Alicia Roehrig et Thomas Reverdy








télécharger 268.09 Kb.
titreAlicia Roehrig et Thomas Reverdy
page2/16
date de publication17.05.2017
taille268.09 Kb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > loi > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16

Table des matières


1.Revue de littérature : les préventeurs dans l’organisation 5

2.Diversité dans la perception des exigences de prévention 5

3.Expérience passée, récits d’incidents, biais d’interprétation 6

4.Avantages et limites d’une sécurité prescrite 8

5.Interactions entre préventeurs et professionnels 10

6.Relation de sous-traitance et prévention 12

7.Présentation de l’enquête 14

8.Comment l’organisation projet du titulaire limite le travail de prévention 15

1.La distance organisationnelle entre ingénierie et réalisation 15

Une distance géographique et organisationnelle 15

Un décalage temporel 18

Une distance culturelle 19

9.Une culture fondée sur la réactivité plutôt que l’anticipation 20

Les aléas font partie du quotidien 20

La culture de l’adaptation décourage l’effort d’anticipation et de prévention 20

10.Prise en compte de la sécurité 21

La sécurité se pratique au-delà de la conception 22

11.La relation de sous-traitance  23

Différentes niveaux d’exigences en matière de sécurité 23

Culture nationale et culture de sécurité 25

12.Les pratiques collectives de la prévention 27

1.La surveillance directe du chantier 27

Les formes de la surveillance 27

Les fonctions de la surveillance 28

La résistance à la surveillance : la dénonciation du flicage 29

13.La traduction des exigences abstraites de prévention 30

Un management participatif et ouvert à la critique au sein de l’entreprise titulaire 30

Une conflictualité entre entreprises modérée par les interdépendances 31

Une proximité qui favorise les apprentissages inter-organisationnels  32

Les réunions entre entreprises au service d’une construction collective des connaissances 35

Le récit, agent symbolique d’unité inter organisationnelle 35

Des interactions orales qui ne peuvent pas être remplacées par des outils formels 38

Le contrôle de la réunion comme stratégie de négociation 39


1.Revue de littérature : les préventeurs dans l’organisation


Une première revue de littérature permet d’examiner plus en détail les bénéfices d’une exigence de prévention « définie de l’extérieur » vis-à-vis d’un projet ou d’un collectif professionnel, mais aussi les risques d’une définition externe, tant en termes de pertinence qu’en termes d’intégration au sein de l’organisation et au sein de l’activité de travail.

2.Diversité dans la perception des exigences de prévention


Les exigences de prévention sont rarement fixées de façon endogène et autonome par les organisations productives. Elles ont toujours été construites et imposées de l’extérieure, même si elles peuvent l’objet d’une réinterprétation et d’un renforcement en interne. Ainsi, l’ensemble des travaux sur les organisations à haute fiabilité insistent sur l’importance d’une autorité extérieure, indépendante, capable de produire des standards et de vérifier leur application. Réciproquement, leur absence est clairement préjudiciable à la sécurité. L’analyse de l’accident de la plateforme BP Deep Horizon en est une parfaite illustration : il a été montré que les autorités de contrôle n’avaient plus la capacité de contrôle suffisante dans la mesure où leur rôle était aussi de promouvoir le développement de l’industrie pétrolière et leurs compétences étaient notoirement insuffisantes pour contrôler les choix techniques de BP et de ses sous-traitants. L’importance de cette autorité technique extérieure, source de prescription, capable d’exercer un contrôle des activités, n’a jamais été démentie, même si les modalités par lesquelles elle intervient sont souvent discutées.

Mais se pose immédiatement la question de la façon dont ces exigences extérieures sont relayées dans l’entreprise, la façon dont elles sont incarnées par différentes fonctions. Comme la sécurité est aussi une question de perception des risques, d’expérience et de compétences, différents métiers développent chacun leur propre représentation des exigences de fiabilité. L’intégration des exigences de sécurité dans un projet n’est pas seulement une question d’application de règles, ou d’engagement personnel, c’est aussi une question de coordination du même ordre que les autres exigences d’un projet.

Dans une étude dans une entreprise australienne d’exploitation de gaz, une enquête effectuée parmi les employés ont par exemple permis de soulever des différences importantes entre les métiers (Maslen 2014) Ainsi, les ingénieurs chargés de la conception exprimaient une vision de la sécurité en termes de catastrophe et d’accident d’exploitation, tandis que les opérateurs et les ingénieurs travaillant à la construction comprenaient celle-ci en tant que sécurité personnelle des travailleurs sur le chantier. La culture de sécurité s’enracine généralement dans une prise de conscience des risques à l’issue d’une expérience directe des situations de danger, grâce à des confrontations à des presque-incidents. L’expérience préalable de l’exploitation, du chantier, ou de la responsabilité managériale, donne généralement aux acteurs de l’ingénierie une conscience plus aiguë de l’exposition aux dangers ou des aléas techniques. Cette expérience peut parfois être remplacée, a minima, par des visites d’installations ou de chantiers et des échanges avec les professionnels. Cette expérience est nécessaire semble-t-il pour être capable d’argumenter et de défendre, dans un processus de conception, des choix techniques parfois plus couteux, mais plus sûrs.

Aussi, toujours selon Maslen (2014), il existe une distinction assez nette entre deux profils d’ingénieurs au regard de la question des risques : les jeunes ingénieurs s’appuient sur les standards techniques et les procédures, qui sont le seul moyen pour eux de connaître les techniques et d’identifier le niveau de prévention attendu, alors que les ingénieurs plus âgés s’appuient davantage sur leur expérience des situations de presqu’incident. Entre les deux, une relation de tutorat informel se met généralement en place, et permet, par le récit, de transmettre une culture de sécurité fondée sur l’expérience aux plus jeunes.

Au côté des ingénieurs, dont le rôle est de concevoir les installations et de prescrire le travail, les métiers placés dans un rôle de réalisation ou d’exécution, ont aussi leur propre culture de sécurité. Dans une enquête menée au sein de plusieurs centrales nucléaires, Constance Perin (2005) identifie trois logiques d’identification et de contrôle des incertitudes et des risques : une logique calculatoire qui évalue les risques par la modélisation des systèmes et des défaillances, une logique temps réel mobilisée dans la gestion quotidienne des risques et une logique politique produite et utilisée au cours de l’élaboration du compromis entre sûreté et disponibilité des équipements. La logique calculatoire est portée par les ingénieurs, la logique politique est portée par le management, la logique du temps réel par les fonctions d’exécution. Elle déplore que les logiques politique et calculatoire basées sur un principe de contrôle et de commande des activités prennent le pas sur la logique du temps réel attentive aux alertes et aux aléas et découragent une attitude interrogative (« doubt principle ») davantage ouverte aux incertitudes. Selon Constance Perin, ce déséquilibre est dû à une hiérarchie des connaissances calquée sur le fonctionnement organisationnel pyramidal : les connaissances formelles (qui alimentent les logiques politique et calculatoire) dominent sur les connaissances de terrain. Ingénieur et managers sont a priori plus légitimes et reconnus que les acteurs en charge des opérations, c’est pour cette raison que leurs logiques sont plus légitimes, et donc s’imposent dans les décisions internes.

Si Constance Perin a raison de critiquer cette hiérarchie implicite des cultures de sécurité, qui dépendrait de la hiérarchie des savoirs qui les véhiculent, plusieurs auteurs mettent en garde contre une survalorisation des compétences et des capacités d’action des opérateurs, qui serait capables de compenser, par leur bricolage, les faiblesses de l’organisation taylorienne et bureaucratique (Bourrier, 2001) Les marges de manœuvre des acteurs opérationnels et leur capacité à maintenir seuls un haut niveau d’exigence de sécurité reste très limitée. S’il existe un enjeu important à valoriser les compétences développées par les équipes opérationnelles, différentes compétences sont nécessaires et doivent être articulées les unes aux autres dans les projets. Aussi, il convient d’examiner les conditions de leur développement de même que les conditions de leur articulation, de la perception des risques jusqu’à la définition des actions de prévention.

Dans le cas de système complexe, chaque acteur isolé (qu’il soit concepteur ou exploitant du système) ne peut avoir la connaissance complète (Perrow 1984) : il n’a pas les capacités cognitives suffisantes pour connaitre toutes les possibilités de défaillances et comprendre toutes les interdépendances des différents composants du système, et donc les conséquences des défaillances. Ce qui plaide bien sûr, pour une diversité de culture de sécurité et une articulation entre celles-ci.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   16

similaire:

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconThomas Reverdy, Alicia Roehrich

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconThomas cécile – Lycée Jean Rostand – Villepinte

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconArchitecture logicielle [texte imprimé] : pour une approche organisationnelle,...

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconBalaire thomas, bouillot maxime, 1ère es queiros clément
«dopage technologique». En effet, certains nageurs auraient superposées deux combinaisons l’une sur l’autre afin d’améliorer leurs...

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconBalaire thomas, bouillot maxime, 1ère es queiros clément
«dopage technologique». En effet, certains nageurs auraient superposées deux combinaisons l’une sur l’autre afin d’améliorer leurs...

Alicia Roehrig et Thomas Reverdy iconEmile Verhaeren (1855-1916), Thomas Bernhard (1931-1989)
«[…] Un seul poète ou écrivain est déjà ridicule et difficilement supportable à la communauté des hommes, on voit bien combien plus...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com