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HUTTON WEBSTER.
[9]

Hutton Webster

La magie dans les sociétés primitives.
Chapitre I
Puissance occulte
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Dans son univers, l'homme primitif dut être frappé d'emblée par le contraste de phénomènes ordinaires et de phénomènes extraordinaires. Certains êtres, tant animés qu'inanimés, ne dépassaient pas son intelligence ; il les jugeait d'après leur utilité pour lui ; il en avait une connaissance familière et les faisait servir à son usage. Les êtres humains, les animaux, les choses « sans vie », pouvaient également agir d'une manière anormale et inexplicable et révéler ainsi une force qui ne tombait ni directement ni indirectement sous les sens, une puissance occulte. Tout ce qui alertait l'attention de l'homme, éveillait son intérêt, dépaysait ses habitudes de pensée, tout ce qui le remplissait d'étonnement et provoquait chez lui des réactions allant de la simple crainte méfiante à la terreur révérencielle, tout cela attestait une force de nature mystérieuse, riche en effets merveilleux qui la rendaient à la fois désirable et redoutable. J.R. Swanton ; qui a étudié les Indiens Tlingit du sud de l'Alaska, note qu'il importe de bien distinguer chez eux les deux notions d'énergie « surnaturelle » et d'énergie « naturelle ». Sans doute, la première est-elle censée produire des, résultats tout semblables à ceux de la seconde, mais l'esprit du Tlingit ne met pas une moindre différence entre l'une et l'autre que nous n'en mettons nous-mêmes. Un rocher qui dévale le flanc d'une montagne, un animal qui court, il n'y a là aucune manifestation d'une énergie surnaturelle, mais il suffira que vienne s'y ajouter un élément insolite pour que le Tlingit en reconnaisse une. Que l'Indien ait conclu à une cause indue, il importe peu ; cette considération ne diminue en rien la différence (26th Report Bureau American Ethnology, p. 451, note). L'affirmation peut fort bien se généraliser : il n'y a pour cela qu'à remplacer « surnaturel » par « occulte » pour désigner tout ce qui s'étend en marge de l'intelligence claire. L'idée de surnaturel n'apparaît en effet que le jour où l'homme a conçu un cours normal de la nature, brisé tout au plus par des phénomènes miraculeux. Or, pareille idée fut longtemps étrangère à l'esprit humain, pour lequel aucune [10] ligne de démarcation ne passait entre ce qui peut arriver et ce qui ne le peut pas, entre un possible et un impossible.

De nombreux peuples primitifs sont arrivés à la notion de la force occulte qui produit des effets dépassant les moyens ou l'expérience de l'homme ordinaire et lui ont donné un nom précis. Certains peuples primitifs lui donnent même un nom différent suivant qu'ils distinguent en elle des aspects bons ou mauvais.

L'étude comparée des termes employés pour désigner la force occulte a commencé avec le mot mana et l'analyse de Codrington dans son livre classique sur les Mélanésiens. « Le Mélanésien a l'esprit absolument hanté par la croyance à une puissance ou influence surnaturelle dont le nom est presque partout mana. C'est le mana qui opère tout ce qui excède les facultés normales de l'homme et les voies ordinaires de la nature ; il est présent dans l'air et l'ambiance, il s'attache aux personnes et aux choses et il se manifeste par des effets qu'il est impossible d'imputer à d'autres qu'à lui. Celui qui est entré en sa possession peut s'en servir à sa guise et le diriger, mais sa force peut aussi exploser en un point nouveau ; on décèle sa présence par une épreuve... Mais cette puissance, tout en étant elle-même impersonnelle, est toujours liée à une personne qui la dirige ; les esprits l'ont toujours, les âmes des morts l'ont le plus souvent, enfin quelques hommes aussi la possèdent. Si une pierre passe pour présenter une puissance surnaturelle, c'est qu'un esprit a partie liée avec elle ; si l'ossement détient du mana, c'est parce que l'esprit du mort l'habite ; un individu peut être en relation si étroite avec un esprit ou l'âme d'un mort qu'il en possède en même temps le mana et en tire les effets qu'il lui plaît ; un charme est efficace parce que le nom de l'esprit ou de l'âme séparée mentionnés dans la formule y introduit le pouvoir que l'esprit ou l'âme exerce par lui. »

Ailleurs, le même auteur affirme qu'aucun homme ne possède le mana de son propre cru. « Tout ce qu'il fait, il le fait avec l'aide des êtres spirituels, âmes ou esprits ; impossible de dire de lui, comme de l'esprit, qu'il est mana lui-même, en employant le mot au sens de qualité 1. »

Cette description d'un mana « en lui-même impersonnel » et pourtant dérivant en dernier ressort d'esprits et d'âmes semble refléter le vague et l'imprécision de l'idée, aussi bien en Mélanésie que dans d'autres contrées du monde aborigène. Les successeurs de Codrington ont souligné le caractère spiritualiste du mana dans la plus grande partie du domaine en [11] question à l'exception peut-être des îles Banks et Torrès 1.

Il est significatif que les aborigènes d'Australie, relégués par la culture matérielle à l'arrière-ban de l'humanité, non seulement reconnaissent l'existence d'une force occulte mais ont même parfois un mot pour la désigner. Suivant un vieux témoignage concernant les tribus occidentales (région de Perth), un magicien possède du boylia qu'il expulse de son corps et fait passer dans le corps de l'individu qu'il veut rendre malade. Un autre magicien guérit la maladie en extrayant le boylyia du corps du patient sous forme de fragments de quartz que les indigènes conservent « comme de rares curiosités ». Suivant une autre source ancienne concernant les aborigènes de Perth, le boylia, ou magicien, a dans le ventre un cristal de quartz (appelé aussi boylia) qui est le siège de son « pouvoir occulte extraordinaire ». À sa mort, il passe dans le ventre de son fils. Le magicien peut en projeter invisiblement un fragment sur un ennemi et le blesser et le tuer, même à grande distance. Les indigènes croient que toutes les morts sont provoquées de cette manière par des magiciens malveillants 2.

Les Wonkonguru du lac Eyre se servent du mot kootchi pour désigner quelque chose de mystérieux, tel qu'une pierre insolite, une malformation végétale, la difformité congénitale d'un enfant 1. Chez les tribus sud-orientales l'aspect nuisible et pernicieux de la force occulte reçoit un nom spécial, mung pour les Wurunjerri (Victoria), gubburra pour les Yuin (Nouvelle-Galles du Sud) et muparn pour les Yerklamining (Sud Australien).

Dans la tribu Kabi du Queensland, l'adjectif manngur signifie « charmé », et sa formule superlative, manngururugur, a le sens de « possédant, donnant la vie ». Ces termes sont appliqués à l'homme-médecine de la tribu : le premier, au médecin qui guérit ou qui tue au moyen des cristaux magiques contenus en lui ; le second, au médecin plus élevé qui dispose en outre, pour guérir, d'une corde magique. On dit encore du médecin qu'il est muru muru, « rempli de vie » . Il est clair que manngur et muru muru expriment la « vitalité » qui remplit le médecin et lui permet d'accomplir ses exploits.

Le mot de kunta, employé par les tribus queenslandaises de la péninsule du cap York, s'applique à une « force qui réside dans toutes les choses sacrées ou dangereuses pour le profane ». Un mariage incestueux est kunta ; l'anthropophagie est kunta ; kunta aussi, les pierres sacrées rattachées à certains êtres ancestraux honorés comme héros culturels. Appliqué aux objets du culte héroïque, le mot est nettement [12] personnel ; dans les autres cas, il est impersonnel. Inutile de dire que les indigènes n'ont pas conscience de cette distinction.

Le terme arunta de arungquiltha est « toujours associé en définitive avec la possession d'une puissance surnaturelle mauvaise ». Le terme vaut indifféremment de l'influence mauvaise ou de l'objet qui en est le siège, temporaire ou permanent. Il est « parfois regardé comme personnel, parfois comme impersonnel » 2. Une personne atteinte d'une maladie à laquelle sont particulièrement exposés les jeunes gens communique l'arungquiltha aux femmes, qui le transmettent aux hommes ayant commerce illégitime avec elles. La récitation (le « chant ») des formules convenables sur un os, ou un bâton pointeur, le communique au bâton. Certaines pierres en sont imprégnées. Les lances qui ont touché ces pierres en chargent leurs pointes et déterminent chez l'ennemi contre lequel elles sont projetées une éruption de boutons. L'arbre qui marque l'endroit où est mort un aveugle contient ce pouvoir mauvais ; si l'on coupait l'arbre tous les hommes de la localité deviendraient aveugles. Veut-on aveugler un ennemi, il n'est que d'aller seul jusqu'à l'arbre, de s'y frotter et de murmurer son désir que l'arungquiltha aille frapper l'être détesté. Les nuages du détroit de Magellan contiennent de l'arungquiltha ; parfois ils descendent sur la terre pour étouffer les hommes et les femmes pendant leur sommeil. Les champignons comestibles ou vénéneux, qui passent pour des météorites, en contiennent aussi ; c'est pourquoi les indigènes, par ailleurs quasi omnivores, n'en mangent pas. Une éclipse de soleil sera attribuée à la présence d'arungquiltha dans l'astre 1. Le ittha des Kaitish correspond à l'arunquiltha et désigne une force mauvaise ou un objet doué de cette force. Spencer et Gillen rapportent qu'ils décidèrent, à force d'instances, un vieux Kaitish à leur faire une démonstration de l'usage des bâtons pointeurs dans la magie noire. À la fin de la démonstration son excitation, aggravée sans doute par une poussée de sang à la tête, le laissa dans un état d'étourdissement. Il expliqua que le ittha l'avait touché et qu'il se sentait très malade et sa mine répondait bien à son affirmation. Nos auteurs le rassurèrent en lui expliquant qu'ils avaient dans leur pharmacie tout ce qu'il fallait de forces magiques pour contrebalancer les effets du bâton pointeur. Dans la circonstance il ne se trouvait personne dans lequel le vieux voulût projeter l'influence mauvaise de l'instrument, ce qui lui faisait conclure tout naturellement qu'elle était entrée en lui (The Northern Tribes of Central Australia. London, 1904, pp. 464, 750).

[13]

Les tribus indigènes de l'Australie centrale ne disposent pas d'un nom spécial pour la force bonne, par opposition à la mauvaise, mais ils en ont l'idée dans le mot arunta churinga qui signifie « quelque chose de sacré ou de secret » et s'applique très souvent à des pierres et des bâtons sacrés qui correspondent aux « bull-roarers » des autres tribus. Le terme désigne tout ensemble un objet et la qualité qu'il possède. De sorte qu'il s'emploie « aussi bien comme substantif, quand il met en cause un emblème sacré, que comme qualificatif, quand il désigne le caractère sacré ou secret ».

Les Murngin de l'Australie septentrionale ont le mot maraim qui a le sens, dans la mesure où il est traduisible, de sacré ou tabou. On l'emploie pour désigner ce qui fait l'objet de tabou pour les femmes ou les garçons non initiés : les emblèmes totémiques, les terrains cérémoniels, certains noms connus seulement des vieillards et certains dessins artistiques. Toutes les choses qui sont maraim sont douées d'une « qualité extra-terrestre » appelée dal. Littéralement, dal signifie « fort », « solide », mais le mot n'a le sens de « force » que dans l'acception de « rituellement puissant ». Ces objets sont forts ou solides parce qu'ils « ont du mana et possèdent une force spirituelle ».

Dans les îles occidentales du détroit de Torrès, le mot employé pour la formule magique est unewen (wenewen). Ce terme, dans son acception large, semble être « l'équivalent du mana océanien ». On s'en sert pour rendre « puissance spirituelle » dans la traduction de l'Évangile aux néophytes 2. Dans les îles orientales du détroit de Torrès, « lorsqu'un objet se comportait d'une manière remarquable et mystérieuse, on le regardait comme zogo » . Le terme, généralement employé comme nom, s'employait aussi comme adjectif, avec le sens approchant de « sacré ». Un objet concret, pluie, vent, autel, formule employée pour un rite, le rite lui-même pouvaient être zogo. En règle générale, l'objet zogo était employé à des fins bienfaisantes (par exemple dans une cérémonie pour provoquer la pluie) ; toutefois, certains objets zogo étaient utilisés à des fins malveillantes 1.

Les Marind, une population de la côte sud-orientale de la Nouvelle-Guinée néerlandaise (du côté de Mérauké), ont une conception du dema qui paraît le pendant exact du mana. L'indigène entend par là tantôt une force impersonnelle et pénétrante, attachée à tout ce qui est insolite ou rare, tantôt un être spirituel personnel d'où procède cette force. Collectivement, les Dema sont les esprits ancestraux, les aïeux des différents groupes tribaux. Ils apparaissent au magicien en [14] songe et tiennent conversation avec lui. Dans le nord-est de la Nouvelle-Guinée néerlandaise, au sud de la baie de Humboldt, vivent des Papous de l'âge de pierre connus sous le nom de Santani. Ils se servent du mot uarpo (uarafo) pour désigner une force occulte impersonnelle dont l'action peut être aussi bien favorable que nuisible. Tout ce qui a du uarpo appartient au monde mystique et est mis à part du monde des choses ordinaires et intelligibles (pujakara). Le plus souvent les objets ayant du uarpo sont tabou, et tout contact interdit avec eux a des résultats désastreux pour la personne intéressée. Suivant nos sources (Paul Wirz), il est souvent malaisé de trancher dans quelle mesure les indigènes font la distinction entre cette conception d'une force impersonnelle occulte et la force exercée par les êtres spirituels que sont les Uarpo. Ceux-ci ne sont pas des esprits d'ancêtres, comme les Dema des Marind, mais des esprits de la terre, de l'eau et de l'air.

On possède deux relations sur la conception de l'imunu chez les tribus Namau du delta du Purari (Papouasie). La première, d'un missionnaire (J. H. Holmes) ayant longtemps vécu parmi eux, décrit l'imunu comme « l'âme » des choses. Il n'a de personnalité que dans la mesure où il assume les caractères spécifiques de l'être qu'il hante : s'il hante un homme, il sera humain ; s'il hante un dieu, il sera divin. Il a des attributs, il peut être bon ou méchant, il peut causer de la souffrance et en subir, il peut posséder et être possédé. Bien qu'inaccessible aux sens, il manifeste sa présence de la même manière que l'intelligence. Il pénètre tout ce qui a vie sans être pour autant rokoa, « vie » : il est imunu. La seconde relation, d'un anthropologiste officiel (F. E. Williams), attribue à l'imunu une valeur adjective. C'est une qualité ou un complexe de qualités plutôt qu'une chose. Le terme est appliqué à toutes sortes d'objets rituels tels que masques, « bull-roarers », charmes de chasse, vieilles reliques, dessins grotesques, curiosités de la nature. « Ces objets sont étranges, mystérieux ou secrets ; ils sont sacrés au sens d'inaccessibles ou d'intouchables ; ils ont une sorte de puissance bénéfique ou maléfique, on les conserve avec le plus grand soin ; leur âge ajoute encore, semble-t-il, à leur mana... Tout être que l'indigène peut redouter pour le mal qu'il peut lui faire et craindre pour son étrangeté, tout ce dont il peut solliciter la faveur ou qu'il peut conserver amoureusement en raison de son passé, il vous dira que c'est imunu. » De ces affirmations il ressort que ce qui, chez les tribus Namau, est imunu, [15] ou a de l'imunu, peut aussi être doué d'une certaine personnalité.

Le terme koita d
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