Note de l’éditeur Science et perception dans Descartes








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Méditations, nous lisons tout d'abord : « Tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent pour le plus vrai et le plus assuré, je l'ai appris des sens, ou par les sens ; or j'ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, et il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. » En conséquence de quoi, lorsque Descartes veut chercher la vérité, il ferme les yeux, il bouche ses oreilles, il efface même de sa pensée toutes les images des choses corporelles, ou du moins, parce qu'à peine cela se peut-il faire, il les réfute comme vaines et comme fausses. Il est vrai que ceci concerne une recherche métaphysique, et non mathématique ; mais l'on sait que Descartes considérait sa doctrine métaphysique comme le fondement de toutes ses pensées. Ainsi la première démarche de Descartes pensant est de faire abstraction des sensations. Il est vrai que ce n'est là qu'une forme de son doute hyperbolique, et l'on pourrait croire que cette défiance à l'égard des sens n'est que provisoire, conformément à la comparaison par laquelle Descartes explique ce qu'est pour lui le doute dans sa réponse aux septièmes objections : « Si forte haberet corbem pomis plenam, et vereretur ne aliqua ex pomis istis essent putrida, velletque ipsa auferre, ne reliqua corrumperent, quo pacto id faceret ? An non in primis omnia omnimo ex corbe rejiceret ? Ac deinde singula ordine perlustrans, ea sola quae agnosceret non esse corrupta, resumeret, atque in corbem reponeret, aliis relictis 1 » (VIII, p. 481.) De fait la croyance aux témoignages des sens n'est pas au nombre des pensées que Descartes, après les avoir rejetées, reprend comme saines. L'objet de la physique cartésienne est au contraire de remplacer les choses que nous sentons par des choses que nous ne faisons que comprendre, au point de supposer, comme source des rayons solaires, un simple tourbillon. Le soleil même est privé de sa lumière par l'esprit. Et voici en effet le début du Monde autrement intitulé Traité de la Lumière : « Me proposant de traiter ici de la Lumière, la première chose dont je veux vous avertir est qu'il peut y avoir de la différence entre le sentiment que nous en avons, c'est-à-dire l'idée qui s'en forme en notre imagination par l'entremise de nos yeux, et ce qui est dans les objets qui produit en nous ce sentiment, c'est-à-dire ce qui est dans la flamme ou dans le soleil, qui s'appelle du nom de lumière. » (IX, p. 3.) Ce qu'il montre par un exemple tiré de l'expérience même. « L'attouchement est celui de tous nos sens que l'on estime le moins trompeur et le plus assuré ; de sorte que, si je vous montre que l'attouchement même nous fait concevoir plusieurs idées, qui ne ressemblent en aucune façon aux objets qui les produisent, je ne pense pas que vous deviez trouver étrange, si je dis que la vue peut faire le semblable... Un gendarme revient d'une mêlée : pendant la chaleur du combat, il aurait pu être blessé sans s'en apercevoir ; mais maintenant qu'il commence à se refroidir, il sent de la douleur, il croit être blessé : on appelle un chirurgien, on le visite, et l'on trouve enfin que ce qu'il sentait n'était autre chose qu'une boucle ou une courroie qui, s'étant engagée sous ses armes, le pressait et l'incommodait. Si son attouchement, en lui faisant sentir cette courroie, en eût imprimé l'image en sa pensée, il n'aurait pas eu besoin d'un chirurgien pour l'avertir de ce qu'il sentait. » (XI, p. 5.)
Refusant donc de croire aux sens, c'est à la seule raison que Descartes se fie, et l'on sait que son système du monde est le triomphe de ce qu'on nomme la méthode a priori ; et cette méthode, il l'a appliquée avec une audace qui n'a eu, selon une parole connue, ni exemple ni imitateur ; car il va jusqu'à déduire l'existence du ciel, de la terre et des éléments. « L'ordre que j'ai tenu en ceci, écrit-il dans le Discours de a Méthode, a été tel. Premièrement j'ai tâché de trouver en général les Principes ou Premières Causes de tout ce qui est, ou qui peut être dans le monde, sans rien considérer pour cet effet que Dieu seul qui l'a créé, ni les tirer d'ailleurs que de certaines semences de vérité qui sont naturellement en nos âmes. Après cela j'ai examiné quels étaient les premiers et les plus ordinaires effets qu'on pouvait déduire de ces causes : et il me semble que par là j'ai trouvé des Cieux, des Astres, une Terre et même, sur la terre, de l'eau, de l'air, du feu, des minéraux, et quelques autres telles choses qui sont les plus communes de toutes et les plus simples. » (VI, p. 63.) Programme qui est rempli par les Principes avec ce commentaire presque insolent, qui se retrouve aussi dans la Correspondance : « Les démonstrations de tout ceci sont si certaines qu'encore que l'expérience nous semblerait faire voir le contraire, nous serions néanmoins obligés d'ajouter plus de foi à notre raison qu'à nos sens. » (Principes, 11, 52.) De quoi l'on peut rapprocher ce passage d'une lettre à Mersenne : « Je me moque du Sr. Petit, et de ses paroles, et on n'a, ce me semble, pas plus sujet de l'écouter, lorsqu'il promet de réfuter mes réfractions par l'expérience, que s'il voulait faire voir, avec quelque mauvaise équerre, que les trois angles d'un triangle ne seraient pas égaux à deux droits. » (11, p. 497.)
Ainsi la physique cartésienne est géométrique ; mais la géométrie cartésienne, à son tour, est bien loin de cette géométrie classique que Comte a si bien nommée spéciale parce qu'elle est attachée aux formes particulières. Ici, puisque nous considérons Descartes historiquement, il peut être utile de considérer quelle forme ont prise ses idées chez les philosophes qui sont plus ou moins ses disciples. Or, à la suite de la Géométrie de 1637, Malebranche et Spinoza se sont accordés à distinguer, quoique différemment, l'étendue intelligible de cette étendue qui est jetée comme un manteau sur les choses et ne parle qu'à l'imagination. Quoique Descartes n'ait pas été explicitement jusque-là, c'est à lui qu'il faut faire honneur de cette vigoureuse idée. Non qu'il n'ait semblé la sous-entendre par endroits, comme dans le célèbre passage du morceau de cire où Descartes dépouille l'étendue de ses vêtements de couleurs, d'odeurs, de sons, mais plus encore dans les lignes suivantes, adressées à Morus, où l'étendue semble déjà, comme elle sera dans Spinoza, conçue, non encore il est vrai comme indivisible, mais indépendamment des parties : Tangibilitas et impenetrabilitas in corpore est tantum ut in homine risibilitas, proprium quarto modo, juxta vulgares logicae leges, non vera et essentialis differentia, quam in extensione consistere contendo ; atque idcirco, ut homo non définitur animal risibile, sed rationale, ita corpus non definiri per impenetrabiJitatem, sed per extensionem. _Quod confirmatur ex eo quod tangibilitas et impenetrabilitas habeant relationem ad partes, et praesupponant conceptum divisionis vel terminationis, possumus autem concipere corpus continuum indeterminatae magnitudinis, sive indefinitum, in quo nihil praeter extensionem consideretur 1.
Néanmoins c'est dans la révolution que fut, pour les mathématiques, la Géométrie de 1637 qu'éclate surtout cette idée de la pure étendue, de l'étendue en soi, pour parler un langage platonicien. Les géomètres anciens raisonnaient, il est vrai, non pas sur le triangle ou le cercle qu'ils avaient devant les yeux, mais sur le triangle ou le cercle en général ; ils restaient pourtant comme collés au triangle ou au cercle. Comme leurs démonstrations s'appuyaient sur l'intuition, elles gardaient toujours quelque chose de propre à l'espèce de figure qu'elles avaient pour objet. Quand Archimède eut mesuré l'espace enfermé par un segment de parabole, cette admirable découverte ne fut pourtant d'aucun secours pour les recherches analogues concernant, par exemple, l'ellipse ; car c'étaient les propriétés particulières de la parabole qui, au moyen d'une construction impraticable ou inutile pour toute autre figure, rendaient cette mesure possible. Descartes a compris le premier que l'unique objet de la science, ce sont des quantités à mesurer, ou plutôt les rapports qui déterminent cette mesure, rapports qui, dans la géométrie, se trouvent seulement comme enveloppés dans les figures, de même qu'ils peuvent l'être, par exemple, dans les mouvements. C'est après cette intuition de génie qu'à partir de Descartes les géomètres cessèrent de se condamner, comme avaient fait les géomètres grecs, à ne faire correspondre une expression ayant un degré quelconque qu'à une étendue ayant un nombre de dimensions correspondant, lignes pour les quantités simples, surfaces pour les produits de deux facteurs, volumes pour les produits de trois. En effet : Omnia eodem se habent modo, si considerentur tantum sub ratione dimensionis, ut hie et in Maihematicis disciplini., est faciendum... Cujus rei anidmadversio magnam Geometriae adfert lucem, quoniam in illa fere omnes male concipiunt tres species quantitatis : lineam, superficiem et corpus. Jam enim ante relatum est, lineam et superficiem non cadere sub conceptum ut vere distinctas a corpore, vel ab invicem ; si vero considerentur smpliciter, ut per intellectum abstractae, tunc non magis diversae sunt species quantitatis, quam animal et vivens in homine sunt diversae species substantiae 1. (X, p. 448.) Les mathématiques étaient ainsi délivrées de la superstition par laquelle chaque figure avait comme sa quantité propre. Les figures rie furent plus dès lors que des données qui posaient des rapports de quantité ; il ne fallait plus qu'adapter les signes arithmétiques à cette nouvelle espèce de rapports ; mais déjà Viète, en créant l'algèbre, les avait adaptés à tous les rapports possibles. Les courbes elles-mêmes furent définies par la loi, c'est-à-dire par la formule, qui les rapprochait ou les éloignait, à mesure qu'elles étaient tracées, d'une droite arbitrairement choisie. Bref, à partir de 1637, l'essence du cercle, selon l'expression que devait employer Spinoza, n'était plus circulaire. Toutes les figures furent comme dissoutes, la droite subsista seule et les géomètres cessèrent, à l'exemple de Descartes, de considérer « d'autres théorèmes, sinon que les côtés des triangles semblables ont semblable proportion entre eux, et que dans les triangles rectangles le carré de la base est égal aux deux carrés des côtés... Car... si l'on tire d'autres lignes et qu'on se serve d'autres théorèmes... on ne voit point si bien ce qu'on fait, si ce n'est qu'on ait la démonstration du théorème fort présente à l'esprit ; et en ce cas on trouve, quasi toujours, qu'il dépend de la considération de quelques triangles, qui sont ou rectangles ou semblables entre eux, et ainsi on retombe dans mon chemin » (IV,p. 38)
Au reste il est clair que l'initiative hardie, et après quelque temps presque universellement imitée, par laquelle Fourier, dans ses célèbres études sur la chaleur, négligea l'intermédiaire de la mécanique pour appliquer directement l'analyse à la physique, ne faisait que répéter, sur une autre matière, la Géométrie de 1637. Ou plutôt, cette Géométrie n'était qu'une des applications de ce principe général, appliqué aujourd'hui dans toutes les études qui le comportent, que les rapports entre les quantités sont le seul objet du savant. L'on peut même penser que Descartes aurait devancé la science moderne en se servant de l'analyse pour la physique comme pour la géométrie, s'il avait eu entre les mains un instrument assez élaboré. Il ne faut pas s'étonner que l'inventeur de cette vue hardie n'ait eu, comme nous l'avons remarqué, que mépris pour ce que Spinoza appellera la connaissance du premier genre. Pas plus que Spinoza il ne croit qu'on puisse être sage sans philosopher, et nul n'a employé à ce sujet des expressions plus fortes. « C'est proprement avoir les yeux fermés, dit-il dans la préface des Principes, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher... et enfin cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs, et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour conduire nos pas. » Enfin l'on ne s'étonnera pas que celui qui écarte résolument les idées « qui se forment dans l'imagination par l'entremise de nos yeux », et délivre la mathématique du joug de l'intuition, ait, comme Spinoza, rabaissé l'imagination à ne consister qu'en des mouvements du corps humain. C'est ce que montre un texte des Regulae :
Concipiendum est... phantasiam esse veram partem corporis, et plus loin : ex bis intelligere licet, quomodo fieri possint omnes aliorum animalium motus, quamvis in illis nulla prorsus rerum cognitio sed phantasia tantum pure corporea admittatur 1 (X, p. 414).
Ainsi la science est comme purifiée de la boue natale, si l'on peut ainsi parler, dont Thalès et ses successeurs ne l'avaient pas entièrement nettoyée. Elle est ce que Platon avait pressenti : un ensemble d'idées. Et c'est ici l'occasion de saisir un autre aspect de la pensée cartésienne à l'aide d'un autre disciple de Descartes. Leibniz ; car si Leibniz a voulu bâtir, non seulement la connaissance humaine, mais même la connaissance divine, qui, selon son système, est la même chose que le monde, avec des idées, c'est Descartes, encore qui doit être considéré comme l'inspirateur de cette doctrine. Dans les Méditations il se contentait, il est vrai, de remarquer l'existence en son esprit d'idées qui, disait-il, ne peuvent être estimées un pur néant, et ne sont pas feintes par lui, mais ont leurs natures vraies et immuables. Mais dans les Regulae, œuvre dont Leibniz possédait une copie, Descartes va bien plus loin en sa doctrine des idées simples, qu'il définit ainsi : Absolutum voco, quidquid in se continet naturam puram et simplicem, de qua est quaestio : ut omne id quod consideratur quasi independens, causa, simplex, universale, unum, aequale, simile, rectum, vel alia bujusmodi ; atque idem primum voco simplicissimum et facillimum, ut illo utamur in quaestionibus resolvendis 2. (X, p. 381.) Et comment doit-on s'en servir ? C'est ce qu'on voit plus loin. Notandum paucas esse dumtaxat naturas puras et simplices, quas primo et per se, non dependenter ab allis ullis, sed vel in ipsis experimentis,vel lumine quodam in nobis insito, licet intueri ; atque has dicimus diligenter esse observandas : sunt enim eaeYem quas in unaquaque serie maxime simplices appellamus. Caeterae autem omnes non aliter percipi possunt, quamsi ex istis deducantur, idque vel immediate et proxime, vel non nisi per duas, aut tres aut plures conclusiones diversas 1. (X, p. 383.) Et plus loin ce texte plus significatif encore - Colligitur tertio, omnem humanam scientiam in hoc uno consistere, ut distincte videamus, quomodo naturae istae simplices ad compositionem alia-rum rerum simul concurrant 2. (X, p. 427.) Il suffit de pousser l'idée jusqu'à ses dernières conséquences pour retrouver Leibniz. Car si ces édifices transparents faits d'idées simples arrivent, en s'élevant, à approcher de plus en plus la complication des choses existantes, devons-nous croire que l'abîme qui sépare malgré tout nos raisonnements du monde n'est pas dû à notre esprit borné, plutôt qu'à la nature des idées ? D'où l'on arrive à se représenter qu'en un entendement infini il doit être vrai que César a passé le Rubicon, exactement comme il est vrai pour nous que deux et deux font quatre. S'il n'en est pas ainsi pour nous, c'est qu'il est besoin, pour connaître à proprement parler un événement, d'une analyse infinie. « Quoiqu'il soit aisé, dit Leibniz, de juger que le nombre de pieds du diamètre n'est pas enfermé dans la notion de la sphère en général, il n'est pas si aisé de juger si le voyage que j'ai dessein de faire est enfermé dans ma notion ; autrement il nous serait aussi aisé d'être prophètes que d'être géomètres. »
L'idée que nous pouvons nous faire de Descartes comme fondateur de la science moderne semble ainsi complète. La géométrie classique était encore comme collée à la terre ; il l'en a détachée, il a été comme un second Thalès par rapport à Thalès. Il a transporté la connaissance de la nature du domaine des sens au domaine de la raison. Il a donc purifié notre pensée d'imagination, et les savants modernes, qui ont appliqué l'analyse directement à tous les objets susceptibles d'être ainsi étudiés, sont ses vrais successeurs. Poincaré, en substituant aux preuves intuitives concernant l'addition et la multiplication des preuves analytiques, a fait preuve d'esprit cartésien. Ceux qui après Leibniz, espèrent bâtir pour ainsi dire l'univers avec des idées, ou pensent du moins que l'univers en Dieu, ou bien, pour parler autrement, en soi, n'est pas bâti autrement, ceux-là aussi procèdent de Descartes. Il n'est pas jusqu'à l'opposition, remarquée plus haut, entre la commodité prise comme règle de la science et le mépris des applications que l'on ne retrouve en Descartes. Car si dans sa jeunesse, lorsqu'il pense que les sciences ne servent qu'aux arts mécaniques, il juge que des fondements si fermes n'ont servi à rien de bien relevé, d'autre part il ne semble pas plus que Poincaré exiger des théories scientifiques qu'elles soient vraies, mais seulement qu'elles soient commodes. C'est ainsi qu'il compare souvent ses théories aux idées des astronomes concernant l'équateur et l'écliptique, qui, bien que fausses, ont fondé l'astronomie. C'est qu'il veut que l'ordre, essence de la science cartésienne, ne se conforme pas servilement à la nature des choses, mais s'applique « même aux choses qui ne se suivent pas naturellement les unes les autres ». Bref, la science moderne a été dès l'origine, quoique moins développée, ce qu'elle est actuellement. La question que nous nous posions tout à l'heure est résolue. Il faut accepter la science telle qu'elle est, ou y renoncer. Il n'y aurait qu'à en rester là, et il n'y aurait plus aucune question à poser, si une lecture quelque peu attentive de Descartes ne suffisait pas pour rencontrer une foule de textes difficilement conciliables, semble-t-il, avec l'esquisse de la philosophie cartésienne précédemment tracée ; aussi allons-nous passer en revue quelques-uns de ces textes, que nous grouperons par ordre autant qu'il est possible, nous réservant de les commenter par la suite.
Tout d'abord il n'est pas vrai que Descartes, en cultivant les sciences, en dédaigne les applications. Non seulement les dernières années de sa vie ont été consacrées tout entières à la médecine, qu'il considérait comme le seul moyen propre à rendre le commun des hommes plus sages, en leur donnant la santé, mais, bien plus, ce n'est qu'en vue des applications qu'il a pris la peine de communiquer ses réflexions au public. Car, dit-il, tant qu'il n'était arrivé à des résultats satisfaisants que touchant les sciences spéculatives ou la morale, il ne s'était pas cru obligé de les publier. « Mais, poursuit-il, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusqu'où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusqu'à présent, j'ai cru que ne je pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu'il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » (VI, p. 61.) En ces lignes, qui rendent pour ainsi dire le même son que celles, non moins vigoureuses, où Proudhon osera dire plus tard que par les seules applications les spéculations scientifiques « méritent le noble nom de travaux », la science semble être considérée à l'égard de la nature, non comme la satisfaction de notre curiosité, mais comme une prise de possession. Ce n'est pas que la science cartésienne ne serve aussi à une fin qu'on peut considérer comme plus relevée ; mais c'est la dernière qui nous viendrait aujourd'hui à l'esprit, car cette fin consiste à fonder la morale. Descartes l'écrit expressément à Chanut, à propos des
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