Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)








titreUnderground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)
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date de publication14.04.2017
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Citizen d'Ottawa : I don't belong to any of these groups but I feel I have my rights too. [Monsieur a peur que certains droits qu'il n'aurait pas déjà soient offerts à d'autres sans qu'il n'y prenne part. La première phrase nous en dit long :] Have you noticed lately how many different groups are demanding their rights? [Well, it's maybe because you have never ever done anything to give them the same rights you have enjoyed since birth!] [...] We frequently hear from convicted murderers, rapists and sex-offenders, homosexuals [voilà à quel rang monsieur Felix B. Tanks of Kanata relègue les homosexuels], aboriginal people, minority ethnic groups, French speaking Canadians [ouf, il fallait s'y attendre], women [là, il vient carrément d'éliminer la moitié de la planète ! Viva la Révoluziona ! ] physically and mentally disabled groups, [juste après les femmes, il ne faudra pas commencer à faire de la sémiologie ici] various religious denominations [je me demande s'il inclut les Protestants là-dedans ? alors il s'exclurait lui-même ! ], the unemployed, those on welfare [rien de plus écœurant en société hein ?], and seniors. [Bref, il s'en va attaquer tout ce petit monde dans son article, cherchant sans doute à défendre ce qui reste de sa société patriarcale pour blancs descendants d'Angleterre, qui ne répond plus qu'aux besoins d'une minorité, c'est-à-dire lui.]

Well, I don't belong to any of those groups and I am starting to feel just a little neglected because I have rights too. [We know you idiot, there are rights just for you!] I have lived in Ontario all my life, as have the last eight generations of my family. [Voilà qu'il justifie sa propriété par sa longue lignée et qu'il la réfutera aux Français arrivés avant les Anglais, et aux autochtones sous prétexte de guerres coloniales où l'on se serait approprié la terre des autres, ainsi que leurs âmes !] I went to university [I bet it didn't cost you as much then as it does now! Everything for you, nothing for the rest!], earned two degrees and have been earning an income ever since. [I guess, because if not, you will be shouting at the injustice of life. But you already do so.] I pay over 30 000 $ per year in taxes of one type or another. [Does he thinks we are not paying too? Does he thinks all the immigrants are not paying their taxes? On paye comme toi et on n'a pas les mêmes droits !] I am married with two children and own a house and two cars. [ !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ] I am lacking nothing of importance and I don't need or want any government hand-outs.

I work hard and earn what I get [oh, monsieur travaille fort, il me fait pitié] yet I am not totally happy. It's because I feel like a whore. (Excuse my vulgarity but it's the best analogy I could think of). [Prostitué : qui se donne à quiconque paie. J'imagine qu'il ne s'agit pas du bon sens. Essayons plutôt : de mauvaise vie, fille publique.] I feel that the government (my pimp) only wants to keep me healthy so I can be used to continue to earn money for it to squander on programs that are not very relevant to my needs, and that my opinion doesn't matter a heck-of-a-lot. [Sure, the opinion of Monsieur is to let everyone starving and let him become the King of the place, so he can have four or six more children, trois maîtresses, six automobiles, un château. Maybe he should ask himself about what the society really gave him. Où ailleurs dans le monde peut-on vivre aussi bien que lui ? N'est-ce pas aussi un signe de la société autour ? Laissez crever la société de faim, faites sauter tous les droits de tout le monde, enlevez toute sécurité sociale, et vous verrez si la société serait encore capable, dans un tel chaos, de pourvoir une maison, deux enfants et deux automobiles !]

[...] I have a right to expect a society where law and order and justice will prevail. [So do we! And that's the problem of it all! Right, you now understand how we feel, us, convicted murderers, rapists and sex-offenders.] [...] I have a right to expect that my country will be unified and preserved for my children. [Sur le dos des Québécois semble-t-il, si on se réfère à la liste du début. Autrement dit, moi j'ai le droit d'obliger sept millions de personnes à demeurer dans un pays pour mes propres enfants, pas ceux des autres !] I want the government to work toward building a true national spirit in Canada instead of spending money to buy votes in areas that complain the loudest or make the scariest threats. [Je vois bien ici qu'il attaque indirectement les homosexuels. Parce qu'il est effectivement difficile de se faire élire dans certaines circonscriptions, parce que justement la majorité des gens qui y vivent sont gays et que nous ne voulons pas voter pour quelqu'un qui souhaite nous détruire. Mais j'ajouterais que c'est justement pour se gagner des votes que Lyn McLeod, leader des libéraux, a voté contre le projet de loi des gays, puisque avant elle avait fait des efforts pour améliorer le sort des gays. Elle reprochait au gouvernement de ne rien faire pour nos droits et le jour où ils arrivent avec un projet, étant toujours de l'opposition, elle rejette le projet.]

I have a right to expect to be treated as a first-class citizen in my own country. [Peut-il vraiment ne pas avoir cette impression ? Jamais ! En plus il nous relègue, nous, au rang de citoyens de deuxième classe. Et quel ton, my own country, comme si elle lui appartenait en main propre, à son nom !] I am not prepared to suffer a permanent guilt trip because my ancestors took control of this land from the aboriginal people of the so-called "First Nations," who were constantly at war with each other trying to do exactly the same thing. [Un guilt trip n'existe pas sans raison et il est normal après s'être senti coupable si longtemps de chercher à ne plus se rendre coupable. Une autre solution cependant serait peut-être de considérer ces minorités et de voir enfin qu'on les considère comme des second-class citizens. On leur fait payer autant d'impôts et on les empêche continuellement de vivre (je parle autant pour les immigrants que pour les gays et le reste).] We live in the here and now. Let's get on with it, together! [Right, mais il faudra accepter certains compromis pour ça, ce qui semble impossible pour des gens comme Felix B. Tanks.] All Canadians have rights under our Charter but what bothers me is the attitude that some of us have more rights than others and that minority or individual rights seem to be more important than the rights of the majority in our democratic political system. [L'idée de démocratie va mal avec les droits des minorités. La majorité n'est capable de voir que ses besoins, ceux des autres n'existent pas. De toute façon, il n'a jamais été question dans aucun débat de donner plus de droits à une minorité quelconque. Il s'agit toujours d'une question de femmes et d'hommes égaux devant la loi, une question de justice.] It's like a free-for-all where rights are the prize and no one can be trusted to play by the rules unless they are coerced by the force of law. [ Il pense que l'on voit les droits de l'homme comme un prix à gagner ! ]

[En terminant, s'il est vrai que la contradiction ou le paradoxe enlève toute crédibilité à une série d'arguments jetés en bloc, voici donc, et avec plaisir, le paragraphe final :] Our history clearly demonstrates, time after time, that Canadians are very concerned about the rights of all people, not only in this country but throughout the world. [They are very concerned about rights in the world, a bit less at home. Le Canada fait des efforts, pas tant que ça. Les femmes sont toujours les têtes de Turcs à l'arrière-plan. La question des Premières nations flotte sur nos têtes et donne l'impression qu'il n'existe aucune solution aux conflits qui dégénèrent de plus en plus. Les homosexuels risquent de perdre le peu de droits qu'ils ont si Manning entre aux prochaines élections, ce qui est fort possible, et pourtant les tribunaux dénoncent ici et là qu'on discrimine les gays. Ce que le gouvernement ne veut d'ailleurs pas entendre.] We don't want to have people being jailed unjustly or being physically abused. [Est-ce qu'on parle encore des homosexuels, ou est-on complètement hors-sujet ? Il parle maintenant à la première personne du pluriel. Pas de doute, monsieur parle pour la majorité qui discrimine tout le monde.] We want our seniors, veterans, disabled, diseased and unemployed to be cared for and I don't think very many of us want to see or be involved in any form of discrimination. [Ici, j'ai vraiment l'impression que l'on n'a pas la même définition de ce qu'est la discrimination. Il ne semble pas voir qu'un couple homosexuel est exactement comme un couple hétérosexuel et qu'il devrait donc avoir les mêmes avantages sociaux. Peut-être devrait-il relire les vingt premiers articles de la Charte des droits et libertés. Je pense qu'un immigrant qui arrive ici devrait pouvoir travailler comme tout le monde, qu'un étudiant étranger devrait pouvoir travailler n'importe où dans la ville. Sinon, c'est discriminatoire, ils ne sont pas égaux. Sommes-nous égaux en fonction d'une majorité de citoyens d'une même nation ou en tant qu'humains sur une base individuelle ?] However, the government must stop using the law as a club and start paying more attention to the needs of the country as a whole. [Inquiète-toi pas Felix, c'est exactement ce qu'il fait. We cannot see a society as a whole, voilà le problème. La définition de la société est limitée aux caractéristiques de la majorité. Ceux qui ne cadrent pas dans les définitions générales, on s'en fout.]
Bon, Sébastien semble encore une fois être parti en grand. Cette fois il a l'intention de prendre une hypothèque de 150 000 $ pour acheter un terrain dans le quartier le plus riche d'Ottawa. La maison ? Pas de problème, moi et Roland allons la construire dans trois quatre ans. Seules les fondations et la charpente seront faites par des professionnels. Heureusement ! Et encore, je ne me sentais pas d'attaque à construire une maison, de riche en plus. On n'en finit pas de faire le toit de la maison de ses parents. On dirait une façon de me garder à Ottawa. Comment vais-je me sentir après ça ? Partir pour Paris ? Et mon père ce soir qui m'exigeait presque de revenir à la maison cet été, de continuer mes études en génie civil à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ma sœur, même discours. Ils doivent s'ennuyer pour vrai pour commencer à comploter ainsi. C'est risible, ils prennent des décisions sur mon avenir, je sais très bien que je n'en ferai qu'à ma tête. La meilleure c'est quand mon père a dit : « Tu vas entrer en système coop à Ottawa, si c'est impossible, tu t'en viens à Jonquière ». Il était sérieux en plus. Je lui ai dit que moi et Sébastien planifions un avenir ensemble. Il a ri. Je lui ai rétorqué que ça faisait plus longtemps que j'étais avec Sébastien que lui avec Odette, de même pour Dominique et François. Qu'ainsi, tout projet avec Sébastien n'était pas si insensé. Il m'a encore dit que je n'en étais pas au stade de projeter un avenir avec Sébastien comme le fait Dominique en ce moment. Je lui ai répondu que ma sœur avait fini son B.A. et qu'elle avait trouvé un travail. Que moi j'ai fini un B.A. et que je projette d'en faire un autre. Cela ne me met pas pour autant sur un niveau différent de celui de Dominique. Il n'avait plus rien à dire. Le père qui n'a plus aucune autorité sur ses enfants, qui ne les aide que si peu et cela devrait suffire pour être écouté et entendu. Je me demande si on prend au sérieux ma relation avec Sébastien. Dominique et François on les voit déjà mariés, après un an et demi ensemble. La sœur de Sébas et son copain on les voit déjà mariés, après un an ensemble. Pire, le copain de Sara va payer les études en droit de sa fiancée. N'empêche, j'ai pris un coup de vieux quand Sébastien parlait de notre terrain et notre maison.

Dans La Presse du samedi 11 juin, en un article intitulé Le combat des justes, Lysiane Gagnon dit des choses qui portent à réfléchir : « Le propre du militant idéologique, c'est de croire dur comme fer que sa cause est la seule juste et légitime. Ceux qui n'y souscrivent pas sont ignorants, inconscients ou englués dans des préjugés sans fondement. Ou alors, ils sont mus par des objectifs sordides et des arrière-pensées maléfiques. Il ne viendra jamais à l'idée du militant que l'on puisse ne pas souscrire à ses idées tout en étant à la fois bien informé, indépendant d'esprit et animé de bonnes intentions. » Elle parle du Parti québécois, de Jacques Parizeau prêt à nuire à la Banque de Montréal pour sa prise de position politique. Elle ajoutera vers la fin de l'article : « Telle est la profondeur de conviction du militant idéologique qu'il peut accepter l'idée que les droits démocratiques les plus élémentaires soient temporairement suspendus dans la poursuite du combat pour sa juste cause. » Boudria voulait faire interdire toute parole sur l'indépendance dernièrement. En fait, lorsqu'elle a parlé de militantisme, je voyais les gays qui se battent pour les droits qu'on leur refuse. Je me demandais si nous n'étions pas dans notre tort lorsque, effectivement, il ne nous est jamais venu à l'idée que les gens puissent ne pas souscrire à nos idées de la famille ou de l'homosexualité, tout en étant à la fois bien informés, indépendants d'esprit et animés de bonnes intentions. Il s'agit ici de comprendre le point de vue de l'ennemi. Notre cause et nos revendications sont-elles les seules justes et légitimes ? Ceux qui n'y souscrivent pas sont-ils des caves ignorants ? Cela devient difficile à affirmer quand plus de la moitié de la population te crache dessus. Mais si notre cause n'est pas juste, il ne nous reste qu'à mourir ! A accepter qu'ils nous écrasent ! Nous tuent ! Puisque c'est là une pratique longtemps en vigueur dans le passé, un peu partout, si ce n'est la prison, car beaucoup ont fait de la prison juste parce qu'ils étaient homosexuels. S'ils ont de bonnes intentions, je me demande bien lesquelles. Protéger leurs enfants, que l'on entend souvent. Bien sûr, nous sommes à tous les coins de rues, prêts à sauter sur le premier enfant du bord pour le violer. Sans doute celui-ci deviendra alors homosexuel, c'est contagieux. Edward m'a dit qu'aux Etats-Unis il est impossible d'être gay. Les mentalités te font paniquer juste à l'idée d'être gay. Tu ne t'acceptes pas du tout, tu épouseras une femme ou te suicideras. Belle terre de liberté que celle des Etats-Unis. Moins de gens s'acceptent, moins de gays sortent de l'ombre. Voyez aussi comment les choses sont différentes trente-cinq ans plus tard. On se rend compte que le pourcentage de gays est plus grand qu'on le pense. N'allez pas croire que l'ouverture d'esprit encourage l'homosexualité, un gay est gay, il peut le réprimer ou se tirer une balle. Un hétérosexuel est hétérosexuel, il ne deviendra pas gay du jour au lendemain parce qu'il a été déçu par les gens de l'autre sexe. Allons demander aux 60 % d'Ontariens, qui ne veulent rien savoir des homosexuels, s'ils ne donneraient pas raison à Lysiane Gagnon. Auraient-ils raison ? L'homosexualité est-elle répréhensible, immorale, dommageable pour l'humanité ? En fait, il s'agit de faire pencher la balance selon la morale des Saintes Ecritures, sinon l'humain devra faire face aux séismes ou catastrophes naturelles. Je continue de croire qu'ils sont dans le tort, c'est normal, je suis gay. Ils continuent de croire que je suis dans le tort, c'est normal, ils sont hétéros, ils ont peur de je ne sais quoi exactement. Je pense que le point que Gagnon a soulevé est celui de considérer l'autre parti comme con alors que ce n'est pas toujours le cas. Donc, 60 % de la population ontarienne n'est pas conne. Ignorante peut-être ? Tout le monde est-il ignorant alors ? Ce qui expliquerait comment il est si difficile de prendre position et si facile de refuser la lumière à l'un ou l'autre parti. On ne peut pas reprocher aux gays de vouloir avoir les mêmes droits que les autres. Le problème c'est lorsque que l'on exagère dans les moyens, dans les paroles. On perd alors toute crédibilité. Il ne donne rien de vouloir se débarrasser d'une force oppressive en la remplaçant par une autre. Ou même imposer de force une idée qui ne fait pas l'unanimité. Il faut plutôt perdre des années à faire comprendre aux gens que nous avons le droit de vivre, de leur faire comprendre qu'ils nous discriminent, nous vouent à la disparition, et que cela, nous ne pouvons l'accepter. C'est pourquoi je disais que je n'avais pas le courage de m'embarquer dans une telle bataille. Que j'aimais mieux souffrir dans mon placard. On ne se bat jamais pour sa génération, toujours pour les suivantes. Mais cet héritage est mieux à long terme que ce que la société lègue à ses enfants, une dette impitoyable, des pensions de vieillesse impossibles à payer, couche d'ozone en moins. C'est là où on pourrait commencer à parler de la théorie du Chaos.

Sébastien s'est renseigné sur son terrain de riche, ce n'est pas 150 000 $, c'est 219 000 $. Voilà, il se fait des rêves, est déçu ensuite. Il va tout de même aller se renseigner à la ville, il a l'impression que ce terrain est vendu trop cher par rapport à sa valeur réelle, you bet. Ah, il me serait impossible de quitter Ottawa si je savais que j'aurais une petite maison en décomposition en dehors de la ville. J'entrerais en génie, je savourerais la paix. Je me désabonnerais des journaux, serais toujours à l'extérieur en train de marcher. Ici, il n'y a que des maisons, que des voisins, que des tondeuses à gazon (bon dieu que j'ai hâte que l'on invente les silencieux pour tondeuse à gazon), que des scies électriques qui scient je ne sais quoi, que d'autobus de ville qui font plus de bruit qu'un enfant à moins d'un mètre de soi qui vient de décider qu'il nous conduirait à l'aliénation. Et je parle de la banlieue. Un bois en arrière d'un trou où j'aurais la paix, c'est là mon bonheur. Avec Sébastien en plus, je ne pourrais demander mieux.

On a visité le terrain de 219 000 $. Je n'avais jamais vu pareils châteaux alentour. Je ne pensais même pas que cela existait autour d'Ottawa. Quel beau terrain ! Pas assez perdu dans les bois toutefois, voisins trop proches. Faut pas se laisser obnubiler par la richesse du quartier, c'est définitivement trop près des voisins. Il y a un petit bois à l'arrière, mais si petit. On a de la place en masse pour planter des arbres, mais ce ne serait jamais suffisant. Tant qu'à bâtir une maison, j'ai dit à Sébastien qu'il fallait vraiment qu'elle soit différente de tout ce qui existe ici. Je pensais à un genre de vrai château moyenâgeux, avec une cour intérieure où il y aurait des arbres et une piscine creusée que l'on pourrait couvrir l'hiver. Vous imaginez ? C'est ça la vraie maison pour les homosexuels. Une forteresse où tout se passe dans l'ombre, dans une cour intérieure, où plein d'arbres cachent le vieux bâtiment de pierre en décomposition. Cela ferait différent des autres pseudo-châteaux que les propriétaires ont cru bon éclairer à l'aide de projecteurs de mille watts, pour bien montrer à tout le monde la fierté d'une maison qu'ils ont fait construire et qui ne doit même pas être payée. Moi je veux poser les pierres de ma maison. Je veux que ça ait l'air de quelque chose qui me ressemble, qui est une partie de moi. Surtout pas de lumières de mille watts, et dans ce cas, j'aimerais mieux être plus isolé. Je ne veux pas un château moyenâgeux pour attirer les touristes ou les jeunes couples à la recherche d'idéaux. Est-ce que je veux vraiment un château ? En fait, je veux un trou à moi où je pourrais enfin me reposer.

J'ai parlé avec ma sœur, deux heures de temps. Jamais on n'avait tant parlé au téléphone de notre vie. Elle se sentait coupable pour hier. Elle s'est excusée, disant que j'avais raison. D'accord, merci. Alors je lui ai demandé à propos de quoi exactement. Elle m'a dit que je ferais ce que je veux, qu'il était vrai que ma décision était loin d'être prise et qu'ils devaient me donner leur opinion seulement si je la demandais. Elle m'a dit que je devrais entrer en génie si je voulais, qu'en fait, c'est certainement la meilleure des solutions, même par rapport à la maîtrise. Ce soir nous sommes allés manger au restaurant, moi, Sébastien et sa mère. Elle m'a dit que je devrais aller en génie, même qu'elle a prédit que lorsque j'aurais mon diplôme d'ingénieur, j'irais remercier les professeurs de ne pas m'avoir accepté en maîtrise. Elle est titulaire d'une maîtrise en littérature de l'Université d'Ottawa. J'ai l'impression que la balance penche. Un avenir avec Sébastien ? Je ne dis pas non. Je lui fais confiance, je pense qu'il pourra avoir confiance. L'idée d'habiter ensemble, comme il l'a lui-même dit ce soir, plus spécifiquement de projeter notre avenir et notre toit, change bien des choses. Rend le tout sérieux. Tout à coup je n'ai plus cette impression que je peux partir pour la France demain matin. N'est-ce pas inquiétant ? Mais alors, toutes mes chances de vivre en France s'effondrent ! Si ce n'est pas grâce aux études, je n'aurai jamais la nationalité, je ne pourrai jamais vivre là. Même si Sébastien est français, ils ne reconnaîtront pas un mariage homosexuel, ils sont incapables de reconnaître un couple gai, je me demande même s'ils seraient prêts à reconnaître un gay. Mourir sans avoir demeuré en France ? A rester ici, je m'abonnerais à Internet, prendrais des cours d'anglais avancés, finirais mes jours comme ingénieur à la BNR. Est-ce cela que je veux ? Si je pars, et peut-être je n'aurai pas le choix de rester, il me faudra passer au travers la maîtrise, me faire accepter au doctorat, fourrer le chien pour trouver un travail d'enseignant dans une université. Après avoir vu la bullshit entre les profs du département, je ne suis pas sûr si ça me tente. Sébastien a eu beaucoup de merde au travail cette semaine. Beaucoup de pression. Ma sœur aussi, des ganglions lui sont sortis dans le cou. C'est sérieux ! Elle prend de forts médicaments contre le stress. Son copain a carrément fait une mononucléose. Je n'arrive pas à croire la vie qui m'attend. Mais je me sens d'attaque, moi aussi je veux une maison de riche ! Avec deux automobiles, quatre portes de garage, un terrain de malade dans le quartier le plus riche d'Ottawa ! Je veux réussir, je suis enfin prêt à cracher sur les autres qui n'hésitent pas à me cracher dessus, prêt à les écraser pour atteindre mes objectifs ! Je vais faire l'envie de tout le monde, j'aurai des projecteurs de 5000 watts pour bien montrer mes prétentions ! Cela est tout de votre faute, j'aurai donc bonne conscience.

Nous nous sommes promenés autour de Cumberland et Rockland, la terre des concombres et celle du rock. On regardait les terrains à vendre. On a trouvé ce que je cherchais, isolé dans les bois. Encore, il y aura toujours des voisins, pire lorsque leur fosse septique sort de terre et que les moustiques nous ont mangés pour les cinq minutes où on a eu le temps de constater qu'il faudrait au moins cinquante gros camions de roches pour permettre au terrain mouillé d'absorber un château médiéval. Une usine de chais-pas-quoi crachait sa boucane juste en face de la vue. Après ça moi et Sébastien étions prêts à signer pour le terrain de 219 000 $. Nous avons pris un traversier qui nous a emmenés de l'autre côté de la Ottawa River (version amérindienne anglaise). Le long de la rivière Outaouais (version indienne française), les maisons sont en décomposition. Des dépotoirs par ici, des cochonneries par là, enfin, je me sentais chez moi ! Gatineau, trou de mon cœur ! Ça sent la misère dans ce coin-là comme partout ailleurs sur la planète. Ce qui me fait réfléchir sur Ottawa la propre. Comment se fait-il que l'on ait rencontré au moins cinq grosses usines qui crachaient leur misère au Québec et qu'on n'en voit jamais à Ottawa ? Pourquoi les gens sont si fiers en Ontario, si je-m'en-foutisme au Québec ? Ai-je tort dans ce que j'avance ? Les petites maisons en ruines de Hull, c'est rare d'en voir à Ottawa. Seul Ottawa est capable de vouloir détruire un édifice comme celui de la Défense parce qu'il le trouve laid. Y aurait-il une exigence de vie plus grande chez les Ontariens que chez les Québécois ? Les Anglais plantent des fleurs, prennent soin de leur gazon, tout est toujours parfait. Je ne me souviens pas d'avoir vu ça l'autre côté de la rivière. Est-ce les Québécois qui ont d'autres intérêts que de montrer à tout le monde leur belle grosse maison, leurs belles petites fleurs, leur petite richesse amassée sur soixante ans ou sur deux générations ? Ou est-ce les Anglais qui sont en crise du « et-que-vont-dire-les-voisins » ? Eh bien les voisins, moi, vous disent d'aller chier, que dans le fond, on se fout bien de vous et vos fleurs.

Semble que mon calvaire attendra, ce me semble que mon travail sera parfait. Je suis seul sur la terrasse, c'est drôle, j'y avais pensé. Douze tables, quarante-huit places, je ne sers que des boissons et de la pizza. J'ai même eu le culot de demander au cuisinier de faire des pizzas végétariennes, de peur de mourir de faim. Il m'a dit : "You are vegetarian, hein?" J'ai dit oui. Il a dit : "I noticed it right away!" Est-ce donc écrit dans ma face ? Dois-je en déduire qu'il a également notifié right away que j'étais gay ? It might be, avec mes beaux bermudas noirs, mes petits bas noirs et mes souliers, cela fait très tacky, comme dirait Paul. Mais je n'ai pas tellement le choix de l'habillement et je n'ai surtout pas l'argent pour m'acheter autre chose. Bref, ça commence demain, je pense que les pourboires seront bons. La semaine prochaine je vais chialer pour avoir autre chose que de la pizza. Pauvres clients, ils n'ont aucun choix, encore chanceux que je sois là pour les végétariens.

Tout à l'heure j'ai acheté la revue Catholic Insight, un magazine for Canadian Catholics, volume II, No. 4 (2 $). On dirait que les religieux veulent réinstaurer la peine capitale pour les homosexuels et que le pape veut que la femme redevienne l'esclave docile de l'homme. Cinq pages sur seize sont consacrées à l'homosexualité. J'ignore si c'est toujours le cas ou si c'est parce que les gouvernements ontarien et fédéral s'apprêtent à voter des lois pour démantibuler l'Eglise en rapport aux homos. En fait, l'Eglise piétine, elle veut nous convaincre à tous les points de vue, elle a souvent tort, elle s'en fout. Tout argument fonctionne, jusqu'à chercher des poux administratifs à certaines conférences pour compter des points. Le magazine est un vrai bijou d'homophobie pure, un tissu d'arguments pour provoquer la haine contre les gays. Ils sont tellement radicaux qu'ils font peur. Sans lois pour nous protéger, je ne crois pas qu'ils hésiteraient à encourager plus fortement la violence contre nous. Ils se basent sur la Bible. Ils ont cité les dix commandements deux fois, sans rien dire à propos du contenu. Je suis allé voir, j'ai eu peur. C'est pire que tout ce que j'aurais pu imaginer, ça vaut la peine d'aller lire l'Exode.

Il est faux de dire que les gays rejettent Dieu, c'est Dieu, selon les religieux, qui nous rejette. Plusieurs ne le rejettent même pas, et si c'est rejeter Dieu que de coucher avec quelqu'un, tant pis. Au diable votre dieu et voilà comment on finit par rejeter la religion d'un bloc. Page 9 : "
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