Littérature québécoise








titreLittérature québécoise
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Rangers et cent volontaires de la garnison. Alors Murray donna l’ordre de marcher en avant.

L’avant-garde française, composée de dix compagnies de grenadiers, s’était mise en bataille, partie dans une redoute construite par les Anglais l’année précédente, au levant de la côte du Foulon, partie dans la maison de Dumont et quelques bâtiments environnants, sur la route de Sainte-Foye. Le reste de l’armée avait précipité le pas, en se resserrant à mesure qu’il avançait ; les trois brigades de droite étaient à peine formées quand les Anglais commencèrent l’assaut.

Murray sentit l’importance de s’emparer du moulin de Dumont, qui couvrait le chemin par où venaient les troupes françaises, et il les fit attaquer par des forces supérieures. Il espérait qu’en écrasant les cinq compagnies de grenadiers qui les défendaient, il pourrait tomber ensuite au milieu des soldats en marche, les rejeter loin du champ de bataille et couper l’aile droite, sur le chemin Saint-Louis.

Lévis, pour déjouer son dessein, fit retirer un moment sa droite à l’entrée du bois qui était derrière elle, et abandonner la maison et le moulin de Dumont. Ses dernières brigades étaient près d’arriver et ce mouvement rétrograde leur abrégea la distance. Ce fut alors que Bourlamaque, accouru pour diriger la gauche, tomba grièvement blessé par un coup de canon, qui tua son cheval sous lui. Ses troupes, restées sans recevoir d’ordre, voyant, vers les bâtiments, les grenadiers engagés dans un combat furieux et inégal, prirent d’elles-mêmes le parti d’aller les soutenir, au moment où l’ennemi portait sur ce point ses plus grandes forces et presque toute son artillerie ; les boulets et la mitraille labouraient déjà l’espace occupé par l’aile française. Les grenadiers, qui avaient en face les montagnards écossais, s’élancèrent au pas de charge ; la maison et le moulin furent emportés, perdus et repris plusieurs fois par eux à l’arme blanche ; enfin, il leur resta. Ces braves soldats, que commandait le capitaine d’Aiguebelle, [et ceux de la brigade de la Sarre sous l’héroïque conduite de leur chef, le vieux colonel d’Alquier,] y périrent presque tous.

Pendant cette action, Lévis lançait une partie de la droite contre la petite redoute qu’elle avait abandonnée pour se replier. Les Canadiens la reprirent, ainsi que le bois sur le bord à pic du fleuve. Alors ils donnèrent à leur tour, appuyés par M. de Saint-Luc avec quelques sauvages. Le combat devint aussi violent dans cette partie de la ligne qu’à la gauche. Toute l’armée était arrivée sur le champ de bataille, et le feu était des plus vifs. On voyait les miliciens se coucher pour charger leurs armes, se relever après les décharges de l’artillerie, se précipiter en avant et fusiller les canonniers sur leurs pièces. Ceux de Montréal, placés au centre de la ligne, combattirent avec un courage admirable, surtout le bataillon commandé par le brave colonel Réaume, qui fut tué. Leur brigade avait à sa tête M. de Repentigny. Seule elle arrêta en rase campagne le centre de l’armée anglaise, qui s’avançait rapidement et qui avait l’avantage du terrain ; elle repoussa plusieurs assauts, ralentit par la précision de son feu l’ardeur de l’ennemi, dans le temps qu’il pressait les grenadiers de la gauche, et facilita à ceux-ci, en les couvrant, le retour de l’offensive. Enfin ce fut la seule brigade qui tint toujours sa position dans cette lutte acharnée.

L’attaque qui avait rendu les Anglais maîtres momentanément des positions occupées par l’avant-garde des Français au commencement de la bataille avait été repoussée, et ces derniers avaient partout regagné leur terrain. Ainsi le mouvement offensif de Murray sur le chemin de Sainte-Foye avait échoué, et cet échec allait permettre aux Français de l’assaillir à leur tour.

Lévis, ayant observé que les Anglais avaient dégarni leur aile gauche, en profita. Il ordonna de la refouler du chemin Saint-Louis sur celui de Sainte-Foye à la baïonnette. Il comptait prendre ensuite toute l’armée anglaise en flanc, la culbuter du haut du coteau Sainte-Geneviève dans la vallée de la rivière Saint-Charles, et lui couper la retraite sur la ville. Le colonel Poulhariès avec une brigade fond sur les Anglais, les traverse de part en part et les met en fuite. Dans le même temps leurs troupes légères lâchent pied. Les fuyards se jettent en avant et en arrière du centre de leur armée, et interrompent son feu. Lévis profite de ce désordre pour faire charger sa gauche ; elle enfonce la droite de l’ennemi et la pousse de front devant elle. La déroute des Anglais est complète.

Alors on se précipita partout au pas de course à leur poursuite ; mais leur fuite rapide et le peu de distance jusqu’à la ville ne permirent point de les rejeter sur la rivière Saint-Charles. Lévis y aurait peut-être réussi malgré cela, sans un ordre mal rendu par un officier qu’il chargea d’aller dire à la brigade de la Reine de soutenir la charge de Poulhariès, et qui, au lieu de lui faire exécuter ce mouvement, la fit placer derrière l’aile gauche.

Les ennemis laissèrent entre les mains des vainqueurs toute leur artillerie, leurs munitions, les outils qu’ils avaient apportés pour se retrancher, leurs morts et une partie de leurs blessés. Leurs pertes étaient considérables : [onze cent vingt-quatre hommes, soit plus du tiers de leur armée,] avaient été tués ou mis hors de combat. Si les Français, moins épuisés eussent pu attaquer la ville sur l’heure, elle serait probablement retombée sous la domination de ses anciens maîtres, dit Knox, car la confusion fut telle que les Anglais oublièrent de garnir les remparts ; des sentinelles abandonnèrent leurs postes, les fuyards allèrent se réfugier jusque dans la basse ville, et les portes mêmes restèrent quelque temps ouvertes. Mais il était impossible d’exiger plus des vainqueurs. Ils n’avaient eu à opposer aux vingt-deux canons de Murray que trois petites pièces de campagne, qu’ils avaient traînées à bras dans les marais de la Suette. Ils avaient fait aussi de grandes pertes, ayant été obligés de se former et de rester longtemps immobiles sous le feu. Ils eurent [huit cent trente-trois] hommes tués ou blessés, parmi lesquels on comptait un chef de brigade, six chefs de bataillon et quatre-vingt-seize autres officiers. (Journal de Lévis. Lévis à Vaudreuil, 28 avril 1760. Murray to Pitt, May 20th 1760).

Les sauvages, qui s’étaient presque tous tenus dans le bois de Sillery durant le combat, se répandirent sur le champ de bataille quand les Français se furent éloignés à la poursuite des fuyards ; ils assommèrent quantité de blessés anglais, dont l’on trouva ensuite les chevelures étendues sur les buissons voisins. Aussitôt que Lévis fut informé de ce massacre, il le fit cesser. Près de deux mille cinq cents hommes avaient été atteints par les feux et le fer dans un espace relativement resserré : l’eau et la neige, qui couvraient le sol par endroits, étaient rougis de sang, que la terre gelée ne pouvait boire ; et ces malheureux gisaient dans ces mares horribles où l’on enfonçait jusqu’à mi-jambe.

Les blessés français furent portés à l’Hôpital-Général, dans la plaine basse, sur les bords de la rivière Saint-Charles, à une assez grande distance par les détours qu’il fallut faire pour s’y rendre. « Il faudrait une autre plume que la mienne, écrivait une des religieuses, pour peindre les horreurs que nous eûmes à voir et à entendre pendant vingt-quatre heures que dura le transport... Il faut dans ces moments une force au-dessus de la nature pour pouvoir se soutenir sans mourir.

« Après avoir dressé plus de cinq cents lits que nous avions eus des magasins du roi, il restait encore de ces pauvres malheureux à placer. Nos granges et nos étables en étaient remplies... Nous avions dans nos infirmeries soixante-douze officiers, dont trente-trois moururent. On ne voyait que bras et jambes coupés. Pour surcroît d’affliction, le linge nous manqua ; nous fûmes obligées de donner nos draps et nos chemises...

« Il n’en était pas de cette bataille comme de la première ; nous ne pouvions espérer de secours des Hospitalières de Québec, – les Anglais s’étant emparés de leur maison, ainsi que de celles des Ursulines et des particuliers, pour loger leurs blessés, qui étaient en plus grand nombre que les nôtres. Il nous vint encore une vingtaine d’officiers des leurs, qu’ils n’eurent pas le temps d’enlever, et dont il nous fallut aussi nous charger... » (Relation de ce qui s’est passé au siège de Québec, par une religieuse de l’Hôpital-Général).

Après l’action, qui avait duré presque deux heures, les Français occupèrent les Buttes-à-Neveu, et dressèrent leur camp dans ces mêmes plaines où ils venaient de venger glorieusement leur défaite de l’année précédente.

Dès le soir même, on commença les travaux du siège à huit cents verges des murailles. Il fut décidé qu’on couronnerait par une parallèle les hauteurs en face des trois bastions supérieurs de la ville, et qu’on y monterait des batteries en attendant l’arrivée de la poudre et de la grosse artillerie qu’on avait fait demander en France. Quelques canons furent tirés des bateaux qui étaient arrivés à l’Anse-au-Foulon. M. de Pontleroy, [ingénieur en chef, et Montbeillard, commandant de l’artillerie, dirigèrent les opérations du siège (29 avril 1760).] Ils disposèrent quatre batteries sur les buttes, et en placèrent une sur la rive gauche de la rivière Saint-Charles pour prendre le rempart à revers. Les quatre premières coûtèrent beaucoup de travail, parce que, cheminant sur le roc vif, il fallut pour former les épaulements, apporter la terre d’une grande distance dans des sacs. Elles ne furent prêtes à jouer que le 11 mai ; mais l’éloignement des murailles et la faiblesse des pièces laissaient peu d’espoir de faire brèche, si le revêtement du rempart en ligne avait quelque solidité. Le feu de la place était bien supérieur (Journal de Lévis.)

En se renfermant dans Québec, Murray était résolu d’opposer la plus vigoureuse résistance jusqu’à l’arrivée de la flotte anglaise, vers laquelle il expédia un navire en toute hâte. Il adressa à ses troupes cette proclamation : « La journée du 28 avril (1760) a été malheureuse pour nos armes ; mais les affaires ne sont pas si désespérées qu’elles ne se puissent réparer encore. Je connais par expérience la bravoure des soldats que je commande ; ils sauront faire tous leurs efforts pour regagner ce qu’ils ont perdu. Une flotte est attendue, des renforts nous arrivent. J’invite les officiers et les soldats à supporter leurs fatigues avec patience ; je les prie de s’exposer de bon cœur à tous les périls. Ils se rappelleront qu’ils se doivent à leur pays et à leur roi. » Il fit travailler sans relâche aux fortifications du côté de la campagne ; de nouvelles embrasures furent ouvertes dans les remparts, derrière lesquels campa son armée ; les parapets, renforcés par un remblai de fascines et de terre, furent garnis de cent quarante canons, dont beaucoup à longue portée avaient été amenés des batteries sur le port, devenues inutiles. Les projectiles de cette ligne formidable labouraient partout les environs du camp français jusqu’à deux milles de distance.

Les assiégeants n’avaient en position pour y répondre que quinze mauvaises bouches à feu, dont une seule de vingt-quatre et les autres de dix-huit et de douze livres de balle. Une partie de ces pièces furent bientôt hors de service ; du reste, il y avait si peu de munitions que chaque pièce ne tirait guère que vingt coups par vingt-quatre heures. Tout ce que les Français pouvaient faire, c’était de garder leurs lignes en attendant les secours d’Europe. Mais le temps qui s’écoulait leur donnait à craindre chaque jour davantage pour la sûreté de ces secours. De leur côté, les assiégés, malgré leurs remparts et leur nombreuse artillerie, n’attendaient leur salut que de leur flotte. Ainsi, de part et d’autre, la croyance générale était que la ville resterait au premier pavillon qui apparaîtrait dans le port. « Les circonstances étaient telles, dit Knox, que si la flotte française fût entrée la première dans le fleuve, la place serait retombée au pouvoir de ses premiers maîtres. Aussi tout le monde, assiégés et assiégeants, tournait-il avec la plus vive anxiété les yeux vers le bas du fleuve, d’où chacun espérait voir venir le salut. » La puissance sur terre dans cette contrée lointaine se trouvait en équilibre, et celui qui possédait la maîtrise des mers devait faire pencher la victoire de son côté.

Le 9 mai 1760, une frégate entra dans le port. Telles étaient les espérances et les craintes des troupes que « nous restâmes, dit le capitaine anglais, quelque temps en suspens, n’ayant pas assez d’yeux pour la regarder ; mais nous fûmes bientôt convaincus qu’elle était anglaise. Il se trouva toutefois parmi nous des gens qui, ayant leurs motifs de paraître sages, cherchèrent à tempérer notre joie, et soutinrent obstinément le contraire, jusqu’à ce que le vaisseau eût fait disparaître tous les doutes en saluant la ville de vingt et un coups de canon et en mettant son canot à l’eau. L’on ne peut exprimer l’allégresse qui transporta alors la garnison. Officiers et soldats montèrent sur les remparts faisant face aux Français, et poussèrent des hourras pendant plus d’une heure, en agitant leurs chapeaux en l’air. La ville, le camp ennemi, le port, les campagnes voisines à plusieurs lieues de distance, retentirent de nos acclamations et des roulements de nos canons ; car le soldat, dans le délire de sa joie, ne se lassait point de tirer. Enfin, il est impossible de se faire une idée de notre allégresse, si l’on n’a pas souffert les extrémités d’un siège, et si l’on ne s’est pas vu, avec de braves compagnons d’armes, exposé à une mort cruelle ».

Si la joie était sans bornes chez les assiégés, l’événement qui en était cause diminua beaucoup l’espoir des assiégeants. Cependant la frégate Lowestoffe, pouvait être un navire isolé, et ils ne voulurent pas encore perdre courage. Deux jours après, leurs batteries recommencèrent à tirer contre la ville. Le 15 mai, à dix heures du soir, deux autres vaisseaux anglais le Vanguard et le Diana, entrèrent dans le port. Alors Lévis se détermina à lever le siège de peur d’être coupé dans sa retraite et de perdre ses magasins ; car les Anglais se trouvaient maintenant plus forts sur le fleuve que les Français, qui n’avaient pour bâtiments de haut bord que les deux frégates, l’Atalante et la Pomone, presque dépourvues d’artillerie et d’équipage. [La Pomone, en voulant appareiller, s’échoua devant Sillery. Vauquelin, qui commandait l’Atalante,] tomba, couvert d’honorables blessures, au pouvoir de l’ennemi, sans avoir amené pavillon, après un héroïque combat de deux heures, vis-à-vis la Pointe-aux-Trembles. Presque tous ses officiers furent tués ou blessés mortellement ainsi qu’une grande partie de son faible équipage. (Extrait du Journal de Vauquelin, 1760).

L’armée assiégeante leva son camp dans la nuit du 16 au 17 mai, après avoir jeté du haut en bas de la falaise de l’Anse-au-Foulon une partie de son artillerie, qu’elle ne pouvait emporter. Elle ne fut point poursuivie dans sa retraite. Ainsi finit cette courte mais audacieuse campagne, qui, à proportion du nombre des combattants, avait coûté tant de travaux et tant de sang ; elle avait achevé d’épuiser les magasins de l’armée. Dès ce moment la cause française fut perdue.

Lévis, ne pouvant plus tenir ses troupes réunies faute de vivres, les distribua dans les campagnes. Il disposa dix-huit cents hommes entre la Pointe-aux-Trembles, Jacques-Cartier et Deschambault, sous les ordres de Dumas, major général des troupes de la marine, pour observer la garnison de Québec.

Vers l’autre extrémité du Canada, rien d’important ne s’était encore passé. En avril (1760), Bougainville était allé à l’île aux Noix prendre le commandement sur la frontière du lac Champlain ; et le capitaine Pouchot, fait prisonnier à Niagara et qu’on venait d’échanger, était au fort Lévis, au-dessus de Montréal. Après la levée du siège de Québec, des soldats et des miliciens furent envoyés au lac Champlain, et quatre cents hommes avec le chevalier de La Corne, se rendirent au lac Saint-Louis. À cette date, huit ou neuf cents hommes défendaient la tête des rapides du Saint-Laurent ; douze cents, la frontière du lac Champlain ; et quinze cents surveillaient la garnison de Québec. Les Canadiens, voyant désormais tout perdu, avaient repris tristement le chemin de leurs foyers, pour y partager avec le soldat mourant de faim quelques lambeaux de nourriture. Décimés, ruinés par cette longue guerre, ils venaient de perdre leur dernière espérance en apprenant que, non seulement il ne leur arriverait plus aucun secours de France, mais que le trésor du royaume était incapable de rembourser les avances qu’ils avaient faites au gouvernement et qu’en conséquence, la liquidation des lettres de change tirées par le Canada était suspendue. Le gouverneur et l’intendant les informèrent de cette décision par une circulaire, dans laquelle ils les assuraient que les lettres de change tirées en 1757 et en 1758 seraient payées trois mois après la paix signée ; que celles tirées en 1759 le seraient après dix-huit mois, et que les ordonnances seraient acquittées aussitôt que les circonstances pourraient le permettre. Cette nouvelle fut comme un coup de foudre pour ces malheureux, à qui l’on devait plus de quarante millions de francs ; tous étaient créanciers de l’État. « Le papier, qui nous reste, écrivit Lévis au ministre, est entièrement discrédité ; les habitants sont désespérés, s’étant sacrifiés pour la conservation du pays et se trouvent ruinés sans ressources. Nous ne négligeons rien pour rétablir la confiance. » Dans cette lettre le général français disait qu’il était hors d’état de tenir la campagne ; que, vivres, munitions, tout lui manquait ; et que les bataillons réguliers n’avaient plus assez d’officiers et aussi de vieux soldats. Les troupes n’étaient plus qu’au nombre d’environ trois mille combattants, y compris les soldats de la colonie. « Pourtant, assurez le roi, ajoutait-il, que je ferai tout ce qu’il sera possible pour la gloire de ses armes et pour lui conserver cette colonie » (Lévis à Berryer, 28 juin 1760).

Lévis alla inspecter lui-même la frontière du lac Champlain, qu’il fit renforcer d’un nouveau bataillon, et parcourut le pays en profitant de la confiance que lui témoignaient les habitants pour ranimer leur zèle, et pour calmer leurs alarmes touchant le papier du gouvernement. Il n’y avait plus de poudre que pour un combat, et les Anglais allaient entrer en campagne avec trois armées nombreuses, qui marcheraient sur Montréal, l’une de Québec, la seconde du lac Champlain et la troisième d’Oswégo.

La première qui se mit en mouvement fut celle de Murray. L’arrivée des trois vaisseaux anglais pendant le siège de Québec, avaient été suivie, le 18 mai (1760), de celle de la flotte de l’amiral Colville, consistant en six vaisseaux de ligne et cinq frégates ou sloops de guerre. Les renforts de soldats parurent après la mi-juillet, sous les ordres de lord Rollo, [qui amenait treize cents hommes.] Murray ne les attendit pas. Le 14 de ce mois, il s’embarqua avec une partie de ses troupes, [deux mille quatre cent cinquante hommes,] sur une flottille de trente-deux voiles, deux à trois cents embarcations et neuf batteries flottantes. Il laissa derrière lui le fort Jacques-Cartier, que le marquis d’Albergatti défendait avec cinquante soldats et cent cinquante miliciens, et qui ne se rendit qu’en septembre au colonel Fraser, près de le forcer à la tête de six ou sept cents hommes. Trois-Rivières préparait une vigoureuse résistance. Murray, qui s’avançait très lentement, passa devant cette petite ville ouverte sans l’attaquer. Il fut rejoint à Sorel par lord Rollo et deux régiments de Louisbourg. Dans les derniers jours d’août, il n’était encore qu’à Varennes, à dix-huit milles de Montréal. Plus circonspect depuis l’action du 28 avril, il résolut d’y attendre l’arrivée du général Amherst et du colonel Haviland. Il avait appris que Lévis réunissait les détachements qui s’étaient repliés depuis Jacques-Cartier pour ne pas être débordés, et qu’il épiait l’occasion d’attaquer les corps anglais séparément s’il pouvait le faire avec avantage. En remontant le fleuve, Murray avait reçu la soumission de quelques paroisses, et en avait incendié d’autres, comme celle de Sorel, où il y avait un petit camp retranché qu’il n’avait pas jugé à propos d’attaquer. À Varennes, il fit publier qu’il brûlerait les campagnes qui ne rendraient pas les armes, et que les Canadiens incorporés dans les bataillons réguliers, s’ils ne se hâtaient d’en quitter les rangs, subiraient le sort des troupes françaises et seraient transportés avec elles en France. [Pour servir d’exemple et intimider les nôtres, le général anglais avait fait pendre un capitaine de milice installé à Saint-Michel (Murray to Pitt, Aug. 24th 1760).] Les armées d’Amherst et d’Haviland approchaient alors de Montréal. Cette menace eut de l’effet ; dès le jour même, quatre cents hommes, de la seule paroisse de Boucherville, vinrent à Varennes prêter le serment de neutralité. Partout les miliciens, voyant le pays perdu, déposaient les armes, et les réguliers, laissés sans pain, réduits au désespoir, désertaient en grand nombre. Le 7 septembre, parut l’armée d’Haviland. Aussitôt le peu de sauvages qui tenaient encore pour les Français se détachèrent.

Haviland était parti, le 11 août (1760) de Crown Point, avec trois mille quatre cents hommes. Bougainville, [qui ne disposait que de douze cents combattants,] s’était retiré devant lui, abandonnant successivement l’île aux Noix [sur l’ordre de Vaudreuil mais contre le désir de Lévis, Saint-Jean, où commandait Roquemaure, et Chambly (27, 29, 30 août),] de sorte que l’ennemi atteignit Longueuil, en face de Montréal, sans coup férir, et put donner la main aux troupes de Murray.

La principale armée était celle d’Amherst. Ce général arriva de Schenectady à Oswégo, le 9 juillet, avec une partie de ses troupes, et fut rejoint bientôt après par son arrière-garde, aux ordres du lieutenant-colonel Gage. Le 10 août, cette armée, forte de plus de onze mille hommes, [y compris cinq mille cinq cent quatre-vingt-six réguliers et sept cents sauvages conduits par sir William Johnson], commença à descendre le Saint-Laurent, et, le 18, s’arrêta devant le fort Lévis, à la tête des courants. Le commandant Pouchot n’avait avec lui que deux cent quarante-cinq soldats et miliciens ; il se défendit néanmoins vaillamment et repoussa même un assaut. Ce ne fut que lorsqu’il vit ses retranchements renversés, ses batteries démontées, tous ses officiers et le tiers de la garnison tués ou blessés, qu’il voulut bien se rendre, ayant eu l’honneur d’arrêter avec une poignée de monde onze mille hommes pendant huit jours (25 août).

Amherst se remit en marche le 31 août. La descente des rapides était une opération dangereuse ; mais il avait choisi cette voie pour fermer tous les passages aux Français, qui avaient parlé de retraiter, s’il le fallait, de Montréal au Détroit et du Détroit à la Louisiane. Il perdit dans les rapides du coteau des Cèdres soixante-quatre barges et quatre-vingt-huit hommes, et parvint, en repoussant M. de La Corne devant lui, au village de Lachine, à huit milles de Montréal. Il y débarqua le 6 septembre, et alla camper, le soir même, dans la plaine au couchant de la ville. Il avait reçu en cours de route les soumissions des habitants. Le 8, les deux autres armées cernèrent la place du côté opposé, en sorte qu’elle se vit entourée par dix-sept mille hommes, munis d’une artillerie nombreuse.

Montréal, bâti sur la rive sud de l’île de ce nom, entre une montagne et le fleuve, était revêtu d’un simple mur de deux à trois pieds d’épaisseur, élevé autrefois pour mettre la ville à l’abri d’une surprise des Iroquois et qui ne pouvait résister qu’aux flèches, et aux petites armes. Le mur, ceint d’un fossé, était armé de six petits canons. Une batterie, d’un même nombre de pièces rongées par la rouille, couronnait une faible éminence dans cette misérable enceinte. Telles étaient les fortifications qui couvraient les débris de l’armée française réduite, avec les miliciens restés sous les drapeaux, [à trois mille cinq cent quatre-vingt-trois hommes, sans compter les matelots, les femmes et les enfants, soit un total de trois mille neuf cent soixante et trois personnes]. Il y avait en outre cinq cents soldats qui défendaient l’île Sainte-Hélène. On n’était pourvu de vivres que pour quinze jours.

Dans la nuit du 6 au 7 septembre, Vaudreuil assembla un conseil de guerre à sa résidence officielle à Montréal, sur la place Jacques-Cartier actuelle. L’intendant Bigot y lut un mémoire sur l’état des affaires et un projet de capitulation. Tout le monde pensa qu’il convenait de préférer une capitulation avantageuse au peuple et honorable pour les troupes, à une résistance qui ne pouvait retarder que de quelques jours la perte du pays. Le lendemain matin, Bougainville alla proposer aux ennemis une suspension d’armes d’un mois. Mais Amherst refusa de le recevoir, sur quoi le chevalier de la Pause fut délégué à sa place. Malgré cela] la trêve ayant été rejetée, la Pause retourna offrir la capitulation qui comportait cinquante-cinq articles, Amherst accorda presque tout ce qui était demandé, à l’exception de la neutralité perpétuelle des Canadiens et des honneurs de la guerre pour les troupes. Indigné de ce dernier refus, Lévis voulut se retirer dans l’île Sainte-Hélène afin de s’y défendre jusqu’à toute extrémité. Le gouverneur n’insista point et ordonna au général français de poser les armes. Alors Lévis fit brûler à ses soldats leurs drapeaux et brisa son épée plutôt que de la rendre. La capitulation fut signée le 8 septembre 1760 pour la colonie entière. « Ainsi tomba, dit Henri Martin, cette race d’hommes que l’habitude de vivre au sein de la nature sévère du Nord avait rendue forte et simple comme les anciens. Dans l’Inde, on avait pu admirer quelques grands hommes ; ici, ce fut tout un peuple qui fut grand »
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