Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes








télécharger 0.67 Mb.
titreNote de l’éditeur Science et perception dans Descartes
page4/15
date de publication18.05.2017
taille0.67 Mb.
typeNote
p.21-bal.com > loi > Note
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15
(Regulae, X, p. 420.) Mais loin de constituer le monde par leur enchevêtrement, elles n'appartiennent même pas au monde considéré en soi ; elles ont rapport à notre esprit ; ainsi souvent quaedam... sub una quidem consideratione magis absoluta sunt quam alia, sed aliter spectata sunt magis respectiva 1 (X, p.382) ; et Descartes ajoute : intelligatur nos hic rerum cognoscendaruln series, non uniuscujusque naturam spectare 2. Aussi l'ensemble des idées claires est-il bien loin de constituer un entendement divin ; au contraire, suivant une doctrine qui a toujours semblé obscure, mais à laquelle Descartes attachait une grande importance, les vérités éternelles tirent leur être du seul décret de Dieu, tout comme les essences en Platon sont créées et nourries par le soleil du Bien. Car, écrit Descartes à Mersenne : « En Dieu ce n'est qu'un de vouloir et de connaître » (I, p.149) ; et quelques jours auparavant :« C'est en effet parler de Dieu comme d'un Jupiter ou Saturne et l'assujettir au Styx et aux destinées que de dire que ces Vérités sont indépendantes de lui. Ne craignez point, je vous prie, d'assurer et de publier partout que c'est Dieu qui a établi ces lois en la nature, ainsi qu'un roi établit des lois en son royaume. » Loin que le fait soit idéalisé jusqu'à n'être constitué que d'idées, ce sont les idées qui semblent ici comme ramenées jusqu'au fait, et d'autant plus nettement que Descartes continue : « Elles sont toutes mentibus nostris ingenitae 3, ainsi qu'un roi imprimerait ses lois dans le cœur de tous ses sujets, s'il en avait aussi bien le pouvoir. » (1, p. 145.) Ainsi, que deux quantités égales à une troisième soient égales entre elles, ce ne serait pas une loi de l'esprit, mais une loi du monde. Ici encore il apparaît que la géométrie est une physique ; et il apparaît comme une idée liée à celle-là, encore qu'on comprenne difficilement comment, qu'il n'y a point d'entendement infini, puisque Dieu n'est que volonté, et que l'entendement est donc limité par sa nature même.
Enfin, non seulement Descartes regarde tout esprit, dès qu'il s'applique à penser comme il faut, comme égal au plus grand génie, mais encore dans la pensée la plus commune il retrouve l'esprit humain. Il y a, à ses yeux, une sagesse commune bien plus proche de cette philosophie véritable qui est à l'esprit ce que les yeux sont au corps que ne sont les pensées produites par l'étude... cum saepissime videamus illos, qui litteris operam nunquam navarunt, longe solidius et clarius de obviis rebus judicare, quam qui perpetuo in scholis sunt versati 1. (X. p. 371.) Aussi son grand précepte, pour parvenir à la sagesse, est-il de ne point trop étudier. La perception elle-même, qui a été considérée par tant de philosophes, à commencer par Spinoza, comme la connaissance la plus basse, est de même nature que la science, comme on voit par le célèbre passage du morceau de cire. « Quel est ce morceau de cire qui ne peut être compris que par l'entendement ou l'esprit ? Certes c'est le même que je vois, que je touche, que j'imagine... Ma perception n'est point une vision, ou un attouchement, ni une imagination, et ne l'a jamais été, quoiqu'il le semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l'esprit... et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux. » Ce qu'il explique dans la Dioptrique par la comparaison de l'aveugle qui perçoit, non pas les sensations que cause la pression du bâton sur sa main, mais directement les objets au bout du bâton. Ce qui donne à Descartes de faire une théorie des sensations comme signes, par l'exemple des dessins, où nous voyons, non des traits sur du papier, mais des hommes et des villes (VI, p. 113). Et ce qui est remarquable, c'est qu'il use presque des mêmes termes dont il usera, dans les Réponses aux Cinquièmes Objections, pour expliquer que les lignes tracées sur le papier, loin de nous donner l'idée du triangle, ne sont que les signes du vrai triangle (VII, 382). Aussi Descartes trouve-t-il dans la perception une « géométrie naturelle » et « une action de la pensée qui, n'étant qu'une imagination toute simple, ne laisse point d'envelopper en soi un raisonnement semblable à celui que font les arpenteurs, lorsque, par le moyen de deux différentes stations, ils mesurent les lieux inaccessibles ». (Dioptrique, VI, p. 138.)
Ainsi ce Descartes qui de loin semblait présenter un système cohérent et convenable au fondateur de la science moderne, nous n'y trouvons plus, en y regardant de plus près, que contradictions. Et, ce qui est plus grave, ces contradictions semblent procéder toutes d'une contradiction initiale. Car on ne voit pas, pour ce fondateur de la science moderne, quel intérêt pouvait présenter la science, lui qui avait pris pour devise la maxime du temple de Delphes ainsi mise en vers par Sénèque :
Illi mors gravis incubat

Qui notus nimis omnibus

Ignotus moritur sibi 1
Comment celui qui avait ainsi adopté la devise socratique du « Connais-toi » a-t-il pu consacrer sa vie à ces recherches de physique que Socrate raillait ? A ce sujet le texte par lequel Descartes affirme qu'il a employé principalement la raison dont Dieu lui a donné l'usage à le connaître et à se connaître soi-même, ajoutant qu'il « n'eût su trouver les fondements de sa Physique s'il ne les eût cherchés par cette voie » (1, p. 144), ne fait que redoubler l'obscurité. Au reste quoi d'étonnant à ce que nous ne trouvions en Descartes qu'obscurités, difficultés, contradictions ? Il a averti lui-même ses lecteurs qu'ils n'y trouveraient pas autre chose s'ils ne faisaient que chercher à savoir son opinion sur tel ou tel sujet, le considérant du dehors et par fragments. La pensée cartésienne n'est pas telle qu'on puisse la commenter du dehors ; tout commentateur doit se faire au moins pour un moment cartésien. Mais comment être cartésien ? Être cartésien, c'est douter de tout, puis tout examiner par ordre, sans croire à rien qu'en sa propre pensée, dans la mesure où elle est claire et distincte, et sans accorder le plus petit crédit à l'autorité de qui que ce soit, et non pas même de Descartes.
Ne nous faisons donc aucun scrupule d'imiter, en commentant Descartes, la ruse cartésienne. Comme Descartes, pour former des idées justes au sujet du monde où nous vivons, a imaginé un autre monde, qui commencerait par une sorte de chaos, et où tout se réglerait par figure et mouvement, de même imaginons un autre Descartes, un Descartes ressuscité. Ce nouveau Descartes n'aurait du premier ni le génie, ni les connaissances mathématiques et physiques, ni la force du style ; il n'aurait en commun avec lui que d'être un être humain, et d'avoir résolu de ne croire qu'en soi. Selon la doctrine cartésienne, cela suffit. Si Descartes ne s'est pas trompé, une réflexion semblable à partir du doute absolu doit, pourvu qu'elle soit librement conduite, coïncider au fond, en dépit de toutes les différences et même de toutes les oppositions apparentes, avec la doctrine cartésienne. Écoutons donc ce penseur fictif.

Deuxième partie

Retour à la table des matières
Nous sommes des vivants ; notre pensée s'accompagne de plaisir ou de peine. Je suis au monde ; c'est-à-dire que je me sens dépendre de quelque chose d'étranger que je sens en retour dépendre plus ou moins de moi. Selon que je sens cette chose étrangère me soumettre ou m'être soumise, je sens plaisir ou peine. Tout ce que je nomme des objets, le ciel, les nuages, le vent, les pierres, le soleil, sont avant tout pour moi des plaisirs, en tant qu'ils me manifestent ma propre existence ; des peines, en tant que mon existence trouve en eux sa limite. Aussi plaisir et peine ne sont-ils pas sans mélange l'un de l'autre, ainsi qu'il apparaît dans les poètes ; mon plaisir ne peut être tel qu'il ne soit corrompu par le désir d'un plaisir plus grand :
medio de fonte leporum

Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat 1

Inversement la douleur n'est jamais goûtée sans quelque volupté ; car respirer, courir, voir, entendre, même me blesser, c'est avant tout goûter ce plaisir qui est comme la saveur de ma propre existence. La présence du monde est avant tout pour moi ce sentiment ambigu ; ce que le nageur appelle l'eau, c'est avant tout pour lui un sentiment composé de la volupté que donne la nage, de la peine qu'amène la fatigue. Selon qu'en nageant il désire la nage ou l'arrêt de cette nage, l'eau est plutôt volupté ou plutôt peine ; plutôt amie ou plutôt ennemie ; mais, par l'ambiguïté du sentiment, toujours perfide. Et, comme en un mélange de bruits confus je lis soudain des paroles prononcées par une voix connue, en un linge froissé que j'aperçois au réveil de bizarres figures d'animaux ou d'hommes ; ainsi apparaissent, en ce sentiment indéfinissable, au nageur l'eau sous son corps et devant ses bras, au coureur le sol sous ses pieds, l'air devant ses genoux, sur son visage, dans sa poitrine. Dans mes rêves, en passant à la joie ou à la tristesse, je fais apparaître les paysages soit lumineux soit ternes ; quand je marche ou cours, ma puissance m'apparaît sous l'espèce d'un air pur et vif, d'un sol comme élastique, ou ma lassitude se fait connaître à moi en un air lourd, un sol glissant. Ce sentiment nuancé de plaisir et de peine, qui est la seule chose que je puisse éprouver, est donc l'étoffe du monde ; c'est tout ce que j'en puis dire. Si ce sentiment ambigu qui rend l'eau présente au nageur est jugé par lui être l'effet, ou la trace, ou l'image d'une fraîcheur, d'une transparence, d'une résistance qui ne seraient pas comme constituées par ce sentiment même, il dit plus qu'il ne sait. Je ne puis donc rien dire du monde. je ne puis dire : cette épine me fait mal au doigt, ni même : j'ai mal au doigt, ni même : j'ai mal. Dès que je donne un nom à ce que je ressens, je dis, comme l'avait vu Protagoras, plus que je ne puis savoir.
Ces choses qui me sont si intimement présentes ne le sont que par la présence de ce sentiment inséparable de mon existence même, et qui par leur intermédiaire seulement m'est révélé. Mais j'irais trop vite si j'en concluais que hors de ce sentiment même je ne puisse rien affirmer ; il semble que les vérités abstraites, indépendantes de ce sentiment, ne sont pas entamées par mon incertitude concernant les choses. Les propositions arithmétiques sont vides de plaisir et de peine ; elles se laissent aisément oublier ; mais, pour peu que je les examine, les interdictions dont elles sont chargées sont pour moi irrésistibles. Ma soif, qui m'est sensible en ce moment par l'intermédiaire d'oranges qui sont devant moi, ne peut, même si je rêve, m'apparaître en deux couples d'oranges qui, ensemble, soient cinq oranges. Mon existence se manifeste à moi par l'intermédiaire d'apparences, mais elle ne peut m'apparaître que de certaines manières ; il y a des manières d'apparaître qui ne définissent pour moi aucune apparence. Pourquoi, si l'on veut me montrer un carré qui soit, à la fois quant à la surface et quant au côté, le double d'un autre carré ne me dérangerai-je pas ? C'est que si, en dessinant, je double le côté d'un carré, je ne sais comment empêcher que ne m'apparaisse un carré quadruple. Un carré double d'un autre quant à la surface et quant au côté serait un carré que je ne pourrais pas reproduire, ni esquisser, ni définir ; non pas carré, forme indéchiffrable ; non pas même forme. Ce n'est pas que le monde me soit transparent ; les apparences me sont impénétrables en tant qu'en elles m'est présent ce sentiment qui en fait comme l'épaisseur, la saveur amère et douce de ma propre existence. Car cette saveur est mienne, mais n'est pas par moi ; si rien en moi n'était étranger à moi, ma pensée serait pure de plaisir et de peine. Mais, dans la mesure où cette chose impénétrable est pour moi distincte et définie, dans la mesure où elle m'apparaît, elle est comme moulée en creux sur moi. Que, rêvant à moitié, je me sente baigner dans l'eau « plus molle que le sommeil » comme dit le poète, puis que, m'éveillant, je me sente dans mon lit, l'eau et le lit ne sont que des formes définies pour moi de ce moelleux indéfinissable qui me les rend présentes. Pourquoi deux couples d'oranges formant quatre oranges sont-elles quelque chose de saisissable pour moi, et non deux couples d'oranges formant cinq oranges ? Je suis ainsi. Pourquoi je suis ainsi, c'est ce que je ne vois aucun moyen d'apprendre, puisque je reconnais que mes pensées ne peuvent me renseigner sur rien, sinon sur moi-même. Aucun progrès de mes pensées ne peut m'instruire. Non pas que le progrès me soit défendu. Certaines propriétés d'une figure ou d'une combinaison de quantités ne peuvent m'apparaître sans des formes ou des quantités auxiliaires ; c'est par le moyen seulement des parallèles accompagnées de leurs propriétés que la somme des trois angles d'un triangle, semblable au génie que seule la lampe merveilleuse faisait apparaître à Aladin, peut être présente à mon esprit. Qu'à moins de trois droites on ne puisse enfermer un espace, c'est ce qui, au contraire, n'a besoin pour m'apparaître que des formes correspondantes. Pourquoi ? C'est un hasard. Ce que j'appelle le monde des idées n'est pas moins que le monde des sensations un chaos ; les idées m'imposent leurs manières d'être, me tiennent, m'échappent. Si d'ailleurs, au lieu de me servir des formes pour en évoquer les propriétés, je les interroge par exemple au moyen de la mesure, rien ne m'assure qu'elles me répondront par ces mêmes propriétés ; aussi l'illustre géomètre Gauss n'a-t-il pas jugé inutile de mesurer la somme des trois angles d'un triangle. Si la géométrie, la mesure, l'action s'accordent, c'est hasard. Tout est livré à ce malin génie de Descartes qui n'est autre chose que le hasard. Hasard, non point nécessité. Autrement dit, rien de ce qui passe dans ma conscience n'a d'autre réalité que la conscience que j'en ai ; il n'y a d'autre connaissance pour moi que d'avoir conscience de ce dont j'ai conscience. Connaître un rêve, c'est le rêver ; connaître une souffrance, c'est la souffrir ; connaître un plaisir, c'est en jouir. Tout est sur le même plan. Il ne me sert en rien de passer de ce qu'on nomme le sensible à ce qu'on nomme l'intelligible ; je connais une propriété du triangle quand, à la suite des constructions convenables, elle me saute aux yeux ou pour mieux dire à l'imagination. Si les idées mathématiques me donnent un sentiment de clarté et d'évidence que n'apportent pas les sensations, il ne s'ensuit pas que ce sentiment soit quelque chose indépendamment de la conscience que j'en ai. Aucune pensée, aucune action n'a pour moi plus de valeur qu'une autre. Tout est indifférent tant que le hasard me tient. Non pas que peut-être une échelle de valeurs, que j'ignore, ne puisse s'appliquer à mes pensées ; cela même est hasard. Le hasard est vêtu, déguisé de bleu, de gris, de lumière, de dur et de mou, de froid et de chaud, de droit et de courbe, de triangles, de cercles, de nombres ; le hasard, c'est-à-dire n'importe quoi. je n'ai jamais conscience de rien, sinon des vêtements du hasard ; et cette pensée même, en tant que j'en ai conscience, est hasard. Il n'y a rien de plus.
N'y a-t-il rien de plus ? Non, si rien pour moi ne se révèle exister qu'autant que j'en ai conscience. Moi-même, en tant que j'ai conscience de moi, je suis n'importe quoi ; ce que ma conscience me révèle, ce n'est pas moi, mais la conscience que j'ai de moi, tout comme elle ne me révèle pas les choses, mais la conscience que j'ai des choses. Ce dont j'ai conscience, je ne sais jamais ce que c'est ; je sais que j'en ai conscience. Voilà donc une chose que je sais : j'ai conscience, je pense. Et comment est-ce que je le sais ? Ce n'est pas une idée, un sentiment parmi les idées et les sentiments qui apparaissent à ma pensée. J'éprouve que le ciel est bleu, que je suis triste, que je jouis, que je me meus ; je l'éprouve, je n'en sais rien. Ce que je pense, je le pense ; il n'y a rien d'autre à connaître. Rien ? Si. Et quoi donc ? Tout ce que j'éprouve est illusion, car tout ce qui se présente à moi sans que j'en reçoive l'atteinte de l'existence réelle se joue de moi. Et non seulement plaisir, souffrance, sensation, mais par suite aussi cet être que je nomme moi, qui jouit, souffre et sent. Tout cela est illusion. Qu'est-ce à dire ? Que tout cela semble illusoire ? Non ; c'est-à-dire, au contraire, que tout cela fait illusion, par suite semble certain. C'est à peine si je puis admettre que cette table, ce papier, cette plume, ce bien-être et moi-même ne sont que des choses que je pense ; des choses que je pense et qui font semblant d'exister. je les pense ; elles ont besoin de moi pour être pensées. En quoi donc ? Car je ne pense pas ce que je veux. Elles me font illusion de même par leur puissance propre. Qu'est-ce donc qu'elles empruntent de moi ? La croyance. Ces choses qui font illusion, c'est moi qui les pense, ou comme sûres, ou comme illusoires, le prestige qu'elles exercent sur moi restant d'ailleurs intact. La puissance que j'exerce sur ma propre croyance n'est pas une illusion ; c'est par cette puissance que je sais que je pense. Ce que je prends pour ma pensée, ne serait-ce pas la pensée d'un Malin Génie ? Cela peut être quant aux choses que je pense, mais non pas pour ceci, que je les pense. Et par cette puissance de pensée, qui ne se révèle encore à moi que par la puissance de douter, je sais que je suis. je puis, donc je suis. Et en cet éclair de pensée se révèlent à moi plusieurs choses dont je ne savais auparavant ce qu'elles étaient, à savoir le doute, la pensée, la puissance, l'existence et la connaissance elle-même. Au reste cela n'est pas un raisonnement ; je puis me refuser à cette connaissance. Ou plutôt je puis la négliger ; je ne puis la refuser. Car dès que je repousse une pensée quelconque comme illusoire, par là même je pense quelque chose que je ne puise pas dans la chose qui se présente à ma pensée ; car dans mes pensées illusoires je ne puis puiser que l'illusion, c'est-à-dire la croyance qu'elles sont sûres. En tant que j'accueille une idée, je ne sais si je l'accueille ou si seulement elle se présente ; dès que je repousse une idée, quand ce serait l'idée même que je suis, aussitôt je suis. Ma propre existence que je ressens est une illusion ; ma propre existence que je connais, je ne la ressens pas, je la fais. Exister, penser, connaître, ne sont que des aspects d'une seule réalité : pouvoir. je connais ce que je fais, et ce que je fais, c'est penser et c'est exister ; car du moment que je fais, je fais que j'existe. je suis une chose qui pense. Dira-t-on que, sans le savoir, Je suis, je fais peut-être autre chose encore, en dehors de la pensée ? Qu'est-ce à dire ? Que serait une puissance que je n'exerce pas ? Certes un dieu inconnu peut se servir de moi, sans que je le sache, en vue d'effets que j'ignore ; mais ces effets, je ne les produis pas. Et quant à connaître mon être propre, ce que je suis se définit par ce que je puis. Il est donc une chose que je puis connaître, c'est moi ; et je ne peux en connaître aucune autre. Connaître, c'est connaître ce que je puis ; et je connais dans la mesure où, à jouir, à souffrir, à ressentir, à imaginer, je substitue, transformant ainsi l'illusion en certitude et le hasard en nécessité, faire et subir.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

similaire:

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconFiche – la perception – (le sujet)
«trouble de la perception» lorsqu’un sens – ouïe, vue – est déficient. La perception est à la fois une activité et un résultat

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconDiscours de la méthode
«chacun abonde si fort en son sens», c’est-à-dire que les gens préfèrent juger par eux-mêmes que d’écouter les conseils des réformateurs....

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconLes territoires de l’insertion. Descartes avec Pascal
«Tout commence par une déviance qui, dans certaines conditions favorables, devient une tendance.» (Cyrulnik B., Morin E., 2010)

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconEt construction de l'unité européenne
«Si la science n'a pas de patrie, l'homme de science en a une» témoigne du poids de l'environnement socio-politique sur les comportements...

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconCours technologie des systèmes I laca09 Notions de base sur les capteurs...
«La science commence la où commence la mesure»; cela signifie que nous n'avons pas de science sans mesure

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconLittérature québécoise
«roman d’anticipation utopiste», note Jacques Allard; d’autres parlent aussi du «premier roman séparatiste au Québec», ou du «premier...

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes icon1955-2005 : cinquante ans de science refléTÉs dans le petit

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconNote dans ses cours, que la nature fait un grand usage de l’électricité...

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconCours de L. Bergougnoux conditionnement Electronique des capteurs...
«La science commence la où commence la mesure»; cela signifie que nous n'avons pas de science sans mesure

Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes iconTome premier l’humanisme de l’occident descartes spinoza pascal








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com