Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)








titreUnderground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)
page9/20
date de publication14.04.2017
taille0.8 Mb.
typeEssai
p.21-bal.com > loi > Essai
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   20
La Presse d'aujourd'hui qui ajoute à l'enfer de ce mois de juin. Il félicite les Ontariens pour avoir défait le projet de loi 167 à propos de la redéfinition de la famille traditionnelle, ce, en pleine année de la Famille, « F » majuscule S.V.P. Ne sait-il pas que la famille nucléaire est maintenant éclatée ? Voilà ce qui l'inquiète. Mais je me demande pourquoi, puisque le un pour cent de gays n'est rien en comparaison du pourcentage des divorcés et des conjoints de fait. En pleine année de la FAMILLE (lettres majuscules S.V.P.), quelle honte, quelle infamie ! « D'accord pour la tolérance, mais il y a des limites. » Effectivement, d'accord pour tolérer l'intolérance, l'abjuration des gays, mais il y a des limites ! Car, n'ayons pas peur des mots, la religion est contre nature et moralement inacceptable. « Car, n'ayons pas peur des mots, l'homosexualité est contre nature et moralement inacceptable. » La nature se débrouille très bien elle-même. Si elle s'est entichée d'homosexuels, ce n'est pas pour rien. Tout ce que la nature abrite appartient nécessairement à la nature ! Qui est-il, lui, Tim-Phuing HYUHN, pour venir nous dire ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas ? Son nom ne me semble pas naturel, je n'ai jamais entendu cela nulle part. S'il s'agissait d'un nom normal, la population humaine serait vouée à ne plus se comprendre. « S'il s'agissait d'une orientation normale, la population humaine serait vouée à disparaître. » Là, Monsieur YUMPF, vous avez tort. Il ne s'agit effectivement pas de parler de normalité par la majorité, car alors votre nom vous obligerait à disparaître. Bien sûr que les gays ne se reproduisent pas, mais ils ne sont pas majoritaires non plus. N'ayez donc aucune crainte avec l'humanité, elle a bien plus de chance de mourir par les guerres que l'intolérance nourrit que par le 0,00001 % d'homosexuels qu'elle porte.

Je suis allé au festival franco-ontarien. Laurence Jalbert faisait un spectacle, très bien. J'étais avec Nathalie et Hélène. J'ai bien vu que cette dernière serait peut-être intéressée à moi. Elle a été acceptée en maîtrise, elle. Elle a 8.0 de moyenne pondérée, elle. Elle n'a pas de dettes et bénéficie de bourses, elle. Elle n'a pas eu à travailler pendant ses études, elle. Elle a une automobile et demeure chez ses parents, elle. Pff ! J'ai rencontré Noël, il m'a fait vraiment chier. Il dansait, sautait, riait ! Il a son travail pour un an au Musée des civilisations, très bien payé, il est acteur de théâtre. L'année d'après monsieur s'en va à la Sorbonne, il a déjà été accepté. Il vient d'avoir le dernier diplôme spécialisation en théâtre, l'université abandonne ce programme. Il a eu toutes ses études payées par la compagnie où sa mère travaille, elle travaille pour le gouvernement. J'ai rencontré une autre fille juste avant qui me racontait qu'il fallait qu'elle remonte absolument sa moyenne à 8.0 pour continuer à avoir ses bourses de 15 000 $ par année. Elle est déjà avocate et recommence un autre B.A. en administration, tous frais payés. Jean bénéficie de bourses aussi élevées qu'elle. Il me faut vraiment être cave pour endurer tout ça ! Eux autres, ça se promène, c'est sur le party à longueur d'année, ça a des autos, des bourses à plus finir, des diplômes en maîtrise et doctorat, c'est sur la drogue à planche, pis ça vient me narguer sous le nez, me dire que ce que je fais depuis quatre ans, à double temps plein, c'est de la cochonnerie qui ne vaut rien. Moi qui crève de faim, incapable de trouver un emploi potable, refusé en maîtrise, des dettes impossibles à rembourser, quatre années de perdues en littérature, quatre années que je m'en vais peut-être perdre en génie, c'est vrai que la vie est injuste et ce n'est pas ce soir que je vais être fataliste. La vie est injuste ! Si elle a de bonnes raisons de l'être, je ne veux pas les connaître. En fait, je pense que moi aussi je vais devenir très intolérant et haineux envers la société. Je suis d'ailleurs sur la bonne voie, je deviens de plus en plus vulgaire. Vive la révolution !

Sébastien parle d'aller à New York la semaine prochaine pour le grand congé. Il veut s'acheter un Steinway de 25 000 $. Prêt à sacrifier notre terrain et notre belle maison. Aux dernières nouvelles, il comptait sur sa môman pour acheter le terrain, pendant que lui, à partir de l'été prochain et les suivants, toujours en calculant qu'il aura encore son emploi à la BNR, commencerait à construire la maison. Plus tard on repayerait le terrain selon sa valeur acquise en rapport au château qui serait désormais dessus. J'ai même réussi à convaincre Sébastien qu'Aylmer au Québec serait mieux et que si les gens étaient assez cons pour croire les vendeurs ontariens par rapport à la dévaluation des terrains au Québec à cause de la séparation imminente, nous, nous serions assez intelligents pour en profiter. Je ne crois pas que l'on va perdre de l'argent, mais il m'est dangereux de conseiller la famille dans ses investissements. Moi je suis incapable de repayer mon ordinateur portatif qui me coûte une fortune en intérêts trimestriels. So, je ferais mieux des laisser faire. Pendant ce temps je vois de plus en plus mon avenir pour septembre prochain se dessiner. Voilà que j'ai aussi été refusé en maîtrise à Montréal : « Votre demande est refusée parce que vos résultats scolaires sont trop faibles ». Je devrais me répéter cette phrase éternellement, non seulement elle fait mal, mais en plus elle me motive. J'ai lu, au lieu de la phrase entre les guillemets, ceci : « Votre demande est refusée parce que vous êtes trop cancrelat pour nous écrire une thèse, parce que vous êtes visiblement inférieure à la masse de nos étudiants qui sont vraisemblablement forts intelligents et bourrés de bourses ». Merci, je me demande juste si j'aurai le courage ou la motivation d'entrer en génie. Ai-je un autre choix ? Quel travail puis-je trouver avec un B.A. en littérature ? Aucun. Sinon voué à mourir de faim toute ma vie, sans compter que j'ai une retraite à prendre et qu'il ne faut surtout pas compter sur les gouvernements. Ah seigneur ! Que pourrais-je inventer pour me motiver ?

On était tout le monde assis dans la cave chez Sébastien. Et là Sébastien zappait avec la télécommande. Et toute la famille avait l'air à trouver ça bien, à ne pas être dérangée. Un spectacle de Jean Leloup ? Sébastien ne connaît même pas Jean Leloup, il n'a pas arrêté. Je savais qu'il y avait un spectacle de Daniel Bélanger ce samedi et que je le manquais. Il m'était impossible de dire de le mettre à tel canal. Toute la famille admirait le zapping de Sébastien. Après cinq minutes je me suis levé, j'ai dit assez de TV pour moi. Déjà qu'écouter la TV m'est un supplice, mais avec un autre qui a la télécommande, ça, c'est vouloir ma mort. Il y avait justement un article dans le Citizen ce dimanche, paraît que c'est la guerre dans les belles familles traditionnelles à propos de la TV et de la télécommande. N'est-ce pas ironique qu'en cette belle année internationale de la famille, le pauvre petit 47 % de ce qui reste de famille et qui avait affirmé que la TV était le principal loisir qui servait à réunir ses membres - membres qui étouffaient de joie, de bonheur et d'amour selon leurs dires - achève de s'entre-tuer pour la télécommande ? Se liguant, mère et enfants, contre le père qui assure que la seule autorité de la maison doive garder la télécommande jusqu'aux chiottes pour être certain que personne ne va changer le canal. Plusieurs femmes avouent qu'elles ont arrêté de s'obstiner avec leurs maris, elles disent qu'ils sont intraitables, que jamais elles n'auront la télécommande. On n'est pas surpris non plus d'apprendre que l'enfant qui décide de changer le canal de la TV pendant que le père l'écoute, est en droit de s'attendre à une crise hors de proportion et qu'une claque ou un bon coup de pied va suivre. Dans le dernier Code civil, battre ses enfants est rigoureusement illégal. Pour les Ontariens en Common Law, seuls les avocats connaissent la loi, alors pas de problème, allez-y fort en cette année internationale de la famille ! Selon la Bible, l'enfant qui ne respecte pas ses parents a droit à la peine capitale. La Bible ne prend pas la défense des enfants. Au contraire, le père est propriétaire de ses enfants et de sa femme, il a le droit des vendre comme esclaves. Vous retrouverez tout cela dans la Genèse et l'Exode. Je trouve inadmissible que le droit actuel s'éloigne trop de la Bible. On n'a pas besoin de Code civil ou de Common Law, on a juste besoin de la Bible et d'une mitraillette dernier modèle. Comme les religieux le disent, la planète allait bien mieux avant que l'on insère une Charte des droits et libertés dans notre Constitution.

Je cite La Presse du 27 juin, première page : « Ce rassemblement était le plus important à New York depuis dix ans, dépassant même la foule des célébrations du centenaire de la Statue de la Liberté en 1986, selon les autorités. "C'est la journée la plus chargée de l'histoire du département de la police", a estimé le chef de la police new-yorkaise Jim Timoney. "C'est incroyable le chemin parcouru en 25 ans, de l'époque où il était impossible de sortir d'un bar gay à celle où l'on remplit les rues avec fierté", a déclaré Jerry Clifford, qui portait la bannière arc-en-ciel. » Bannière d'un kilomètre et demi de long !

C'était les Gays Games à New York. Parfois j'oublie qu'effectivement, pendant que je végétais dans ma jeunesse à me ronger les ongles et à soupirer, d'autres travaillaient à la révolution qui allait me permettre de vivre. Eux, ils ont l'impression de voir la fin du tunnel, c'est drôle, moi j'ai l'impression d'être au début. Je n'ai pas du tout le sentiment que notre liberté est gagnée, au contraire. Eux, de pouvoir sortir dans les bars, ou le dire à leurs parents, c'est déjà extraordinaire. Moi il me faut davantage. Il ne faut tout de même pas se contenter du minimum. « A cette époque, et jusqu'en 1973, les homosexuels étaient catalogués aux Etats-Unis comme malades mentaux. » Ça, il m'aurait fallu vivre en ces temps pour le croire. Mais dans le Catholic Insight de l'autre jour, on voit qu'ils le pensent encore, ou du moins, essaient de convaincre la population que c'est vrai : (p.5) "...deviant kinds of behavior distorts the true meaning of the family and leads to decadence." et "...but it must be said that the Parliament's resolution seeks to legitimize a moral disorder. ...not in conformity with God's plan." Quel est donc le plan de leur dieu ? L'homme doit-il être assez stupide pour se mettre à genoux devant Dieu et exiger qu'on le tue ? Si l'homme peut outrepasser Dieu, il est temps que l'humanité fasse la révolution. On en vient maintenant aux vraies réalités de notre temps, excluons la Chine qui est pire, pour se concentrer sur les Américains (La Presse) : « Aux Etats-Unis cependant, les pratiques homosexuelles des homosexuels demeurent illégales dans 23 Etats. [Ô terre de Liberté ! Pas sexuelle en tout cas...] 39 p.cent des Américains estiment que les relations homosexuelles ne sont pas du tout acceptables et 53 p.cent les jugent immorales, selon un autre sondage publié par le magazine Time ». Well, si 61 % des Américains jugent que les relations sexuelles entre gays sont acceptables, comment expliquer que 23 Etats les interdisent ? Seulement la moitié nous juge immoraux, ce n'est pas si pire. Il doit y avoir une faille dans ces chiffres. Ils ne disent pas grand-chose lancés comme ça. « Une majorité d'Américains (64 p.cent) sont contre la légalisation des mariages entre homosexuels, une importante revendication de ces derniers. » Seulement 64 % ? C'est mieux qu'en Ontario. La question c'est, ce chiffre de 64 % va-t-il descendre avec la mort des vieux ? I hope so! Je suis maintenant incapable de passer à côté d'un vieux sans imaginer le pire. Est-ce que je suis paranoïaque ou est-ce qu'ils me jugent sévèrement, avec tous les préjugés du monde, de leurs regards amers ? Encore aujourd'hui, j'ai la mauvaise impression que les vieux me jugent négativement à cause de ma jeunesse. Je n'ai pas l'air d'un délinquant pourtant, pas en ce moment du moins. J'en viens à les détester, est-ce le fruit de leurs sondages ? « "Avant Stonewall, dit-il, aucun Etat n'avait de loi anti-discriminatoire, maintenant il y en a huit". » Seulement huit ? A quoi sert-elle la Charte des droits et libertés de l'O.N.U. ? « Dans plusieurs Etats cependant, des groupes religieux tentent de réunir des signatures pour obtenir l'abrogation de ces lois. » Venez me dire après ça qu'ils ne font pas tout pour nous discriminer ! Ils veulent abroger des lois anti-discriminatoires, persuadés, je suppose, que ces lois n'ont pas été votées pour nous protéger des groupes religieux ! Voyez, l'humanité a encore beaucoup de chemin à parcourir. La guerre pour les droits et libertés ne fait que commencer.

Puisque nous voilà libres, parlons d'Edward. Quand Sébastien m'a dit vouloir aller à New York, je me suis senti mal. Je ne voulais pas revoir Ed pour rouvrir ce que j'avais réussi à oublier. Puis j'étais tout de même heureux d'enfin visiter New York et de revoir Edward. Il m'a téléphoné ce soir. Il écoute ma cassette chaque jour quand il prend le train pour aller travailler. Il connaît les chansons par cœur. Il pense donc toujours à moi. Il relit mes lettres encore, regarde mes photos. Mon dieu, lui il ne m'a pas oublié. Ça me fait mal. Lui qui vient d'entrer dans la vie active par la grande porte. Il vient de trouver un emploi pour sa vie, il dit qu'il pense encore à se marier. Comme elle va souffrir, la pauvre ! Pauvre, pauvre, pauvre, heureusement que je peux me désoler sur les autres, ça me fait m'oublier moi. Edward s'est trouvé un emploi minable et ne semble pas avoir bronché ou s'être posé le dixième des questions que je me pose. Il ne s'est même pas demandé s'il allait faire une maîtrise. Il n'a pas non plus trouvé un emploi en rapport à son champ d'étude et c'est par contact qu'il a trouvé ce travail qui devrait lui donner 75 000 $ U.S. par année à partir de l'année prochaine, puis 150 000 $ U.S. par année quatre ans plus tard. Bien sûr que c'est impossible, il gagnerait plus qu'un médecin à trouver des gens pour travailler sur des PC. Edward s'apprête à mourir dans sa nostalgie, il répète sans cesse : « Mon beau petit Québécois ! » Ah que ça fait mal !

Fourth of July, je me sens maintenant un peu comme Chateaubriand. Je m'en vais renforcer le mythe de New York, n'y ayant trouvé que ce que je m'attendais à y trouver. En fait, on retrouve à New York, de ce que je crois, tout ce que l'on peut trouver à Ottawa, à Montréal, dans les banlieues, à la campagne n'importe où. Sauf que c'est multiplié par x fois. Trop pour moi donc. Moi, produit de mon éducation et de ma société, qui endure, aime ou m'enfuis. Je vais essayer de ne pas trop amplifier, ni alimenter les mythes, mais je vous avoue que cela me sera difficile, sinon impossible. Je suis prêt à condamner New York comme Sodome et Gomorrhe l'ont été dans la mythologie, même si moi-même je ne donne pas ma place à travers tout cela. Bref, de quoi sert une trop grande introduction face à un récit comme on en voit tant partout chaque jour ? New York ne s'autocritique-t-elle pas elle-même ? Qu'elle n'aie besoin d'un autre cave pour la dénigrer ? Mais d'où me vient cette soudaine peur de dire des faussetés sur une collectivité alors que j'y ai passé cinq jours ? Je passe ma vie à construire des mythes, un de plus ou un de moins, je laisse aux générations suivantes le soin de détruire les mythes des autres. Moi je m'en vais raconter ce que j'ai vu.

J'avais été si déçu de mon voyage à Paris voilà quatre ans. Je connaissais nullement Paris alors, encore moins sa vie littéraire, je ne connaissais que le mythe grandiose que l'on en a fait. Je suis tombé de haut. Paris n'avait rien pour m'enchanter. Surtout pas sa Tour Eiffel que j'avais confondue avec une antenne de TV. La statue de la Liberté, par contre, ça c'est intéressant. C'est le même architecte qui a fait les deux symboles qui représentent à leur façon le pays et la ville. La Tour Eiffel cependant ne reflète pas la Liberté, la Fraternité ou l'Egalité. Je pense que la seule chose qui symbolise bien l'adage français c'est les pièces de monnaies et les billets où l'adage y est inscrit. J'avoue cependant que Paris m'a semblé bien mieux trois ans plus tard. Oui, j'ai lâché les endroits touristiques pour m'aventurer un peu plus avec le peuple et les restaurants. Bref, je ne connais pas Paris. Il faut y vivre pour en avoir une petite idée, et encore, plusieurs y vivent sans n'en jamais rien connaître. Je ne suis même pas sorti dans une boîte. Je n'ai rien su du monde gay. Je n'y ai pas entendu d'histoires comme à New York, bien que je n'avais aucunement l'intention d'y connaître la vie underground plus qu'à Paris. On dirait que je n'ai point eu d'autres choix que d'y aller. Comme si tous les chemins conduisaient au pire. On s'est retrouvé dans une salle presque noire, avec quelques rideaux, un gros papier plastique sur le plancher, on devait payer dix dollars à l'entrée, on attendait deux heures du matin pour commencer le bordel. Définitivement, tout le monde se serait déshabillé et aurait couché avec tout le monde. Quelqu'un m'a dit que son ami avait rencontré son copain là-dedans une nuit, il était en train de se faire sucer par six gars. Il m'a dit aussi avoir été dans un genre d'endroit un peu labyrinthe où pour sortir il fallait courir à travers les corridors remplis de vieux porcs qui te touchaient partout. Deux minutes après être entré, j'ai fait une vraie crise. Comme Sébastien dit, je suis le seul qui semblait avoir encore des fibres morales. J'ai même réussi à être remboursé, ce qui a surpris tout le monde, ça ne se fait pas d'être remboursé. On avait rencontré un beau petit garçon, Dan. Ed s'intéressait à lui, c'est à cause de lui que l'on s'est retrouvé dans ce Big Dick Contest. Il n'y avait que moi pour exprimer tout haut ce que Sébastien et Ed pensaient tout bas. A moins qu'il n'y avait que moi qui voulais sortir ? Sébastien voulait voir. Edward, je me demande s'il n'a pas déjà participé à ce genre de soirée. The more I think about it, the more I'm sure about it. Quand je pense qu'Ed et Dan parlaient qu'ils ont souvent été dans ces places où, sous le couvert de vendre ou louer des films gais, on peut aller dans ces petites salles où tu regardes les gens se masturber à travers une vitre. Tu peux alors allumer la lumière si tu veux que l'autre te regarde, tu peux aussi lever le drapeau si tu veux le toucher ou si tu veux qu'il te touche. Tu peux coucher avec si ça te tente. Ça m'a rendu tellement dépressif de savoir qu'Edward a déjà fait ça. Et moi je l'ai touché ! Heurk ! Of course, all these things exist in a larger proportion in the straight world. Tous les bons pères de familles se retrouvent-ils dans des genres de patentes comme ça ? De toute façon je n'ai vu que des gays à New York. Comme dit Ed, tout le monde est gay à New York. C'est faux peut-être, mais la vie gaie existe là-bas. Plus qu'à Montréal je pense. D'ailleurs, les deux villes ne sont séparées que par quatre à cinq heures d'autoroutes. Trois heures s'il n'y avait pas tant de policiers en manque d'argent pour leurs faux-frais et des limites de vitesse totalement ridicules de 55 miles an hour. C'est 90 kilomètres à l'heure ! On fait 150 km / heure entre Ottawa et les frontières américaines, et lorsqu'on est assez intelligent pour suivre un autre innocent qui va aussi vite, c'est lui qui prend les contraventions des quelques policiers rencontrés. Aux Etats-Unis, à 90 kilomètres heure, on dépasse tout le trafic. On rencontre un char de police à chaque mile. Pendant ce temps, combien se font violer dans les rues des villes ? Tant qu'à avoir un système routier aussi surveillé, vaut mieux avoir une caméra qui prend des photos en série et qui fait épargner du temps et de l'argent à tout le monde. Enfin, à ceux qui respecteront les limites de vitesse. Pas de problème pour les Etats-uniens, de ce que j'ai vu, il n'y a pas plus conformistes qu'eux. Quand il fait beau, on va tous à la plage, on créé immanquablement les plus gros embouteillages, on n'atteint même pas la plage. Ma définition de Manhattan, un gros paquet de ciment amalgamé ensemble où il est impossible de respirer autre chose que l'air chaud de tous les systèmes d'air conditionné. Effectivement, la seule façon de respirer à New York, c'est par l'air fétide des bouches de métros. Ces stations de métros, il n'y a pas pire. Il y fait une chaleur infernale, on se croirait en enfer. C'est vrai que là il n'y a aucune circulation d'air. Ed m'a dit que l'hiver ça devenait de vrais congélateurs. Que dire aussi du train de vie. Je voulais une crème glacée aux fraises, j'ai dépassé la limite permise, deux questions en trop. Il aurait voulu que je lui dise bien simplement, ice cream with strawberries. Mais moi et Sébastien avons eu le malheur de lui demander quelles sortes il avait et le malheur de ne pas avoir compris s'il parlait de crème glacée aux fraises ou de vraies fraises qu'il y avait sur le comptoir. Bref, quinze secondes de trop, il a dit : "I don't know what's so difficult about asking for a fucking ice cream", et il a servi la femme à côté. Sébastien told him to fuck off, moi je l'ai envoyé chier en français. Je ne veux pas sauter aux conclusions, sauf que dans tous les restaurants où nous sommes allés il fallait vite savoir ce que tu voulais et ne jamais poser de question. Un autre exemple,
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   20

similaire:

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Note : Underground contient certains passages en anglais, ils ont...

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Du même auteur : joie, éd. Le Temps des Cerises, Paris, 1997
«Paris—is—really—great !», semblables non seulement en apparence, mais aussi dans leur voix et leur façon de parler, à tel point...

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Du même auteur, publiés aux Éditions T. G

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Du même auteur, publiés aux Éditions T. G

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Roland Michel Tremblay, Londres uk

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Pierre Curie (15 mai 1859 à Paris 19 avril 1906 à Paris) est un physicien...

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Est née à Paris en 1965. Depuis 1999, elle a publié huit récits aux éditions Verticales, dont

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Les cinq constituants du ton
«Respirer, parler, chanter La voix, ses mystères, ses pouvoirs», Le Hameau Editeur, Paris 1981

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Littérature québécoise
«roman d’anticipation utopiste», note Jacques Allard; d’autres parlent aussi du «premier roman séparatiste au Québec», ou du «premier...

Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L\Tid vente Preparation;Art tNumLotPr�parationVente;Art Designation;Art...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com