Klzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklz








télécharger 51.82 Kb.
titreKlzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklz
date de publication17.05.2017
taille51.82 Kb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > loi > Documentos

qwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmrtyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnmqwertyuiopasdfghjklzxcvbnm





Etude des Passions de l’âme I.
PAF 2015-2016
01/01/2016




Bertrand Denis




  1. PLAN GENERAL DES PASSIONS DE L’ÂME.

Composé « dans un premier crayon » (à Elisabeth, mai 1646, texte 5) lors de l’hiver 45-46 (texte 2) de 2 parties, une « partie physique » et une « partie morale » (texte 4), Descartes lui adjoint en 49 une troisième partie qui développe la seconde en vue de sa publication (texte 6).

Partie I : Des passions en général, et par occasion de toute la nature de l’homme.

Partie II : Du nombre et de l’ordre des passions, et l’explication des six primitives.

Partie III : Des passions particulières.

La partie I : une introduction puis 4 moments

Introduction : Art. 1 à 6 : principes généraux et règles de méthode en vue d’éviter certaines erreurs répandues.

Moments 1 à 3, selon l’ordre de la distinction des trois notions primitives présentées dans les lettres à Elisabeth des 21 mai et 28 juin 1643 :

Moment 1 : art. 7 à 16 : les fonctions propres au corps (le corps seul, physiologie cartésienne)

Moment 2 : art. 17 à 29 : les fonctions et opérations propres de l’âme (l’âme seule, vers la définition des passions de l’âme, art. 27 à 29)

Moment 3 : art. 30 à 40 : l’union de l’âme et du corps (question de leur interaction).

Moment 4 : art. 41 à 50 : l’aspect moral (le pouvoir de l’âme sur le corps (41_44) et sur les passions (45-50).

La partie II :

Art. 50 à 69 : dénombrement des passions déduites à partir des six primitives.

Art. 70 à 95 : analyse psychologique

Art. 96 à 138 : analyse physiologique

Art. 139 à 148 : aspect moral : l’usage des passions pour le bien de l’âme. (Canonique)

La partie III : ajoutée, reprend et poursuit l’analyse des six primitives et de leurs dérivées.

Art. 149 à 210 : analyse et usage des diverses passions détaillées, celles qui dominent l’âme/celles qui la laissent libre.

Art. 211 et 212 : remède général contre les passions, condition de la sagesse.

(Voir texte 7 : présentation de ce plan par ALAIN.)

II. Plan détaillé de la partie I :

Introduction

(Art. 1-6) : principes généraux :

Identité réelle action/passion, différence agent/patient. (1)

Distinction réelle âme/corps et de leurs fonctions respectives (2-3)

Correction du préjugé vitaliste qui fait procéder la chaleur du corps et le mouvement des membres non du corps mais de l’âme (4-5)

Comparaison mécaniste vivant/mort = machine « bien montée »/ « rompue » (6)

Moment 1 Art. 7 -16 : fonctions propres au corps :

Description brève de la machine de notre corps (7)

Principe corporel des mouvements : la chaleur du cœur (8)

Mécanisme du cœur (9) et production (et définition) des esprits animaux (10)

Mécanisme des muscles, rôle des esprits animaux (11)

Mécanisme de l’action des objets extérieurs sur les organes des sens et explication de la diversité du mouvement des esprits animaux : 1) par la structure particulière des circuits constituant la machine de notre corps (12-13) ; 2) par l’inégale agitation des esprits, en raison des variations dans la matière sanguine (14-15).

Bilan : autant de mouvements qui s’expliquent sans l’aide de l’âme par la seule composition de la machine du corps. Comparaison avec une montre. (16)

Moment 2 Art. 17-29 : fonctions propres de l’âme.

Vers une définition spécifique (et nouvelle) des passions de l’âme à proprement parler :

(17)Les pensées soit actions soit passions de l’âme : définition à partir de la distinction volonté/perception.

(18)Les volontés soit se terminent en l’âme même, soit se terminent en notre corps

(19)Les perceptions sont soit causées par l’âme, soit causées par le corps. Difficulté relative à l’aperception, mieux nommée action que passion.

Cas de l’imagination, plutôt action en tant que productrice (20) ou passion en tant que rêveuse ou nonchalante (plutôt « l’ombre et la peinture » des passions causées par le corps). (21)

(22) analyse de toutes les autres perceptions, celles qui dépendent des nerfs; tripartition selon qu'elles sont rapportées-soit aux objets de dehors (23) -soit à notre corps (24) -soit à notre âme (25) lesquelles constituent les « passions de l'âme » proprement dites, objet de ce traité.

(25-29) : signification propre par restriction :

Distinction sensation /passion (25)

Difficulté relative à certaines perceptions de l'imagination : une autre causalité productrice des passions : non plus le mouvement des nerfs excités par l'objet, mais le mouvement fortuit des esprits. (26)

Définition synthétique des passions (27) : {genre prochain} perceptions ou sentiments ou émotions (selon art, 17); {différence spécifique} rapportées particulièrement à l'âme (selon 25) et causées, entretenues, fortifiées par quelque mouvement des esprits (et pas forcément des nerfs, selon art.25). Explicitation de la « 1ère partie » (le genre prochain) (28) et de la « seconde » (différence spécifique) (29)

Moment 3 : art. 30-40 : l'union de l'âme et du corps.

(30-33) : problème de l'unité du composé : localisation de l'union dans la petite glande.

(30) en quel sens l'âme, indivisible, est conjointement unie à toutes les parties du corps qui s’en trouve en quelque façon indivisible.

(31) cependant plus particulièrement unie à la glande pinéale

(32) argument de l'unicité de la glande

(33) réfutation de la localisation dans le cœur

(34-40) application de cette localisation à l'explication de l'interaction âme/corps.

(34) explication physique des actions comme des passions de l'âme et par les mouvements et par la situation dans le corps de ce tout petit corps qu'est la glande pinéale.

(35-40) exemples d'application, mise à l'épreuve du modèle proposé.

(35) exemple privilégié de la vision

(36-39) exemple de passion au sens propre : la peur ou la hardiesse. Description du « circuit » qui conduit du mouvement entrant du corps extérieur sur les nerfs au mouvement sortant du corps. (36-37)Mouvements indépendants de l'âme(38) bien que divers d'un individu à l'autre (39)

(40) Transition de l'aspect physique à l'aspect moral : l'effet naturel des passions est d'induire un comportement, en incitant l'âme à vouloir certaines choses.

Moment 4 : Art. 40-50 : l'aspect moral.

(41) les deux sortes de pensées : la volonté libre par nature/les pensées dépendantes des actions qui les produisent.

(42-44) les pouvoirs de l'âme sur le corps : action directe de la volonté.

(42)Conditions matérielles de la mémoire

(43) imagination, attention, volonté du mouvement.

(44) Pouvoir de l'habitude

(45-50) pouvoir de l'âme sur les passions : action indirecte.

(45) action indirecte sur les passions par l'action sur les représentations

(46) limite du pouvoir de la volonté : dimension émotive.

(47-50) conditions du combat entre l'âme et les passions

                1. critique du modèle classique de la passion comme combat entre deux puissances dans l'âme même

                2. Âmes fortes et âmes faibles

                3. nécessité de la connaissance de la vérité

                4. même faible, une âme peut acquérir un pouvoir absolu sur ses passions.

  1. TEXTES

1.

« Ainsi toute la Philosophie est comme un arbre dont les racines sont la Métaphysique, le tronc est la Physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la Médecine, la Mécanique et la Morale ; j’entends la plus haute et la plus parfaite Morale, qui, présupposent une entière connaissances des autres sciences, est le dernier degré de la Sagesse.

Or comme ce n’est pas des racines ni du tronc des arbres qu’on cueille les fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la Philosophie dépend de celles de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières. »

Descartes, Lettres-préface des Principes de la philosophie. AT IX, p. 14,15.

2.

« … puisqu’il vous plaît de prendre la peine de revoir mes Principes et de les examiner, je m’assure que vous y remarquerez beaucoup d’obscurités et beaucoup de fautes, qu’il m’importe fort de savoir, et dont je ne puis espérer d’être averti par aucun autre si bien que par vous. Je crains seulement que vous ne vous dégoûtiez bientôt de cette lecture, à cause que ce que j’ai écrit ne conduit que de fort loin à la morale, que vous avez choisie pour votre principale étude.

Ce n’est pas que je ne sois entièrement de votre avis, en ce que vous jugez que le moyen le plus assuré pour savoir comment nous devons vivre, est de connaître, auparavant, quels nous sommes, quel est le monde dans lequel nous vivons, et qui est le créateur de ce monde, ou le maître de la maison que nous habitons. Mais, outre que je ne prétends ni ne promets, en aucune façon, que tout ce que j’ai écrit soit vrai, il y a un fort grand intervalle entre la notion générale du ciel et de la terre, que j’ai tâché de donner en mes Principes, et la connaissance particulière de la nature de l’homme, de laquelle je n’ai point encore traité. Toutefois, afin qu’il ne semble pas que je veuille vous détourner de votre dessein, je vous dirai, en confidence, que la notion telle quelle de la physique, que j’ai tâché d’acquérir, m’a grandement servi pour établir des fondements certains en la morale : et que je suis plus aisément satisfait en ce point qu’en plusieurs autres touchant la médecine, auxquels j’ai néanmoins employé beaucoup plus de temps. De façon qu’au lieu de trouver les moyens de conserver la vie, j’en ai trouvé un autre, bien plus aisé et plus sûr, qui est de ne pas craindre la mort ; sans toutefois pour cela être chagrin, comme sont ordinairement ceux dont la sagesse est toute tirée des enseignements d’autrui, et appuyée sur des fondements qui ne dépendent que de la prudence et de l’autorité des hommes.

Je vous dirai de plus que, pendant que je laisse croître les plantes de mon jardin, dont j’attends quelques expériences pour tâcher de continuer ma Physique, je m ‘arrête aussi quelquefois à penser aux questions particulières de la morale. Ainsi j’ai tracé cet hiver un petit traité de la nature des Passions de l’Âme, sans avoir néanmoins dessein de le mettre au jour, et je serais maintenant d’humeur à écrire encore quelque autre chose, si le dégoût que j’ai de voir combien il y a peu de personnes au monde qui daignent lire mes écrits ne me faisait être négligent. »

Descartes, Lettre à Chanut du 15 juin 1646. (AT IV, 441,442)

3.

« J’ai eu une autre joie en votre lettre, où je remarque un changement de ce dégoût que vous me témoignâtes à Amsterdam : puisque vous avez écrit quelque chose des passions de l’âme, vous n’êtes plus en colère contre nous, et vous ne vous tiendrez pas de nous faire encore plus de bien. Car je crois, Monsieur, que je raisonne bien , jugeant bien qu’il n’est pas possible que ces actions les plus communes de l’âme soient exactement connues, qu’on ait donné une grande atteinte à la nature de l’âme même et à sa liaison avec le corps, qui sont mystères jusqu’à présent fort cachés. Et c’est de cela que j’interprète ce que vous ajoutez, que volontiers écrirez-vous quelque chose de plus.

S’il y avait des gens au monde qui voulussent lire vos ouvrages, c’est-à-dire, comme je l’interprète en vérité, qui voulussent se laisser instruire, puisque nous n’avons plus que cette raison à vaincre, vous ne sauriez nous résister longtemps. Vous ne voudriez pas estimer vos disciples par le nombre, ni refuser de faire bien aux bons par l’aversion contre les mauvais. Je sais qu’il ne manquera point de très honnêtes gens qui vous solliciteront de nous donner ce petit traité des passions, je me joins, Monsieur, à leur compagnie, et vous conjure de nous faire ce bien, en mon particulier ; … »

Hector-Pierre CHANUT, Lettre à Descartes du 25 août 1646. (AT X, 602-603)

(H.-P. CHANUT, 1601-1662. Diplomate, beau-frère de Claude Clerselier, dont il a épousé la sœur Marguerite. Nommé en 1645 « résident » (adjoint de l’ambassadeur) de France en Suède.)

4.

« Monsieur Descartes,

Le traité que mon frère Philippe a conclu avec la République de Venise m’a fait avoir, tout depuis votre départ, une occupation beaucoup moins agréable que celle que vous m’aviez laissée, touchant une matière qui passe ma science (…). Cela m’a empêché jusqu’ici de me prévaloir de la permission, que vous m’avez donnée, de vous proposer les obscurités que ma stupidité me fait trouver en votre Traité des passions, quoiqu’elles sont en petit nombre, puisqu’il faudrait être impassible pour ne point comprendre que l’ordre, la définition et les distinctions que vous donnez aux passions, et enfin toute la partie morale du traité, passent tout ce qu’on a jamais dit sur ce sujet. Mais puisque sa partie physique n’est pas si claire aux ignorants, je ne vois point comment on peut savoir les divers mouvements du sang, qui causent les cinq passions primitives, puisqu’elles ne sont jamais seules. …»

La princesse Elisabeth à Descartes, lettre du 25 avril 1646. (AT IV, 404)

5.

« Madame,

Je reconnais par expérience, que j’ai eu raison de mettre la gloire au nombre des passions, car je ne puis m’empêcher d’en être touché, en voyant le favorable jugement que fait Votre Altesse du petit traité que j’en ai écrit. (…) Je n’y ai pas mis aussi tous les principes de physique dont je me suis servi pour déchiffrer quels sont les mouvements du sang qui accompagnent chaque passion, parce que je ne les saurais bien déduire sans expliquer la formation de toutes les parties du corps humain, et c’est une chose si difficile que je ne l’oserais encore entreprendre, bien que je me sois à peu près satisfait moi-même touchant la vérité des principes que j’ai supposés en cet écrit. Dont les principaux sont : que l’office du foie et de la rate est de contenir toujours du sang de réserve, moins purifié que celui qui est dans les veines ; et que le feu qui est dans le cœur a besoin d’être continuellement entretenu, ou bien par les sucs des viandes, qui vient directement de l’estomac, ou bien, à son défaut, par ce sang qui est en réserve, à cause que l’autre sang, qui est dans les veines, se dilate trop aisément ; et qu’il y a une telle liaison entre notre âme et notre corps, que les pensées qui ont accompagné quelques mouvements du corps, dès le commencement de notre vie, les accompagnent encore à présent, en sorte que, si les mêmes mouvements sont excités derechef dans le corps par quelque cause extérieure, ils excitent aussi en l’âme les mêmes pensées, elles produisent les mêmes mouvements ; et enfin, que la machine de notre corps est tellement faite, qu’une seule pensée de joie, ou d’amour, ou autre semblable, est suffisante pour envoyer les esprits animaux par les nerfs en tous les muscles qui sont requis pour causer les divers mouvements du sang que j’ai dit accompagner les passions. Il est vrai que j’ai eu de la difficulté à distinguer ceux qui appartiennent à chaque passion, à causes qu’elles ne sont jamais seules ; mais néanmoins, parce que les mêmes ne sont pas toujours jointes ensemble, j’ai tâché de remarquer les changements qui arrivaient dans le corps, lorsqu’elles changeaient de compagnie. Ainsi, par exemple, si l’amour était toujours jointe à la joie, je ne saurais à laquelle des deux il faudrait attribuer la chaleur et la dilatation qu’elles font sentir autour du cœur ; mais, parce qu’elle est aussi quelquefois jointe à la tristesse, et qu’alors on sent encore cette chaleur et non plus cette dilatation, j’ai jugé que la chaleur appartient à l’amour, et la dilatation à la joie. »

Descartes à Elisabeth, lettre de mai 1646. (AT IV, 407-408)

6.

« Pour le traité des Passions, je n’espère pas qu’il soit imprimé qu’après que je serai en Suède ; car j’ai été négligent à le revoir et y ajouter les choses que vous avez jugé y manquer, lesquelles l’augmenteront d’un tiers ; car il contiendra trois parties, dont la première sera des passions en général, et par occasion de la nature de l’âme, etc., la seconde des six passions primitives, et la troisième de toutes les autres. »

Descartes, Lettre à Clerselier du 23 avril 1649. (AT V, 354 ; Alquié III, 921 ; OC Tel VIII, vol.2, 725)

7.

Ainsi on “trouvera trois choses dans ce Traité, et qui sont inséparables, quoique formant trois ordres distincts. Une physiologie des passions, d’abord, qui n’emprunte rien aux pensées, et qui dépend seulement des mouvements par lesquels le corps humain s’accroît et se conserve; puis une psychologie des passions, qui n’emprunte rien aux organes, et qui fait connaître que les passions sont passions de l’âme ; enfin une doctrine du libre arbitre, sans laquelle il faut reconnaître que le nom même de passion, si énergique, n’aurait point de sens. C’est l’affaire du lecteur attentif de faire tenir ces trois ordres en un tout qui représentera fidèlement sa propre vie.”

Alain, Les Passions et la Sagesse, éd. Pléiade, p. 959

(Cité par Laurent Cournarie dans son Explication intégrale de la première partie des Passions de l’âme sur le site PHILOPSIS, éditions numériques.) http://www.philopsis.fr/IMG/pdf/descartes-passions-cournarie.pdf

8.

«Mais il faut que j’examine plus particulièrement ces passions, afin de les pouvoir définir ; ce qui me sera ici plus aisé, que si j’écrivais à quelque autre ; car Votre Altesse ayant pris la peine de lire le traité que j’ai autrefois ébauché, touchant la nature des animaux, vous savez déjà comment je conçois que se forment diverses impressions dans leur cerveau, les unes par les objets extérieurs qui meuvent les sens, les autres par les dispositions intérieures du corps, ou par les vestiges des impressions précédentes qui sont demeurées en la mémoire, ou par l’agitation des esprits qui viennent du cœur, ou aussi en l’homme par l’action de l’âme, laquelle a quelque force pour changer les impressions qui sont dans le cerveau, comme, réciproquement, ces impressions ont la force d’exciter en l’âme des pensées qui ne dépendent point de sa volonté. Ensuite de quoi, on peut généralement nommer passions toutes les pensées qui sont ainsi excitées en l’âme sans le concours de sa volonté, et par conséquent, sans aucune action qui vienne d’elle, par les seules impressions qui sont dans le cerveau, car tout ce qui n’est point action est passion. Mais on restreint ordinairement ce nom aux pensées qui sont causées par quelque particulière agitation des esprits. Car celles qui viennent des objets extérieurs, ou bien des dispositions intérieures du corps, comme la perception des couleurs, des sons, des odeurs, la faim, la soif, la douleur et semblables, se nomment des sentiments, les uns extérieurs, les autres intérieurs. Celles qui ne dépendent que de ce que les impressions précédentes ont laissé en la mémoire, et de l’agitation ordinaire des esprits, sont des rêveries, soit qu’elles viennent en songe, soit aussi lorsqu’on est éveillé, et que l’âme, ne se déterminant à rien de soi-même, suit nonchalamment les impressions qui se rencontrent dans le cerveau. Mais lorsqu’elle use de sa volonté pour se déterminer à quelque pensée qui n’est pas seulement intelligible, mais imaginable, cette pensée fait une nouvelle impression dans le cerveau, cela n’est pas en elle une passion, mais une action, qui se nomme proprement imagination. Enfin, lorsque le cours ordinaire des esprits est tel qu’il excite communément des pensées tristes ou gaies, ou autres semblables, on ne l’attribue pas à la passion, mais au naturel ou à l’humeur de celui en qui elles sont excitées, et cela fait qu’on dit que cet homme est d’une naturel triste, cet autre, d’une humeur gaie, etc. Ainsi il ne reste que les pensées qui viennent de quelque particulière agitation des esprits, et dont on sent les effets comme en l’âme même, qui soient proprement nommées des passions. »

Descartes, Lettre à Elisabeth du 6 octobre 1645. (AT IV, 310-311)

9.

« Ainsi, lorsque le sang qui va dans le cœur est plus pur et plus subtil, et s’y embrase plus facilement qu’à l’ordinaire, il dispose le petit nerf qui y est, en la façon qui est requise pour causer le sentiment de la joie ; et en celle qui est requise pour causer le sentiment de la tristesse, quand ce sang a des qualités toutes contraires.

Et de ceci vous pouvez assez entendre ce qu’il y a, en cette machine, qui se rapporte à tous les autres sentiments intérieurs qui sont en nous ; si bien qu’il est temps que je commence à vous expliquer, comment les esprits animaux suivent leur cours dans les concavités et dans les pores de son cerveau, et quelles sont les fonctions qui en dépendent.

Si vous avez jamais eu la curiosité de voir de près les orgues de nos églises, vous savez comment les soufflets y poussent l’air en certains réceptacles, qui, ce me semble, sont nommés à cette occasion les porte-vents ; et comment cet air entre de là dans les tuyaux, tantôt dans les uns, tantôt dans les autres, selon les diverses façons que l’organiste remue ses doigts sur le clavier. Or vous pouvez ici concevoir que le cœur et les artères, qui poussent les esprits animaux dans les concavités du cerveau de notre machine, sont comme les soufflets de ces orgues, qui poussent l’air dans les porte-vents ; et que les objets extérieurs, qui, selon les nerfs qu’ils remuent, font que les esprits contenus dans ces concavités entrent de là dans quelques-uns de ces pores, sont comme les doigts de l’organiste, qui, selon les touches qu’ils pressent, font que l’air entre des porte-vents dans quelques tuyaux. Et comme l’harmonie des orgues ne dépend point de cet arrangement de leurs tuyaux que l’on voit par dehors, ni de la figure de leurs porte-vents, ou autres parties, mais seulement de trois choses, savoir de l’air qui vient des soufflets, des tuyaux qui rendent le son, et de la distribution de cet air dans les tuyaux : ainsi je veux vous avertir, que les fonctions dont il est ici question, ne dépendent aucunement de la figure extérieure de toutes ces parties visibles que les anatomistes distinguent en la substance du cerveau, ni de celle de ses concavités : mais seulement des esprits qui viennent du cœur, des pores du cerveau par où ils passent, et de la façon que ces esprits se distribuent dans ces pores. »

Descartes, Traité De l’Homme. (AT XI, 164-166)

10.

« Premièrement, je considère ce que c’est que le corps d’un homme, et je trouve que ce mot de corps est fort équivoque ; car, quand nous parlons d’un corps en général, nous entendons une partie déterminée de la matière, et ensemble de la quantité dont l’univers est composé, en sorte qu’on ne saurait ôter tant soit peu de cette quantité, que nous ne jugions incontinent que le corps est moindre, et qu’il n’est plus entier ; ni changer aucune particule de cette matière, que nous ne pensions, par après, que le corps n’est plus totalement le même, ou idem numero. Mais, quand nous parlons du corps d’un homme, nous n’entendons pas une partie déterminée de matière, ni qui ait une grandeur déterminée, mais seulement nous entendons toute la matière qui est ensemble unie avec l’âme de cet homme ; en sorte que, bien que cette matière change, et que sa quantité augmente ou diminue, nous croyons toujours que c’est le même corps, idem numero, pendant qu’il demeure joint et uni substantiellement à la même âme ; et nous croyons que ce corps est tout entier, pendant qu’il a en soi toutes les dispositions requises pour conserver cette union. Car il n’y a personne qui ne croie que nous avons les mêmes corps que nous avons eus dès notre enfance, bien que leur quantité soit de beaucoup augmentée, et que, selon l’opinion commune des médecins, et sans doute selon la vérité, il n’y ait plus en eux aucune partie de la matière qui y était alors, et même qu’ils n’aient plus la même figure ; en sorte qu’ils ne sont eadem numero, qu’à cause qu’ils sont informés de la même âme. Pour moi, qui ai examiné la circulation du sang, et qui crois que la nutrition ne se fait que par une continuelle expulsion des parties de notre corps, qui sont chassées de leur place par d’autres qui y entrent, je ne pense pas qu’il y ait aucune particule de nos membres, qui demeure la même numero un seul moment, encore que notre corps, en tant que corps humain, demeure toujours le même numero, pendant qu’il est uni avec la même âme. Et même, en ce sens-là, il est indivisible : car, si on coupe un bras ou une jambe à un homme, nous pensons bien que son corps est divisé, en prenant le nom de corps en la 1ère signification, mais non pas en le prenant en la 2e ; et nous ne pensons pas que celui qui a un bras ou une jambe coupée, soit moins homme qu’un autre. Enfin, quelque matière que ce soit, de quelque quantité ou figure qu’elle puisse être, pourvu qu’elle soit unie avec la même âme raisonnable, nous la prenons toujours pour le corps du même homme, et pour le corps tout entier, si elle n’a pas besoin d’être accompagnée d’autre matière pour demeurer jointe à cette âme. »

Descartes au père Mesland, lettre du 9 février 1645. (AT IV, 166-167 ; O.C. Tel Gallimard, vol.1, p. 625-626)

Bibliographie :

-Annie Bitbol-Hespériès :

  • Le principe de vie chez Descartes, Paris, Vrin, 1990.

  • Edition avec J-P. Verdet de Le monde, L’homme de Descartes, éd. Seuil, coll. Sources du savoir, 1996.

  • La médecine et l’union dans la Méditation sixième, p. 18-36 dans l’ouvrage collectif Union et distinction de l’âme et du corps : lectures de la VIe Méditation, publié chez Kimé en 1998, sous la direction de D. Kolesnik-Antoine.

  • Médecine et méthode chez Descartes. In : GAYON Jean, BURIAN Richard M., dir. Conceptions de la science : hier, aujourd’hui, demain : Hommage à Marjorie Grene. – Bruxelles : Ousia, 2007. – p. 167-190.

  • Ravaisson et la philosophie de la médecine. In : BITBOL Michel, GAYON Jean, dir. L’Épistémologie française, 1830-1970. Paris : Presses Universitaires de France, 2006. p. 413-430.

  • La vie et les modèles mécaniques dans la médecine du dix-septième siècle. Descartes face à la tradition médicale et aux découvertes de William Harvey, in Questions vitales, vie biologique, vie psychique, F. Monnoyeur (éd.), Kimé, Paris, février 2009, p. 47-81.

  • De Vésale à Descartes, le cœur, la vie, in Revue d’Histoire des Sciences Médicales, 2014, Octobre-Novembre-Décembre, p. 513-522.

  • Livre-exposition virtuel sur Les monstres de la Renaissance à l’Age classique consultable sur le site de la Bibliothèque Interuniversitaire Santé, partie Histoire de la santé, Expositions virtuelles. http://www.biusante.parisdescartes.fr/monstres/

A paraître fin 2016- début 2017 : le tome II des œuvres complètes de Descartes aux éditions Gallimard : Le monde, l’homme, écrits anatomiques et biologiques.

-Autres 

  • In Lectures de DESCARTES : éditions ellipses, 2015 :

    • La machine du corps, Delphine Antoine-Mahut, p.229

    • L’âme avec le corps : le sens, le mouvement volontaire, les passions, Frédéric de Buzon, Denis Kambouchner. P. 279.

  • Denis Kambouchner : L’homme des passions (Tome 1 : analytique ; Tome 2 : Canonique). Albin Michel 1995.

  • Jean-Marie Beyssade, Etudes sur Descartes, L’histoire d’un esprit : (p 323 : la classification cartésienne des passions) éd. du seuil, 2001.








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com