Je me souviendrais toujours du moment quand je me suis rendu dans la galerie Surréa boulevard Henri IV en compagnie de ma mère. C’était la première fois que je








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Les jours se succédaient, semblables, ternes, sans saveurs, les uns comme les autres avec cette étouffante monotonie.

Ce chemin de vie semblait lugubre, Anne se sentit très vite comme hors du monde, de ses réalités que sa mère lui dissimulait avec précaution comme pour tenter de manière vaine de la préserver. On sentait un grand vide, une détresse chez madame Nanceau que même ses employés de maison remarquaient sans rien dire.

Le soir, elle avait coutume de s’isoler dans la cuisine, allumer la maudite lumière du plafonnier et elle se mettait à boire au moins une bouteille de son choix provenant des caves.

Parfois, elle s’enfermait durant des heures entières, presque interminables, comme une façon d’oublier ce qu’elle était, sa famille, ses origines, ses secrets ainsi que ses contradictions. L’alcool parfois réveillait en elle sa fureur, une fureur intérieure et lui infligeait malgré elle de grandes crises d’angoisse, parfois même de tétanies incontrôlables .à l’abri des regards encombrants, gênants.

Comme sa pudeur le lui dictait, elle dissimulait soigneusement les cadavres de bouteilles dans une cachette soigneusement sélectionnées, le non dit s’était installé de toute façon avec sa fille ainsi qu’avec les employés, la loi du silence était de mise assez durablement.

Madame Nanceau, désœuvrée, vivait dans un monde illusoire et factice de contrefaçon, de mascarades qu’elle s’était inventée, celui ou elle masquait ses colères, ses peurs les plus profondes. Elle s’était arrangée pour s’ombrager du regard de sa progéniture, finalement voir le moins possible sa fille alors qu’elles vivaient sous le même toit, dans une gigantesque et imposante bâtisse.

D’ailleurs elle ne se rendait jamais aux réunions de parents d’élèves, depuis sa naissance elle se dédouanait constamment, se détachant progressivement de sa fille, laissant le soin de son éducation à des jeunes filles au pair.

Son attitude complaisante apparaissait comme une manière de faire comprendre à sa fille qu’elle ne l’avait point désirée, la subissant comme un fardeau, un paquetage posé là mais imprévu, comme subi.

Un jour, son mari est mort et elle tenta de le dissimuler le drame à sa propre fille pour se dédouaner une fois de plus.

Peu à peu, un non dialogue s’était progressivement instauré de façon irrémédiable, presque insidieuse.

CHAPITRE XVIII

Anne parvint de manière provisoire à extorquer la vérité à sa propre mère durant quelques jours mais la vieillesse vint assez brutalement la rattraper. Sa mémoire semblait de plus en plus déficiente, instable, sa mère n’arrivait plus à se canaliser, se contrôler. Malheureusement son récit restait inachevé et parfois décousu, incohérent. Quelques jours plus tard à la brasserie Lutecia ou elles avaient leurs habitude. Anne tenta à nouveau d’en savoir plus, mais tout à coup elle vit sa mère perdre l’équilibre, tomber, trébuchant dans les escaliers, se fracturant entièrement le col du fémur.

Madame Nanceau demeura paralysée pendant quelques instants, Anne eut le sentiment que cela durait une éternité.

Quelques minutes plus tard, le Lutécia appela les urgences, ainsi que le SAMU et ils l’emmenèrent en urgence à l’hôpital avec l’aide des ambulanciers, allongée sur une civière.

Sa mère avant son transfert évoquait un champ de vision flou, trouble et difficile.

Anne observait la scène comme un témoin, extérieur, presque étrangère, épuisée nerveusement et moralement, se sentant à peine concernée. Elle n’était guère émue, pourtant les derniers jours avaient été riches en émotions.

La mère et la fille ne s’étaient finalement jamais comprises, désarmées, ne sachant comment s’affronter mutuellement.

Dans la chambre d’hôpital, après les examens, une infirmière, vint la voir dans la salle d’attente et lui dit de manière assez rude «  Vous savez votre mère aura besoin de soutien…Oui….Il faudra qu’elle vive désormais avec des auxiliaires de vie ou bien en maison de retraite…Votre mère vient d’avoir un accident vasculaire cérébral».

Anne semblait absente, son regard en disait long, ses silences, son esprit était déjà parti ailleurs.

Elle comprit que sa mère était devenue encore plus vulnérable en si peu de temps, sa mère devint une sorte de miroir le sien, un miroir peu réjouissant car cette situation la renvoyait à la fugacité du temps, au bilan de sa propre existence.

Anne redoutait ce tournant, sa mère lui renvoyait sa déchéance en plein visage de manière assez brutale.

Anne savait déjà qu’elle n’aurait jamais la vérité dans son intégralité sur ses origines car sa mère désormais divaguerait dans son monde, un monde triste, inventé, une sorte de reflet, celui de sa vie. La seule chose que sa fille lui enviait, c’était d’avoir à présent des circonstances atténuantes dans sa volonté de pratiquer l’esquive, ce comportement qu’elle avait pratiqué toute sa vie.

Lorsqu’elle entra dans la chambre, elle vit sa mère méconnaissable, le visage inexpressif comme momifié, immobile sur son lit poussant des cris et insultant le personnel médical, poussant des cris d’animaux par moments. Quelques minutes plus tard, madame Nanceau vit sa fille et l’examina comme si c’était la première fois qu’elle la rencontrait, puis son attitude redevenait à nouveau normale, comme si de rien n’était.

Anne regarda l’infirmière et lui demanda soudainement de la laisser seule, elle obéit en les laissa sans rien dire. Anne ouvrit brusquement la fenêtre de la chambre et escalada la rambarde, sa mère s’était à nouveau endormi et marmonnait. Anne sauta dans le vide, ce fut un aveu d’impuissance, elle se sentait incapable de subir, d’assumer une telle situation à nouveau seule. Sa chute, son saut de l’ange se fit sans avoir dit adieu à sa fille, encore moins à sa mère.




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