Underground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)








titreUnderground un Québécois à Paris Roland Michel Tremblay Éditions T. G., Paris Du même auteur, publiés chez l’éditeur iDLivre : L'Anarchiste (Poésie) Denfert-Rochereau (Roman) L'Attente de Paris (Roman) L'Éclectisme (Essai)
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date de publication14.04.2017
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Si le grain ne meurt de Gide. Mais enfin, c'est quand Grégoire nous a présenté le lendemain la revue sur le sida, qu'il fait et publie à tous les deux mois, qu'on ne doutait plus.

La Sorbonne. Gigantesque je dirais de prime abord. Architecture complexe je dirais ensuite. Je n'arrive pas à figurer combien grand c'est, là le problème. Cependant je pense que l'Université d'Ottawa est beaucoup plus grande. La bureaucratie y est terrible. Sans l'aide de Franklin, j'aurais abandonné. J'étais prêt à retourner au Canada parce que ça me semblait être une mission impossible et que je ne croyais pas que l'on m'accepterait en maîtrise. Je n'arrive pas à remplir toutes les formalités parce qu'il me faut sans cesse des papiers, des tampons, des attestations, des photos, des signatures, des accords de professeurs pour suivre leur cours. D'abord il me faut l'essentiel, la feuille verte du bureau des équivalences. Mais avant tout il me faut le dossier d'inscription que je n'ai jamais eu encore et que j'espère recevoir le mercredi 2 novembre chez Grégoire. Là-dedans j'aurai la feuille rose de l'inscription administrative, la feuille bleue de l'inscription pédagogique, la feuille blanche pour la carte d'étudiant, les papiers pour que l'on monte un dossier à mon nom à l'inscription administrative. Ensuite il me faudra l'inscription pédagogique - je ne sais plus trop où aller pour ça - afin de m'inscrire en licence et en maîtrise, parce que je suis inscrit à des cours relatifs aux deux niveaux. Je me suis déjà rendu au département de latin pour prendre un cours qui était déjà complet, elle a fini par m'inscrire à un autre cours plus compliqué et j'y suis retourné le lendemain pour le faire changer parce que l'autre Crétine Créthien s'était fourrée. Ensuite je me suis rendu plusieurs fois au département de langue pour m'inscrire sans succès à un cours de grammaire pourri qu'ils veulent s'assurer que je suis capable de faire. Ici tout le monde le coule ce cours. J'ai dû faire signer par mon prof une autre feuille rose qu'un autre prof devra signer, je collectionne les feuilles avec des tampons qu'il me faudra retourner officialiser lorsque j'aurai ma carte d'étudiant, c'est-à-dire quand mon dossier sera complet, c'est-à-dire jamais. Au départ je me disais que c'était impossible de tout faire ça en trois jours, d'autant plus que tout est toujours fermé, ça ouvre pour deux heures, le mercredi seulement, il y a toujours des files d'attente impossibles. Mais je me rends compte que tout le monde est aussi fucké que moi, personne ne sait vraiment tout ce qu'il a à faire, en particulier Franklin qui, pourtant, a déjà étudié là pendant trois ans. Puis l'administration est consciente qu'aucune date limite ne peut être respectée, elle sait qu'il faut au moins un mois et demi pour s'inscrire. Rien n'est informatisé, une bureaucratie tellement gigantesque que pour la changer il faudrait que le tout passe au feu. Le conservatisme tue, ils courent à leur perte. On étouffe dans les méandres de l'administration : 17, rue de la Sorbonne, escalier G, troisième étage, ensuite escalier C, troisième porte à gauche, bonne chance. Personne ne sait où est quoi, même les bonnes femmes secrétaires de l'école.

Les logements, ah bien là on ne mentait pas. A 1000 $ par mois, de vrais taudis. Ne vous demandez pas pourquoi les touristes repartent désenchantés lorsqu'il faut faire quatorze hôtels avant d'en trouver un qui n'affiche pas complet en plein mois d'octobre, puis vingt-huit pour en trouver un seul qui est à la limite du potable lorsqu'on se décide enfin à mettre le prix. Les appartements, je ne pense pas que l'on puisse vivre plus mal ou misérablement encore en Ethiopie ou dans les pays pauvres. Cher en plus, une petite pièce qui sent la merde et la pisse, pas de cuisine, pas d'eau chaude, pas de chauffage, pas de lumière, pas de douche, une toilette sale sur l'étage, sept étages sans ascenseur, puis trente personnes en complet-cravate et robes luxueuses prêtes à se battre pour l'avoir. Christ ! Il n'y a pas de conseil municipal à Paris ? Il paraît que tous les gouvernements n'en ont que pour Paris. Qu'est-ce qu'ils foutent ? Je veux bien croire que les bâtiments sont classés historiques et que l'on ne peut y toucher, mais quand même, quand on a une crise du logement aussi grande depuis si longtemps, il faut agir ! Des tours, il faut en construire au plus vite, le peuple est en train de mourir dans des pièces tellement insalubres que je me surprends que la peste n'y fasse pas son apparition. Je suis très pauvre, j'ai franchement l'impression que c'est dans une affaire comme ça que je vais me retrouver. Je vais vendre l'imprimante bientôt, j'ai l'impression qu'il me faudrait aussi vendre l'ordinateur. Mes parents ne peuvent pas m'aider, c'est clair, je dois déjà 4000 $ à Sébastien. Il y a une limite à ce que je peux lui emprunter, déjà qu'il ne veut pas trop m'en prêter. En plus, mes études ne servent à rien, un an de maîtrise, un an de DEA, puis quatre ou cinq autres années pour le doctorat. Ça prend deux ans pour avoir l'équivalent de la maîtrise du Canada. Je n'aurai certainement pas le choix de déclarer faillite à la fin de mes études. On pensait prendre l'appartement juste en haut de chez Grégoire. Ça pue, il n'y a pas de douche, pas d'eau chaude, rien pour cuisiner, des tapisseries vraiment dégueulasses, les plafonds troués dont la peinture décolle, un gros compteur d'électricité dans l'entrée (parce que ça, ça va tourner et coûter cher en plus), pas de chauffage, des tapis qu'il faut enlever, des planchers qu'il faut sabler, vernir, il faut entrer le lit par la fenêtre, le tout va me coûter trois fois le prix que ma mère paye pour sa maison de deux étages avec a un sous-sol pratiquement fini, un garage, du terrain, un pommier, deux grands érables. Franchement, Paris, je pense que je vais apprendre à te détester à ta juste valeur. Parce que la misère, je ne l'aurai jamais vue d'aussi près.

Je suis dans mon cours de latin, un vrai calvaire. La femme parle en avant, dans le grand amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne, comme à l'église, je n'entends absolument rien. Je vais le couler ce cours. J'ai trouvé une chambre à la Maison des étudiants canadiens, c'est bien. Ça ne me tente pas de recommencer l'école ! C'est plate, plate, plate. Elle radote des histoires de l'époque des Grecs, des Romains, christ, l'empire romain de l'époque avec les Grecs à l'arrière, c'est plus d'actualité que les guerres en Bosnie et au Rwanda. C'est la base de toutes nos sociétés, dans tous les domaines. La dernière fois que j'ai étudié cela, c'était mon cours d'histoire du droit, que j'ai coulé d'ailleurs, enfin, je l'ai coulé en théorie en rapport à la moyenne de la classe. Que vais-je faire ? La fille en avant de moi, elle pue. Une autre qui n'a probablement pas de douche. Les livres d'Artaud sont trop chers, j'ai envie de tout lâcher, mais c'est impossible. Et mon Sébastien qui dort à la chambre. J'ai couché sur le plancher, je dois les avertir si je reçois quelqu'un sinon c'est l'expulsion, trente francs la nuit en plus. Il y a une de ces belles peintures dans l'amphithéâtre, dont un bel homme nu. Il faut que j'arrête de regarder, les autres vont capoter. Je sens que je vais m'emmerder royalement ici, au moins à Ottawa les cours étaient intéressants et on comprenait le prof. Ici les cours sont juste une formalité de plus. On vous les donne, ça ne sert pas à grand-chose, vous relirez tout cela dans les quinze briques à lire pour l'examen. Elle nous lance une série de noms et d'époques qu'on est incapable de prendre en note, il aurait été si simple de nous distribuer une feuille avec tout ça dessus. Quand la société comprendra la praticité, la vie de l'étudiant sera tellement plus productive ! Des bancs d'églises justement, il faut se prévoir une palette dure pour écrire. J'utilise le carton dur dans lequel se trouve mon diplôme de l'Université d'Ottawa, je m'y accroche tant que je peux. Cette femme n'a aucun talent de communication, elle n'a jamais perdu mon attention parce qu'elle n'a jamais réussi à l'accrocher une seule fois. Encore quarante minutes, heureusement que ça dure juste une heure. Il va falloir enregistrer les cours, seul moyen de m'en sortir, et continuer mon travail de transcription ici. Je pense qu'elle a perdu l'attention de tout le monde, ils regardent tous au plafond.

Je me prépare à aller au cours de M. Maginel, FR 310, poésie, stylistique, etc. Puis ça a l'air plate en christ et les chances de couler le cours sont de l'ordre de 80 %. Quel calvaire, c'est fini les B et les A en ne foutant presque rien. Mais j'ai moins de dix heures de cours par semaine, je ne peux pas me lamenter, et je n'aurai pas de copain pour m'empêcher d'étudier. Mes intentions sont de travailler fort, mais je suis mal parti pour cela. Vingt-sept semaines d'enseignement, sept mois, je vais mourir ! Quand tu coules, tu coules un an complet ! Je n'ai même pas choisi mes cours, j'ai pris les mêmes que Franklin. C'est peut-être mieux ainsi, les seuls cours intéressants semblent être les plus impossibles à passer. C'est-à-dire que, lorsque tu entres dans l'antre du christianisme, tu en as pour vingt ans à t'en sortir. Il me faudra m'intoxiquer à Artaud, même pas à ces écrits les plus passionnants.

Je viens de réussir à m'inscrire, 690 balles, 150 $. C'est différent des 8000 $ que ça m'aurait coûté à Ottawa. Pour le logement c'est 1500 F, chauffé et éclairé. C'est la même chose qu'à Ottawa. C'est propre à la Maison des étudiants canadiens, j'espère que les réformes en cours au Canada ne feront pas disparaître ça.

Sébastien va bientôt repartir, j'ai hâte parce que je dois vraiment me mettre à mes études et là je manque trop de cours. Mais je sens que ça va être le vide complet. Ce sera très dur, d'autant plus que je n'ai pas l'intention d'aller voir ailleurs. Je suis tombé dans un milieu gai et un milieu d'écrivains non encore publiés, comme c'est la mode. Paris est plein de ces écrivains non encore publiés. J'ai rencontré Francine Juste qui essaie de passer à l'histoire avec ses écrits sur le théâtre Nô. Ça m'intéresse, j'ai une copie de son mémoire, je verrai à cela un jour.

J'ai rencontré Philippe, un gay reconverti qui a laissé le plus beau gars du monde, à ce qu'on en dit, pour sortir avec Anne, qui, elle, a laissé son mari pour Philippe. Elle a un garçon Lenaïk et une fille Anaïk, tous deux très beaux. Je me demande où tout cela va me mener. On a visité le Mans en fin de semaine passée. Les vieilles maisons médiévales à planchers non à niveau, très beau. On a rencontré Adélaïde, elle vient de se payer une baraque de 250 000 $ qu'elle rénove.

Si j'avais eu à faire mes études en France, malade de réussir comme je l'étais (mais avec la loi du moindre effort), j'aurais tout coulé, doublé sans cesse et je me serais suicidé. Ce système à punition qui coûte cher en temps, de démotivation qui fait recommencer des années même quand on travaille fort, c'est de la grosse bullshit. Ça nous laisse dans la rue avec rien après vingt ans d'études. Même pas un diplôme qui permette d'avoir un emploi un cran plus haut que serveur, emploi qui a besoin de zéro année d'étude. Et encore, après vingt années d'études tu as quelque chose de changé dans le cerveau, tu es moins compétent que le premier con du bord pour servir les gens aux tables. On m'a dit que ce système était bien mieux, il forçait les gens à étudier, il permet l'accès, mais en élimine ensuite de 60 % à 80 %. Faut pas exagérer ! On n'étudie peut-être pas comme des malades, mais on étudie beaucoup quand même. Où est la motivation lorsque tu travailles fort pour rien ? Après vingt ans, ça suffit. J'en ai mon quota des études ! Si j'échoue, j'échoue et c'est fini. Pas de maîtrise et c'est tant mieux. Quand on nous a dit qu'Ionesco a abandonné son doctorat, on voulait dire que, ou bien il avait coulé un p'tit christ de cours d'histoire du latin et tout était fini pour lui, ou bien justement, après 25 ans à l'école, il n'en pouvait plus et il a laissé faire sa dernière année d'étude pour enfin respirer l'air pollué de Paris à son aise. C'est ça la vie, l'obsession de la réussite alors que seuls quelques-uns réussiront. Mais attention, il n'y en a pas que quelques-uns qui ont fourni un effort totalement inutile pour la société, et ce ne sont pas ceux qui abandonnent qui étaient les pires sujets. De ceux qui réussissent, je ne peux m'empêcher de penser aux monstres que cela donne. Genre, le journaliste Michel Vastel, ils finissent par se transformer en quelque chose de pas vivant. La vie pourrait être si intéressante, on en a fait un calvaire monumental.

La solitude commence à se faire sentir, la vie commence à être plate. Sébastien comprend davantage qu'il m'aime pour vrai. Une séparation est toujours nécessaire, mais une séparation psychologique, comme celle d'être à Paris, est beaucoup plus forte. Il m'appelle deux fois par jour, la dernière fois à quatre heures du matin. Je n'ai pas l'intention de le tromper, même pas avec Franklin, qui, ma foi, est très beau. En plus qu'il m'a déjà fait comprendre que lui et son copain c'est une relation ouverte. Il essaye de me convaincre, comme les autres, qu'une relation homosexuelle dans la fidélité c'est impossible. A ça il m'est difficile de dire que ce n'est pas vrai, même moi et Sébastien nous nous sommes trompés. Mais à cela je réponds que ça ne veut pas dire qu'il ne faille faire d'efforts, parce qu'alors c'est certain que ça ne durera pas. Je réponds également qu'une relation hétérosexuelle dans la fidélité c'est impossible. Peut-être seulement à sens unique chez les dévots et les dévotes qui ont un tant soit peu peur de l'enfer, et encore. Moi j'irai en enfer de toute façon. Il faut arrêter de s'illusionner, j'ai lu la Bible, personne ne sera épargné. Pas de rédemption pour la race humaine, elle doit mourir pour le besoin même de la race.

Le cas de Grégoire, c'est effrayant. Il est séropositif, c'est certain, mais incapable de le dire. J'ignore si Franklin est au courant, il jouait l'innocent. Grégoire nous l'a suffisamment fait comprendre par des phrases clés subtiles, genre qu'il va mourir dans cinq ans, que Dieu l'a déjà puni. Il s'est mis à croire en Dieu comme un malade, atteignant le fétichisme. Je cherche à voir ce que l'on me cache, c'est très difficile. Grégoire a tellement idéalisé sa mort qu'il veut mourir à 33 ans. Il dit qu'il lui reste cinq ans pour s'accomplir. Bref, il m'a fait peur le Grégoire, je n'ai d'ailleurs jamais eu aussi peur de ma vie ces derniers temps. Je ne suis pas le seul. Il atteint un genre de degré de folie, il est instable psychologiquement et devient incontrôlable. S'il se contentait de me regarder dans le blanc des yeux avec son air démoniaque, ce ne serait rien, mais lorsqu'il en vient à me faire peur pour ma vie, c'est insupportable. Il a perdu tous ses amis, on m'a dit. Nous sommes allés dans sa ville natale, personne n'a voulu nous recevoir. Il est tellement méchant avec les gens, a-t-il toujours été comme ça ? Mais peut-être aussi que sa méchanceté est une conséquence du rejet. D'après ce qu'il dit, il a toujours été turbulent. Un gars capable de planter une fourchette bord en bord de la main de sa sœur parce qu'elle mâchait de la gomme, ou capable de jeter un couteau à la tête d'un de ses frères sauvé miraculeusement, ou encore, capable de tirer au fusil sur un autre de ses frères, redevient-il correct en vieillissant ? Retombe-t-il dans un état semblable lorsqu'il devient maniaco-dépressif ? Je sais maintenant ce que c'est que d'être vraiment dépressif. C'est loin de ce que je vis, ça. Il boit une bière et il devient malade. Ou même sans boire, le soir il devient comme fou, il parle sans cesse, fort, c'est incohérent, il dit n'importe quoi. Quand il conduit, ayant bu ou non, c'est terrible, on manque de se tuer tout le temps. La fin de semaine à Granville m'a été un calvaire. Il est obligé à la solitude. Se retrouver en face de quelqu'un qui est homosexuel et ne pas savoir, c'est déjà difficile de le comprendre. L'autre nous envoie tous les messages, on ne le croit pas. Lorsque soi-même on est gay, on le croit plus facilement et on capte les messages. Mais le sida c'est autre chose. C'est écrit là dans la face, on nous le dit et on ne le croit pas encore. Comme si c'était inexistant, qu'il n'y en avait nul part. Sébastien ne voulait rien savoir, avec un taux aussi élevé de séropositifs, pourquoi n'en serait-il pas ? Mais il a fini par être convaincu, pas trop tard j'espère, parce que le Grégoire s'est toujours intéressé à Sébastien depuis le début et ça m'inquiétait. C'est comme si Grégoire devenait de plus en plus fou en voyant moi et Sébastien amoureux, et surtout Franklin et Edrin ensemble. Ce n'est pas pour rien si Franklin n'habite plus chez Grégoire depuis trois mois, il y a une limite à se faire cracher dessus. Il me proposait d'aller demeurer là, il est malade ou quoi ? Franklin aussi a eu peur le soir à Granville où Grégoire conduisait tout croche dans les rues de la ville, avec ses trois ou quatre bières dans le nez. Rasant les falaises, manquant de frapper toutes les automobiles, Sébastien en est resté estomaqué. Moi je suis devenu très cynique, je l'attendais celle-là. J'étais incapable de dire que nous retournerions à l'hôtel à pied, j'avais peur de la réaction de Grégoire. Jaloux, on aurait dit qu'il fallait qu'il se débarrasse de moi. Partout, toute la fin de semaine, je paniquais, surveillant sans cesse toutes les façons qu'il aurait pu avoir de me tuer. Sébastien me disait que j'avais atteint le plus haut degré de paranoïa de ma vie. J'aurais tant voulu m'en convaincre, mais la peur ne partait pas. Sébastien a soudainement compris le soir avant le fameux soir où on a tous failli mourir en bas de la falaise. Comme si au dernier moment Grégoire avait renoncé à ses idées de nous tuer tous. Un moment donné de la journée, il voulait mettre mon doigt dans une prise électrique d'une ampoule cassée. Il courait partout après moi, Sébastien a eu peur et m'a défendu. Il a fallu que Sébastien se fâche pour qu'il arrête. Je m'étais dépêché d'entrer dans le restaurant avec Franklin. Ensuite il voulait me jeter dans un bassin d'eau très grand. Peut-être s'amuse-t-il à nous faire peur, mais n'est-ce pas comme cela que les accidents surviennent ? Sébastien a identifié quatre étapes de sa dépression. Il se lève calme le matin, commence à capoter le soir et à parler fort, il entre dans une période de dépression complète et silencieuse, puis il sort de sa léthargie et devient dangereux. Avec l'alcool mes amis, attachez-vous. Encore que, en bas de la falaise, s'il s'était éjecté de la voiture, nous, attachés comme nous l'étions, nous serions tous morts. Mais il y avait les plages ensuite. Nous sommes allés marcher sur le bord de l'eau et monsieur est disparu complètement pour aller se cacher dans les rochers. Il y avait des pancartes partout qui disaient de ne pas aller là, les éboulements sont très fréquents. Partout je pensais qu'il était là et qu'il aurait pu me pousser dans le vide. Heureusement nous n'avons pas cherché où il s'était caché et je n'ai jamais quitté Sébastien. Puis il y avait encore ces petites marches tellement dangereuses taillées directement dans la falaise, il voulait passer par là, j'ai dit no way, I won't go there.

Le soir à l'hôtel, Sébastien était traumatisé, je lui ai répondu qu'il était paranoïaque. Il venait de comprendre comment je me sentais depuis deux semaines et pourquoi je ne voulais absolument pas que Grégoire vienne avec nous à Granville. J'ai tant insisté, jamais il ne m'écoute. On a parlé jusqu'à cinq heures du matin, Sébastien voulait partir durant la nuit, sans eux, ou louer une voiture et leur dire cela le lendemain. Non, j'ai dit qu'il serait plus sage de finir le voyage avec eux pour éviter les diverses conséquences ensuite. Peut-être ça l'aurait rendu encore plus dépressif et il m'aurait attendu dans un coin de Paris plus tard ? Sébastien voulait me ramener au Canada. Mais enfin, le lendemain ça n'a pas trop été mal, nous sommes arrivés à Paris avant la troisième étape de sa dépression. Nous nous sommes laissés en de bons termes. Je n'ai plus à m'inquiéter je pense. Mais je ne veux plus le revoir.

Pauvre Sébastien, lui qui rêvait de me montrer Granville pour me convaincre qu'il fallait s'y acheter une maison de campagne un jour, j'avoue bien franchement que je n'ai jamais été aussi traumatisé de ma vie qu'à Granville. J'en fais des cauchemars. Mais bon, j'ai quand même pu apprécier la place. Comme à Paris, il pleut tout le temps. J'ai un trou dans mon soulier, quand il mouille, j'ai le pied droit tout trempé, je n'ai pas l'argent pour m'acheter des espadrilles. Selon mes calculs, la semaine prochaine je devrais commencer à grignoter ce qu'il me reste. Je ne peux plus en demander à Sébastien, il ne lui reste plus que 12 000 $ sur ses 21 000 $ qu'il avait en septembre. Ni ma mère ni mon père ni ma sœur n'ont fait un effort pour m'aider. Pas même un 50 $ malgré mon insistance. Mon père me donnera ce qu'il peut le jour où il faudra que je lui dise : là il faut que tu m'aides, je crève de faim dans la rue. Je n'ose pas le lui dire et là je cumule les choses à payer. La misère s'en vient, la pire que j'aie connue. Elle y est déjà de toute manière, je ne peux rien faire. Comment vais-je payer décembre ? Le ticket de RER ? La vie est désespérante. Les gens qui sont prêts à nous aider sont ceux qui attendent quelque chose en retour.

J'arrive d'un souper chez Franklin et Edrin. J'y ai rencontré une amie québécoise, Marie-Liza Bouchard. Une coïncidence si je la retrouve ici à Paris ? Cette fille était dans ma classe à Jonquière en sixième année voilà onze ans. Je ne l'ai revue qu'une seule fois par la suite au bar l'Envol à Jonquière voilà deux ans. Je lui avais fait part de mes intentions d'aller étudier en France, intentions que je ne croyais guère dans le temps. Avec son mari Fabrice, elle m'avait donné des conseils. Or, Fabrice est un très bon ami d'Edrin et voilà comment ce soir je me retrouve à souper avec elle. S'il y a une quelconque chose qu'il me faut comprendre par cela, je l'ignore complètement pour le moment. Le futur m'en dira peut-être davantage, mais pour l'instant il m'arrive toute sorte de choses ou chances et je suis incapable de les interpréter, de voir pourquoi elles arrivent, j'ai même l'impression de passer à côté de chances incroyables. Il y a le César entre autres à qui je devrais faire lire mes pièces de théâtre, le Fabrice que je devrais tenter de rencontrer et tous ces gens dans le milieu qui n'attendent que des projets. Enfin, j'avance là-dedans sans trop faire d'efforts, pensant sans doute que tout arrivera du ciel, comme d'habitude. Chaque chose en son temps. J'espère que je n'ai pas tort. De toute façon je ne suis pas celui qui regrette de ne pas avoir agi de telle sorte ce jour-là. Etre fataliste ça a cela de bon, on s'inquiète peut-être un peu moins avec la vie. Mais si peu moins.

Aujourd'hui j'ai retrouvé toutes mes inhibitions. Romantique moment hélas, dans le Jardin du Luxembourg, Franklin m'ouvre enfin les yeux aux basses réalités de ce monde. César est séropositif, il va crever bientôt. Un choc, mais encore moins que ce qui va suivre. L'ex-copain de Franklin le trompait à son insu et a pris le sida comme ça quelque part, le trouvant dans la rue et lui demandant gentiment s'il voulait bien l'aider à régler tous ses problèmes du quotidien. Le problème c'est que les problèmes vont se régler, mais il y a encore une vie à vivre, dix ans peut-être. Si j'ai bien compris - parce que le sujet est tellement délicat que j'ose à peine poser des questions, mais enfin, je l'ai tout de même bombardé de questions - Franklin aurait continué de sortir avec le gars même après qu'il eut su qu'il l'avait trompé et qu'il avait contracté l'horrible chose. Il y a eu pénétration sans condom pendant les six mois que l'autre savait qu'il était séropositif. Franklin l'ignorait. Ce dernier croit que son copain voulait être certain de ne pas terminer ses jours seul. Le miracle serait que Franklin n'est pas séropositif, il a été suivi par l'institut Pasteur qui l'a décrété cas exceptionnel. Après que Franklin eut quitté ce gars, Edrin est sorti avec le même gars pour une bonne période de temps encore. Puis Edrin a laissé le gars et s'est mis à sortir avec Franklin en une relation non protégée. Tout ça voilà trois mois. Le dernier test que Franklin a fait c'est cet été. Edrin, son dernier test, je l'ignore. En tout cas il en faut de l'Amour, des sentiments, de la passion et tout le tralala pour sortir avec la mort et prendre toutes les chances de l'attraper. L'histoire d'Edward est impardonnable, je croyais qu'il était presque vierge, monsieur avait couché avec tout le monde. L'histoire de Luk est impardonnable et Sébastien savait très bien que le Luk couchait avec la planète. J'ignore ce qui nous pousse à faire des folies. Le sexe, c'est toujours donc bien fort comme besoin pour oser ainsi risquer sa vie à chaque fois. Qu'allons-nous faire lorsque César crèvera ? Ce n'est pas clair, on n'est pas sûr, selon Franklin il y aurait eu pénétration sans condom. Cela fait moins de six mois en plus, ce n'est pas comme si personne n'était au courant à propos du sida. Il me faudrait ne plus faire confiance à Sébastien. Selon Franklin, si on se revoit en janvier on va probablement rester fidèle. Mais si on attendait au mois de juin c'est sûr qu'on se tromperait. La vie est plate. On ne peut même plus avoir de sexe tranquille avec son propre partenaire. Je pense qu'aujourd'hui j'ai vraiment été ouvert à la réalité du sida, c'est la première fois vraiment que je prends conscience que ça existe peut-être quelque part même si on ne voit aucun symptôme. Enfin, comprendre que nous sommes mortels ne peut faire de mal. Mais mourir vingt ans plus tôt, du sida plutôt que d'un cancer plus commun, n'est-ce pas du pareil au même ? Sauf pour ceux qui avaient en tête de s'accomplir avant leur mort. Trop tard mes amis, fallait s'accomplir avant. De toute manière, qu'est-ce qu'ils en ont à foutre les gens de votre petit accomplissement personnel ? Rien, rien, rien. Tu deviens séropositif, tu as le sida, tu crèves et c'est tant mieux. Et ça, toutes les bonnes femmes et les petits vieux qui vont à l'église, ou tous les gros beefs qui se rencontrent pour boire un pot, vous le diront. Qu'ils crèvent les maudits, enfin débarrassé de ces minables tapettes, véritable empoisonnement de nos belles sociétés pleines de prières faites au bon Dieu pour nous sauver, nous sauver de l'insoutenable menace des gays je suppose, et pleine de bière pour nous sauver du péché du monde. Alléluia cher Dieu et que ta volonté se fasse !

Aujourd'hui on m'a dragué en direct à Châtelet-Les Halles. Un gars, sous prétexte que je tenais des lettres et que j'allais au bureau de poste sur la rue du Louvre, proposait de me suivre parce qu'il ignorait où était le seul bureau de poste ouvert du coin en ce samedi. Alors on a commencé à parler, il est Switzerlandais. Sur le coup je pensais à un pays bizarre que je ne cherchais pas à situer sur une carte mentale (pour ce que ça vaut ces cartes), puis en réfléchissant j'ai compris qu'il s'agissait de la Suisse. We spoke English because his French is really bad. His English is not that great either. He spoke German. He asked me some questions, like how old I am, if I have any family here, if I do any sports. Questions that lead to, "do you want to come to my place?". So he invited me to eat at that vegetarian restaurant (he's vegetarian!) Le Grenier de Notre-Dame near le petit-pont Saint-Michel. It was not that good. He paid for me, c'est normal lorsque tu entretiens ta future victime. Un bon sugar daddy paye toujours les factures, c'est à peu près tout ce qu'il fait à part t'emmener partout sur la planète. J'ai demandé où était son hôtel, j'y retourne ce soir pour qu'on aille prendre un verre ensemble. At the very end he told me he liked me very much, he repeated it twice. Il avait déjà un autre rendez-vous avec une autre tapette pour aller nager à 17 heures. Je suppose qu'il va coucher avec à 19 heures, puis à 22 heures avec moi. Il n'aura rien perdu de ses trois jours à Paris. Inutile de dire que je n'irai pas chez lui ce soir. Mais c'était le seul moyen pour ne pas à avoir à lui donner mon numéro et mon adresse. Je l'ai bien regardé pourtant, il n'est pas laid. Mais si je suis pour tromper Sébastien à nouveau, ce sera au moins avec quelqu'un qui est jeune et beau. Sinon ma conscience risque de me faire perdre Sébastien pour des monstres genre Eric. Parce qu'il s'appelle Eric, et il a un frère qui s'appelle Roland. Des noms typiquement allemands je suppose. Alors voici comment on se fait payer un souper dans Paris quand on est pauvre, sans passer au lit ensuite. Il me faudrait en rencontrer un par jour d'ici Noël, car je commence à mourir royalement de faim. Le problème c'est que ce n'est qu'à la fin du repas que l'on sait s'il va payer ou non. Et lorsque tu te demandes si tu vas payer les 100 balles ou non que tu n'as pas, tu paniques. Je l'imagine tout nu, il doit être un peu défraîchi. Il dit qu'il a 33 ans, l'âge du Christ à sa mort, l'âge magique. Un an de plus on serait trop vieux, un an de moins on est encore frais et un gay de 19 ans pourrait se dire que ce n'est pas si pire en rapport à la viande qu'il y a sur le marché. Mais ses cheveux blancs le trahissent, à cet âge-là le Christ est mort depuis longtemps, il a eu le temps de décomposer deux fois.

Lorsque je suis allé recevoir mes vaccins, la femme chargée de l'accueil à l'hospital Nostre-Dame sur la place du Parvys m'a reçu. Dieu qu'elle était bête ! Bête avec tout le monde. Je m'étais préparé à en dire le moins possible, ne pas lui poser la question à propos de l'hépatite B dont je n'ai pas reçu le vaccin, parce qu'elle était vraiment de mauvaise humeur et qu'elle allait me recevoir comme seuls les Français savent recevoir. Bref, elle s'est transformée comme par enchantement quand elle a vu que j'étais Canadien. La même chose chez sa collègue, qui elle, m'a chicané en grand lorsque je suis entré dans la salle des vaccins et qu'il y avait une femme à poil là-dedans. Elles se sont toutes mises à crier, un homme qui voit une femme à poil ! Au secours, le viol va suivre ! Elle a regretté ensuite, elle s'est reprise avec des blagues, me disant que ça ne me faisait probablement pas trop d'effets puisque je devais être habitué d'en voir. Bien sûr, une nouvelle chaque soir dans mon lit. La réceptionniste était d'ailleurs mal à l'aise parce que l'autre m'avait chicané. J'ai reçu le vaccin de la tuberculose, paraît que dans trois semaines ça va se mettre à couler, le gros abcès que cela va faire. Pisser le sang qu'elle me disait. Bon dieu, êtes-vous bien certaine de m'avoir donné une injection pour me prémunir contre la tuberculose ou bien vous m'avez donné la maladie ? Des fois je remercie le ciel de n'être pas né en Algérie avec une peau un peu bronzée et quelques années et kilos en plus. Jamais je n'aurais pu m'en sortir avec toutes les formalités d'usage avec des gens aussi bêtes dans chaque bureau de Paris. C'est tout à leur vouloir vous savez. Il y a toujours une solution, parfois très simple, c'est à savoir si elles vont faire l'effort ou non de la trouver, et fort souvent cela va en fonction de la tête.

Je suis dans le Jardin du Luxembourg, je manque mon cours avec Maginel ce matin, il est tellement plate. J'ai été à seulement un ou deux de ses cours depuis un mois et demi. Je n'ai assisté à aucun cours de M. Radenac. Il fait trop froid pour écrire. Je vais aller à la biblio de la Sorbonne, un jour il me faudra bien la visiter. J'ai un de ces maux de tête, Paris suce mes dernières énergies. Je n'ai même pas encore commencé à étudier, à se demander si je vais commencer un jour. Réveille ! C'est le mois de décembre ! Selon Franklin, qui est à Rome en ce moment, il y a tout plein de gays dans le cours de M. Tapin. Malheureusement ils sont tous laids. Il y a tellement de sensibilisation sur le sida, pourtant les chiffres des statistiques ne cessent d'augmenter. Il y a cette folie de faire du sport chez les gays. Rares sont les gays qui ne s'entraînent pas. Pour rester beaux je crois, car dans cet univers il faut être beau pour coucher avec quelqu'un. Je ne parle pas d'avoir une relation de fidélité, ça, je ne suis pas sûr que ça existe, et à Paris je sais que ça n'existe pas. Bref, il s'en passe des choses catholiques dans les centres de sport, du sexe, du pognassage, des transmissions de maladies. Mais ça c'est aussi chez les straights, ne vous illusionnez pas trop vite, chaque hôtel du monde entier possède son industrie de paradis aphrodisiaque.

Il y a une nouvelle génération de quêteux qui déferle sur Paris et surtout dans le métropolitain :
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