Bibliographie Sport, encadrement et professionnalisation, Bernardeau D








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I-2- Les suivis professionnels des éducateurs sportifs
Plusieurs enquêtes sont consultables concernant le suivi professionnel des éducateurs sportifs. On peut noter deux grands types d’enquêtes, celles, statistiques, qui portent sur l’origine et le devenir professionnel des éducateurs sportifs et celles qui s’intéressent plutôt à la manière dont les éducateurs exercent leur métier et au sens qu’ils lui donnent. Nous détaillerons surtout les premières dans ce paragraphe. Nous avons recueilli des données régionales et nationales.
Pour l’académie de Lille, une enquête réalisée auprès des titulaires de Brevet d’État d’Éducateur Sportif (BEES) 1er degré montre que ce diplôme est un instrument pour monter en qualification (pour plus du tiers des diplômés). C’est aussi une façon d’accéder à l’emploi pour 65%. Si l’obtention d’un BEES fait baisser le taux de chômage de 19%, les moins de 26 ans souffrent davantage de la précarité et ont un plus fort taux de double activité. Les brevets d’État viennent souvent en complément d’un diplôme fédéral1 et les doubles activités représentent 7% des enquêtés. Ces chiffres sont variables selon les activités physiques et sportives (APS). Celles recensant un taux de chômage plus fort sont l’athlétisme, les activités physiques pour tous, le judo et le tennis de table. Le taux de chômage est en revanche faible ou très faible pour la voile, le volley, le tennis et le football. Le secteur associatif est l’employeur le plus fréquent (45% des éducateurs sportifs), viennent ensuite les collectivités locales (42,7%) et la fonction publique d’État. Dans celle-ci, 30,5% ont un statut de fonctionnaire et 20% sont contractuels. Le secteur commercial est minoritaire. La natation est la discipline la plus recherchée par la fonction publique territoriale avec le football et le judo2.

Une autre enquête menée dans l’Académie de Rouen par la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports3 (DRJS) sur l’insertion professionnelle des stagiaires 7 mois après l’obtention de leur diplôme de février 2006 à février 2007 (170 répondants, 34 BEES) met en avant des résultats similaires. Globalement, le taux d’insertion pour les répondants est très bon chez les titulaires du BEES, notamment dans les spécialités comme l’équitation et le football. L’emploi est en CDI pour 47% des BEES 1er degré contre 34,4% en CDD. Les CDI concernent essentiellement les titulaires du BEES football et métiers de la forme. Les temps pleins représentent 57% de la population et concernent davantage les titulaires du BEES équitation et des activités de la natation.

Concernant les tâches exécutées dans l’emploi, l’étude montre des disparités importantes. Si l’essentiel du travail pour la majorité des BEES ou BPJEPS Activités équestres, activités physiques pour tous restent de l’animation ou de l’entraînement, seul le BPJEPS activités équestres semble déboucher sur un panel d’activités différentes : administration, accueil, secrétariat, animation, enseignement/formation, entraînement, direction de projet, gestion de personnel, gestion de matériel et de locaux, communication4.
Enfin une enquête nationale menée par le CEREQ, et exploitée par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative, permet de mesurer de manière plus large l’insertion des diplômés du BEES1. L’échantillon est constitué de personnes interrogées en 2004 issues de la formation validée trois ans plus tôt (1 090 BEES interrogés sur 8 931 sortis en 2001). Sur cette population, 60% (appelés population post-initiale) avaient terminé leurs études initiales avant de s’inscrire au BEES et ont connu une expérience professionnelle de l’ordre de 7 ans en moyenne, essentiellement dans le domaine du sport et de l’animation. Pour les 40% restants (sortants initiaux), le BEES est passé alors que les études initiales sont en cours. 6 diplômés sur 10 du BEES ont connu un premier passage dans la vie active avant de préparer et d’obtenir leur diplôme. Leur moyenne d’âge est de 28 ans et demi. Les hommes sont très majoritaires. Parmi les sortants initiaux, 42% des diplômés avaient un parent cadre (contre 16% de ceux du bac professionnel tertiaire). Leurs parents sont peu touchés par le chômage.

Le premier emploi est un emploi d’animateur sportif pour 60% des enquêtés. Pour la moitié, cet emploi est le même 3 ans après. Le premier emploi est plus souvent en CDI que pour la moyenne des sortants de la génération de niveau correspondant (40%). Le premier emploi s’inscrit surtout dans le domaine des services au particulier, 50% contre 20% dans l’administration. Le temps partiel touche peu les hommes et beaucoup plus les femmes. Les trois quarts des diplômés du MJSVA n’ont connu aucune période de chômage au cours de leurs trois premières années après l’obtention de leur diplôme, ce qui est une situation plus favorable que la moyenne de la génération (53%). 60% des enquêtés ont gardé le même employeur et la stabilité dans l’emploi est plus forte parmi les post-initiaux. Au cours des trois premières années après la fin de leur cursus universitaire, le salaire médian des diplômés du BEES augmente deux fois plus vite que l’inflation. La mobilité apparaît comme un élément déterminant pour une plus forte augmentation des salaires. 87% des diplômés du MJSVA ont un emploi 3 ans après l’obtention de leur diplôme, ce qui est plus que pour les personnes titulaires d’un niveau IV (9% au chômage, 4% en inactivité). La moitié gagne plus de 12 000 euros par an. Un quart des diplômés du BEES exercent plusieurs emplois en même temps. Cette proportion est plus forte pour ceux dont le niveau d’étude général dépasse bac+3 et pour ceux qui sont en temps partiel dans leur emploi principal. Pour 80%, cette seconde activité représente moins de 25% des revenus.
L’enquête « génération 2001 » du CEREQ2 s’est penchée également sur le devenir des diplômés de la filière STAPS. Concernant l’insertion professionnelle de ces derniers, l’enquête conclut que 8% seulement d’entre eux sont au chômage en 2004. Près de la moitié des diplômés STAPS accèdent en moins de trois mois à un premier emploi qui dure plus d'un an. 64% des emplois sont en CDI. 84% des emplois occupés se situent dans l’administration, le commerce, l’éducation, la santé et l’action sociale, les services aux particuliers. Le salaire médian est de 1200 euros mensuels nets et augmente en fonction du niveau d’étude (1400 euros net pour un troisième cycle). Ces chiffres ressemblent à ceux de l’enquête sur les BEES de la même année. L’explication vient sans doute du fait que pour les BEES 1er degré titulaires d’un diplôme supérieur ou équivalent à la licence (53% de la population), plus de 6 sur 10 sont issus des STAPS (source : ONMAS). Si l’on exclut les doubles caractéristiques, les diplômés STAPS semblent avoir une mobilité dans l’emploi supérieure aux détenteurs d’un BEES. Notons que les titulaires du BEES souvent plus âgés s’insèrent un peu plus rapidement dans l’emploi.
Si, en définitive, ces études mettent en avant un taux d’insertion relativement bon et une configuration générale assez positive pour les titulaires d’un diplôme sportif (notamment BEES ou diplôme STAPS) par rapport à une population jeune équivalente, elles ne doivent cependant pas masquer plusieurs problèmes. D’abord, une certaine précarisation de ces emplois perdure. Elle est soumise à une nécessité de multiplier les employeurs. On constate également une faible mobilité laissant présager de faibles possibilités d’évolution de carrière et une part encore importante de CDD. En outre, la comparaison avec les diplômés STAPS insistant sur l’homologie structurelle des emplois, pose un problème fondamental dans la mesure où les niveaux de diplômes sont souvent très différents. En effet, si le BEES qualifie au niveau IV, les STAPS qualifient essentiellement au niveau III voire II et I. Dès lors, se pose la question de l’architecture des formations et de leur concurrence sur le marché du travail. Plutôt professionnalisant, ce secteur pose le problème de la relation formation-emploi dans un univers social de l’emploi mouvant et tendu, qui, depuis une vingtaine d’années, est soumis pourtant à un travail de réflexion et de modernisation.
I-3- Le problème de la relation formation-emploi
Dans les années 1960-1970, on s’est beaucoup intéressé aux cheminements des formations à l’intérieur du système d’enseignement. On a d’abord analysé le flux des élèves et des étudiants à l’intérieur du système éducatif, leur orientation vers les filières de formation générale ou professionnelle, les retards scolaires, l’obtention ou non d’un diplôme. A partir de la seconde moitié des années 1970, de nombreuses études ont porté sur les trajectoires suivies par les sortants du système éducatif lors de leur entrée sur le marché du travail et sur leur insertion professionnelle, la relation entre leur formation et leur emploi. À l’origine, comme le précise C. Trottier (2001), ces travaux ont été conçus principalement pour répondre aux besoins de gestion et de planification des instances gouvernementales et des établissements d’enseignement. Dans plusieurs pays, des enquêtes sur les cheminements de formation ont ainsi été effectuées. En réalité, la question des rapports entre système éducatif et système productif est au cœur des interrogations sociales depuis le début des années 1960 (Tanguy, 1986). Elle est cependant aujourd’hui posée en terme de relation « formation/emploi ». Caractéristique d’une période de crise faisant suite à une croissance économique corrélative à une extension de la scolarisation, elle est pensée comme une condition nécessaire au développement social, le diplôme devenant une condition de plus en plus nécessaire mais pas toujours suffisante d’accès à l’emploi qualifié.

La question de la relation formation-emploi est, indéniablement, un sujet d’actualité. L’élévation des niveaux d’éducation a connu une phase d’accélération dans la période située entre 1985 et 1995 avec notamment l’élargissement de l’accès au baccalauréat et la poursuite des formations professionnelles1. Le bilan porté sur les effets de ce mouvement, dans un contexte simultané d’aggravation du chômage et de transformations rapides et profondes de l’environnement économique, revêt une importance centrale pour orienter les décisions de politiques publiques futures. Le postulat initial de l’adéquation formation-emploi a été remis en question suite à la crise économique du début des années 1980 (Tanguy, ibid.). De nombreux travaux s’attachent, désormais, à souligner les difficultés de l’harmonisation de cette relation.

Ainsi, par exemple, pour le domaine qui nous intéresse, deux enquêtes portant sur la plongée et citée dans le rapport du Conseil National des Activités Physiques et Sportives2 (CNAPS) mettent en évidence cette difficulté. Il est en effet souligné une désaffection des BEES dans cette activité (enquête SNEPL, 20013) due essentiellement à un manque de compétences des candidats, couplée avec des conditions difficiles de travail. Selon les employeurs, les formations ne leur permettent pas d’obtenir les professionnels dont ils ont besoin (sur le plan technique mais aussi managérial et gestionnaire) et parallèlement, les formés ne trouvent pas dans les emplois proposés ce qui correspond à leur motivation professionnelle et sportive (la faiblesse des salaires et la précarité des emplois sont le plus souvent évoquées)4.

De la même manière, une étude du CARIF-OREF5 des pays de Loire, réalisée par P. Malherbe et H. Slimani (2002), met en évidence les difficultés rencontrées dans la profession d’encadrant en équitation. Celle-ci subit un « turn-over » important avec un fort taux d’abandon (50% tous les cinq ans en effectif cumulé), la majorité des moniteurs occupant leur fonction depuis moins de trois ans. Globalement, les employeurs des centres équestres s’accordent pour constater des difficultés de recrutement d’éducateurs sportifs, lesquels peinent à trouver un emploi qui corresponde à leurs attentes. La relation formation-emploi est présentée comme problématique. P. Malherbe et H. Slimani signalent ainsi une rupture entre la vocation initiale des futurs moniteurs construite autour de l’amour du cheval, de la passion de la pratique intensive et du don de soi (en temps et en argent), avec les conditions objectives du travail au sein des centres équestres. Les auteurs parlent de « vocations désajustées » (p.6) pour expliquer ce phénomène d’auto-exclusion.

Dans le même esprit, une enquête de l’OREF de La Réunion6 pose la question de l’adéquation à trouver entre niveau de formation et exigence du secteur de l’animation socioculturelle et sportive. On peut y lire que « l’analyse des besoins de formation exprimés par les employeurs confirme l’insuffisante concordance entre les profils et les compétences nécessaires à l’évolution et aux nouvelles activités et missions » (p.59). Ainsi, 88% des employeurs font apparaître au premier rang de leurs besoins l’ingénierie et le suivi de projets et 70% exprime le souhait d’un renforcement de la professionnalisation des intervenants.
Cette préoccupation d’adéquation entre formation et emploi est à l’origine d’une importante transformation des diplômes dans le domaine du sport débouchant aujourd’hui sur une configuration nouvelle.

Dans un contexte général de discussion sur la modernisation sociale et la meilleure insertion des apprenants, le MJS a entrepris une vaste transformation de ses formations et diplômes1. Deux lois ont encadré cette rénovation : la loi du 6 juillet 2000 modifiant celle du 16 juillet 1984 (intégrée dans le Code du sport2) et la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2000 introduisant la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience, art. 133) et créant le RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles, art . 134)3 sur lequel seront inscrits les diplômes, titres ou certificats de qualification figurant sur la liste établie par la commission paritaire nationale de l’emploi d’une branche professionnelle (art. L 335-6 du Code de l’éducation). La certification devient alors « une opération ou un document qui authentifie les compétences et les savoir-faire d’un individu par rapport à une norme formalisée par le référentiel d’un diplôme, d’un titre et d’un certificat de qualification professionnelle » (A.M. Charraud, rapporteur adjoint de la commission nationale de la certification professionnelle, CNCP).

Désormais, ce sont les Commissions Paritaires Nationales de l’Emploi (CPNE) des branches professionnelles qui ont compétence pour définir et organiser ces qualifications.

Ces mesures bouleversent la structure des diplômes mais aussi leur mode de création. Les diplômes sportifs ont au départ été élaborés avec les partenaires privilégiés du Ministère que sont les fédérations sportives et se fondent sur plus de quatre décennies d’histoire commune. En effet, les fédérations et l’État ont jusque là défini les besoins en formation des éducateurs, entraîneurs, moniteurs sportifs et travaillé sur le contenu des diplômes, notamment au travers de la loi du 6 août 1963 qui a réglementé la profession d’éducateur physique ou sportif ainsi que les écoles ou établissements où s’exerce cette profession. Faisant suite à cette loi, l’arrêté du 30 juillet 1965 a élaboré une première liste de diplômes autorisant l’encadrement contre rémunération4. La rénovation des diplômes et des formations engagée par le MJS, avec notamment la création de la Commission Professionnelle Consultative (CPC), a désormais pour objectif de professionnaliser les diplômes et d’impliquer davantage les partenaires sociaux dans leur création à partir de l’observation prospective des métiers.

Dans ce contexte, le Ministère du Travail et celui des Sports se sont attachés, dans les années 1990, à remplir le vide conventionnel de ce champ d’activités qui restait un des rares non couverts par une convention collective. La branche professionnelle de l’animation, ayant négocié une convention collective en 1988, a envisagé d’étendre son champ d’application au sport associatif. Le mouvement sportif, prenant conscience des enjeux de sa nécessaire structuration, a créé au début de l’année 1997, le Conseil Social du Mouvement Sportif (COSMOS) reconnu représentatif des employeurs du secteur sportif par le Ministère du Travail. Concernant les organisations professionnelles de salariés, outre les cinq centrales syndicales habituelles, l’Union Nationale des Syndicats Autonome (UNSA), la Fédération Nationale des Syndicats de Sportifs (FNASS) et la Confédération Nationale des Educateurs Sportifs (CNES) ont été reconnues représentatives des salariés du secteur sportif.

Bien avant la reconnaissance formelle des partenaires sociaux dans la branche sport, la question de l’adéquation des diplômes aux métiers a fait l’objet de travaux. En 1991, le MJS élabore un schéma directeur national des formations, notamment par la conception d'une filière de formation couvrant tous les niveaux et offrant des passerelles, des procédures décentralisées et partenariales, le maintien de l'alternance et la reconnaissance des acquis des formations antérieures (VAE).

Mais la création de la Commission Professionnelle Consultative (CPC) modifie profondément le contexte de réflexion. En effet, à côté des représentants du mouvement sportif, siègent désormais les partenaires sociaux des branches de l’animation et du sport qui travaillent ensemble, à partir de l’analyse des métiers existants et émergents, à l’élaboration de nouvelles qualifications dont le BPJEPS (Brevet Professionnel de l’Éducation Populaire et des Sports)1 est le premier diplôme d’État. Les pouvoirs publics et les partenaires sociaux souhaitent par ce diplôme sortir du cadre limité des formations spécifiques et spécialisées des domaines du sport, de l’animation et de l’éducation populaire, qui ne correspondaient plus aux nouvelles exigences du marché de l’emploi. Les contenus de formation de ces nouveaux diplômes sont négociés en relation avec les partenaires et validés par la CPC des métiers du sport et de l’animation. Un objectif essentiel de la rénovation des diplômes consiste à envisager leur création en fonction des situations professionnelles et à les construire en s’appuyant d’une part, sur un référentiel professionnel décrivant les activités d’un métier ou d’un emploi existant ou en création, et, d’autre part, sur un référentiel de certification décrivant les compétences nécessaires à l’exercice du métier ou de l’emploi identifié. Cette réforme est concrétisée par la création initiale de neuf brevets professionnels (activités équestres, activités nautiques, activités physiques pour tous, activités pugilistiques, golf, loisirs tous publics, pêche de loisirs, sports automobiles, techniques de l’information et de la communication2). De plus, il ressort de cette réforme d’envergure, une volonté d’aménagement des rythmes de formation en instituant un régime d’unités capitalisables, de reconnaissance des acquis de l’expérience ou en proposant des examens ponctuels.

Le nouveau système proposé par le MJSVA s’articule donc autour de trois diplômes ayant vocation à remplacer les Brevets d’État à trois degrés : le BPJEPS, le Diplôme d’État Jeunesse, Éducation Populaire et Sport (DEJEPS, qualification de niveau III) et le diplôme supérieur (DESJEPS)3. A cela s’ajoute la création des Certificats de Qualification Professionnelle4 (CQP) censés remplacer les brevets fédéraux (animateur, initiateur, entraîneur…), historiquement développés par les fédérations cultivant ainsi une certaine autonomie par rapport aux formations d’État. Les CQP dans le domaine du sport sont délivrés désormais par les partenaires sociaux de la Commission Paritaire Nationale Emploi-Formation (CPNEF) et permettent essentiellement de pourvoir l’emploi saisonnier, à temps partiel ou bénévole.
Avec ce nouveau dispositif, c’est une réforme en profondeur qui s’opère et qui remet en cause le fonctionnement des deux grands dispositifs publics de formation jusque là en vigueur. L’un, issu de la Jeunesse et des Sports (secrétariat d’État depuis 2007), a été jusqu’à une période récente en position de quasi-monopole en matière de formation professionnelle ; l’autre, le Ministère de l’Education Nationale, subit une croissance importante et de nouvelles exigences en matière d’emplois et de formations. Par ailleurs, avant 1981, l’encadrement du sport et de l’Education Physique et Sportive (EPS) relevait d’un seul et même ministère assurant une sorte de synergie dans l’ensemble des diplômes. Si la loi de 1984, par son article 43 (« Nul ne peut enseigner ou encadrer contre rémunération s’il n’est titulaire d’un Brevet d’État »), assurait une position encore monopolistique à Jeunesse et Sports, la promulgation du décret du 27 août 2004, en application de la loi du 1er août 2003, transforme profondément les choses en précisant que : « Nul de peut enseigner/encadrer s’il n’est titulaire d’un diplôme délivré par l’État », permettant ainsi une ouverture professionnelle importante des métiers du sport aux diplômes STAPS. Structurée autour du dispositif « LMD » (Licence, Master, Doctorat), la filière STAPS est composée aujourd’hui de trois niveaux de diplômes (Licence : niveau II, Master, Doctorat : niveau I), plus le DEUST (niveau III conçu en dehors du système LMD). Ces certifications entrent pour la majeure partie dans le cadre de la loi sur le sport du 1er août 2003 donnant aux métiers de l’encadrement sportif un cadre d’exercice soumis à la délivrance d’une carte professionnelle.

Ces profondes évolutions s’inscrivent, depuis le début des années 2000, dans une vaste réflexion pilotée en partie par la conférence des directeurs STAPS (C3D). Celle-ci se propose de réfléchir et d’œuvrer pour une professionnalisation de leur champ dans l’objectif de favoriser l’accès à l’emploi des titulaires des diplômes universitaires. Il s’agit avant tout de faire reconnaître les diplômes par les branches professionnelles, notamment les Commissions Paritaires Nationales Emploi Formation (CPNEF) qui participent à l’identification des métiers de leur secteur, à la gestion des qualifications reconnues, des certificats de qualification professionnelle et des grilles de salaire. Des liens ont été ainsi créés avec les CPNEF Sport/animation et Santé, Action Sociale, permettant la validation des référentiels diplômes par la CNCP et leur inscription au Registre National des Certifications Professionnelles (RNCP). Le « processus de Madère »1 s’est intéressé aux diplômes professionnels des DEUST, Licence et Licence professionnelle. Le but affiché est de s’inscrire dans l’espace concurrentiel des formations aux métiers du sport souvent occupé par Jeunesse et Sports et de « faire sauter le verrou du monopole de l’emploi dans les métiers du sport exercé par le Ministère des sports pour ses propres diplômés » (Présentation de J. Bertsch, site C3D). La parution le 27 août 20042 du décret d’application de la loi sur le sport permet ainsi l’inscription des diplômes STAPS au RNCP. Des commissions de concertation et de dialogue avec les fédérations sportives ont aussi été créées (comme la convention avec la Fédération Française de Tennis le 30 septembre 2005) permettant de définir des niveaux de qualification, des cœurs de métier, des diplômes à créer. Les qualifications vont des niveaux II et III pour la licence et les DEUST concurrençant directement les diplômes du MJS. Ce processus a conduit à travailler sur l’identification de compétences relatives aux différents diplômes, permettant de constituer les fiches RNCP et constituant aussi les annexes descriptives aux diplômes précisant les compétences spécifiques acquises par l’étudiant.

De son côté, le MJS délivre environ 10 000 diplômes par an dans leur très grande majorité (90%) de niveau IV (BEES, BEATP) et de niveau V (BAPAAT). La contribution de ce Ministère se réduit parfois à un rôle de certification (diplôme acquis sur examen) mais donne le plus souvent lieu à des formations selon une logique d’alternance (contrats d’apprentissage, contrats de qualification) et intégrant la VAE.

Le Rapport J. Camy (op. cit.) fait en 2005 un comparatif des deux voies de formation aux métiers du sport et souligne le décalage entre les formations proposées et l’attente du marché. Décalage portant sur le contenu, trop technique pour le MJS car essentiellement tourné vers la maîtrise d’une technique sportive et de son enseignement, et trop général pour le MEN. Le dernier rapport (Rapport J. Bertsch, 6 mai 2008) fait le même constat. Selon J. Camy, les points forts des diplômes et des formations du MJS résident dans leur lien avec le sport associatif et la forte présence sur le terrain de la formation professionnelle. En revanche, leur faiblesse tient aux moyens insuffisants pour développer une politique ambitieuse ainsi qu’au coût élevé des formations. Le MEN propose lui, au contraire, un système à faible coût pour l’usager et un nombre important de formateurs mais ne dispose pas encore d’une reconnaissance de la formation professionnelle à l’université (même si ce point a considérablement évolué depuis 2002). J. Bertsch constate encore la préférence donnée aux diplômes sportifs spécifiques de Jeunesse et Sports par les professionnels.

Si J. Camy montre que les niveaux de formation restent différents et complémentaires (le MEN qualifiant davantage aux niveaux III, II et I, soit bac + 2 à bac + 5 et le MJS au niveaux V et IV), les cartes, cependant, tendent à se brouiller car le MJS propose dans son plan de rénovation des diplômes de niveaux III et II par la création du DEJEPS et du DESJEPS. Le but est de s’adapter à l’emploi allant de la pratique sportive de haut niveau très spécialisée à la direction de structures d’animation pluridisciplinaires. Ces diplômes attesteraient de l’acquisition d’une qualification dans l’exercice d’une activité professionnelle d’expertise technique et de direction à finalité éducative dans les domaines d’activités physiques et sportives, socio-éducatives ou culturelles. Le DESJEPS est délivré au titre de la spécialité « performance sportive » et d’une mention relative à un champ disciplinaire ; le DEJEPS au titre de la spécialité « perfectionnement sportif » » et d’une mention relative à un champ disciplinaire.
Ainsi, la rénovation des diplômes dans le but de mieux répondre à la volonté d’adéquation formation/qualification/emploi met en lumière un domaine concurrentiel et en pleine transformation qui, restant peu lisible, pose problème et a suscité la demande d’un nouveau rapport publié en 20081. Dans un contexte de forts enjeux politiques que l’auteur n’ignore pas, le rapport propose de remédier à « l’opacité », « la complexité » et « l’illisibilité » des formations aux métiers du sport. Les propositions s’articulent autour d’un certain nombre de mesures visant l’harmonisation des diplômes entre les deux structures de formation : simplification des BPJEPS, multiplication des CQP, création d’un BTS (Brevet de Technicien Sportif) de niveau III du Sport et de l’Animation (remplaçant les DE et les DEUST), création d’une Licence Ergonomie et optimisation de la performance visant la poursuite en Master, remplacement du DESJEPS par la Licence professionnelle, partage du niveau Master entre les universités et l’INSEP. Cette proposition de reconfiguration profonde des formations, qui nécessite une répartition nouvelle des prérogatives entre les structures ministérielles, est différemment accueillie par les acteurs institutionnels concernés et fait actuellement débat.

C’est probablement dans la définition même des connaissances à acquérir que le mouvement général de rénovation va se mettre en place. Les bouleversements sociaux généraux et ceux du domaine du sport en particulier font émerger de nouveaux profils de compétences professionnelles. Cette évolution du contexte socio-économique appelle un bouleversement des dispositifs de formation (rénovation des diplômes du MJS) et des méthodes (rupture avec les pratiques pédagogiques habituelles). La voie de l'apprentissage, inexploitée dans ce secteur, ouvre une perspective intéressante de transformation qui inclut notamment : la prise en compte du processus de la formation dans une logique de filière professionnelle, l'implication directe de l'entreprise dans la définition des besoins nécessaires à l'accomplissement des métiers en la considérant comme un acteur pédagogique essentiel, la rupture avec des pratiques formatives (construites à partir d'ensembles disciplinaires) basées quasi exclusivement sur la transmission des connaissances, pour passer à une logique de construction de compétences professionnelles. La place dominante donnée à l'alternance dans le processus de formation ne fait plus se succéder deux espaces différents (centre de formation/entreprise) mais tente au contraire de les lier en interface et de manière synchrone.
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