Soldat du contingent chapitre Premier








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SOLDAT DU CONTINGENT

Chapitre Premier




                                                    LES  TROIS  JOURS.

Je suis dans le train parti d’Aurillac dans le Cantal, nous sommes en avril 1983, j’ai vingt ans et je pars faire mes “3 jours” à Lyon, pas souvent que je sors de mon trou du Cantal, les occasions sont rares pour un fils d’ouvrier  agricole qui a tout juste vu la mer une fois lors d’un voyage scolaire ; alors je suis plutôt heureux d’autant plus que c’est tout frais payés.

Je chante dans ma tête de piaf de jeune connard la chanson de Nougaro: "Il parait que c’est chouette d’avoir 20 ans…..oui mais pas derrière des barreaux  hooo ho hoooo……" Comme si une caserne , c’était le pénitencier de  Sing Sing, pffft , faut dire que suis encore au lycée de la république où les profs socialo-communistes, pacifistes, syndiqués, alcooliques mais encore respectés à l’époque du fait de l’application de la sélection avant entrée dans le second degré , les enseignants gauchistes (pléonasme)  contents d’avoir pris le pouvoir politique depuis l’élection de tonton nous ont bien bourré le mou de la cervelle avec leur logorrhée bolchevique, eux qui en fait n’étaient que des petits bourgeois qui méprisaient les fils de bouseux comme moi et les orientaient vers des filières à bac technique et orientaient les enfants de leur collègues vers des filières générales  de façon à ce que leur caste de merde continue à garder le pouvoir!  Les “3 jours” pour d’éventuels jeunes lecteurs, c’était ce qui s’appelle désormais la JAPD sauf qu’il s’agissait à l’époque de partir effectivement dans une caserne durant trois jours (souvent réduits à un jour et demi) pour y passer toute une batterie de tests physiques, psychotechniques et intellectuels afin de vous affecter dans l’arme et le rôle  qui vous conviendra le mieux, évitons de préciser que tous les pistonnés  iront où ils voudront grâce aux relations de papa. Dans les années 80, le service militaire pour la majorité d’entre les jeunes , c’était à qui arriverait à se faire “réformer” et ce afin d’être bien vu par nos amis déjà tous formatés à l’antimilitarisme de base bien imprégné dans les jeunes cerveaux de ces années post soixante huit ardes où à la télé n’étaient diffusés que des films, spectacles et autres shows qui tournaient en dérision l’armée française et les militaires, alors allez donc dire à vos copains du lycée que vous vous engageriez bien dans les paras pour l’aventure……mouarff, ricanement au mieux en réponse! Moi c est plutôt flou dans mon esprit, je suis sur le point d’achever mes études , j’en ai rien à cirer de la politique et me dis que passer un an au frais de l’état avant de me lancer dans la jungle du marché du travail qui commence à déjà sérieusement se rétrécir en ces années Mitterrandiennes,  ça me permettrait de gagner un peu de temps et puis, l’armée, tous mes frères l’avaient faite et m’en ont dit plus de bien que de mal mais sans m’apporter aucun conseil pratique, de plus le pater a fait 39/45 mais ne me causait jamais, n’étant qu’un pauvre ouvrier agricole illettré,  sourd et alcoolique, le grand père aussi avait fait la boucherie de 14/18 mais mort avant ma naissance, alors je vais pas au “3 jours”  dans le but acharné de me faire réformer mais sans préparation, ni sans avoir réfléchit au sujet car je prépare un BTS donc  je vais confier à la divine providence le soin de me guider.

Arrivé à Lyon après un changement au Puy, direction le centre du conseil de révision, accueil par un gradé appelé qui y faisait son service et visiblement agacé par notre arrivée tardive à 23 heures , du coup le gars chaleureux……faut voir! : “Les bleusailles trouvez vous un plumard, on viendra vous réveiller à coup de pieds dans vos fions de pucelles et faudra réagir un peu plus vite, tas de punaises, est ce que c’est clair ? “…..”Oui monsieur”…”c’est pas monsieur, tas de bouseux,  appelez moi caporal, allez bonne nuit les filles! “

Fallait pas nous le dire deux fois, je me suis demandé si en fait , j’étais pas déjà affecté à l’armée dans cette caserne, aurai je mal lu ma convocation?  Trop fatigué,  j’arrive malgré tout à m’endormir au milieu d’une chambrée dortoir de trente grommelant, personne n’osant s’adresser la parole.

Le lendemain après un petit déjeuner pas dégueulasse ce qui nous surprenait déjà, on commence par remplir un questionnaire sur lequel une question me parait judicieuse pour une éventuelle inaptitude à ces douze mois qui me faisaient quand même un peu chier comme perspective non pas que je sois antimilitariste, j’aimais bien jouer avec des petits soldats et aller tirer à la carabine 12mm dans la foret où à cette époque c’était interdit mais  toléré…… « Ha les petits gars, ils vont tirer les merles, on en fera des futurs chasseurs », de plus l’histoire des deux guerres mondiales me passionnait  mais  je ne suis pas non plus issu d’une dynastie de guerriers de la noblesse à cheval, celle qui était censée protéger le vilain en bas du château, mais de paysans qui ne sortaient de leur champ que pour aller à la guerre et dont certains n’étaient pas revenus , la question était du genre :  Avez vous déjà suivi un traitement psychologique ou psychiatrique ?……… J’ai envie de mettre oui car je sais qu’il me vaudra un entretien susceptible d’aller sur la voie de la réforme d’après ce que m’ont raconté pleins de petits malins revenu avec un certificat d’inaptitude.

Allons c’est parti pour un oui qui me vaudra de passer devant un gradé toubib spécialiste des petits malins qui se font passer pour dingue et le gars ne  chômait pas, vous pouvez me croire sur parole , j’ai même eu l’honneur d’en voir plusieurs durant ce séjour qui faisaient exprès de se comporter comme des fêlés , il y a eu un espèce de hippie qui gueulait toutes les 5 minutes: ” Heil Hitler, meine führer! sieg heil! sieg heil! ” et un autre qui durant la visite chez l’infirmier lui a exhibé son service trois pièces en lui disant “Fume c ‘est du belge”, un autre espèce de squelette ambulant qui avait fait exprès de pas manger les 10 jours précédents pour passer pour inapte physique et le pire de tous un qui s’était pointé déguisé en gonzesse avec des talons aiguilles et maquillé comme une vieille pute…..Pas su si ils sont tous arrivés à leur fin ou si ils ont été expédiés dans un régiment disciplinaire ce qui était devenu rare dans cette république française socialiste qui se livrait à l’introduction du laxisme généralisé des corps constitués et surtout dans l’armée et en  même temps à une épuration des cadres  et notamment  des derniers dinosaures ayant été plus ou moins proches de l’armée d’Algérie because le putsch de 1961 mais De Gaulle avait déjà fait le plus gros boulot , la récente mort bizarre du colonel Erulin héros de Kolwezi décoré par Giscard semblait confirmer que cette armée allait évoluer vers une armée de technocrates lèche-cul à l’esprit ingérence humanitaire  , une armée d’où il fallait écarter les patriotes qu’on qualifiait désormais de nationalistes dangereux pour la république (pas pour la France, si vous voyez ce que je veux dire)……

Entre temps, ces trois jours s’avèrent durer un jour et demi vu que le matin et l’après midi de la première journée se partagèrent entre tests médicaux et tests de mesure intellectuelle. Physiquement apte malgré une légère scoliose dont on me prédit que dans quelques dizaines d’années elle m’en fera voir des vertes et des pas mures, mais  quoi de plus normal étant donné que ça fait un an que je passe mes semaines d’étudiant pleines de temps libres  à faire des footing, du vélo, du karaté plus le match de foot du dimanche au FC Reilhac mon bled du Cantal. Par contre à la fin des tests d’intelligence qui étaient surtout constitués par des QCM de logique ,  après avoir ramassé les cartons, on nous dit de ne pas bouger et étonnamment rapidement un type en uniforme égrène une liste de nom dont le mien!…..Merde, j’ai déjà fait une connerie??????

Tous ceux que je n’ai pas cités,  pouvez dégager,…… les autres dont votre serviteur, amis lecteurs et lecteuses , comme on dirait dans les années 2000,  vous avez eu plus de 16/20,  donc vous êtes aptes à l’école des EOR!

Les EOR ça veut dire école des officiers de réserve et si vous acceptez, vous ferez quatre mois à Saint Maixent et à l’issue, vous en sortirez aspirant (et si on s’engage on devient sous lieutenant, la voie royale vers une carrière d’officier supérieur)… Qu’est ce que c’est que cette embrouille imprévue, personne dans mon entourage de paysans cantalous pour me préparer à une telle éventualité et apparemment j’étais pas le seul dans la salle vu les regards qu’on s’échangeait hormis quelques têtes d’œufs issus  ( de bonne famille) apparemment préparés à signer  . Après une série de diapositives qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir, je bénéficiais de cinq minutes pour me décider car le mec en bel uniforme et képi nous faisait savoir que ceux qui étaient d’accord devaient rester dans la salle et les autres dégager rapidos car il n’avait pas de temps à perdre avec les hésitants. Je sortis sans hésiter me fiant à mon instinct car si j’aimais pas trop être commandé, commander moi-même des semblables, je m’y voyais encore moins et dans le couloir je fis connaissance avec un autre qui avait été aussi hésitant que moi: ” Qu’est ce que tu en penses? Merde, on aurait du rester,  non, on est con,  de toute façon, on va les faire ces douze mois alors on aurait du signer pour être officier, putain de merde!” Officier! On a sa piaule et on n’est pas obligés de coucher dans des chambrées avec 10 connards qui puent du cul et qui sont des ânes car, mon gars, tous les 2e classe des régiments combattants de l’armée de terre, on y met que des bœufs!  Normal, faut être des crétins pour charger sous les pluies de grenades et les rafales de mitrailleuses"

Comment qu’il me casse le moral le dab! Je lui explique ce que m’ont dit mes potes, qu’on sera pas officiers mais que c’est pas pour autant qu’on se retrouvera au milieu de primates car en raison de notre niveau d’étude après les classes, nous pourrons être reversés dans une fonction inhérente: secrétaire, chauffeur du colon, transmission, fourrier, vaguemestre…etc." Te bile pas, t’as pas l’intention de t’engager, lui dis je ?  Bin, non et toi?  Encore moins, t’es de quel bled?  De la banlieue lyonnaise. Moi je suis d’Aurillac. Écoute" qu’il me dit me prenant tout de suite en sympathie,  on va pas se prendre la tête, on a terminé mais ce soir on va aller faire un tour à Lyon, ça te changera de ton bled du cantal où il n’y a que des vaches, ici la faune est drôlement plus fournie, plus touffue, si tu vois ce que je veux dire……. Voilà!  A vingt piges, on voit pas plus loin que le bout de sa biroute, on est là , deux petits crétins formatés par l’ambiance des années 70 à n’être à Lyon, 2e ville de France , que pour pouvoir profiter d’une  escapade jouissive et cette seule perspective du soir nous fait oublier derechef que l’on vient de laisser passer l’occasion d’effectuer nos douze mois obligatoires sous l’uniforme mais avec un joli galon qui nous permettrait en sus d’une solde 3 fois plus importante d’être logé dans une chambre individuelle et d’éviter de se coltiner des congénères dont , à cet instant précis, on n’a aucune idée qu’il puisse encore en exister dans la France socialiste de cet fin du 20e siècle .

Après le repas du soir avec mon grand gaillard blondinet on sort tranquillement de la caserne mais on avait oublié qu’il y a un garde à chaque sortie et qui nous demande ou qu’on va comme ça?.……. “Aux putes!” Qu’il répond le grandasse de Lyon. “Bordel! Vous vous croyez où les deux nazes? Retournez moi vous pieuter, vous sortirez demain à la fin de votre conseil de révision, c’est une caserne pas une fac de merde ni un sanatorium! »  Pas démonté mon dab:  “Laisse, y a  un endroit que j’ai repéré où le mur est pas trop haut, on va le sauter !”

Pas trop haut, tu parles , partout autour le mur il n’allait pas en dessous des trois mètres avec partout une présence humaine en treillis en train de nous mater méchamment. Là, blondin, il abandonne. Merde, fait chier, putain, je t’aurai emmené dans des quartiers chauds où tu te serais fais faire un pipe royale pour cinquante balles et une impériale pour dix sacs de plus ……… Ah houai,  dommage lui dis je pour ne  pas contrarier ses belles intentions à mon égard mais je m’en battais les yecous de ne pas aller à Lyon, je n’aime pas les grandes villes, c’est viscéral dans ma famille de péquenots où tous ceux qui s’y sont essayés en sont revenus avec des dépressions nerveuses , allez allons nous pieuter avec les autres bœufs, on fera le chemin du retour jusqu’à la gare ensemble. Quand même, me dit le grand, on va regretter de pas avoir accepter les EOR, tu verras, en vérité je te le dis!

Il ne croyait pas si bien dire, trente ans après, je regrette encore. Au fait, j’allais oublier , avant de partir , un toubib pour les cas psycho me convoqua et me demanda donc qu’est ce que c’était que ces problèmes psychologiques que j’ai bien pu avoir vu que j’avais coché oui à la question. Le toubib, c’est un colosse barbu en uniforme clinquant, le kébour bien vissé sur la tronche avec  des galons de capitaine,  avec un accent corse, je ne m’attendais pas du tout à cette espèce de psychologue simiesque, je croyais même pas que ça puisse exister. Je lui répondis que j’eus quelques problèmes durant ma scolarité vu que mon père buvait ( comme tous les ouvriers agricoles) et que patati patata que c’était pas de la tarte pour moi le milieu familial si bien que ma mère m’avait emmené voir un psychiatre pour enfant quand j’étais en cinquième, ayant compris que nous étions dans une société bien empreinte de l’idéologie de l’excuse, que les sociologues à la Bourdieu avait investi les ministères et que ce n’était jamais la faute au violeur de petite fille de 5 ans s’il en avait assassiné trois et découpé leurs cadavres en morceaux mais à cette société déterministe qui l’aurait  poussé à ne pas être maître de ses pulsions survenus par un atavisme culpabilisant judéo-chrétien, Mr le juge! C’est cette société qui a commis ce crime, pas ce pauvre type. . ………." Qu’est ce qu’il vous a donné comme médicament  ? "……..La question piège, le temps de réfléchir à une réponse plausible de ce que je connaissais comme nom de psychotrope répandu à l’époque qui pouvait m’amener à me faire réformer et que j’avais pu lire sur les étiquettes des médocs que s’enfilaient un de mes cousins devenu quasi dingue après un séjour à Paris  : “Du Valium, monsieur”. A 14 ans! Ton toubib n’y a pas été de main morte! Puis il me fixa dans les yeux durant un temps qui me paru infini: Tu es apte mais restera sous surveillance durant tes classes, l’armée te fera du bien et te sortira de ton milieu familial difficile, tu es classé P3, fais attention!

P ça veut dire cas psycho, à P4 t’es réformé, P3 tu pars et si tu pètes un plomb pendant tes classes on peut te renvoyer chez toi, mais même ça je l’avais pas compris……Fin des trois jours.

Chapitre 2

                                    

                                               DERNIÈRE  VIE  CIVILE

C’est pas tout ça mais j’ai un BTS à passer au lycée technique d’Aurillac, ayant fait le calcul vu que je n’aurai pas d’allocation chômage à la sortie, j’ai demandé à intégrer le contingent 08 ce qui veut dire que j’irai à l’armée début août, ça me laissera un mois de vacances avec mes dernières économies pour faire la fiesta en juillet après avoir gagné quelques ronds en faisant les foins, très belle période des fêtes communales dans nôtre Cantal avec des tournois de football, les tournois de sixte où on se marre bien et de pétanques où on se marre moins, des bals à papa dans les dancings avec des orchestres de tous niveaux, ça allait à l’époque des prestigieux Golds (devenus célèbres par la suite) aux vieux  ensembles familiaux avec musettes et accordéons, ce qui comptait surtout c’était la buvette et les rixes inévitables, des bagarres qui n’ont rien à voir avec ce qui se produit actuellement, très rarement les flics intervenaient car la curée était de courte durée et elle s’achevait par des belligérants réconciliés autour d’un pack de  Kronembourg , parfois lorsqu’elles opposaient des Gitans ou Manouches à des Magrébins il arrivait que le sang coulait un peu mais jamais cela n’allait jusqu’à des coups de couteaux mortels . Je me rappelle d’un soir où des Romanichels hargneux avaient été expulsés par les locaux et  étaient revenus ensuite avec des tronçonneuses et avaient commencé à découper le dancing, là nous avions du faire appel aux forces de l’ordre!

Étant apte je cause donc avec tous mes potes qui ont fait le service afin de voir comment peut se dérouler cette année au service de la république française et il en ressort que pour être souvent en perme,  il faut se faire rapprocher . “Se faire rapprocher?  T’en as de bonnes, à Aurillac il n’ y a plus de régiment et les deux plus proches sont des régiments d’infanterie à Clermont Ferrand le 92e et à Brive le 126e ! Autrement dit ça risque de pas être une sinécure par rapport à l’armée de l’air!”

” Hé du-con, même dans l’infanterie, tu peux être planqué avec ton niveau d’étude, suffit d’éviter les compagnies de combat” Texto qu’il me balance ça en travers ma tronche de déjà bleu bite le pote Rocagel , bien sur, lui il y était à Brive et il m’explique que s’il en a chié c’est parce qu’il a aucun niveau ce qui fait qu’il s’est retrouvé direct en compagnie de combat…… et puis t’es sportif, tu vas pas craindre!

Je m’en vais donc prendre un rendez vous avec le député local à l’époque qui devait être un de droite car chez les bouseux auvergnats, le père Mitterrand il nous inspire pas trop la confiance. C’est son attaché qui me reçoit, m’explique qu’il faut un motif et qu’en réfléchissant bien, ça va être facile d’en trouver un qu’il puisse noter sur son papelard qu’il fourguera à ses connaissances de l’assemblée. Soutien de famille! Je suis le dernier à vivre encore chez ma mère et le pater en retraite est chez ma sœur qui le tient bien à l’œil pour l’empêcher d’aller picoler ce qui lui reste de pension de serf agricole. Le paternel, au passage, ses seules vacances pour lui c’était le stalag de 1940 à 45 , il reconnaît qu’il y trimait moins que dans les fermes  du Cantal  où le salaire d’un ouvrier agricole était le plus bas sur le plan national     ( quelque chose comme 800 nouveaux francs fin des années 70)  , mon père n’a pas eu de veine, il a du faire deux ans de service de 1935 à 37 et en 39,  il a rejoint les alentours de la ligne Maginot indestructible qui va les arrêter ces teutons avec leur führer à moustache, pas de doute : “Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts”   dixit le président du conseil de la 3e république Daladier qui se trimballe avec ses guêtres sur le front pour remonter le moral des troupes avec Maurice Chevalier youp la boum, Fernandel et Joséphine Baker avec ses bananes autour du bide et de toute façon, la ligne Maginot forteresse imprenable , les revues d’alors comme "l’illustration" nous montrent nos bidasses avinés, hilares, ne manquant de rien et surtout pas de pinard qui coule à flot , des saucissons et des jambons qui pendent dans les casemates , même des soldats en train de prendre des bains de soleils artificiels à la lampe halogène sous l’œil goguenard d’un gros capitaine médecin se comportant comme un vrai paternel pour les enfants de la patrie…….Les allemands ne passeront pas par les Ardennes et  la Belgique , l’armée belge les contiendra, on en est sur pour ça qu’on a pas prolongé la ligne jusqu’à Dunkerque, ça aurait vexé nos amis du Benelux ! On connait la suite, on avait pourtant eu deux répétitions exactes en 1870 et 1914, vlan par la ville de  Sedan l’itinéraire traditionnel teuton puis l’encerclement dans la poche de Dunkerque…. mais faut croire qu’on est voué les français à l’optimisme obligatoire et la mémoire courte.

Résultat le 2e classe d’infanterie Eugène Berthou encerclé avec quelques dizaines d’autres régiments a du passer le restant de la guerre en haute Silésie dans un stalag où il s’est caillé les miches sévères mais d’où il s’est fait la malle un peu avant les autres quand les fridolins  voyaient fondre sur eux les hordes asiates du père des peuples Staline  et étaient plus préoccupés à être fait prisonnier par les ricains plutôt que par les russkoffs qui avaient quelques raisons de casser du fritz avec les dégâts et atrocités envers les civils que ceux-ci avaient commis sur le sol de la plus déjà sainte Russie, la garde des pauvres prisonniers français leur devenait donc complètement secondaire et Eugène a pu terminer sa guerre en douce, retour au foyer début 45. Il en parlait jamais de ça, il avait du en voir de drôles, il en était revenu sourd à 80% tellement le feld maréchal Guderian, Sepp Dietrich, Rommel, Von Rundstedt, Von Stupnaghel leurs panzers et stukas avaient fait du vacarme en franchissant le Rhin. Pendant l’occupation en Auvergne ma mère avait continué à turbiner pour nourrir ses gosses et encore à la campagne on ne s’en sortait pas trop mal question bouffe , c’était les citadins qui étaient obligés de venir se ravitailler à vélo pour amener 2 ou 3 cotes de porc et un kilo de patates , ils nous regardaient de moins haut là nous les bouseux, subitement devenus  des personnes à moins négliger comme à chaque guerre ou crise d’importance , ce sont ceux qui vivaient déjà en quasi-autarcie qui sont les moins touchés, on risquera de revoir ça si la grande crise économique qui s’annonce pour ce 21 e siècle survient, d’ailleurs quelques “survivalistes” comme on les appelle s’y préparent. Ma mère aussi, la guerre, elle aimait pas trop en causer, peu de souvenirs dans ce coin de France où on a fait que voir passer des réfugiés en 40 venus du nord et des schleus qui battaient en retraite en 44 venus du sud coursés par les chars Shermans du général Patton , tout juste, elle me racontait souvent comment elle a été gavée d’ersatz de toutes sortes, café avec des glands, pain à la sciure de bois, chaussure semelle du même métal et une anecdote : La fois où mon frère aîné Jeannot était devenu bègue, c’est parce qu’il avait été ouvrir la porte que quelqu’un cognait comme un sourd  et qu’était apparu devant lui un gros soldat de la Wermacht et qui gueulait “fur essen, essen…afez fou tes zeu badameu zilfouplait! bite!”  Croyez moi qu’ils ont eu tous les œufs frais tout juste sortis du cul de toutes nos poules et fissa: “Viele danke badame und aufwiederzen”. Le frangin , on l’a retrouvé à la cave prostré tellement il avait eu les jetons et il en resté bègue , faut dire qu’avec l’histoire d’Oradour sur Glanes qui venait de survenir, on savait pas s’ils venaient pour assassiner violer ou demander des œufs à l’époque, cette section là est repartie sans même enculer un canard, zavaient pas le temps , c’était à leur tour le sauve qui peut comme les français en 40 : ”A mon signal, feu, au sprint direction Marseille , avait dit le capitaine de compagnie du père Berthou dès qu’il avait aperçu le 1er panzer à l’horizon “. Là c’était à leur tour aux fritz de faire fissa fissa!

En 1983 la 3e guerre mondiale s’appelait la guerre froide qui était pour les militaires bien moins meurtrière que la guerre chaude qu’avaient connu nos parents et grands parents. Fallait quand même la faire et je reçus mon papier d’affectation en juin au moment où j’étais en train de mater un match de tennis du tournoi de Roland Garros à la télé, John Mac Enroe était sur le point de mettre sa raquette sur le coin de la gueule à l’arbitre lorsque j’ouvris l’enveloppe: le soldat Berthou Guy né le 14 juin 1962 sera incorporé au glorieux 126e régiment d’infanterie de Brive le 2 août 1983 au matin. Question rapprochement, je ne pouvais pas avoir mieux, 100 bornes, 2 heures de micheline et donc la perspective de rentrer un maximum de week-end à Reilhac pour revoir tous mes amis et ma famille. Question planque fallait voir, il y avait rien de précisé à part 11e compagnie d’instruction…..”C’est quoi cette affaire?”….”Compagnie d’instruction?"………….       " C’est là où on mets les futurs planqués, les chauffeurs, les cuistots, les transmissions, les jardiniers, les gros culs….Tu pourras peut être passer tous tes permis ducon, t’es vernis pas croyable, t’as évité compagnie de combat!” qu’il me dit Rocagel l’ancien porteur FM de la 1ere Cie de combat contingent 81/04 . Mais le gars Molinier de me briefer: " Heu..le 126e , c’est un régiment disciplinaire Roca , ils y amassent les crétins , les petits marlous et les traîne-savate , il leur faut des bœufs pour remplir les compagnies de combat, des nazes qui réfléchissent pas , Berthou l’intello, il va pas s’y intégrer avec ses bouquins dont je comprends même pas le titre" et Roca de répondre fort à propos : " Où t’as vu qu’il existait des régiments pas disciplinaires, tu vas à l’armée et c’est la discipline, la base de tout le fonctionnement  " . Roca de renchérir  aussi sec: "T’inquiètes pour Berthou , après l’instruction , il le mettront au secrétariat du colon car à Brive, les Bac+2, y’en a pas des masses , je te l’avais dit Bébert tu seras le roi du pétrole à la compagnie de commandement, le gars de confiance des officiers supérieurs si tu perds ta fâcheuse habitude de trop ouvrir ta grande gueule à la moindre remarque sur ta tenue ou ton rasage négligé, tu monteras même en grade sans passer par les pelotons de formation des gradés, allez allons boire un coup au café de la gare, ça t’habitueras  des bidasses , ce vendredi soir, sur qu’on va en choper quelques uns qui reviennent de Brive“….Rien à répondre, toutes ces paroles venues de mes copains me réchauffaient le cœur, ça sert à ça des amis. Au café de la gare, on rencontre le rouquemoute, un de nos potes rouquin , d’où son blase,  adepte de motocross à qui il ne restait plus qu’un mois et qui ne faisait que se marrer de rencontrer quelqu’un qui allait assurer la relève, lui à Limoges il était dans le génie, sergent en raison de son niveau d’étude: "Une crouille (ne pas confondre avec pouille = gradé engagé), voilà ce que tu es !" Lui adresse Roca qui gardait quelques mauvais souvenirs des appelés qui avait pris du galon et qui l’avaient relativement assez fait chier: Plus que les engagés, précise t’il;et même qu’un soir on a chopé un aspirant dans les rues de Brive, à 5 on lui est tombé dessus, le lendemain, l’aspi, il se trimballait dans la compagnie avec des grosses lunettes noires de soleil pour cacher ses cocards, ses yeux pochés , j’te dis pas l’avoinée qu’on lui a mis, mouarfff . Me réconfortant dans mes regrets d’avoir refusé les EOR sur cette affaire le pote Rocagel . Tout juste s’ils ont pas commencé à se mettre sur la gueule, un petit aperçu de l’ambiance qui m’attendait, voilà ce que m’offraient mes potes , l’ambiance bidasse avant l’heure en quelque sorte!

Le mois de juillet se passa dans l’attente entrecoupée des sorties dans les fêtes communales mais avec une sorte d’angoisse constante que je feignais de cacher au maximum et puis tout le monde me disait que j’étais vernis de rester sur le secteur, de ne  pas avoir à partir dans l’est ou en Allemagne d’où je n’aurai pu rentrer en permission que 5 ou 6 fois dans l’année étant donné les distances en train. La veille du départ fut une belle soirée d’été  en compagnie de mes plus fidèles copains à faire une partie de pétanque au cours de laquelle je ratais tous mes tirs et le seul encouragement qu’on me fisse, c ‘était l’espoir de me voir revenir meilleur tireur…….. Nuit blanche à gamberger, attendre le beau-frère qui m’amena à la gare pendant que ma mère s’efforçait de ne pas pleurer sur le pas de la porte  avant que je ne  sois parti comme à son habitude pour chaque départ de chacun de ses enfants.
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