Littérature québécoise








télécharger 1.14 Mb.
titreLittérature québécoise
page14/40
date de publication18.05.2017
taille1.14 Mb.
typeLittérature
p.21-bal.com > loi > Littérature
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   40

VII


Nous quittons Omaha entre onze heures et demie et midi. Il reste encore six cent trente lieues à faire pour atteindre San Francisco ; désormais, il n’y a plus qu’une seule ligne de chemin de fer, c’est la Union Pacific. Le convoi est plein, tous les lits sont pris et le nombre des cars s’élève bien à dix ou douze ; c’est ainsi, paraît-il, tous les jours.

La ligne du Pacifique est quotidienne, comme le lecteur le sait déjà ; mais ce qu’il ignore peut-être, c’est l’aménagement à l’intérieur des cars. Il n’y a pas, comme je l’ai dit plus haut, de restaurant dans le train ; il n’y a pas non plus de char-salon, et quelquefois seulement il y a un char-fumoir sur une partie de la route. Le train du Pacifique est absolument semblable aux trains de l’Est, à l’exception qu’il renferme moins de confort, moins de luxe, et qu’il se salit bien davantage. À part le train régulier de la malle, il y a aussi des convois d’émigrants constamment sur la route et des trains de fret qui couvrent parfois jusqu’à un quart de mille de longueur.

Le billet que vous avez acheté en partant de Chicago est bon pour toute votre vie durant, et s’il vous plaît de vous arrêter en chemin, vous trouverez aux principales stations, même du désert, un hôtel assez confortable où, moyennant trois dollars par jour, vous aurez des repas fort honnêtes, du maïs à profusion, sous toutes les formes possibles, du thé à la glace et surtout du café toujours excellent.

* * *

Quelques heures après avoir quitté Omaha, on entre de plain-pied dans cette formidable région de l’Ouest où se commettent tant d’attentats, et où, il y a quelques années à peine, la vie était si sauvage, si aventureuse, qu’aucun homme ne pouvait s’y risquer sans son pistolet ou son couteau. Aujourd’hui même, à mesure qu’on s’éloigne de la grande route du chemin de fer, les dangers se multiplient et les hommes sont de plus en plus farouches.

La loi ne saurait avoir grande force là où il n’y a pas de société organisée, et le lynch est le moyen suprême. J’ai entendu dire par un tout jeune homme qui avait accepté un bureau de télégraphe dans un village du Colorado, que lorsqu’il partait de chez lui le matin, il ne savait pas s’il y reviendrait vivant le soir, et qu’il ne se passait guère de semaine sans qu’il vît pendus à quelques arbres, devant sa porte, deux ou trois mauvais diables qui en auraient fait autant à leurs ennemis, s’ils avaient eu le dessus sur eux.

On peut voir partir de chaque station importante des diligences traînées par quatre mulets, recouvertes d’une toiture en toile maintenue par des arceaux, et remplies de hardis pionniers qui s’en vont à des distances de trente, quarante, cinquante lieues, jusqu’aux endroits où il n’y a plus d’établissements. Ils vont chercher quoi ? la fortune sous toutes ses formes ; ils n’ont peur de rien et sont prêts à disputer chaque pas fait de l’avant. Il faut voir ces rudes types, débraillés, osseux et sveltes, au pas indolent et hardi à la fois, figures anguleuses et franches, regard dont aucune inquiétude, aucun regret n’atténue l’assurance dans la force personnelle et la foi dans l’aventure, pour se faire une idée de ces pionniers qui marchent bien en avant des civilisations et qui frayent des routes là où le compas n’a pas encore mesuré l’étendue.

* * *

Vingt-six heures après avoir quitté Omaha, l’on arrive à Cheyenne, petite ville bâtie dans le sable qui contient 3,000 habitants, et où il n’y avait qu’une maison, une seule, en 1867.

Déjà l’on s’y trouve à une hauteur de six mille pieds au-dessus du niveau de la mer, sur un sol volcanique rempli de débris fossiles.

Dans cette petite ville, qui date de cinq à six années à peine, il y a déjà un journal quotidien, une revue mensuelle, de beaux édifices, des fabriques considérables et des ateliers où l’on prépare l’agate, cette jolie pierre qui, montée sur l’or californien, constitue le bijou préféré des Américains. C’est à Cheyenne que se font aussi la plupart des chaussures pour les settlers de l’Ouest et ces selles bizarres, tout exprès pour des hommes qui passent des journées entières à cheval et qui ont souvent des trente à quarante milles à faire d’un établissement à un autre. Le cheval des plaines ! Il ne faut pas, lecteur, rêver à la cavale de l’Arabe. Celui-ci est un petit animal, d’assez maigre apparence, au galop mesuré, fait plutôt pour la fatigue que pour la course, qui ne coûte guère plus de soixante à quatre-vingts dollars et qui doit se contenter de peu par nécessité ou par nature.

Il n’y a pas longtemps que Cheyenne s’est débarrassé de ses cabanons de jeu et de danse, remplis du matin au soir du vacarme de l’orgie ; le meurtre au couteau et au pistolet y était d’une occurrence journalière. Un beau jour, quelques citoyens déterminés formèrent un comité de vigilance, s’emparèrent des plus hardis desperadœs, de ces roughs terribles qui sont encore en bien des endroits reculés la terreur de l’Ouest, et les pendirent sans façon sur une colline en les laissant exposés pendant des semaines entières. Depuis lors, la ville est tranquille, et l’on peut y vivre à la condition de n’y pas mourir d’ennui ou d’être propre à toutes les existences.

* * *

Nous avons fait ici cinq cent seize milles à partir d’Omaha et il en reste autant à faire pour atteindre Ogden, près du grand Lac-Salé ; c’est donc encore une journée de marche. Nous sommes dans le territoire du Colorado ; nous traverserons celui du Wyoming et nous atteindrons l’Utah où se trouvent les Mormons, peuple si intéressant en ménage que les voyageurs ont presque toujours envie de rester au milieu d’eux et de se convaincre par l’exemple combien il faut de femmes pour égaler un homme. Nous avons traversé, depuis le départ de Montréal, toute la province d’Ontario, les États du Michigan, de l’Illinois, de l’Iowa et du Nebraska, et nous avons entamé le Colorado, cette perle de l’Ouest central, comme l’appellent les settlers. Six cents lieues déjà en moins de cinq jours, cela commence à compter ; on le sent à ses articulations et à ses reins. Quant à la tête, il n’y en a plus ou à peu près ; elle fait l’effet sur les épaules d’une terrine dans laquelle on ferait sauter des cailloux. Arriver tout bossué, tout craqué, tout moulu chez les Mormones, ne serait peut-être pas du goût de ces dames ; aussi les voyageurs, fiers de leur personne, passent-ils outre et ne prennent pas l’embranchement de trente-cinq milles de longueur qui conduit d’Ogden à la ville du Lac-Salé.

Pour moi, j’avais encore bien plus de raisons de ménager ma bourse que mon extérieur, que je méprise du reste à cause du peu que j’en ai toujours tiré. On ne peut en effet faire ce court trajet entre Ogden et la ville des Mormons, quand même on n’y resterait qu’une journée, sans qu’il en coûte au moins vingt dollars. Le voyage seul revient à six dollars, l’hôtel à cinq, et il en reste neuf qui fondent sans doute sous le regard de tant de femmes ou qui s’en vont en souvenirs d’une aussi intéressante visite.

* * *

Mais suivons notre route. On laisse Cheyenne après y avoir passé une demi-heure à se restaurer et à se désaltérer tant bien que mal. C’est d’ici que part le chemin de fer à voie étroite – deux pieds et demi seulement de largeur et cent six milles de longueur – qui conduit à Denver, dans le Colorado, à travers le pays le plus accidenté, le plus curieusement pittoresque qu’il y ait au monde. Maintenant, nous allons voir apparaître les Indiens et les Chinois. Les Indiens ! pouah ! ce sont des Cheyennes, des Arapahoes, des Shoeshones, et même des Pawnies. Ils sont tous infects, à demi nus, repoussants ; ils viennent mendier, enveloppés dans une couverture sordide qui traîne d’un côté et ne couvre qu’une épaule ; les femmes surtout sont horribles à voir. Et dire qu’on a fait tant de poésie et tant de romans sur les ancêtres de pareilles créatures !

J’ai vu une Indienne dont toute la figure et le front, à l’exception du nez et de la bouche, étaient couverts de goudron. Bien des voyageurs surpris la regardaient, sans arriver à comprendre ce que pouvait signifier une pareille fantaisie ; je m’approchai d’elle et lui demandai en anglais de m’expliquer le goudron ; elle ne comprenait ni mon langage ni mes gestes ; j’avais beau me porter la main d’une oreille à l’autre et des cheveux au menton, c’était comme si j’avais parlé au grand Turc. Enfin deux ou trois autres Indiennes, qui se trouvaient avec elle, après une consultation fort vive, m’apprirent que ce goudron était un signe de deuil, que la goudronnée en question avait perdu son mari depuis trois ans, et, que, dans sa tribu, toute femme qui devenait veuve était tenue de se barbouiller ainsi pendant trois années exactement. Elle en avait encore pour deux ou trois jours, de sorte que j’étais arrivé juste à point pour jouir de ce spectacle ; c’est la seule chance que j’ai eue dans tout mon voyage ; aussi je lui consacre un paragraphe.

Quant aux Chinois, ce sont des êtres intéressants en vérité. Ils fourmillent sur la route du chemin de fer ; le fait est qu’ils en ont été dès l’origine les principaux ouvriers : ces hommes-là travaillent pour presque rien et se nourrissent d’un peu moins. Ce sont en général de petits hommes jaunes, anguleux, dont la longue queue tressée derrière la tête est relevée, aux États-Unis, de façon à former une toque sur la nuque. Ils sont échelonnés sur toute la ligne, la réparant au fur et à mesure des besoins, et s’emploient à tous les travaux généralement quelconques que nécessitent les circonstances. Leur industrie, leur probité et leur infatigabilité sont sans égales. Jamais un Chinois ne prend un verre de quoi que ce soit, si ce n’est d’eau ou de thé, et il ne mange guère que du riz ; cependant il peut travailler quatorze heures par jour ; le fait est qu’il n’y a pas de limite à la quantité d’ouvrage qu’un pareil homme peut faire sans prendre de repos. Son objet fixe est de faire le plus d’ouvrage possible en peu de temps, d’arrondir le sac d’écus avec lequel il retournera en Chine où il vivra comparativement pour rien. En effet, dans son pays, un repas ne lui coûtera guère que deux ou trois sous, tandis que son travail est rétribué en proportion ; mais aux États-Unis, il gagne vingt fois plus et dépense à peu près autant qu’en Chine, de sorte qu’il a bientôt constitué une forte épargne. Il n’apprend de l’anglais que ce qu’il lui en faut pour faire rigoureusement son affaire ; c’est là son idée fixe et tout le reste ne l’occupe pas. Son langage est extrêmement animé et bruyant ; trois Chinois engagés en conversation peuvent vous casser les oreilles, mais heureusement ça ne dure pas, et la pipe, qui remplit tous leurs loisirs, les rend bientôt aussi taciturnes que des chefs indiens en conseil.

* * *

Peu après avoir quitté Cheyenne on commence à voir les premiers antilopes et les chiens de prairie. Quelle gracieuse et charmante créature que l’antilope ! Le bruit du train ne l’effarouche plus ; il vient jusqu’à deux ou trois arpents de la ligne, écoute avec sa tête fine et douce, suit longtemps du regard, et, parfois, comme s’il voulait imiter le roulement du train, il part de ce galop cadencé et presque rêveur qui fait tendrement frissonner la plaine. Tantôt les antilopes sont par groupes, tantôt ils sont isolés ; le plus souvent ils sont par couples, mâle et femelle, père et mère, l’un près de l’autre dans la vaste solitude. Si le mâle s’est éloigné tant soit peu, il se dépêche, lorsque le train arrive, de rejoindre sa compagne. On lit l’angoisse et la hâte dans sa course précipitée ; elle, souriante, émue – j’oserai employer ces mots – vient doucement au-devant de lui ; on les voit alors tous deux ou s’arrêter ou contempler en silence, ou prendre d’un trot léger le chemin sans trace du désert. On comprend, en voyant ces douces et gentilles créatures, quel crime c’est que de leur faire la chasse ; aussi les voyageurs les regardent-ils, presque toujours, d’un œil ému et comme plein de reconnaissance pour l’heureuse, quoique fugitive impression qu’ils en éprouvent.

Le chien de prairie, lui, est un petit être fantastique ; c’est un original et un railleur, guère plus gros que l’écureuil ; d’un jaune plus saillant, il ressort à peine sur la mer de sable, de même couleur que lui, qui l’entoure. Il se tient debout, appuyé sur ses pattes de derrière, au-dessus du petit tertre où il a creusé son trou, et regarde, impassible et narquois, le long défilé du train qui ne lui cause plus la plus légère inquiétude. Les chiens de prairie sont extrêmement nombreux dans certaines parties du désert ; mais l’œil non exercé met du temps à les découvrir, tant ils se confondent, dans leur immobilité, avec les plus petits accidents de terrain, avec les moindres reliefs de l’étendue rousse et sèche où ils ont établi leur asile. Après deux ou trois cents milles on ne les aperçoit plus, et l’antilope lui-même commence à disparaître, laissant au vaste désert de reprendre sa monotonie farouche et détestée.

* * *

Quand on a fait quelques heures de marche depuis le départ de Cheyenne, on arrive au plateau des Collines Noires où se trouve le point culminant de la ligne des Montagnes Rocheuses, à Sherman, ainsi appelé du nom du général américain le plus grand de taille et peut-être aussi de talent. Nous sommes maintenant à huit mille deux cent trente pieds au-dessus du niveau de la mer ; le train s’arrête et le voyageur peut lire, sur une large planche fixée dans le sol, une invitation à télégraphier à ses amis de l’endroit du monde le plus élevé où passe une ligne de chemin de fer.

Sherman est du reste un tout petit endroit où il n’y a guère que des débits de whiskey, et, chose étrange, un magasin de modes. Pourquoi ces modes ? on se le demande. C’est à plonger dans des abîmes de méditation. Un magasin de modes sur le sommet des Montagnes Rocheuses, c’est le nec plus ultra de la fantaisie humaine, et la civilisation moderne, portée à ce degré de raffinement, n’a plus rien à envier à l’antique Rome.

En outre de cela, Sherman, probablement à cause de son altitude, avait l’avantage d’être, lors de la construction de la voie, peut-être le poste où se faisait la plus grande consommation d’eau-de-vie. Cette habitude est restée, si l’on en peut juger par le grand nombre d’éclats de bouteilles qui jonchent le sol tout autour de la station ; mais le voyageur ne se sent pas alléché, et il est bien rare qu’il songe à autre chose qu’à regarder dans tous les sens comme s’il croyait voir l’univers à ses pieds.

L’air, à cette hauteur, est assez raréfié pour que bon nombre de personnes éprouvent une respiration difficile ; il y en a qui saignent du nez, quelquefois même des oreilles ; d’autres se sentent comme une angoisse étrange et subite, un énervement qu’ils ne peuvent maîtriser ; mais toutes ces sensations diverses s’effacent assez rapidement, et le voyageur n’éprouve plus bientôt que le contentement intime d’échapper, ne fût-ce qu’une heure, à la désolation qui a fatigué son regard pendant deux jours entiers.

On ne croirait jamais être sur la crête des Montagnes Rocheuses, tant l’ascension a été graduelle, et tant les divers sommets s’espacent au loin de façon à ce qu’on s’imagine voir plutôt des pics isolés que les fragments hardis d’une chaîne de montagnes. Le désert cède ici quelques instants la place à la nature dans sa puissance et sa fécondité ; l’eau reparaît sous la forme de ruisseaux où la truite abonde ; les collines et les plateaux s’étalent sous le regard, et la végétation se montre çà et là par quelques taches dorées que l’œil contemple avec une sorte d’étonnement, comme s’il en avait perdu le souvenir.

* * *

C’est à ce point culminant des Rocheuses, où l’on peut s’attendre à toutes les excentricités de température, que commencent à paraître les Snow-Sheds et les clôtures qui préservent des ouragans de neige. Ces Snow-Sheds sont de longs abris en bois, semblables à des tunnels, bâtis avec une solidité formidable afin de pouvoir résister aux avalanches qui descendent des montagnes aussi bien qu’aux coups de vent qui, durant l’hiver, balaient la neige et l’amoncellement en bancs énormes le long de la route. Ces abris ont parfois plusieurs milles de longueur ; dans les Sierras Nevadas, où ils sont surtout nécessaires, ils se suivent presque sans solution de continuité sur une distance de quarante à cinquante milles ; mais dans les Montagnes Rocheuses, ils sont si peu nombreux et si courts qu’on les remarque à peine.

Quant aux clôtures, elles ont surtout pour objet d’arrêter la neige que le vent chasse devant lui sur les plaines. Elles forment une double rangée de palissades, bâties de chaque côté de la voie, qui ont cinq à six pieds de hauteur. Elles suivent un tracé parallèle à la ligne à une distance d’environ trente pieds, avec un intervalle d’égale étendue entre la première et la seconde rangée. D’autres fois ces clôtures sont des murs d’une hauteur de quatre à cinq pieds, et qui s’étendent sur une longueur de vingt-cinq à trente milles ; on voit ce qu’il a dû en coûter pour les construire ; mais, grâce à elles, le voyageur n’est plus retardé aujourd’hui des journées entières pendant l’hiver, comme cela arrivait dans les premiers temps où le Central Pacific était en opération.

À Sherman, le thermomètre descend jusqu’à trente degrés au-dessous de zéro l’hiver et ne s’élève guère, l’été, au-dessus de quatre-vingt-quatre. Dans les environs, à travers les coteaux, les ravins et sur les flancs des monts, il y a de la chasse à faire au chevreuil, à l’élan, à l’ours gris, mais il est peu de voyageurs qui s’y laissent tenter et l’on quitte Sherman pour descendre le versant opposé des Rocheuses du même train qu’on a gravi l’autre, en suivant des pentes et des courbes sans nombre sur une longueur de vingt à trente lieues.

* * *

C’est l’ancienne route des émigrants, comme l’attestent les ossements blanchis des buffles, des chevaux et des antilopes. Puis on traverse le pays des Eaux-Amères (Bitter Creek Country), où il n’y a pas un arbre, pas même une touffe d’herbe, nulle trace de vie animale ou végétale, des rochers étranges qui se dressent inopinément et isolément au milieu d’une vaste plaine de sable, ou bien qui, vus de loin, ont l’apparence de formidables sentinelles placées à la limite des mondes. On les nomme les Monuments des Dieux, et les légendes indiennes en attribuent l’origine aux géants qui peuplaient ces régions avant l’apparition de l’homme.

En général, les passagers du chemin de fer du Pacifique sont des gens qui ne s’arrêtent pas en route ; le touriste, proprement dit, est presque un mythe parmi eux, et, du reste, il faut avouer que ce n’est guère invitant, pour le plaisir de se donner de la nature saisissante, que d’arrêter dans des endroits aussi inhospitaliers, aussi déserts, qui n’offrent pas la moindre distraction ni le moindre attrait, et où l’on n’aurait d’autre compagnie que quelques rares et rudes passants qu’amènent et ramènent les diligences. Malgré les séductions et les promesses des Guides, qu’on vend dans le chemin de fer, personne ne se sent de force à tenter l’aventure ; le voyageur n’a qu’un désir, mais un désir brûlant, impatient, sourd à toutes les sollicitations contraires, de sortir au plus vite de sa prison roulante, de l’ennui qui l’y dévore, de la fatigue qui l’y accable, et de la poussière, de la suie, de la fumée qui cuisent ses yeux, dessèchent sa bouche, irritent ses narines, et finissent par enflammer le cerveau après avoir brûlé la figure.
1   ...   10   11   12   13   14   15   16   17   ...   40

similaire:

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise

Littérature québécoise iconLittérature québécoise
En 1908, désireux d’avoir ses coudées franches pour critiquer notre politique tant fédérale que provinciale, IL [Fournier] succède...

Littérature québécoise iconLittérature québécoise Volume 204 : version 0 Avertissement Une antique...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com