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Émile Blavet

Au pays
malgache





PRÉFACE


Êtes-vous pour ou contre l’expansion coloniale ? Et, moi-même, suis-je pour ou contre cette expansion ? Ni vous ni moi ne le savons au juste, je le crains. Car l’échec ou le succès définitif de ce genre d’entreprises est toujours fixé à une très lointaine échéance ; elles exigent, de la nation qui les poursuit, beaucoup de persévérance et de très grands sacrifices ; et nous devons nous méfier, à cet égard, de l’opinion populaire, toujours impatiente et trop prompte aux découragements et aux alarmes.

L’un des motifs les plus légitimes que nous ayons aujourd’hui de maudire la mémoire de Louis XV est, assurément, le lâche abandon de cet admirable Dupleix, qui, s’il eût été approuvé et soutenu jusqu’au bout par la métropole, nous aurait sans doute conquis l’empire des Indes ; et nous frémissons d’indignation en nous rappelant qu’un tel homme, qui avait exercé, au milieu des pompes et du luxe de l’Asie, un pouvoir quasi-royal, et à qui douze millions étaient dus, est mort obscurément à Paris, de misère et de chagrin. Mais nous n’étions pas là en 1754, et nous ignorons les appréhensions, en apparence très raisonnables, que les actes téméraires de cet aventurier de génie avaient pu, sans doute, provoquer alors, je ne dis pas parmi le peuple, – il n’était point consulté – mais dans les Conseils du roi et de la Compagnie des Indes.

Souvenons-nous, s’il vous plaît, par comparaison, de la violente agitation qui éclata, dans toute la France, à la nouvelle de la défaite – sans grande importance pourtant – subie par nos troupes à Langson. Le peuple souverain ne fut pas plus sage que le monarque par la grâce de Dieu. Parce que quelques-uns de nos bataillons avaient dû momentanément battre en retraite, le ministre d’alors, qu’on rendait, à tort ou à raison, responsable de ce malheur, fut précipité dans un cloaque d’impopularité, où il se débattit vainement, on peut le dire, presque jusqu’à la fin de sa vie ; et, si l’on eût cédé à l’exaspération publique, le Tonkin était immédiatement évacué.

Au dix-huitième siècle, nous avons perdu l’Indoustan, et nous honorons maintenant la mémoire de Dupleix, qui prétendait le garder. Qui sait si, dans cinquante ans, dans cent ans, nos possessions de l’Indo-Chine ne seront pas devenues un empire très riche et très prospère, et si nous ne dresserons pas un jour des statues – plus triomphales que le bronze de Saint-Dié – à ce même Jules Ferry, qui, pour avoir fait, avec quelque suite, de la politique coloniale, fut victime de l’exécration populaire, au point d’être accusé de nous amener les épidémies de choléra !

D’ailleurs, il me semble que, dans cette fin de siècle, une force mystérieuse pousse les fils de la vieille Europe à conquérir de lointains territoires et à combattre les peuples barbares. Sommes-nous destinés, comme le prophétisent de sinistres oracles, à recevoir, tôt ou tard, le contre-coup de cet effort, pour ainsi dire instinctif, sous la forme assez épouvantable d’invasions de Noirs ou de Jaunes ? C’est le secret de l’avenir. En attendant, ce que nous avons de mieux à faire, c’est de suivre le mouvement et d’obéir à l’ancienne loi de concurrence qui régit les nations. Puisque nos plus puissants voisins augmentent sans cesse le domaine de leurs colonies, conquérons-en donc aussi de nouvelles. Tâchons, surtout, d’en tirer le meilleur parti possible, et, pour cela, essayons d’abord de les connaître.

Sur nos possessions d’Afrique et d’Asie, nous possédons déjà des quantités de documents, de quoi remplir des bibliothèques. Mais, relativement à Madagascar, l’enquête s’ouvre à peine. C’est ce qui donne au présent livre son intérêt et son prix.

Vous en connaissez tous l’auteur. Depuis trente ans, vous retrouvez chaque jour sa signature, avec le plus vif plaisir, dans les feuilles parisiennes ; et pas n’est besoin de vous rappeler tout ce qu’il a dépensé là de verve étincelante et légère, d’observation aiguë et pittoresque. Infatigable Danaïde de la Presse, il a versé quotidiennement, dans le puits sans fond du journal, son urne pleine jusqu’au bord de pensée charmante et d’aimable style. Mais, à la longue, le besoin d’une diversion se fait sentir. Et un beau jour, lassé de ce piétinement sur place, ressaisi par ce goût d’aventures qui fut le péché mignon de sa jeunesse, Émile Blavet s’est laissé prendre au mirage des pays neufs, où l’on peut déployer librement son énergie et son initiative ; et il est allé à Madagascar. Et, à Madagascar, il a pris des notes ; car, en pleine action, il est resté ce qu’il est avant tout, un observateur et un écrivain. De là, ce livre, écrit par un artiste, qui sait voir et qui sait dépeindre, mais aussi par un homme pratique, qui, venant de parcourir une route très difficile, veut que son expérience profite aux voyageurs qui suivront le même chemin. Lisez, par exemple, à ce point de vue, le dernier chapitre. Il contient des renseignements très précis – et très précieux – sur la vie à Tananarive et sur les ressources que l’île offre au colon. De telle sorte que ce récit, d’un tour si alerte et de couleurs si vives, est à la fois amusant comme les Impressions de voyage d’Alexandre Dumas père et utile comme un Bædecker.

Lisez. Laissez-vous conduire par ce bon guide. Je vous promets des surprises, surtout lorsqu’il vous introduira chez la reine Ranavalo, si, comme moi, vous avez conservé sur les mœurs et l’étiquette des cours, dans l’Océan Indien, les idées fausses que M. Scribe inculqua aux abonnés de l’Opéra, en leur montrant la fête et le ballet du quatrième acte de l’Africaine. Lisez ce charmant livre dont le succès me paraît assuré, – car il arrive à son heure – et dont le charme et l’intérêt peuvent se résumer en cette courte phrase : c’est du nouveau.

Vous y rencontrerez pourtant une chose vieille, très vieille, mais excellente et qui, je l’espère bien, durera toujours : c’est l’amour de la France, c’est l’admiration et l’enthousiasme devant le courage de ses enfants. En lisant les paroles mêmes – sténographiées par Blavet – du général Voyron racontant l’arrivée des Français devant Tananarive, votre cœur tressaillira. Vous reconnaîtrez que nos petits troupiers de la colonne mobile avaient, en s’enfonçant dans l’île mystérieuse, la même intrépidité, la même endurance, la même passion d’aventure et de conquête que les marins de Jacques Cartier remontant le Saint-Laurent, et vous songerez avec un joyeux orgueil que notre race n’a pas dégénéré.

François COPPÉE.
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