Université de Toulouse-Le Mirail Département des Sciences du Langage








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-ūna(m) >  >  >  < u(v)a > i(v)a > , « une ». (Carte M 81 et 26)
-lūna(m) >  >  >  < lu(v)a > li(v)a > , « lune ». (Carte A.L.G. 1010, M 739).
-lăgūna(m) >  >  >  < lagu(v)a / lagui(v)a > , « lagune ». (Carte M 424)
-prūna(m) >  >  >  < pru(v)a > pri(v)a > , « prune ». (Cartes A.L.G. 169-170, M 183)
-cūna(m) >  >  >  < cu(v)a > qui(v)a > , « berceau ». (Carte A.L.G. 760)
-cūlu(m) >    >  < cu / cuu > quiu> , « cul ». (Carte A.L.G. 873)
-molue >  >  < molu(v)a > moli(v)a >, « morue ». (Carte M 380)

-*doas >  >  < du(v)as > di(v)as > , « deux » au féminin. (Carte M 371)
-*tuāre ou tuer >  >  < tu(v)an > ti(v)an >, « (ils) tuent ». (Carte M 278).
L’apparition du timbre  semble bien conditionnée par la labiovélaire puisque  n’apparaît qu’en gascon occidental girondin où L étymologique subsiste sous sa forme gasconne vocalisée . Nous notons également  à Seyches (636) et  à Saleich (790NO). Le premier est peut-être dû à l’influence de l’Entre-deux-Mers tout proche où l’on a . Le second se situe dans une aire qui donne  et à proximité de la petite zone du Savès qui connaît 242, à Martres-Tolosane (781). Le maximum d’intensité du phénomène se situe cependant à l’intérieur du gascon « noir » ; d’une part dans le canton de Morcenx, à Arjuzanx, Arengosse, Garrosse et Ygos, et d’autre part en pays bayonnais, à Anglet, Bayonne, Biarritz, Tarnos, Saint-Martin-de-Hinx et Urt. L’atlas de Millardet donne 4, 14, 5, 7, 12, 13 et 6 comme zone d’intensité maximale. Rohlfs évoque un phénomène tout à fait probable et logique de dissimilation243 ou plutôt de différenciation car les deux phonèmes sont en contact. La présence nécessaire de la semi-consonne labiovélaire semble militer en faveur de la thèse de Lafitte244 selon laquelle le -- intervocalique gascon serait un trait spécifique antérieur à la réalisation --, en fait un conservatisme quand --, qu’on retrouve en Béarn, Chalosse, Médoc, Bordelais et Bas-Adour, serait une innovation d’influence ibérique, via l’occitan moyen ou « languedocien », le Béarn des Moncade et de Fébus ou le castillan pour Bayonne et sa région, du fait d’intenses relations commerciales. L’antériorité de -- par rapport à -- avait d’ailleurs été évoquée par Millardet en 1910245 et les textes médiévaux emploient généralement -u- comme graphème246. Cette mutation n’est également possible que dans la zone où N > V-V abouti à -- comme phonème de substitution. Cette substitution est très ancienne et a précédé les formes en [-y] de  < lūna(m) ou  < lăgūna(m)247. Lalanne248 ajoute quelques lexèmes, tous localisés en gascon « noir », à la liste que nous venons de donner :   « tuile »,  « suif »,  « neige »,  « balais »249, mais il explique toujours la présence de ces  comme découlant d’une volonté de « recolorer » le vocalisme. Nous préférons nous accorder avec Ronjat qui voit dans ce phénomène, ainsi que dans celui que nous avons présenté dans le paragraphe précédent, de simples fait d’assimilations, de dissimilations ou de différenciations250.
2-2-1-3-5-Les diphtongaisons conditionnées :
Après l’allongement des voyelles accentuées à la fin de l’Empire au Ve siècle, les phénomènes de diphtongaison251 ont pu débuter dès le latin tardif du VIe siècle, y compris dans des diphtongaisons conditionnées par certains contextes. Selon Pierret, il s’agit d’un phénomène plus ou moins généralisé dans toute la Romania, dès les IIIe ou IVe siècles252. Bourciez écrit que celles affectant  et  étaient peut-être atteintes dès la fin de l’époque latine mais que celles conditionnées par un élément palatal datent des XIe et XIIe siècles. D’autres auteurs comme Ronjat ou Anglade les pensent plus récentes. Selon Ronjat, ces phénomènes de diphtongaison font partie des grandes innovations romanes et la sollicitation est maximale devant L, moyenne devant V et minimale devant C. Cela explique fŏlĭa(m) >  < huelha > , « feuille » ; bŏve(m) >  < bueu >, « bœuf » et fŏcu(m) >  < huec > , « feu » ; mais jŏcu(m) >  < jòc > , « jeu » ou lŏcu(m) >  < lòc >, « lieu ».

2-2-1-3-5-1-  +  :
Quelques points d’enquête du sud de l’aire « noire »253 ont développé, à l’instar du reste de la Gascogne méridionale et sous l’effet de la latérale , une voyelle transitoire254  ou , pendant logique du phonème  du gascon « clair ». Ronjat signale que cette évolution consistant à développer un phonème intercalaire isolant  palatal de  vélaire est très répandue, s’est manifestée dès le latin tardif ou à l’époque romane, et fait partie des innovations majeures255. Millardet parle d’une ancienne tradition phonétique gasconne et pense que la mutation  >  était en activité quand est apparu ce -- transitoire256. Nous recontrons donc :
-pīla(m) >  < piela, piòla > , « tas »257.
-*fīlatu(m) >  < eshielat > , « filet ». (Carte A.L.G. 1213)
-fīlāre >  < eshialar >, « filer ». (Carte M 484)
villa(m) >  < viela >, « ville ».
2-2-1-3-5-2-  + yod :
Nous avons vu que le produit normal de la voyelle primitive ĕ est le timbre semi-ouvert . Cependant, cette voyelle aboutit au timbre semi-fermé  en présence d’un yod et cette fermeture est conforme à ce qu’on observe en occitan258. Ce yod est souvent anticipé pour former une triphtongue 259, ce qui est une solution plutôt méridionale très présente en gascon pyrénéen  :
- lĕctu(m) > ()() < leit/lheit > < lèit/lhèit > , « lit ». La réalisation normale du gascon est  alors que  est soit marginal, soit concerne l’aire occidentale qui répugne à la réalisation semi-fermée. Cette observation vaut également pour les lexèmes qui suivent. (Cartes A.L.G. 983-984, M 450)
-mĕdiu > () < m(i)ei > , « demi ». (Carte A.L.G. 831, M 677)
-*vĕculu(m) >  < vielh > , « vieux ». (Carte A.L.G. 569)
-hĕri > () < (i)r > , « hier ». (Carte A.L.G. 1034)
Le gascon « noir » arrondit logiquement en () cette palatale semi-fermée, sauf pour le point 664N qui donne 260. Millardet écrit qu’à Labouheyre, et donc en gascon « noir », ces ĕ ne sont jamais passés directement à  mais ont pu d’abord aboutir au timbre moyen 261. Le passage à  ne s’est produit que dans les formes latines ĕ suivies d’un yod. Son hypothèse est donc que l’apparition de  est due à la diphtongue ou à la triphtongue et il donne comme exemple l’IP3 du verbe venir qui est, selon l’infinitif    ,  . Selon lui, cette évolution ĕ >  >  >  aurait abouti au XIVe siècle. Mais cette hypothèse semble infirmée par l’existence d’autres lexèmes où alternent  et comme dans -  < Vierge (Carte M 120)262. Le cas de mĕdiu est intéressant qui a donné  < miei/mei > en gascon « noir » et pas <*mièi/mèi >263, comme l’écrit Ronjat. Ce lexème ainsi que le phénomène  > 264 semblent confirmer l’hypothèse de l’influence de la diphtongue.
-lĕctu(m) >      < leit lheit / lhit >.
-mĕdia > ()  < m(i)ei / mija >.
-*vĕculu(m) >  < vielh >.
-hĕri >            < geir ger ageir ager / idger >.
Pour le gascon « noir », la triphtongue n’est quasi systématique qu’au sud du point 680 ou de la ligne 1, 2, 10, 11. Nous constatons que cette aire méridionale adopte souvent les solutions du gascon pyrénéen (béarnais au sens large) et qu’il s’agit là de conservatismes. La réduction de la triphtongue par la perte de la semi-voyelle pré-nucléaire  daterait, toujours selon Millardet, du XVe siècle. Les endroits où le yod en diphtongue descendante a disparu pour aboutir à  , en conservent cependant une trace phonétique puisque la voyelle tonique, en position finale non entravée, a gardé son timbre semi-ouvert alors qu’elle aurait dû remonter vers le degré semi-fermé 265. De plus, certains points d’enquête ont éliminé la voyelle  pour ne conserver que  :
-lĕctu(m) >  < lhit >, aux points 681, 681N (en concurrence avec ), 681S, 681, 681SE, 690 et 690E.
-mĕdia >  < mija >, aux points 653, 653O, 664, 664N et 674N à l’instar du sud du Bazadais.
Ces évolutions semblent avoir été préférées à *, * qu’on attend normalement en gascon « noir » et qui auraient été les pendants logiques de  et  qu’on trouve en gascon « clair ». Il nous faut signaler ici que  < vilh > est attesté depuis le Moyen-Âge à Bayonne et n’a été remplacé par , sous l’influence du gascon des Landes voisines, que depuis le milieu du XIXe siècle266. Millardet267 note que le même mot est attesté au XIVe siècle à Tartas et dans le Bazadais et il donne comme explication que la réduction de la triphtongue se serait faite, dans ce cas, par disparition de l’élément médial. Il la fait remonter au XIVe siècle268. Le lexème survit encore dans une petite région du nord du Béarn, autour de Lembeye, le Vic-Bilh < Vic-Vilh >269. Ronjat parle du Sud-Bazadais, de Biarritz et de Soustons pour cette réduction -- > --270.
D’autres lexèmes donnés par Ronjat271 peuvent être cités qui illustrent ce même traitement réservé aux E primitifs de căthĕdra(m), fēria(m) et intĕgru(m) / intĕgra(m) qui, après un changement d’accentuation tardif272, deviennent respectivement :
-căthĕdra(m) >      < xèira cadeira / cadira > , « chaise » et « chaire ». (Carte A.L.G. 981, M 524)
-fēria(m) >    < feira / heira > , « foire ». (Carte A.L.G. 1076, M 666)
-intĕgra(m) >        < enteira entieira entira entièra > , « entière ». (Carte A.L.G. 1075)
Ces trois mots présentent des aréologies assez différentes puisque le premier est largement supplanté, au nord d’une ligne incluant 680N, 674, 664, par ce qui semble être un croisement entre « chaise » et < cadèira >273 (et non < cadeira >, car nulle part on ne rencontre < *xeira > *). Le gallicisme  descend jusqu’à 680N et Ronjat274 pense, sans doute avec raison, au français « chaire », qui est la forme ancienne de « chaise », emprunté et arrangé sous l’influence des nombreux mots en < -èira >. C’est d’ailleurs le seul que nous ayons jamais entendu chez nous. Il est homophone de < xèira > , « chaire ». S’il accepte la thèse de l’emprunt, Millardet275 infirme Ronjat en signalant que ce dernier confond souvent les produits de –ārĭu(m) et –ōrĭu(m). Or, le gascon « noir » ne les confond justement pas qui donne -() ~ -. Si < ent(i)eir > et < cadeira > sont des emprunts, Ronjat pense qu’ils sont postérieurs à  >  mais antérieurs à  >  ( selon nous pour le gascon « noir »276). Nous pensons que dans le cas d’un emprunt, une prononciation analogique est possible. Si ces lexèmes ne sont pas des emprunts en gascon « noir », leur voyelle tonique a simplement subi le même sort que celui des lexèmes que nous venons d’étudier. Alors qu’une petite aire centrale du parler « noir » a opté pour une forme en --277, le sud se partage entre --, vers l’est278, et les solutions  et  concernant les mêmes points d’enquête du littoral où nous avions observé 279. Notons, pour l’anecdote, que le basque a emprunté le mot au gascon et donne , conformément à son système vocalique. Nous voyons ici que l’emprunt est soumis à la structure vocalique de la langue qui l’adopte et Jakobson ne dit pas autre chose qui écrit que les mots étrangers sont accomodés au système des phonèmes de la langue qui emprunte. Mais cette adaptation peut n’être que partielle et préserver des phonèmes de la langue d’emprunt280. Seul 681N a opté pour  alors que nulle part nous n’avons *. Le second mot nous pose problème car, si la forme < feira > est très largement usitée, nous entendons souvent < heira > en concurrence et il est surprenant que l’A.L.G. ne le donne qu’en un seul point, 674O, comme archaïsme. Millardet le donne à 1, 2 et 20. Mais ici la mutation ē >  est conforme à la règle. Tous ces lexèmes sont d’ailleurs attestés chez Méaule, Rectoran et bien entendu chez Arnaudin281. Partout ailleurs en gascon « clair », c’est  qui a été choisi, c’est-à-dire avec le phonème , aboutissement normal du ĕ primitif, ce qui semble contredire Ronjat pour lequel l’emprunt est antérieur à  > . Pour la réalisation  de la voyelle tonique de ce lexème, Ronjat pense à un phénomène d’analogie que nous jugeons tout à fait plausible282.
Si nous suivons Millardet, qui donne d’autres exemples avec tĕxere > (), mĕlior >   ou sĕx > , l’évolution serait (ẹ) >  >   avec une évolution ultime  qui traduit la disparition totale des élément semi-vocaliques et indique par conséquent, chronologiquement, l’étape la plus récente.
2-2-1-3-5-3- u + palatale :
Nous savons que les ŭ primitifs ont abouti à  lors des mutations vocaliques du IIIe siècle. Or, conditionnés par une palatale, certains mots ont développé une diphtongue dans une partie du Béarn et de la Bigorre occidentale suivis en cela par les points 681S, 690 et 690E283, où  s’est logiquement arrondi en  sauf à 681S et 690E où l’on a parfois  . Pour la conservation de la diphtongue labiovélaire ascendante  dans , Millardet la situe au sud d’une ligne incluant 4 et 23. Le gascon ne diffère pas de l’occitan qui aboutit généralement aux mêmes formes284 :
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