Extrait des Contes merveilleux des pays de France, Ed. Iona








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D’après Rascal et Claude K.Dubois



La chèvre de M. Seguin



M. Seguin n'avait jamais eu de bonheur avec ses chèvres. Il les perdait toutes de la même façon : un beau matin, elles cassaient leur corde, s'en allaient dans la montagne, et là-haut le loup les mangeait. Ni les caresses de leur maître, ni la peur du loup, rien ne les retenait. [...]

M. Seguin s'apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c'était... Un matin, comme il achevait de la traire, la chèvre se retourna et lui dit dans son patois :

« - Écoutez, monsieur Seguin, je me languis chez vous, laissez-moi aller dans la montagne.

- Ah ! mon Dieu! Elle aussi! » cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle; puis, s'asseyant dans l'herbe à côté de sa chèvre :

« Comment, Blanquette, tu veux me quitter! »

Et Blanquette répondit:

« Oui, monsieur Seguin.

- Est-ce que l'herbe te manque ici?

- Oh ! non! monsieur Seguin.

- Tu es peut-être attachée de trop court, veux-tu que j'allonge la corde?

- Ce n'est pas la peine, monsieur Seguin.

- Alors, qu'est-ce qu'il te faut? qu'est-ce que tu veux?

- Je veux aller dans la montagne, monsieur Seguin.

- Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra ?

- Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.

- Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était ici l'an dernier? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l'a mangée.

- Pécaïre ! Pauvre Renaude ! ... Ça ne fait rien, monsieur Seguin, laissez-moi aller

dans la montagne.

- Bonté divine! ... dit M. Seguin; mais qu'est-ce qu'on leur fait donc à mes chèvres? Encore une que le loup va me manger... Eh bien, non... je te sauverai malgré toi, coquine! et de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t'enfermer dans l'étable et tu y resteras toujours. »
Là dessus monsieur Seguin emporta la chèvre dans une étable toute noire, dont il ferma la porte à double tour. Malheureusement, il avait oublié la fenêtre, et à peine eut-il le dos tourné, que la petite s’en alla.

[…]
En somme, ce fut une bonne journée pour la chèvre de M. Seguin. Vers le milieu du jour, en courant de droite et de gauche, elle tomba dans une troupe de chamois en train de croquer une lambrusque à belles dents. Notre petite coureuse en robe blanche fit sensation. On lui donna la meilleure place à la lambrusque, et tous ces messieurs furent très galants...

Il paraît même, - ceci doit rester entre nous, Gringoire, - qu'un jeune chamois à pelage noir eut la bonne fortune de plaire à Blanquette. Les deux amoureux s'égarèrent parmi le bois une heure ou deux, et si tu veux savoir ce qu'ils dirent, va le demander aux sources bavardes qui courent invisibles dans la mousse.

[…]

Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette; c'était le soir.

« Déjà! » dit la petite chèvre; et elle s'arrêta fort étonnée. En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de M. Seguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l’âme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit… puis ce fut un hurlement dans la montagne :

« Hou! hou! »

Elle pensa au loup; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé… Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Seguin qui tentait un dernier effort.

« Hou! hou!... faisait le loup..

- Reviens! reviens !... » criait la trompe.

Blanquette eut envie de revenir; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.

La trompe ne sonnait plus...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles. Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient... C'était le loup.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

« Ha! ha! la petite chèvre de M. Seguin »; et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.

Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Seguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, - les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...

Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.

Ah! la brave chevrette, comme elle y allait de bon cœur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit.
De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair, et elle se disait:

« Oh! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube... ? »

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents... Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.

« Enfin! » dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang…
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
La chèvre de M. Seguin ( extraits de l’histoire d’Alphonse Daudet )

LE LOUP, LA CHÈVRE ET LES SEPT PETITS CHEVREAUX

 

Il était une fois une chèvre qui avait sept petits chevreaux. Elle devait parfois aller chercher à manger dans le bois ; chaque fois elle disait à ses enfants :

- Attention, je vais dans le bois. Pendant que je serai absente, méfiez-vous du loup, car s'il entre dans notre maison, il vous mangera tous les sept. Parfois il se déguise, mais vous le reconnaîtrez toujours à ses pattes noires et à sa grosse voix.

- Nous ferons bien attention, maman ; nous n'ouvrirons pas au loup, sois tranquille, disaient les chevreaux.

Un jour que la chèvre s'était absentée, après avoir fait ses recommandations habituelles, le loup vint frapper à la porte en disant :

- Ouvrez, mes petits, c'est votre maman !

Mais les chevreaux reconnurent tout de suite la grosse voix du loup.

- Nous n'ouvrons pas, crièrent-ils. Tu es le loup, nous te reconnaissons bien à ta grosse voix.

Le loup partit furieux et s'en alla au ruisseau boire de l'eau fraîche pour éclaircir sa voix. Puis il revint frapper la porte

- C'est moi, mes enfants, fit-il d'une petite voix douce. C'est moi, votre maman. Ouvrez-moi vite la porte.
Mais les petits chevreaux étaient malins :

- Montre ta patte blanche, si tu es notre maman. Et le loup passa sa grosse patte noire sous la porte. Les chevreaux crièrent tous :

- C'est le loup, c'est le loup ! Notre maman a de jolies pattes blanches. Nous n'ouvrons pas.

De plus en plus furieux, le loup s'en alla trouver son compère le renard. Celui-ci lui donna un bon conseil :

- Enduis ta patte de farine. Elle sera blanche comme celle de la chèvre.

Le loup courut donc au moulin, enfonça une patte dans un sac et revint en marchant sur trois pattes pour ne pas faire tomber la farine, frapper à la porte des chevreaux.
Mais la chèvre était déjà rentrée. Elle se douta bien que c'était le loup qui criait derrière la porte en changeant sa voix

- Ouvrez vite, mes chéris. C'est votre maman. Regardez ma patte blanche.

- Nous ne trouvons plus la clef, répondit-elle en imitant à son tour la voix d'un jeune chevreau. Monte sur le toit et descends par la cheminée.
Sans réfléchir, le loup grimpa sur le toit et s'engagea dans l'étroite cheminée. Il ne put descendre, et, malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas davantage à remonter.

Quant à la chèvre, elle ne perdit pas son temps elle alluma un grand feu et le vilain loup fut rôti dans la cheminée.

 
D’après les Frères Grimm, traduit par Pierre Servais


Un loup si bête…


Il avait très faim, ce loup…. Et il cherchait quelque chose à manger. Chemin faisant, il rencontra une chèvre. Le loup s’arrêta et lui dit :

  • Chèvre, chèvre, je vais te manger !

  • Mais ne vois-tu donc pas, bon loup, que je suis maigre comme un clou ? Tu n’y songes pas ! Attends plutôt que je fasse en saut jusqu’à la maison, et je te ramènerai un de mes chevreau ! Cela fera bien mieux ton affaire !



Le loup consentit et la chèvre s’enfuit.
Il attendit longtemps, longtemps…Puis, perdant patience, il reprit son chemin.

Et voilà qu’il rencontra un mouton. Le loup en fut tout content, et lui cria :

  • Où cours-tu donc mouton ? Arrête-toi, je vais te manger !

  • Ne pourrais-tu pas choisir quelqu’un d’autre pour tes repas ? Ne sais-tu pas que je suis le meilleur danseur du monde ? Il serait vraiment dommage que je périsse…

  • Tu sais réellement danser ? s’étonna le loup.

  • Comment donc, seigneur loup. Je vais te le prouver à l’instant, répondit le mouton.


Et il se mit à tournoyer et à décrire des cercles de plus en plus grands, si bien qu’à la fin il disparut.

Le loup fut très fâché de s’être laissé encore prendre et continua son chemin.
Et voilà qu’il rencontra un cheval. Le loup courut à lui et lui dit :

  • Cheval ? je te mange sur-le-champ !

  • D’accord, d’accord… mais il faut que tu te renseignes d’abord pour savoir si tu as vraiment le droit de me manger…

  • Comment ça ? demanda le loup.

  • Sais-tu lire ? demanda le cheval.

  • Mais bien sûr, dit le loup.

  • Alors, dit le cheval, c’est très simple. Passe derrière moi et tu verras un écriteau sur lequel est écrit si tu as le droit de me manger ou non…


Le loup passa donc derrière le cheval qui lui décocha un tel coup de pied sur la tête qu’il en resta étourdi pour le restant de sa vie.
Natha Caputo, extrait de Conte Kirghize, Contes des quatre vents. Ed Nathan.


Le loup et l’agneau
La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous allons le démontrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure.

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.

Et que la faim en ces lieux attirait.

« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?3

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

  • Sire, répond l’agneau, que votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu’elle considère

Que je me vais désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;

Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

  • Tu la troubles, reprît cette bête cruelle ;

Et je sais que de moi tu médis l’an passé .

  • Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?

Reprit l’agneau ; je tette encore ma mère.

  • Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

  • Je n’en ai point.

  • C’est donc quelqu’un des tiens ;

Car vous ne m’épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me l’a dit : il faut que je me venge. »

Là-dessus, au fond des forêts

Le loup l’emporte puis le mange,

Sans autre forme de procès.
Jean de La Fontaine.
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