions cependant pas Anglade pour lequel les plus anciens représentants de ce suffixe sont des formes en < –er > ou < –eir > dans des textes limousins où l’on trouve même < –ir >336. L’hypothèse de Bec, qui avançe un traitement gascon en continuité avec le traitement ibérique et replace ce trait « …Dans l’ensemble des faits de palatalisation régressive de la diphtongue  »337, agrée à Sauzet car la « …Gascogne est un foyer, lié aussi à l’espace ibérique, d’où partent des évolutions affectant largement le domaine d’oc… Le déploiement géographique en est un bon exemple »338. Allières dit la même chose des traits ibériques communiqués à toute la zone centrale de l’occitan par la Gascogne339. Ce déploiement géographique et l’intensité décroissante du phénomène semblent précisément démontrer une progression géographique et chronologique depuis la Gascogne vers le Languedoc et non l’inverse. Pour les zones les plus orientales et septentrionales, la palatalisation semble pouvoir se rattacher aux phénomènes italiens et peut-être au vieux fonds celtique. La carte cumulative n° 12 présente l’aréologie des réalisations des deux suffixes –ārĭu(m) et –ōrĭu(m). Aux vues des isoglosses, nous pouvons supposer que l’évolution gasconne de ces suffixes, qui consiste essentiellement en l’effacement du yod postnucléaire est, une fois n’est pas coutume, une innovation venue du sud (par l’Espagne ?) et que seul le nord n’a pas atteint le stade ultime de cet effacement.
2-2-1-4-Les réalisations des voyelles accentuées dans les morphèmes verbaux :
Le vocalisme tonique du système verbal en gascon « clair » comporte six unités distinctives , , , ,  et  alors que l’occitan en compte sept puisqu’il possède le timbre vélaire  à l’imparfait de l’indicatif (IIMP). C’est également le cas du gascon sud-occidental, en Comminges, Couserans et dans la Gascogne toulousaine où l’IIMP de type languedocien prévaut.
Mais, ici encore, le gascon occidental et par conséquent sa variété « noire » dérogent à la règle car, si gascon et occitan ont un système à quatre degrés d’aperture dans la série palatale, la variété occidentale, en ayant éliminé l’opposition  ~ , connaît un système à trois degrés340. Le gascon médoquin possède même un système vocalique tonique qui ne



compte que quatre unités distinctives du fait de l’absence des timbres labiopalatal  et vélaire . Il est suivi en cela par la petite zone de l’Entre-deux-Mers que nous avons déjà citée341. Allières note cependant que 650N, 681S et 681SE possèdent des désinences en -i- au F et au C, mais aussi une variante -- de l’infixe « inchoatif » normalement représenté

par --. Il remarque également quelques IF oxytons en - à 650E, 650 et 643NO, qu’il relie aux G de classe II en - de 653 et 653O. Il refuse la commode explication de l’analogie en rappelant l’évolution  >  de la voyelle tonique du lexème () > () <sec(a)ressa > sec(a)rissa>, « sécheresse »342.
Pour ce qui est du gascon « noir » des Landes, il existe bien six unités distinctives mais ceci est dû à l’insertion de la voyelle arrondie  dans la série labiopalatale. Sa partie girondine, conformément au vocalisme qui a cours dans ce département, en dehors du Bazadais, a également éliminé le timbre vélaire  qui est remplacé par  dans les paradigmes du PT et ceux du SIMP des verbes de classe II :
Créder  ; croire
« noir » landais « noir » girondin
PT SIMP PT SIMP

credo(r)i credossi creduri credussi

-   

credós/-dóres credossis credures credussis

/-s   

credó(t) credossi credut credussi

()   

credom /-dórem credóssim credúrem credússim

-   

credotz /-dóretz credóssitz credúretz credússitz

-   

credon/-dóren credóssin credúren credússin

-   
Tableau récapitulatif du vocalisme tonique en gascon « noir »


Positions

ANTÉRIEURES

POSTÉRIEURES

Labialité

Aperture

Étirées

Arrondies

Étirées

Arrondies


1 Fermées
2 Semi-fermées
Moyennes
3 Semi-ouvertes



















4 Ouvertes




D’après la carte 2210 de l’A.L.G., le système vocalique tonique du gascon « noir » comporte sept unités distinctives, ce qui ne va à l’encontre ni du gascon ni de l’occitan. Passy écrit la même chose qui ajoute que le landais n’a pas de voyelles aussi ouvertes ni aussi fermées que le français, en précisant que ce n’est qu’une nuance343. Cet auteur ajoute qu’elles ont tendance à se diphtonguer en s’ouvrant légèrement vers la fin344, phénomène que l’A.L.G. ne note pas mais que nous croyons pouvoir confirmer du fait de notre pratique de ce dialecte gascon. Nous confirmons également, après expériences personnelles, la légère nasalisation de ces voyelles que remarque Passy après une consonne nasale ou avant un . Mais l’auteur écrit que ce ne sont que des nuances qu’il n’est pas utile de noter. Le système vocalique tonique du gascon « noir » possède cependant un système à trois degrés d’aperture dans la série des voyelles palatales non arrondies. Le second degré semi-fermé fait défaut et cela va contre ce qu’on observe en gascon et en occitan, qui connaissent un système à quatre degrés. Par contre, ainsi que le fait remarquer Allières345, cela correspond exactement aux systèmes castillan et basque, qui ont également éliminé un degré dans la série palatale. Ainsi, toujours selon Allières346, le gascon occidental prolonge l’aire basque en ayant éliminé l’opposition ~e. Il possède enfin trois classes de localisation. Dans les systèmes à trois lieux d’articulation, la classe moyenne ne peut avoir plus de phonèmes que les deux autres classes mais elle peut en avoir moins347, et c’est alors le degré des voyelles les plus ouvertes qui est incomplet. La classe moyenne de localisation peut n’être alors représentée que par un phonème348. C’est exactement le cas du gascon occidental « semi-noir » et « clair » à trois degrés d’aperture349 :
Le vocalisme du gascon occidental « clair » et « semi-noir »


Positions

ANTÉRIEURES

POSTÉRIEURES

Labialité

Aperture

Étirées

Arrondies

Étirées

Arrondies


1 Fermées
2 Semi-fermées
Moyennes
3 Semi-ouvertes

















4 Ouvertes




2-2-2-Les voyelles prétoniques :
Ronjat écrit qu’il existe plusieurs sortes de voyelles prétoniques350. Celle qui se situe entre l’initiale et la tonique est dite intertonique, celle qui est séparée de la tonique par une ou plusieurs prétoniques s’appelle contretonique et celle qui précède directement la tonique est dite directe. En occitan, le système vocalique prétonique compte cinq unités qui sont , , , ,  351. Ces voyelles préaccentuelles ont partout trois degrés d’aperture dans la série palatale et éliminent également un degré dans la série vélaire352. Ainsi les oppositions  ~  et  ~  sont neutralisées pour laisser place aux archiphonèmes E et U. La voyelle initiale bénéficie d’un accent d’attaque du mot et elle se maintient généralement353. Cependant son timbre, plus étroit que celui de la tonique, favorise la fermeture ainsi que les dissimilations. Ainsi les voyelles prétoniques sont sujettes à mutation du fait des phénomènes d’assimilations, dissimilations ou différenciations354. Quant à la prétonique interne, elle a le même traitement que la voyelle finale, comme si le mot était en deux parties, chacune se comportant comme un mot autonome355. Le gascon ne se dissocie pas du reste du domaine d’oc mais, comme nous allons le voir, ses variétés occidentales font encore preuve d’une certaine originalité. Une étude plus poussée du vocalisme préaccentuel « noir » révèle en effet que le littoral landais exprime cette originalité, en accord avec les phénomènes qui intéressent les voyelles accentuées.
2-2-2-1-Les voyelles antérieures :
Nous verrons successivement les cas des voyelles palatales et labiopalatales. Pour illustrer notre propos, nous avons choisi une série de lexèmes à partir des exemples donnés par Lalanne et dont la majeure partie fait également l’objet de cartes dans l’A.L.G. Selon Passy, que notre étude ne démentira pas, il y a quatre voyelles prétoniques en gascon « noir », , , , , à laquelle il faut bien entendu ajouter 356.
2-2-2-1-1- :
-filicārĭa(m) > i < hiuguèira >. La voyelle primitive a été conservée à 630S (aspiration de F exceptée) et à 672NO. Pour le second point d’enquête, il s’agit peut-être d’un phénomène de dissimilation après évolution d’un  antérieur. Le point voisin 672 ne connaît d’ailleurs que  . La forme  recouvre une grande partie de la Gironde. On trouve () aux points 645NE, 645 et 548. Les trois formes en ,  et  sont généralement celles de la Gascogne orientale. (Carte A.L.G. 168)
-lignārĭu(m) > i < linhèr > , « tas de bois de chauffage ». C’est cette forme, ayant conservé la voyelle primitive, qu’on trouve en gascon « noir » central. Elle est attestée par Arnaudin et Méaule357.
-ēruca(m) >  < iruca > , « chenille ». Pour cette voyelle prétonique, le timbre palatal fermé se rencontre aux points 690, 681S et 681SE. (Carte A.L.G. 55)
-exāmĕn > / < ixami/e > , « essaim ». La forme en  n’est pas majoritaire dans l’aire « noire » puisqu’on ne la rencontre qu’aux points 672, 674O, 680N, 680, 690E et 691O. Elle apparaît également en « semi-noir » médoquin aux points 650 et 650E. Le reste du gascon « noir » donne majoritairement / avec cependant deux étranges  à 681S et 681SE, puis deux formes où la prétonique est élidée  aux points 681N et 680S. Les formes en  se retrouvent sporadiquement en gascon oriental à Riscle (676), Cadours (659SE), Beaumont-de-Lomagne (659), Seilh (760NE) et Saint-Ybars (772O) mais également en languedocien à Puymirol (648NE) et Moissac (649) et enfin en aragonais à Benasque (E4). Les formes en  apparaissent sporadiquement en gascon occidental ou oriental mais également en catalan, à Esterri d’Aneu (E5). Ceci tend à démontrer que la fermeture en  n’est pas propre au gascon occidental ou « noir », même si c’est son aire de prédilection. (Carte A.L.G. 447, M 346)
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   27

similaire:

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage icon7- département des sciences fondamentales

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconEr Faculté des Sciences, Département de Géologie. 2013-2014

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconEmmanuel Leriche
«Mécanique» est proposé à l’Université Lille IL s’inscrit dans le domaine «Sciences, Technologie, Santé» et est accessible via le...

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconC département de Sciences Physiques Durée : 2 h

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconAdresse postale : 3 bis rue de Castanet, 31400 toulouse
«Écriture de scenario de long-métrage», 2e partie du scenario. La 2e partie du Master II consiste en des cours de littérature celtique...

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconUniversite de droit, D’economie et des sciences d’aix marseille

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconFaculté des Sciences Département d’Informatique Masters : Socle Commun...
«génération des nombres pseudo aléatoires» qui est primordiale pour les différentes applications, qui sont

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconGhizlane el kafz
«Génie et Gestion de l’eau et de l’environnement» Faculté des Sciences de Rabat, Université Med V d’agdal

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconDépartement Milieu Physique Paysage Territoire
«Sciences Humaines et Territoire», IL s’agira pour la personne recrutée d’éclairer le rôle de l’expérience sociale du fait alimentaire...

Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage iconUn défi pour la décennie S’allier contre la banalisation de la prostitution
«Théories féministes» lors du séminaire fem-6000, de la Faculté des sciences sociales à l’Université Laval








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com