Note concernant les noms de personnes








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Villa Nova.

Giarou ne pouvait plus contester que les informations, procurées par le réseau des réseaux, fussent effectivement précieuses. Que de temps économisé ! Ils se rendirent donc directement vers ce qu’ils nommaient la tache blanche et y découvrirent ce qui restait d’un hameau de pêcheurs. En tout une vingtaine de masures plus ou moins enfouies sous les cendres solidifiées par les pluies successives et transformées en un mauvais ciment. Des sondages leur prouvèrent que la croûte montrait une inégale épaisseur selon son exposition. Ainsi, la plus pauvres des demeures, celle qui se trouvait le plus loin de ce qui servait de port naturel, se collait presque à la paroi du cratère qui s’élevait presque verticalement en ce lieu. La couche de cendres n’y dépassait guère quelques centimètres et ne concernait principalement que le toit pentu et le chapeau de la cheminée. Le reste semblait simplement blanchi à la chaux.

Une porte, existait sans doute à l’origine, mais, ils trouvèrent uniquement une plaque, faite de cendres figées, qui la remplaçait. Et, ce, en rongeant, au préalable, un simple rideau de perles enfilées sur des ficelles comme on en trouve presque partout dans cette zone climatique. Par contre, les fenestrons, en bon bois de chêne, et que les pêcheurs avaient certainement importés tout vitrés pour les installer, se trouvaient orientés à quatre-vingt dix degrés vers le soleil levant. Ils reçurent la protection de cinq à six centimètres de cendres qui se fixèrent sur le bois en transformant la peinture en colle. Les jeunes gens purent les éliminer, sans abîmer les vitres, en cassant, avec précautions, ce complexe sur les parties formant les châssis et les montants. Le reste tombait avec. Ils retrouvèrent à la fois la lumière du jour et une fermeture aux vents et pluies. Il leur fallut ensuite déboucher le chapeau de la cheminée et ils constatèrent que son tirage paraissait parfait. Dans ce qui devait servir de cour, de jardin ou de patio, ils trouvèrent une autre installation qui, manifestement servait à fumer le poisson ou à cuire le pain mais qui deviendrait leur barbecue.

L’intérieur ne montrait aucun changement subi depuis le jour de l’éruption. Tout s’était magnifiquement conservé à l’abri de l’air, de la lumière et de l’humidité grâce à la chape minérale qui recouvrait le hameau. Les anciens habitants du lieu disposaient de peu de moyens financiers mais ils possédaient l’essentiel en vaisselle, matériel de cuisine et linge de maison. Une armoire contenait des vêtements d’adultes et d’enfants des deux sexes. Une famille de cinq personnes devait occuper ces lieux. Le seul luxe apparent consistait en un poste de radio datant de l’époque « transistors » et fonctionnant avec des piles dont ils retrouvèrent tout un stock dans un tiroir. Il s’agissait d’un récepteur en haute fréquence qui devait servir aux écoutes des navires de pêche ou de la météorologie marine. Un condensateur variable de forte taille permettait un réglage assez fin des longueurs d’ondes.

Il semblait que des panneaux solaires avaient, un siècle plus tôt, alimenté la demeure en électricité économique, mais la cendre les avait complètement noyés. Les habitants possédaient des lampes à pétrole sans doute obligatoires pour palier à l’éventualité d’une panne du système principal. Dans la resserre, ils en trouvèrent un bidon entamé qui, par évaporation et polymérisation du reste, ne semblait plus d’aucune utilité, mais il existait également un fût de deux cents dix litres hermétiquement clos et plein du précieux liquide.

Ils nommèrent cette maison « La Villa » un peu par dérision et un peu par reconnaissance envers les anciens utilisateurs des lieux dont ils héritaient en quelque sorte. Le terme de Villa correspondait en réalité à une unique pièce d’habitation qui mesurait environ quarante mètres carrés à laquelle il fallait ajouter deus annexes accessibles par l’extérieur seulement. L’une servait de resserre et de fourre-tout, l’autre aux ablutions. Une douche recevait de l’eau venant d’une réservoir alimenté lui-même en eau de pluie plus ou moins tiédie par son passage forcé dans des tuyaux de caoutchouc noirs placés en nappes sur le toit. Mais les cendres n’en avaient rien laissé d’utilisable dans ce but. Pourtant, l’eau y circulait encore normalement, mais elle restait froide. Ils ne relevèrent aucune présence de W. C. et pensèrent que cela devait relever de l’usage du seau de toilette en période nocturne et que, de jour, tout allait directement à l’océan ou au jardin ?

En résumé, ils disposaient d’une maisonnette et de son confort relatif ce qui leur ôtait un souci mais constituait aussi le centre de toutes leurs activités potentielles. Pour éviter d’y penser trop et de devoir réagir au véritable problème engendré par leur situation de solitaires, ils décidèrent de poursuivre le programme prévu et qui consistait à effectuer le tour de l’île en bateau pneumatique. Mais Clarina voulait prendre deux précautions avant leur départ :

- En premier lieu, elle souhaitait transporter tous leurs objets matériels, réserves de conserves et outillages depuis le bateau jusqu’à la Villa. Dans le même esprit, elle voulait, de plus, y entreposer, quelques réserves alimentaires locales qui se garderaient intactes au moins une semaine, telles des noix de coco, des baies peu mures et quelques épis de ce maïs, redevenu sauvage, qu’ils avaient ramassé au cours de leurs balades, là où le ru rejoignait les grandes eaux.

- En second lieu, elle souhaitait reprendre contact avec sa famille et avec le Centre de Soins de Gibraltar. Clarina, maintenant guérie de son mutisme, cherchait à en revenir à un ensemble de comportements sociaux conformes à la norme. La civilisation commençait à lui manquer et ce, un peu plus chaque matin. Giarou ne voyait aucun inconvénient à lui donner satisfaction. En deux jours ils garnirent les étagères et le garde manger de la Villa de tout ce qu’ils possédaient hors du bateau. Ensuite, la jeune femme prit contact avec ses parents qui reçurent avec bonheur les bonnes nouvelles qu’elle leur donnait et, surtout, étaient heureux d’entendre sa voix. Certes, le Centre les tenait au courant de l’évolution de Clarina, chaque mois, en leur adressant un rapport général et ce centre les contactait, également, pour chaque événement sortant de l’ordinaire. Mais le Centre présentait les choses à sa façon. Ainsi, ils croyaient leur fille en vacances et ils se réjouissaient de son prochain retour dans la vie familiale et sociale. Elle ne jugea pas utile de les alarmer plus, en donnant trop de détails sur sa réelle situation présente. Elle leur parla donc d’un stage de naturisme et d’un exercice de survie en milieu sauvage, mais elle trouva bon d’ajouter qu’elle disposait d’une maison solide et de tout le nécessaire pour réussir à tenir longtemps.

Giarou resta présent durant cet entretien. Lui, n’avait pas jugé utile, au moment de la fugue, de se munir de son portable car il n’en appréciait pas l’usage intensif des gens dits « normaux ». Et puis, il savait que Clarina emmenait le sien et qu’en cas d’urgence ou de péril, elle interviendrait. Il éprouva tout de même une vive émotion à constater la chalum de l’échange et il ressentit brusquement le besoin d’appeler ses propres parents. Après tout, il ne les détestait aucunement et s’il s’en tenait à l’écart depuis son internement, cela venait de son entêtement et d’une sorte de rancune contre le système….

… Il les appela donc et leur donna la même version que Clarina concernant leur séjour dans les Açores. Pourquoi les inquiéter injustement ? Il parla de Clarina et des bonnes relations qui existaient entre eux, de son travail scolaire et laissa planer un doute sur ce qui arriverait dès son seizième anniversaire, dans quelques mois. Les parents voulaient savoir à quoi ressemblait la jeune fille et il leur en adressa l’image en priant la belle de venir se tenir auprès de lui. Des formules de politesse et des compliments s’échangèrent alors, selon les normes de la politesse convenue. Puis la communication prit fin.

Par contre, il quitta la jeune femme tandis qu’elle se branchait sur Maximus. Il ne voulait pas l’entendre en direct, se sentant embêté par sa propre façon d’agir dans cette occurrence de fuite soigneusement préparée et sournoisement accomplie. A son retour, elle ne lui révéla rien sur les propos qu’elle venait d’échanger avec leur Mentor. D’un commun accord ils remirent à plus tard (après le tour de l’île) la communication des informations données et obtenues. Ils savaient tous les deux que cela risquait de leur gâcher quelques jours de bonheur. Ils s’établirent donc en dur dans leur Villa et y vécurent agréablement durant six jours encore car la visibilité sur l’océan n’autorisait pas encore leur ballade. L’horizon semblait bouché et Clarina se mit en tête de tenter de jardiner. Mais la croûte de cendres se révéla trop épaisse sur le terrain et ils se rabattirent sur la culture en pots. Il existait, à l’intérieur, de nombreuses vasques en terre cuite qui contenaient déjà de la terre. Ils y ajoutèrent de l’humus prélevé au bord de la rivière et Clarina y planta ce qu’elle voulait. La question de l’arrosage ne se posait même pas : Il suffisait d’installer les poteries à l’extérieur !

Le temps semblant ensuite très favorable, ils entreprirent leur visite de la côte. Une petite brise les poussait un peu et le ciel ne montrait que quelques cumulus. Ils s’éloignèrent suffisamment des roches en passant un peu au large, mais restèrent à moins de cent mètres de la terre ferme pour éviter les risques. Toute l’île se présentait de la même façon avec quelques variantes d’un point à l’autre : de petites anses garnies de sable gris et entourées de blocs basaltiques noirs. Quelques rochers, noyés ou non, selon les marrées et recouverts d’algues présentant toutes les nuances de verts et de bruns. Partout, des roches noires, des coulées de basalte et les éclaboussures de l’eau frappant ces blocs nus.

Ce qui changeait concernait la largeur de l’anse (en général de vingt à soixante mètres) et la profondeur de la grève lors des marrées basses (de cinq à dix mètres). L’absence de fréquentation humaine se constatait à l’abondance des huîtres et des moules sur les roches, des crevettes dans les flaques laissées par le reflux et des familles de tourteaux ou de crabes verts qui grouillaient dès que Giarou grattait un peu à l’intérieur des anfractuosités.

Par contre, pratiquement rien ne poussait sur l’île elle-même ! Quelques rares graines amenées par les déjections des oiseaux de mer, cherchèrent en vain à croire dans les creux et fissures, mais sans réel succès. On voyait pourtant quelques branches mortes d’anciens buissons qui n’avaient pas pu résister aux conditions locales. Seules de rares touffes d’herbes coloriaient en vert ce substrat si noir. Un effet lugubre…

Ils ne découvrirent pas le moindre signe de civilisation et venaient de terminer le troisième jour de leur cabotage, lorsque le temps changea brusquement. Ils venaient de contourner, un peu au large, une barre rocheuse, lorsque le grain les prit par le travers. Aucun expédient ne put les sauver, car le pneumatique devenait ingouvernable. Le frêle esquif se retourna et les lames, présentant des creux de cinq à six mètres, les roulèrent comme des corps inertes. Ils tentèrent de nager et de se diriger vers la côte pourtant inhospitalière, mais ils ne maîtrisaient absolument plus rien. Ce ne fut que de justesse, qu’ils réussirent à sauver leurs vies en surnageant et en volant quelques grandes aspirations d’air chaque fois qu’ils le pouvaient. Ils tinrent une bonne demi-heure et la marée changea en même temps que l’orientation des vents dominants. Ils se trouvèrent poussés, roulés, portés vers l’île et échouèrent, tant bien que mal, entre quelques blocs aussi lisses que des miroirs. Toutefois ils aperçurent un étroit passage qui leur permit d’arriver sur du sable. Ils y perdirent connaissance.

Au réveil, ils purent établir le bilan de cette tempête en ce qui les concernait : Plus de pneumatique, mais cela ne portait pas à conséquence car ils pouvaient s’en passer ! Giarou se sentait rompu par le nombre de coups qu’il avait reçu et son corps portait de nombreuses ecchymoses, mais rien ne semblait cassé. Clarina, elle, était en assez mauvais état : son épaule gauche semblait déboîtée et Giarou ne connaissait pas les gestes qui pouvaient remettre les os en place. Elle en souffrait horriblement, douleurs osseuses ou articulaires aggravées encore par une sorte de fièvre qui lui troublait l’esprit. Ils durent accepter l’idée qu’ils n’en sortiraient jamais par eux-mêmes et qu’il fallait envisager d’appeler des secours. Mais au préalable il leur fallait rejoindre un lieu où un hélicoptère de secours pourrait se poser.

Ils réussirent à se traîner vers le volcan et trouvèrent la trace d’un ancien sentier périphérique resté à peu près intact et sur lequel aucune plante de quelque importance notable ne créait d’obstruction. De temps à autre, ils durent enjamber des passages de coulées de lave qui interrompaient leur chemin. Giarou aidait sa compagne en la soutenant avec tendresse et parfois en la portant. Ils arrivèrent à leur ancienne base en moins d’une journée. Là, un spectacle de désolation les attendait ! Leur bateau, sans doute soulevé par les lames, avait éclaté en petits morceaux lorsqu’il avait été projeté contre les rochers. Il ne restait absolument rien de réparable. Le problème d’un éventuel voyage de retour vers la civilisation ou vers une autre île devenait impossible à résoudre !

Tant bien que mal, ils purent rejoindre leur Villa. Ils la trouvèrent absolument intacte ainsi que tout ce qu’elle contenait. Clarina s’allongea et put prendre dans la trousse de pharmacie quelques comprimés contre sa fièvre et ses douleurs. Ensuite, Giarou, déclencha la procédure des secours d’urgence.

Il ne fallut que deux heures à l’équipe pour arriver et se poser dans la « cour » de la Villa. Emplacement, que Giarou venait de  baliser avec des feux qu’il entretenait en les attendant. Ils voulaient emmener à la fois Clarina (qui se déclara d’accord pour des soins hospitaliers) et Giarou qui, lui, préférait rester sur place. Ceci causait un problème à ces personnes ainsi empêchées de suivre les instructions émanant de Nounou. Ce litige entraîna une discussion qui se termina par un accord satisfaisant à la fois les services de secours, Maximus, Giarou et Nounou :

Giarou resterait sur cette île jusqu’à ses seize ans mais devrait, durant cette période, utiliser son portable et son médic comme tout bon citoyen, en votant chaque matin, en complétant son alimentation par les éléments nécessaires à sa santé et à sa diététique. Il garderait des contacts  réguliers  avec :

- Clarina ou, en cas d’impossibilité provisoire de joindre l’hôpital où elle recevrait ses soins :

- avec Maximus.

- avec Mentor Chancel, son professeur de mathématiques.

- avec Mentor Graham qui lui enseignait l’astronomie.

- avec son groupe familial, et bien entendu,

- avec Nounou utilisable à toutes les sauces.

On lui laissa également une balise automatique déclenchant l’arrivée des secours et des réserves pour alimenter son médic durant six mois et aussi des batteries pour son portable.
Maximus.

Ainsi le programme de reconditionnement de Giarou semblait en voie de succès. Le jeune homme acceptait le minimum requis de communications mais il lui manquait encore une motivation suffisante pour pouvoir réintégrer ses groupes emboîtés. Nounou déclara que les cent cinquante deux jours qui restaient à Giarou avant ses seize ans devaient permettre de constater à quel point une solitude complète pouvait lui peser et combien de jours s’écouleraient avant qu’il ne demande qu’on vienne le rechercher. La grande machine estimait que la période qui viendrait orienterait de façon définitive l’avenir et la profession qu’elle devrait choisir pour cet individu si particulier. Lorsque Maximus lui demanda ce qu’elle espérait à cet égard, Nounou répondit de façon un peu ambiguë :

« J’estime qu’il tiendra à peu près cents jours si la question que vous posez concerne une prévision de durée et j’espère qu’il tiendra jusqu’au bout si la question se rapporte à mes plans à moyen terme »

« Je ne comprends pas très bien votre réponse, pouvez-vous préciser ? »

« Oui. Giarou présente maintenant non plus un socio autisme mais une capacité de vivre en solitaire qui peut se révéler très précieuse pour un métier particulier auquel il semble apte. Mais cela doit être corroboré par les faits. De plus, j’ai également besoin de mesurer son coefficient d’adaptation à de nouveaux milieux et, s’il tient jusqu’au bout, je le dirigerai vers deux périodes de formation complémentaire : l’une vers une niche ethnique ce qui me permettra d’en savoir plus sur ses compétences et l’autre vers un métier particulier »

« Ses compétences pour quoi ? »

« Cette question se rapporte à une probabilité d’avenir et ne présente aucun intérêt considérée dans le présent. Je répondrai lorsque le moment viendra, s’il vient »

Le jeune homme se trouvait seul ou, du moins, aussi seul que la chose restait possible dans ce monde où tous communiquaient, peu ou prou, en permanence. Cette solitude tant espérée ne lui pesait pas, bien au contraire ! Toutefois, et fort honnêtement, il tint parole quant au nombre de ses appels sur portable et quant au respect de ses obligations légales. Certes, sa tendance naturelle, à les ramener à quelques indispensables phrases, restait nettement perceptible. Mais la société admet les individus moins loquaces que la moyenne. Aucune remontrance ou réflexion désagréable de son Magister ni de Nounou ne fut nécessaire !

Giarou savait que sa présence dans l’îlot pouvait s’envisager ou se décrire comme une extension (en milieu isolé) de son internement à Gibraltar, mais du moins ici, pouvait-il choisir ses activités, ses options, ses contacts. Seule Clarina recevait quelques détails sur ses mouvements et ses espérances mais il lui en disait le moins possible. Regardons-le donc agir pour tenter de suivre les méandres de son cheminement intellectuel.

La première des décisions qu’il prit concerna son lieu d’habitation. Il désirait, semble-t-il, se construire lui-même un abri et non utiliser les restes confortables d’anciens bâtiments. La surface verte dont il disposait ne couvrait même pas un hectare et le bois y restait rare. Par contre les feuilles de certains palmiers pouvaient le mettre à l’abri des pluies. A l’aide de branchages souples, il fabriqua une armature de hutte en utilisant quelques lianes comme cordes. Il évita de construire en hauteur car il ne recherchait qu’un abri. Les feuilles placées sur cette frêle construction tenaient entre elles grâce à de longues épines prélevées sur des buissons d’une plante ressemblant à un groseillier à maquereaux mais dont les baies lui flanquaient de coliques. Cette tente végétale, installée sous un léger surplomb, reposait directement sur le basalte et tenait au sol par quelques piquets de bois enfoncés sur un tiers de mètre dans des fissures du substrat réparties inégalement. Il se révéla rapidement que cet abri possédait toutes les qualités requises et qu’il pouvait y dormir sans craintes.

Ensuite, il se préoccupa du problème du feu. Il aurait aimé pouvoir tenter de le résoudre à la manière des hommes préhistoriques, mais cela correspondait à des idées puériles. Il se contenta de monter un foyer en pierres ramenées du rivage et dut tâtonner un peu pour obtenir un bon tirage. Les branches mortes, les débris laissés sur la plage, devinrent ses combustibles. Les allumettes soufrées qu’il trouva dans la Villa l’autorisèrent à laisser ce feu s’éteindre. Il disposait également d’une forte loupe et ne doutait pas qu’en cas de situation critique il saurait l’utiliser comme source primaire pour son foyer à condition que le soleil veuille bien se montrer.

Ces problèmes, purement matériels, réglés, il se trouva désœuvré. La visite de l’îlot ne lui amènerait rien qu’il ne sache déjà. Il devait parcourir chaque jour (ou presque) la bande de verdure dont il tirait une bonne part de sa nourriture. Il la connaissait par cœur ! Nounou attendait ce moment pour savoir à quoi il allait bien pouvoir choisir de consacrer son temps libre ?

Deux jours plus tard, elle tenait un début de réponse car Giarou demanda les plans du village tel qu’il se présentait avant l’éruption. Il enregistra le plan qu’elle lui adressa et demanda plusieurs zooms concernant des lieux particuliers. Il revint plusieurs fois sur cette question pour obtenir des détails. Finalement, il demanda s’il existait des documents photographiques ou filmés se rapportant à une construction qui jadis jouxtait le petit appontement du port aménagé par les pêcheurs. Il les reçut et dès le lendemain revint vers la Villa. Là, il trouva, dans la resserre, quelques outils de terrassement qu’il emporta vers son futur chantier. Lieu où il commença à travailler régulièrement à l’exhumation de cette construction.

Giarou venait de se prouver à lui-même qu’il pouvait utiliser les végétaux et les animaux pour se construire un abri et trouver seul de quoi manger. Il ne voyait pas pourquoi il ne consacrerait pas son temps à œuvrer à quelque chose d’utile tout en jouissant d’un meilleur confort. Attitude particulièrement réaliste dont Maximus se montra satisfait.

Durant quarante deux jours, le jeune homme travailla à raison de douze heures par jour par tous les temps et réussit, in fine, à dégager, sous deux bons mètres de cendres solidifiées, l’entrée de qui devait servir, sur cet îlot, de cale sèche ou de hangar à bateaux. Dès qu’il put y pénétrer, après la destruction de la porte, il sut que son travail lui apporterait bien plus que ce qu’il en espérait. Un bon bateau, dont la construction devait remonter à quelques années avant l’éruption, capable de naviguer à voile comme à moteur, n’attendait que sa mise à l’eau pour reprendre du service. Giarou pouvait désormais quitter son îlot si étroit et tenter de visiter d’autres lieux. Pour cela, il lui fallait rétablir les glissières qui permettraient au bateau de rejoindre l’océan. Justement, les barres métalliques destinées à cet usage, se trouvaient rangées en attente le long des murs intérieurs. Il ne lui restait qu’à les poser et à espérer que la force de gravité entraînerait le navire vers le port aussitôt les cales ôtées.

Une équipe d’ouvriers, rompus à ce genre de travail, pouvait mener une telle opération à bien en quarante huit heures. Elle demanda quarante huit jours à notre ami, mais, finalement, il réussit. Ainsi, à quelques semaines de ses seize ans, il pouvait choisir entre une fuite considérée comme un abandon total de la Société ou de négocier avec Nounou ou Maximus sur les éléments qui constitueraient la suite de son programme de réinsertion sociale. Clarina, à qui il exposa les termes de son dilemme, se montra tant épouvantée à l’idée qu’il puisse se perdre dans la nature, qu’il opta pour la seconde alternative. Mais il savait pertinemment, en son for intérieur, qu’il démontrait à tous que le choix lui avait effectivement appartenu durant quelques jours. Cela valait de l’or !
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