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LA BATAILLE D’HlVER DE MAZURIE.


L’Armée allemande du Sud était trop faible pour permettre d’esquisser une manœuvre d’enveloppement. Il aurait fallu partir de la Bukovine. Le réseau ferré ne s’y prêtait pas d’ailleurs.

Pendant que ces opérations étaient discutées, je fus surpris par un télégramme du G. Q. G. m’annonçant que j’étais nommé chef d’État-Major de l’Armée du Sud.

Le général-feld-maréchal von Hindenburg ne voulait pas se séparer de moi. Il écrivit longuement à l’Empereur pour le prier de me laisser auprès de lui au poste que j’occupais.

Je pris pourtant, comme autrefois, à ïnsterburg, congé de l’État-Major et me rendis à mon nouveau poste, sûr toutefois de revenir bientôt.

Pendant la traversée des Carpathes, j’eus une conférence à Breslau avec les généraux von Conrad et von Falkenhavn ; les détails de la concentration et des opérations furent arrêtés. On traita en particulier la question de l’équipement de montagne que le général von Conrad ne jugeait pas indispensable. Mais, arrivé dans la zone de concentration, j’en vis la nécessité absolue. Je m’employai activement à y pourvoir.

En Hongrie, de même que plus tard lors de la délivrance æ la Transylvanie, nous fûmes très chaudement accueillis par la population. Mais, dès que nous eûmes fait ce qu’on attendait de nous, le sentiment de reconnaissance disparut très vite. On fit tout ce qu’il était possible pour rendre la vie désagréable à nos troupes. Les Magyars sont un vigoureux et grand peuple, mais il leur a manqué l’intelligence des intérêts communs de l’Autriche-Hongrie et des aspirations légitimes des nationalités si nombreuses de la Hongrie. La Hongrie était la partie la plus forte de la double monarchie et elle a abusé de cette situation pour conduire celle-ci à une politique extérieure néfaste vis-à-vis de la Serbie et de la Roumanie. Malheureusement, nous avons laissé faire.

Le quartier général de l’Armée du Sud était à Munkacs Le général von Linsingen et moi, nous parcourûmes, de là, la zone de concentration et prîmes contact avec les états-majors voisins et avec les troupes austro-hongroises qui se trouvaient déjà dans la montagne et devaient faire partie de l’Armée du Sud.

La troupe était mal soignée, les positions aussi peu organisées que les cantonnements. Il restait beaucoup à faire.

Traversant les montagnes boisées, j’abordai un jour une sentinelle. Elle me répondit en je ne sais quelle langue étrangère. Les officiers austro-hongrois qui m’accompagnaient ne comprirent pas non plus. J’eus une idée des difficultés avec lesquelles cette armée avait à compter. Difficultés encore accrues par le fait que les nationalités, afin de les rendre plus sûres, étaient très mêlées dans les régiments. Des régiments tchèques et roumains étaient passés à l’ennemi. Ces nationalités avaient donc été disséminées dans les régiments. La mesure a été peu efficace. Elle a diminué la valeur des braves régiments hongrois et des régiments allemands, particulièrement solides. Elle a de plus extraordinairement compliqué les difficultés de langue.

Là aussi, comme au cours de mon voyage à Nowo-Sandec, en septembre 1914, j’eus l’impression que les populations étaient, à l’exception des nationalités dominantes, complètement incultes. J’ai visité un jour les villages des Houzoules ; je me rappellerai toujours la pauvreté de ce qu’on peut appeler leurs habitations. Combien l’Allemagne, grâce aux sages mesures de ses princes, est dans une situation différente, et à quel niveau sont chez nous la civilisation et le progrès comparativement à l’Autriche-Hongrie ! En voyant les cabanes de ces Houzoules, il fut pour moi manifeste que ce peuple ne pouvait pas savoir pourquoi il se battait. L’Autriche-Hongrie a, à son actif, beaucoup de négligences ; nous aurions dû, comme Alliés, trouver un remède à cette situation. Si la double-monarchie et ses armées austro-hongroises avaient donné la moitié de ce que nous étions en droit d’attendre d’elles, au moins les troupes allemandes n’auraient pas été obligées de venir, dans la même mesure, renforcer les fronts austro-hongrois ; nous aurions pu, à la longue, envoyer plus de forces dans l’Ouest L’Autriche-Hongrie, il est vrai, se plaint de son côté de ce qui nous n’ayons pas vaincu en France, pendant l’automne de 1914 et de ce qu’elle ait été abandonnée seule à la supériorité russe. En tout cas, ce fut pour nous une fatalité que d’avoir pour alliés des États moribonds comme l’Autriche-Hongrie et la Turquie. Un juif de Radom disait à un de mes officiers qu’il ne pouvait pas comprendre comment un corps aussi vivant, aussi vigoureux que l’Allemagne pouvait rester côte à côte avec un cadavre. Ce juif avait raison, mais l’Allemagne ne devait pas trouver des alliés vigoureux. Et nous n’avons pas su galvaniser, au moins pour un temps, nos alliés moribonds. Je n’ai connu la situation de l’Autriche-Hongrie que pendant la guerre, je n’en avais pas eu l’occasion auparavant. Je fus surpris de la trouver si misérable. Nos autorités responsables savaient bien que la double monarchie était devenue l’homme malade de l’Europe, mais elles n’ont pas su tirer les conclusions qui s’imposait. Nous aurions dû lui rester fidèles et la conduire, au lieu de nous donner à elle et de suivre sa politique grandiose, mais unilatérale.

Mon séjour à Munkacs ne dura pas longtemps. À la fin de janvier j’étais de nouveau à Posen à mon ancien poste. J’avais derrière moi une période très instructive et je n’avais rien manqué d’essentiel.

II

Le commandant en chef de l’Est avait, pendant ce temps, été informé par le G. Q. G. que trois corps de formation nouvelle et le XXIe C. A. seraient à sa disposition dans la première quinzaine de février. Le G. Q. G. avait cru devoir échanger le XXIe C. A., par suite de son recrutement alsacien-lorrain, contre un corps de formation nouvelle. À mesure que la guerre se prolongeait, une partie des Alsaciens-Lorrains devenaient de moins en moins sûrs sur le front occidental. Aussi les envoya-t-on pour la plupart à l’Est. Les nombreux Alsaciens-Lorrains fidèles furent atteints par cette mesure. Il n’était pas possible de faire la discrimination pour chacun. En 1918, toutes les jeunes classes du front oriental furent transportées dans l’Ouest pour l’offensive de France. On ne fit pas exception pour les

Alsaciens-Lorraing et les unités eurent par endroits beaucoup à se plaindre d’eux. Dans l’Est, les Alsaciens-Lorrains n’ont donné lieu à aucun reproche ; le XXIe C. A. s’est admirablement battu.

Il avait été convenu avec le G. Q. G. que les quatre corps d’armée seraient engagés aussitôt débarqués pour frapper un coup contre les forces ennemies opposées à la 8e Armée. L’expérience de Tannenberg et de la bataille des lacs de Mazurie avait montré qu’un grand et rapide succès ne peut être obtenu qu’en attaquant de deux côtés à la fois. Ici on avait la possibilité d’exécuter une manœuvre enveloppante dans la direction Tilsitt-Wladislavo-Kalwaria avec un groupe de trois corps d’armée qu’on concentrerait entre le Niémen et la route Insterburg-Gumbinnen et de faire avancer un autre groupe, formé du XXXXe C. A. Rés., de la 2e D. I. et de la 4eD. Cav., entre le lac Spirding et la frontière par Bialla sur naigrod et plus loin sur Augustow et le sud. En même temps, on fixerait l’ennemi par des attaques de front.

Aux deux ailes, l’adversaire était faible. Nous pouvions espérer gagner beaucoup de terrain avant que les forces principales ennemies aient pu se dégager du front attaqué. Les deux masses de manœuvre devaient saisir l’ennemi comme entre les deux branches d’une tenaille. Le plus tôt serait le mieux.

Si on réussissait à détruire l’adversaire, on pouvait ensuite, en se couvrant continuellement vers Kowno-Grodno, attaquer nar la ligne Ossowietz-Grodno et prendre à revers, à Ossowietz, le passage du Bobr. La solidité du flanc étendu Wlozlawek-Mlawa-Iohannisburg-Ossowietz était la condition primordiale du succès.

En même temps qu’on frappait un coup à la frontière est de la Prusse Orientale, on devait avoir avantage à gagner du terrain de la ligne Wlozlawek-Iohannisburg vers le Narew et à attaquer Ossowietz. C’est ce que je voulais. Alors nous dépassions les Russes de tous côtés. On verrait ensuite si on en viendrait à une opération dans le dos des forces principales russes se trouvant à l’ouest de la Vistule.

Le chef doit mûrir en lui-même de pareilles conceptions. II ne doit pas vivre au jour le jour ; la conduite de la guerre et la troupe en souffriraient. La dure réalité pourvoit elle-même à ce que l’intention ne se transforme en fait accompli que dans la mesure où la force de la troupe suffit à surmonter la résistance ennemie.

Ces plans contrecarraient efficacement les intentions ennemies qui nous étaient connues. L’Entente voulait encore, en 1915, gagner la guerre par la Russie. Le grand-duc voulait attaquer avec toutes ses forces dans les Carpathes ; et en même temps, suivant son « plan gigantesque », des forces considérables devaient, entre le Niémen et la route Gumbinnen-Insterburg, être engagées contre l’aile nord affaiblie de la 8e Armée, l’enfoncer, saisir cette armée à revers et la rejeter sur la Vistule. D’autres troupes, en particulier de fortes masses de cavalerie, devaient, entre Mlawa et la Vistule, battre nos faibles éléments et envahir la Prusse Occidentale. Les régions prussiennes à l’est de la Vistule devaient être conquises, les troupes allemandes qui s’y trouvaient, anéanties. En effet, en janvier, on constatait un renforcement de l’ennemi en face de l’aile gauche de la 8e Armée. La poussée des Russes à l’est de la Vistule vers la ligne Wlozlawek-Mlawa, en décembre 1914, était peut-être déjà guidée par cette intention. L’épilogue d’une opération a peut-être été, là comme dans les Carpathes, le prologue d’une autre. On en était encore à élaborer le « plan gigantesque ». Mais déjà les regards russes étaient tournés vers la région à l’est de la Vistule. Dès le début de janvier, les Russes avaient retiré des troupes du front à l’ouest de la Vistule pour les employer au nord. Si nous prenions les devants, il fallait compter sur de fortes contre-attaques, aussi bien sur le Niémen que sur le Narew. Les contre-attaques se produisirent. Leur violence et leur ténacité nous ont donné du mal. Le grand-duc était un soldat et un chef.

Le rôle de couverture de la bataille, vers Kowno et Olita d’un côté, Ossowietz et Lomja de l’autre, devait être assumé principalement par les éléments de la 8e Armée qui seraient rendus disponibles par le rétrécissement du front résultant de conversion des deux ailes dans la direction commune de Grodno.

Pour renforcer le front sud, le XXe C. A. arriva dès le début de février de la 9e Armée, pendant la concentration des quatre corps. Placé au sud-est d’Ortelsburg, il était prêt à être porté aussi sur Lomja et Mychinietz. Arrivèrent ensuite le Ier C. A* Rés. et la 6e D. Cav. à Wittemberg, la 3e D. I. à Neidenburg et la lre D. R. G. du détachement d’armée Woyrsch dans la région de Soldau. La concentration de ces troupes pouvait être terminée vers le 20 février ; c’est intentionnellement qu’elles avaient été déplacées tardivement. Nous craignions que le déplacement de tant de troupes venant de la Pologne occupée ne pût rester secret et trahît l’offensive de la Prusse Orientale. J’attachais le plus grand prix au secret des opérations. Dans la suite, d’autres divisions furent encore retirées du front à l’ouest de la Vistule. Cela fut rendu possible par le fait que l’ennemi préleva, lui aussi, des troupes dans ce secteur. Un déplacement de forces provoquait chez l’adversaire un jeu réciproque qui demandait à être suivi avec attention.

À ce moment, il fallait assurément se poser rétrospective ment la question : avait-on bien fait d’envoyer des troupes allemandes dans les Carpathes ? Sans aucun doute, elles avaient manqué pour la campagne d’hiver à l’est de la Vistule ? Au fond, c’était là leur place ; mais, étant donnée la situation de l’armée austro-hongroise, il avait bien fallu les envoyer dans les Carpathes. Celle-ci avait besoin d’être étayée. Et pourtant il m’eût été bien plus difficile d’approuver cet envoi si j’avais déjà su que nous obtiendrions les quatre corps d’armée.

Je ne puis pas non plus juger si le G. Q. G. n’aurait pas été dès lors en mesure de prélever à l’Ouest d’autres forces pour le front oriental, comme il le fit en avril. Naturellement tout renfort eût été pour nous le bienvenu. La grande décision de tout engager contre la Russie ne fut prise que plus tard

III

Dans la boucle polonaise de la Vistule, des combats locaux étaient, entre temps, poursuivis. Dans quelle mesure fixaient-ils l’attention des Russes ? On ne le savait guère. En général, il ne faut pas trop attendre de ces feintes tant que les troupes ennemies sont sures et qu’elles tiennent. Elles ne prennent de l’importance que lorsque, par suite de circonstances défavorables, le commandement ne se sent pas sûr. Dans le cas où ces démonstrations deviennent des actions tactiques de nature à procurer des succès locaux d’une certaine importance, la situation est différente.

Pour que les Russes crussent à la continuation de l’offensive, la 9e Armée devait à la fin de janvier attaquer avec force dans la région de Bolimow. Le G. Q. G. mit pour cela à notre disposition 10.000 obus, dont des obus toxiques. On doit considérer que cette quantité de munitions était regardée comme tout à fait inusitée. À l’Est, nous n’avons jamais souffert du manque de munitions. Nous en avions toujours autant qu’on pouvait, vu le mauvais état des chemins, en faire suivre dans la guerre de mouvement ; et dans la guerre de position on ne constituait pas encore en ce temps-là de grandes réserves. À l’Ouest la situation était tout autre ; la pénurie de munitions y était sensible. Aucune des nations belligérantes n’avait convenablement estimé ni l’efficacité d’une forte concentration des feux d’artillerie, ni la dépense des munitions.

Comme chef du bureau de la concentration en temps de paix, j’ai constamment insisté sur la nécessité d’accroître les réserves de munitions et de les calculer de telle sorte qu’elles pussent suffire jusqu’au moment où les commandes de la mobilisation commenceraient à arriver. J’ai été loin d’obtenir satisfaction, même pour les chiffres demandés. Quand bien même on m’aurait écouté nous aurions manqué encore de munitions $ la consommation était trop énorme. Mais peut-être aurions-nous plus tôt surmonté la crise et pris les devants dans la fabrication des munitions au lieu de finir par rester toujours en arrière. Dès octobre 1914, le lieutenant-colonel Bauer s’était très méritoirement occupé de la question.

L’attaque de la 9e Armée à Bolimow eut lieu le 31 janvier Il faisait trop froid pour que l’action des gaz pût être efficace ; circonstance qu’on ignorait encore en ce temps-là. Pour le reste non plus tout n’alla pas à souhait. Nous fîmes quelques milliers de prisonniers et le résultat tactique fut médiocre. Mais l’attaque avait fait une grande impression sur les Russes. Par là le résultat stratégique espéré était atteint.

La concentration des quatre corps qui nous avaient été affectés pour l’offensive commença au début de février et s’effectua de façon parfaite. Elle était terminée le 6 février. Nous transportâmes le quartier général à Insterburg. Nous éprouvâmes quelque chagrin à quitter Posen. Nous y avions vécu de belles heures. Mais Insterburg aussi nous rappelait les bons souvenirs de septembre 1914.

Pour les opérations, on avait encore mis à la disposition du commandant en chef de l’Est l’État-Major de la 10e Armée, général von Eichhorn, avec le colonel Hell comme chef d’état-major. Pour la 8e Armée seule le nombre des corps était devenu trop grand. Cette nouvelle répartition me convenait fort, car on opère plus facilement avec deux états-majors d’armée qu’avec un seul. La campagne de Pologne m’avait instruit. La 10e Armée opérait au nord de la 8e ; la limite entre les deux passait à peu près par Darkehmen. Le groupe d’enveloppement de la 10e Armée, soit : de gauche à droite, XXIe C. À XXIXe, XXXVIIIe C. A. Rés., était entre Ragnitet les grands bois du nord-est d’Insterburg, couvert par la lre D. Cav. et la 5e brigade de la garde ; à côté, sur la route d’Insterburg, se trouvait la réserve principale, maintenant division de landwehr Kônigsberg. Venaient ensuite, échelonnées jusqu’au lac Spir-ding, la 3e D. R., 3 divisions de landwehr, fortement mélangées de landsturm, et la 5e brigade d’infanterie. Le groupe de choc de la 8e Armée, sous les ordres du général Litzmann, avait la 2e D. I. à l’ouest de Iohannisburg, le XXXXe C. A. Rés. au sud de celle-ci jusqu’à la frontière ; la 4e D. Cav. était concentrée en arrière. Le long de la frontière se trouvaient des formations de landsturm. Derrière l’aile droite de la 8eArmée, à Ortelsburg, le XXe C. A. achevait son débarquement. Il venait de la 9e Armée et devait être porté en avant, derrière le groupe de choc du général Litzmann, sur Lomja, et pousser par Mychinietz vers le Narew. La relève des autres troupes et leur transport vers Mlawa étaient en voie d’exécution. Le général von Gallwitz devait prendre le commandement entre la Vistule et l’Orjitz et, le rassemblement terminé, pousser également dans la direction du sud. On ne savait jusqu’où parviendraient les troupes allemandes s’enfonçant dans le nord de la Pologne. L’action offensive était la meilleure collaboration à l’attaque de la 10e et de la 8e Armées et la meilleure parade des contre-attaques ennemies.

La bataille d’hiver commença le 7 février. Le général Litzmann arriva ce jour-là. Les autres éléments de la 8e Armée et de la 10e Armée ne devaient prendre position et attaquer que le 8. Seuls, les principes généraux de l’opération pouvaient encore trouver place dans les ordres. Les Armées gardaient la plus large liberté d’action. L’unité de vues des états-majors assurait le succès. Pendant la bataille également, le commandant en chef de l’Est n’eut à prendre que très peu de dispositions. Je dus penser à la continuation de l’opération et à la protection des flancs.

Ce fut une grave décision que d’ordonner l’attaque dans les conditions prévues. L’hiver était froid. Depuis le 4 ou le 5 février, une tempête de neige d’une violence peu ordinaire faisait rage ; les routes et les voies ferrées disparaissaient sous la neige et il était extrêmement pénible d’avancer ailleurs que sur les chemins. Des combles de neige à hauteur d’homme alternaient fréquemment avec des étendues dénudées, couvertes de verglas. Les ordres donnés furent maintenus. Les Russes avaient à compter avec des difficultés plus grandes. Ils auraient tous leurs convois devant eux.

Nos troupes étaient équipées pour une campagne d’hiver. Les voitures étaient pourvues de glissoires, de traîneaux, dispositif qui se révéla peu pratique. On ne pouvait pas les utiliser sur les chemins qui n’étaient couverts de neige que par endroits.

L’effort fourni par hommes et chevaux pendant les jours qui suivirent est impossible à décrire ; c’est un exploit glorieux à jamais. Les têtes de colonnes se frayaient péniblement un chemin à travers les combles. Les voitures restaient empêtrées, les colonnes s’immobilisaient, elles s’étiraient de plus en plus.

Les fantassins se glissaient le long des voitures et des canons, cherchant à rattraper les camarades qui les précédaient. Les canons et les caissons étaient traînés par 10 et 12 chevaux. Peu à peu les routes de marche furent couvertes d’interminables défilés : lignes de fantassins coupées de pièces d’artillerie en petit nombre et de caissons de munitions en plus petit nombre encore. La nuit ou pour le combat les colonnes se tassaient quelque peu. Après quelques jours, le temps changea. Les chemins se défoncèrent : le terrain à côté des chemins restait gelé, mais l’eau apparaissait dans les fonds et dans les marais. Par bonheur, notre large enveloppement nous permit de trouver des vivres dans les fourgons ennemis ; sinon, tout le mouvement eût été arrêté faute de ravitaillement.

Les états-majors de C. A. et le commandement subalterne eurent des difficultés inouïes. Il fallait longtemps, lorsqu’on rencontrait l’ennemi, pour regrouper les unités en formation de combat. Impossible de transmettre des ordres ; la tempête coupait les lignes téléphoniques ; les rapports n’arrivaient pas. Et pourtant on réalisa l’impossible.

La bataille, comme toutes les autres, d’ailleurs, ne se développa pas sans incidents, qui eurent leur répercussion sur les résultats stratégiques.

Le 7, la progression des troupes du général Litzmann fut bonne. Elles avancèrent jusqu’à Iohannisburg et franchirent la Pissa plus au sud. Le 8, elles prirent Iohannisburg et poussèrent, les jours suivants, en se gardant du côté d’Ossowietz, sur Rai-grod, où elles rencontrèrent une forte résistance. D’Ossowietz déboucha une forte attaque qu’elles repoussèrent. En même temps, le centre de la 8e Armée, talonnant l’ennemi en retraite sur tout le front, se rapprochait de Lyck.

Les chefs et la troupe firent leur possible pour avancer vite. Pour la grande combinaison stratégique, le mouvement était trop lent. Lyck, brillamment défendu par le IIIe corps sibérien, ne tomba que le 14 au matin. Ce corps échappa à la destruction et se retira, par Augustow, derrière les marais du Bobr supérieur.

Après la chute de Lyck, on avança vivement ; dès la nuit du 16 au 17, le général Litzmann, après un nouveau et violent combat, était à Augustow, Je m’étais efforcé, pendant ces journées, de pousser l’aile droite de la 8e Armée de Raigrod nettement vers l’Est, par Taino au sud d’Augustow sur Chtabin-Krasnybor vers le Bohr, afin de prendre de nouveau de flanc le IIIe corps sibérien. Vu l’état des chemins, la 8e Armée avait considéré cette intention comme irréalisable.

Pour couvrir les armées du côté d’Ossowietz-Lomja, on retira de très bonne heure, dès la marche sur Augustow, la 3e D. R., la 5e brigade et la 11e D. L. peu à peu de l’attaque pour les pousser dans cette direction. Ossowietz devait être coupé et attaqué. Le rassemblement de forces considérables vers Lomja était devenu une certitude. Les éléments du XXe C. A., qui y avaient été envoyés, ne suffisaient plus.

En attendant, la manœuvre d’enveloppement de la 10e Armée s’était exécutée de façon parfaite. Au prix de marches extraordinaires et d’efforts indicibles, son centre atteignit, dès la nuit du 10 au 11, dans la direction de choc Tilsitt-Kalwaria, la route Insterburg-Kowno à Wirballen ; et, le 14, au moment de la chute de Lyck, ses colonnes étaient déjà immédiatement au nord de la grande forêt d’Augustow vers Suwalki-Seiny.

L’armée russe qui refluait fut prise nettement de flanc et refoulée vers le sud. Elle fut, semble-t-il, encore une fois surprise, de même qu’au commencement de l’avance qui était partie de la Haute-Silésie et de Hohensalza. Notre service de renseignements, par la propagation de faux bruits et la surveillance exercée, avait très bien fonctionné. Les Russes et l’Entente n’étaient pas parvenus à avoir connaissance de ces mouvements. Il est d’ailleurs extrêmement difficile d’avoir des renseignements exacts sur l’ennemi, surtout en temps voulu. Sinon, conduire la guerre avec des forces inférieures ne serait pas un problème aussi difficile. À Tannenberg, nous avons été servis par la chance.

Des éléments de l’armée russe, qui s’étaient repliés sur Kowno et se tenaient constamment sur notre flanc, s’étaient efforcés en vain, par leurs attaques, de retarder notre avance. Ils furent rejetés sur Kowno-Olita.

Le 14 au soir, il semblait possible de pousser l’enveloppement de l’ennemi largement à l’est d’Augustow. Le général von Eichhorn y orienta son aile gauche. L’avant-garde du XXIe C. A. poussa, le 15 et le 16, sur la route Seiny-Augustow, fort avant dans la forêt ; mais elle y fut surprise par les colonnes russes refluant de l’ouest à l’est et faite en partie prisonnière. La 10e Armée, par une décision rapide, poussa alors en avant des éléments le long de la lisière nord de la forêt jusqu’à la région nord-ouest de Grodno. Là, ils firent front vers l’ouest, le dos immédiatement en contact avec les ouvrages de la forteresse. Par cette audacieuse disposition, ils barraient la retraite de l’ennemi. D’autres troupes allemandes s’enfoncèrent dans la forêt par le nord et atteignirent, après la prise d’Augustow, en combattant’' sur la route de Grodno, Lipsk et le Bobr en aval de Krasnybor. L’anneau se referma à Lipsk.

La situation des troupes devant Grodno était extrêmement difficile. De la forteresse, où les Russes avaient reçu des renforts, débouchèrent, en particulier le 20 et le 21, de très violentes attaques. De la forêt d’Augustow, les forces russes qui y avaient reflué attaquaient sans cesse. Les troupes allemandes tinrent bon, au prix de lourdes pertes. Ce fut un brillant exploit du XXIe C. A. et son chef, le général Fritz von Below qui, plus tard, commanda avec distinction une armée du front occidental, pouvait être fier de son énergie et de ses troupes. L’État-Major de la 10e Armée avait sa part dans cette gloire. Les jours suivants, les masses russes de la forêt d’Augustow se rendaient, après une défense désespérée ; la bataille était terminée.

IV

Le résultat tactique de la bataille d’hiver de Mazurie était considérable : 110.000 prisonniers et de nombreuses centaines de canons. La 10e Armée russe était anéantie, l’ensemble des force « russes de nouveau considérablement affaibli.

L’idée directrice de l’opération comprenait l’attaque d’Ossowietz par une très forte concentration de feux directs d’artillerie.

Parmi les éléments des armées d’attaque qui, pendant les combats dans la forêt, avaient atteint le Bobr supérieur au sud d’Augustow, les XXXVIIIe et XXXXe C. A. Rés., la 2e D. I. et la 4e D. Cav. devaient franchir la rivière. Mais ils avaient été en partie engagés dans ces grands combats de foret qui précédèrent 1’ efïondrement de la 10e Armée russe. Avec une impatience croissante j’avais attendu la fin de ces combats. La partie de la 8e Armée qui y était engagée — le groupe Litzmann — passa à la 10e Armée. La 8e Armée conserva la mission d’exécuter par Grajewo cette attaque sur Ossowietz et de protéger la Prusse Orientale contre les attaques russes entre cette région et Orjitz.

Malgré leur ténacité, nos troupes ne purent arriver à traverser les marais du Bobr supérieur. Nous avions besoin du gel et il pleuvait toujours. Le séjour dans la forêt et le marais était pénible. Le Bobr supérieur ne pouvait être franchi ailleurs qu’en suivant les chemins existants. Les ponts étaient détruits. Le IIIe corps sibérien qui s’était échappé de Lyck se défendait courageusement et la résistance désespérée des Russes dans la forêt d’Augustow leur avait donné le temps de renforcer les défenses du secteur Grodno-Ossowietz. Nos troupes étaient très épuisées par suite du mauvais temps et de l’effort fourni. Elles annoncèrent que les Russes avaient, au sud du canal, des positions bétonnées. C’était possible, mais nous étions fort sceptiques. Plus tard, en 1916, le lieutenant-colonel Hoffmann a visité la position russe ; il n’a vu aucune construction bétonnée. Plus la troupe assaillante est fatiguée, plus la position à attaquer lui paraît forte ; elle prête à l’ennemi des forces qui n’existent pas. Cela est humain. Mais le fait n’eut pas d’influence sur les décisions. La vigueur de la jeune troupe était épuisée. Il fallait des mesures nouvelles.

L’attaque d’Ossowietz n’avait pas non plus progressé. Il ne pouvait être pris de front, malgré notre puissante artillerie, les hauteurs dominantes de la rive sud du Bobr ne pouvant être atteintes par nos feux.

Je ne pouvais pas, dan : ces conditions, méconnaître que exploitation stratégique de notre grande victoire n’était pas possible. De graves préoccupations assaillirent le commandement suprême.

Tout d’abord fut ordonnée la suspension de l’attaque du Bobr et d’Ossowietz.

La 10e Armée ne pouvait pas rester disposée comme elle l’était. Des forces très considérables étaient nécessaires pour la protection du flanc Est, du côté d’Olita-Kowno, et on ne les avait pas. Les communications de l’arrière et la vie de l’Armée avaient été rendues trop difficiles par les intempéries. La situation ne pouvait durer. La voie normale construite par les Russes, de Margrabowa à Suwalki par Ratchki, ne suffisait pas. Les reutes et les chemins étaient trop mauvais, le temps trop défavorable, les chevaux trop fatigués. Les camions avançaient à peine sur les routes couvertes d’ornières. Et ces routes n’étaient qu’en petit nombre. Il fallait donner à l’Armée des conditions de vie qui lui permissent de se refaire. Un repli de la 10e Armée était indispensable.

Dès le début des opérations, on avait ordonné l’organisation d’une position de repli immédiatement à l’est d’Augustow-Suwalki, montant jusqu’au Niémen. Des bataillons de travailleurs avaient commencé les travaux aussitôt après la prise du terrain. Cette position — bien qu’à peine ébauchée — offrait un certain appui. La 10e Armée reçut l’ordre de replier son aile droite sur cette ligne. À elle de voir si elle pouvait ramener son aile gauche aussi loin ou seulement sur la ligne Kalwaria-Pilwichki et de prendre les dispositions d’exécution.

Il fallait prévoir que l’ennemi suivrait vigoureusement.

En même temps, la 10e Armée avait reçu l’ordre de prélever sur son front des forces dont on avait absolument besoin plus à l’Ouest. Les grandes contre-attaques russes contre notre flanc étendu, à la frontière sud de la Prusse Orientale et de la Prusse Occidentale, s’étaient déclenchées. Enfin, les Russes nous occupaient également au nord du Niémen. Tout autour du territoire allemand à l’est de la Vistule, la lutte faisait rage.

Le secteur polonais de la boucle de la Vistule était calme.

L’offensive de l’armée austro-hongroise en vue de dégager Przemysl n’avait pas eu de succès. Les Russes étaient passés très tôt aux contre-attaques. Le destin de Przemysl devait s’accomplir. Sur tout le front oriental, c’était l’heure des grandes offensives russes.

V

Après que la forêt d’Augustow eut été nettoyée et les blessés relevés, le général von Eichhorn, au commencement de mars, ramena immédiatement son aile droite sur la position indiquée et son aile gauche au nord de la forêt d’Augustow, à peu près jusqu’à Seiny et au sud de Kalwaria. Il voulait attaquer de nouveau les Russes qui le poursuivaient et les battre par l’enveloppement de leur aile gauche.

L’idée était bonne et elle traduisait les qualités d’initiative du commandement d’Armée. Dans les journées du 9 au 11 mars, on obtint de grands succès. La nouvelle 10e Armée russe subit une défaite. Mais la fatigue des troupes et le mauvais temps étaient tels que l’E. M. de l’Armée, qui devait d’ailleurs céder encore des troupes à la 8e Armée et au détachement d’armée Gallwitz, dut à regret borner là ses opérations offensives et passer à la guerre de positions. Il laissa son aile gauche sur la ligne Kalwaria-Mariampol-Pilwichki. Les Russes attaquèrent vers le milieu de mars, mais peu à peu le calme se fit.

Les attaques russes sur le front sud étaient devenues de plus en plus tenaces, les combats de plus en plus acharnés. Pendant que le général Litzmann continuait à avancer de Iohannisburg par Bialla, aux premiers jours de la bataille d’hiver, la 41e D. I. du XXe C. A., avec du landsturm, avait été poussée sur Lomja par la route Iohannisburg-Kolno, afin de l’investir par le Nord. La 37e D. I. s’avançait par Mychinietz. La 41e D. I. rencontra l’ennemi en avant des ouvrages de Lomja ; ses forces suffisaient juste à former barrage entre la Pissa et la route Chtchuchin-Stawiski-Lomja, Ce n’est que peu à peu qu’arrivèrent la 3e D. R. et la 5e brigade. Elles devaient couvrir toute l’étendue de Stawiski au Bobr pendant que la 11e D. Ldw. commençait l’attaque d’Ossowietz. L’arrivée de la 3e D. R et de la 5e brigade coïncida avec une attaque de la garde russe et du Ve C. A. débouchant de Lomja. À partir du 21 février, de durs combats se développèrent au nord de la forteresse. Les troupes allemandes se battirent héroïquement. Un matin, le chef d’état-major de la 8e Armée m’annonça que la 3e D. R. était enfoncée. Pourtant elle finit par tenir bon, l’attaque russe ayant diminué de vigueur. Longtemps, la situation sur ce point et par suite celle des troupes de siège devant Ossowietz restèrent critiques. Ce n’est qu’après l’arrivée de la lre D. Ldw. devant Lomja, au début de mars, que notre front devint assez dense pour que tout danger à l’est de la Pissa pût être considéré comme écarté. La ténacité des troupes et, en particulier, de la 3e D. R., nous avait valu un brillant succès défensif. Le général von Scholz prit le commandement du groupe. Son secteur fut étendu dans la suite jusqu’à la Schka. Le général von Scholz s’était déjà distingué à la bataille de Tannenberg et en Pologne. Il était bien plus ancien de services que le commandant de la 8e Armée, le général Otto von Below, mais il voulut bien passer sous les ordres de son plus jeune camarade.

Entre la Pissa et l’Orjitz, le général von Staals, avec sa 37e D. I. et du landsturm, avait progressé vers le Narew. Mais les Russes reçurent bientôt des renforts considérables. Ils attaquèrent incessamment par Nowogrod et, en particulier, avec le IVe corps sibérien débouchant d’Ostrolenka. Les combats devinrent de plus en plus acharnés. On dut engager de plus en plus des troupes qui avaient participé à la bataille de l’hiver. Peu à peu arrivèrent la 2e D. I., la 75e D. R., la 10e D. L. et la 4e D. Cav. de la 10e Armée. Mais à la longue, elles ne suffirent pas ; la 76e D. R. de la 10e Armée fut également amenée, après être restée quelque temps engagée à l’ouest de l’Orjitz avec le général von Gallwitz. Suivant le caractère du terrain, avec ses vastes étendues plates et marécageuses entrecoupées de langues de terres boisées et couvertes de maigres sapins, les combats se morcelaient en petites actions isolées. Le commandement subalterne surtout avait une tâche difficile. C’était le corps à corps. Sans doute ces combats locaux, souvent acharnes, ne cessèrent jamais ; en tout cas, après toutes ces luttes, qui durèrent jusqu’en avril, nous étions encore en avant de la frontière.

À l’ouest de l’Orjitz aussi la bataille était générale après la mi-février. Le général von Gallwitz, soldat entreprenant et plein d’idées, homme très cultivé et de grand savoir, était un des meilleurs chefs de notre armée. Il renforça le front à l’ouest de Mlawa, qui était faiblement tenu et poussa, vers la mi-février, le long de la Vistule, qu’il remonta jusqu’au-delà de Plosk. Ici encore nous prévînmes les Russes que nous surprîmes en plein rassemblement. Entre temps, à l’aile gauche du détachement d’armée Gallwitz, vers Neidenburg-Willenberg, les renforts allemands étaient également arrivés. La situation apparaissait telle qu’une action rapide et énergique dans la direction de Prassnych pouvait culbuter les forces ennemies opposées au XVIIe C. A. Rés. Une avance du détachement d’armée Gallwitz vers le Narew devenait possible. L’importance stratégique de ce mouvement paraissait alors encore considérable. L’attaque contre Ossowietz et le Bobr supérieur n’était pas encore suspendue. Tout succès partiel du général von Gallwitz améliorait la situation et les chances des nouveaux combats. Nous attendions avec impatience.

Le général von Gallwitz attaqua, le 22 février, avec des éléments du XVIIe C. A. Rés., le Ier C. A. Rés. et la 3e D. I. dans la direction de Prassnych. Le général von Morgen s’empara de la ville, très sérieusement fortifiée, le 24, par une action rapide et énergique. La situation semblait très favorable, lorsqu’on apprit que des forces russes considérables s’avançaient entre la route Ziechanow-Mlawa et l’Orjitz et enveloppaient déjà le général von Morgen. Les reconnaissances aériennes n’avaient pas été possibles ces jours-là ; nous étions d’ailleurs très faiblement pourvus au point de vue de l’aviation. Nos patrouilles de cavalerie ne pouvaient pas passer. Finalement, les avant-postes d’infanterie se trouvèrent partout nez à nez. Devant l’attaque du corps sibérien, nous dûmes, le 27 février, abandonner Prassnych, après avoir essuyé des pertes très considérables. Le général von Morgen se replia sur la ligne frontière Ianow-Chorjele. Les Russes avancèrent moins vers le nord que sur Mlawa, où leur poussée fut extrêmement forte.

Ici et là, quelques chefs de/corps pensèrent à occuper la position frontière sud de Neidenburg-Willenberg qui était en voie d’organisation. Je maintins le Ier C. A. Rés. plus au sud. Là encore il y eut des combats acharnés.

Les Russes attaquèrent sans arrêt jusqu’au 7 mars, entre Mlawa et Chorjele, et furent repoussés avec les plus lourdes pertes.

À ce moment, on se battait sur tout le front, est et sud, de la Prusse Orientale et Occidentale. La 10e Armée s’était repliée et passait précisément à la contre-attaque au nord de la forêt d’Augustow. À Lomja, la situation était déjà moins critique ; entre Mlawa et la Pissa, elle était encore sérieuse. Chaque jour demandait une somme énorme de décisions, tactiques et autres. Les chefs de corps du front sud demandaient sans cesse des renforts ; la 10e Armée croyait encore pouvoir obtenir des succès, locaux, il est vrai, et ne cédait des troupes qu’à contre-cœur.

Le général von Gallwitz et l’aile droite de la 8e Armée avaient, en attendant, reçu les nouveaux renforts venus de la 10e Armée. Nous étions maintenant assez forts pour exécuter, des deux côtés de l’Orjitz, une contre-attaque contre l’ennemi, affaibli par les lourdes pertes des derniers jours.

Notre poussée progressa du 8 au 12 mars et elle s’arrêta au nord de Prassnych. Les Russes répondirent par de violentes contre-attaques. Le 18 mars, ils apprirent à nos troupes, vers Ienorojetz, que le marais n’est pas une protection sûre contre l’ennemi. Pour nos soldats, le marais, c’était l’enlisement ; les Russes, enfants de la nature, étaient mieux renseignés. Les marais de ces régions ne gelaient qu’en partie, ils étaient en partie peu profonds, reposant sur une couche imperméable, et restaient guéables.

À l’ouest de l’Orjitz, la lutte diminua d’intensité vers la fin mars. Il fut possible de retirer la 76e D. R. et de l’engager à l’est de la rivière. La 6e D. Cav. put, elle aussi, être retirée à l’ouest de l’Orjitz ; on avait besoin d’elle au nord du Pregel.

Le détachement d’armée Gallwitz avait fait de grandes choses et le général von Gallwitz pouvait, lui aussi, être fier de ses troupes. Elles s’étaient défendues contre un ennemi très supérieur et l’avaient même refoulé.

À partir de la fin mars et du début d’avril, les troupes du front sud trouvèrent enfin le repos auquel elles aspiraient.

Les combats de Mlawa à Lomja ont été assez peu connus L’Allemagne ne s’intéressait, dans l’Est, qu’aux grandes victoires. Mais le moment des succès retentissants était passé. La grande riposte du grand-duc à la bataille d’hiver, l’offensive du Narew contre notre flanc faiblement assuré, et, en même temps, une partie du plan de guerre de l’Entente pour 1915, avaient échoué. Les troupes et chaque soldat en particulier s’étaient battus avec un courage digne des exploits antérieurs, les vieilles et les jeunes formations avaient rivalisé d’ardeur au combat. Les vieilles formations avaient plus d’endurance. La landwehr et le landsturm avaient donné leur large part. Le commandement avait été à la hauteur de sa tâche ; la campagne d’hiver représentait un bel exploit militaire.

VI

Des combats se déroulèrent aussi à partir de la mi-février loin du théâtre des grandes décisions, au nord du Pregel. Ils ne -furent conduits, des deux côtés, qu’avec des troupes de landwehr et de landsturm et ils étaient sans importance stratégique ; mais ils nous occupèrent pourtant et réclamèrent beaucoup d’attention.

Au début de février, les Russes étaient encore en territoire prussien au nord-est de Tilsitt. Le désir d’arracher aussi ce coin de terre allemande à la puissance ennemie était justfié. Le gouverneur de Konigsberg, le général von Pappritz, avec le landsturm qui se trouvait sur place renforcé par quelque peu d’artillerie, fut chargé de cette mission. Tauroggen fut occupée le 18 février.

Le nom de Tauroggen rappelle des souvenirs historiques et ce fut un malheur pour les deux États, maintenant en guerre l’un contre l’autre, que d’avoir abandonné la voie au bord de laquelle Tauroggen se dressait en évocatrice de l’amitié germano-russe.

Le calme qui revint ensuite dans la région au nord du Pregel fut brutalement interrompu, le 17 mars, par l’invasion de formations russes de réserve, de milice et de garde-frontières à Memel et à Tauroggen. Ce fut pour nous une surprise, alors que nous avions encore fort à faire de tous côtés.

Il y avait bien eu des bruits annonçant le rassemblement de forces russes, en territoire ennemi, en face de Memel. Mais souvent des bruits de ce genre avaient couru. Jusqu’alors, ils ne s’étaient pas vérifiés, et des entreprises russes dans cette région étaient dépourvues de toute vraisemblance.

Des troupes russes poussèrent sur Memel que le landsturm abandonna. La nouvelle nous fut transmise par une demoiselle du téléphone, qui nous appela et continua à nous passer des messages, alors que les Russes étaient déjà dans le bureau de poste.

J’ai demandé pour cette jeune fille, Mlle Erica Rostel, la Croix de fer de 2e classe. Cela n’a pas été possible. Elle a été gratifiée plus tard d’une montre en or.

En même temps, les Russes prenaient Tauroggen et avançaient fortement dans la direction de Tilsitt. Les combats des autres fronts avaient absorbé les réserves. Le commandement de la IIe région dut envoyer un bataillon de dépôt de Stettin : ce qui indique combien nous nous étions dépensés et combien les combats depuis le commencement de février nous avaient éprouvés. Le 21 mars, Memel était de nouveau libéré, et, le 22, nous reprenions encore à l’ennemi 2.000 des nôtres. Les Russes avaient fait des ravages incroyables. Tauroggen tomba le 29 mars. La 6e D. Cav. fut portée dans cette région et elle assura dorénavant la protection de la frontière sur le sol lithuanien.

La Prusse Orientale était de nouveau libérée et elle n’a plus connu d’invasion ennemie. On put commencer à la reconstruire.

Le quartier général était, depuis la mi-février, à Lotzen. Pour moi, ce furent, jusqu’au commencement d’avril, des journées difficiles. Je dus renoncer à mes espoirs d’une exploitation stratégique immédiate de la bataille d’hiver. Nous avions eu une victoire tactique, cela me remplissait de satisfaction. J’étais content de voir que les grandes attaques du grand-duc avaient échoué et que nous étions partout en territoire ennemi. Mais la campagne décisive contre la Russie, à laquelle, dans le fond de mon être, je tenais par-dessus tout, n’était pour ainsi dire pas commencée. La grande dépense de forces faite par les Russes contre la Prusse Orientale et Occidentale devait, plus tard, favoriser les opérations de Galicie. Les pertes russes étaient, en outre, extraordinairement élevées comparativement aux nôtres. Malgré sa grande richesse en hommes, la Russie ne pouvait à la longue supporter de pareilles saignées.

Les différentes situations tactiques avaient exigé de moi de gros efforts. On ne peut tout mettre sur le papier : les orgueilleux espoirs, les hésitations, les désillusions, les luttes intérieures, les contrariétés. Je ne puis dire toutes les oppositions que souvent il y avait à vaincre, ni exprimer tous les sentiments que m’inspiraient les troupes, supportant, par le temps le plus défavorable, les fatigues de la campagne d’hiver.

Dans la suite, je connus à Lôtzen des jours meilleurs.

Notre Q. G. et les bureaux étaient étroits, mais je m’y suis bien trouvé. Je me rappelle volontiers le temps que j’ai passé dans cette aimable petite ville de l’Est.

Pendant les combats déjà, l’organisation de positions de repli était une de nos principales tâches. Sur toute la frontière orientale de la Prusse fut établi un réseau barbelé comme premier élément d’organisation. De nombreux bataillons de travailleurs, composés d’hommes d’instruction militaire rudimentaire, inaptes au service armé, mais en mesure de travailler, y furent envoyés sur ma demande. Ils ont souvent été obligés de travailler sous le feu de l’ennemi et ils l’ont fait avec dévouement. Le mot de « terrassier » est un qualificatif d’honneur. Dans la suite, les bataillons de travailleurs quittèrent le front oriental pour le front occidental.

Sur les instructions du G. Q. G., la transformation des divisions à quatre régiments en divisions à trois régiments, c’est-à-

dire la réduction des divisions de douze bataillons à neuf, avait été exécutée à l’Ouest. Nous fîmes de même. On créait ainsi un plus grand nombre d’unités stratégiques. Le jeu des opérations en devint plus facile, ce qui était assurément un grand avantage. Mais la division à neuf bataillons est trop faible au point de vue tactique ; tout l’appareil des états-majors et des services administratifs devient trop considérable. J’aurais été, après la guerre, partisan absolu du retour à la division forte.

Ce qui doit maintenant advenir de notre belle et fière armée, qui, aux côtés d’alliés insuffisants au point de vue militaire, a tenu pendant ces quatre années, a bravé le monde entier et préservé presque toute la terre allemande des horreurs de la guerre, l’avenir le dira. Une pareille armée doit-elle totalement disparaître ? Les Allemands vont-ils de nouveau se suicider ? Je ne le croirai jamais. Les 70 à 80 millions d’Allemands se retrouveront et reviendront à eux-mêmes. Le souvenir des grands exploits militaires de cette guerre les empêchera d’oublier la valeur d’une armée solide.
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