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V

L’ordre trouvé à Grojetz nous donna une image claire des intentions ennemies. Le plan du grand-duc était de grand style et dangereux pour nous. Plus de trente corps d’armée russes, concentrés fortement vers la droite, devaient franchir la Vistule entre Varsovie et le confluent du San, tandis que d’autres forces plus au sud franchiraient le San. 14 divisions devaient battre les 5 divisions du groupe Mackensen. Le grand-duc voulait envelopper largement la 9e Armée par le nord et l’attaquer de front en même temps que les armées austro-hongroises, tout en tenant avec son aile gauche les hauteurs à l’est de Przemysl. Pour cette opération, le grand-duc mettait aussi à contribution des éléments de l’armée de Rennenkampf. Si le plan réussissait, la victoire de la Russie, sur laquelle l’Entente comptait dans ses calculs stratégiques, était assurée.

Je n’avais pas abandonné l’espoir que l’armée austro-hongroise battrait les Russes à l’est de Przemysl et passerait le San. Il est vrai que les troupes qui se trouvaient au nord du confluent du San avaient besoin d’être renforcées, quoique relativement peu, et d’être de nouveau fortement concentrées vers Varsovie et Iwangorod.

En même temps, le landsturm des Ve, IIe, XVIIe C. A., qui avait avancé dans le nord-ouest de la Pologne, fut porté en avant vers la Bzoura inférieure.

Les communications de l’arriére furent l’objet d’un examen spécial, une retraite ne pouvant que trop facilement devenir nécessaire. La destruction des voies ferrées, en particulier, fut préparée par la mise en place de quantités énormes d’explosifs.

Pendant que le général von Mackensen avait à se défendre, depuis le 15 octobre, contre de fortes attaques ennemies, plus au sud les Russes tentaient toujours de nouveau de franchir la Vistule. Il fut nécessaire de porter en avant, vers Kalawaria, la 37e D. I. du XXe C. A. Elle empêcha à cet endroit le passage du fleuve, mais le corps ennemi qui avait déjà fait passer des éléments sur la rive gauche s’en tira sans trop de pertes. La division resta dans cette région. Elle fut également placée sous les ordres du général von Mackensen.

La 41e D. I. et la 3e D. Cav. autrichienne se trouvaient au confluent de la Pilitza et allaient au sud jusque vers Kosjenitze.

Le corps de réserve de la garde avait entrepris d’investir Iwangorod. Il voulut rejeter l’ennemi qui se trouvait encore sur la rive gauche de la Vistule, à Kosjenitze. Il disposait pour cela également d’une brigade du XIe C. A. que l’Armée avait mise à sa disposition.

Je n’oublierai jamais le combat de Kosjenitze. Quatre bri-

gades furent conduites dans la boucle étroite de la Vistule, que les pluies torrentielles avaient transformée en un marécage. La brigade qui se trouvait devant Iwangorod fut culbutée par une forte sortie des Russes. J’avais à craindre que l’attaque russe ne se portât sur le flanc de ces quatre brigades qui, faute de place, étaient extrêmement gênées dans leur défense. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Au matin, la situation devant Iwangorod apparut moins tendue. Les combats dans le marais de Kosjenitze continuèrent car les Russes attaquaient. Toutes les troupes qui y ont pris part en ont gardé un souvenir effrayant.

Par suite du glissement vers le nord du corps de réserve de la garde, le corps de landwehr avait assumé la surveillance du passage de Nowo-Alexandria.

Pendant le combat de Kosjenitze, un avion avait annoncé que d’importantes forces ennemies avaient également traversé la Vistule au sud d’Iwangorod. Notre situation devenait extrêmement sérieuse. L’Armée n’avait pas de réserves, tout avait été employé. Heureusement, la nouvelle était fausse. L’aviateur avait désigné l’endroit du combat, Kosjenitze, comme se trouvant au sud d’Iwangorod.

Le corps de landwehr n’annonçait rien de particulier. Une tentative de passage près de Kasimjersch au sud de Nowo-Alexandria avait été empêchée. Plus en amont, les Russes ne manifestaient pas encore d’activité.

L’intention d’atteindre la ligne de la Vistule était réalisée ; mais Varsovie et Iwangorod restaient aux mains de l’ennemi, et, au nord d’Iwangorod, à Kosjenitze, l’ennemi avait un point de passage, mauvais il est vrai.

VI

L’armée austro-hongroise, au sud de la Vistule, n’avait pas réussi à franchir le San et à gagner du terrain à l’est de Przemysl. Le général von Conrad espérait pourtant obtenir encore des succès.

Plus la décision au sud du San traînait en longueur, plus le renforcement de l’aile gauche de la 9e Armée, dont la situation était de plus en plus critique, devenait nécessaire. Celle-ci était étroitement solidaire des événements du San. Si on avançait sur le San, on pouvait prendre son parti de quelques dangers du côté de Varsovie, sinon, nous serions écrasés de ce côté.

L’arrivée de renforts pouvait permettre de faire face quelque temps à la situation. Il n’y avait rien à obtenir du G. Q. G. Il avait engagé les corps d’armée de formation nouvelle vers Ypres, et envoyé le XXVe C. A. Rés. en Prusse Orientale, où la situation s’était aggravée.

L’Armée pensait à relever le corps de réserve de la garde, le corps de landwehr et le XIe C. A. chargés de la défense de la Vistule, par des troupes austro-hongroises et à les pousser plus au nord, ou bien, et c’est ce que nous aurions préféré, à renforcer immédiatement l’aile gauche par ces unités-ci. Les corps allemands, qui avaient l’habitude de la Vistule, auraient pu y rester. La ligne de la Vistule était ainsi vraiment assurée. De plus, une relève exigerait un temps précieux. La situation ne souffrait pas de retard.

Le général von Conrad considérait, lui aussi, un renforcement du front de combat au nord de la Pilitza comme nécessaire, mais il ne voulait absolument pas que des troupes austro-hongroises, à l’exception des deux divisions de cavalerie, y fussent employées. Nous nous adressâmes au G. Q. G. Sa Majesté l’Empereur s’adressa à l’Empereur François-Joseph, qui répondit avec bienveillance. Mais le Haut-Commandement austro-hongrois maintint sa manière de voir. La relève des trois corps prussiens fut ordonnée.

Devant Iwangorod, l’échange par des éléments de la lre Armée devait, sur l’ordre du général von Conrad, être exécuté en abandonnant les points de passage. Les troupes austro-hongroises devaient ensuite rejeter dans la Vistule les Russes qui suivraient. Ici encore, nous déconseillâmes fortement ; mais le destin devait suivre son cours.

Les divisions d’infanterie austro-hongroises de la lre Armée qui devaient relever sur la Vistule le corps de landwer et le

corps de réserve de la garde s’approchaient lentement. La relève de tous les éléments ne pouvait pas avoir lieu avant le 20. En attendant, la situation devant Varsovie était devenue telle qu’une décision s’imposait. L’enveloppement ennemi se rapprochait toujours davantage. La pression ennemie à Nowo-Georgiewsk et à Varsovie augmentait sans cesse.

Ce fut une heure de tension extrême. Accepter la bataille eût été trop dangereux. Il était manifeste que le moment viendrait où on serait obligé de ramener en arrière le général von Mackensen. Cela ne devait se faire ni trop tôt, ni trop tard. Résolution difficile. Qu’allait dire le pays ? Le 17 octobre au soir, je considérai que le moment était venu de donner l’ordre de retraite. Je demandai au général von Hindenburg de ramener le groupe du général von Mackensen, de Varsovie, suivant la direction ouest-sud-ouest, sur la ligne Rawa-Skierniewitce-Lowitch. Nous pouvions espérer réussir à porter, en temps voulu, sur une position entre Nowe-Miasto et Rawa au nord de la Pilitza le corps de landwehr qui venait d’être relevé. On avait ainsi un nouveau front sur lequel nous pouvions attendre les Russes. Il est vrai que l’aile gauche de ce front n’était qu’imparfaitement couverte par du landsturm et de la cavalerie, mais il restait possible de la ramener en arrière. Si les Russes attaquaient en forces, on pouvait, avec les XXe et XIe C. A. et le corps de Rés. de la garde réunis dans l’intervalle ou qui se trouvaient déjà sur place, les prendre de flanc en traversant la Pilitza à l’est de Nowe-Miasto et livrer bataille. Ces opérations permettraient de gagner du temps. En fin de compte, on saurait si l’armée austro-hongroise au sud du San avait été victorieuse.

Ce succès devenait de plus en plus douteux. Les Russes franchissaient même le San dans la nuit du 17 au 18 octobre, faisant eux-mêmes ce que la 4e Armée austro-hongroise n’arrivait pas à faire.

Le général von Mackensen quitta Varsovie dans la nuit du 18 au 19. Les mouvements, depuis longtemps préparés, s’exécutèrent avec un ordre parfait. L’ennemi ne fît aucun butin et ce n’est que peu à peu qu’il accentua sa poursuite.

Le 25 et le 26 octobre, le général von Maekensen et le corps de landwehr arrivé à temps, ainsi que la 37e D. I., furent attaqués avec une violence extrême sur leurs nouvel ! ef positions au nord de Nowe-Miasto. L’aile gauche dut se replier



Croquis n° 4 — La campagne de Pologne. Situation fin octobre 1914 après la retraite de Varsovie.

en direction de Lodz, la 37e D. I. aussi dut être ramenée sur la rive sud de la Pilitza. Mais nous restâmes, même après les durs combats des jours suivants, maîtres de la situation. L’attaque par la Pilitza n’eut pas lieu. Les Autrichiens essuyèrent une défaite sensible à Iwangorod et se replièrent sur Radom.

Ce que notre quartier général avait craint s’était réalisé. La lre Armée austro-hongroise qui, depuis le 21 octobre, montait la garde devant Iwangorod avait laissé passer la Vistule à trop de Russes ; au lieu de rejeter l’ennemi, elle fut battue.

Nous fîmes, sur l’aile gauche de l’armée austro-hongroise, avec le corps de Rés. de la garde, tout notre possible pour empocher la défaite. Mais il n’y avait plus rien à faire. Les Russes avancèrent de Nowo-Alexandria et d’Iwangorod et traversèrent également la Vistule au confluent de la Pilitza.

De la décision de la lre Armée austro-hongroise de se replier sur Radom je ne fus informé que par hasard. Le lieutenant-colonel Hoffmann protesta aussitôt, par suite de la situation de notre corps de Rés. de la garde. La lreArmée austro-hongroise tint encore quelques heures, ce qui eut le meilleur effet. Le corps de Rés. de la garde était tiré d’affaire, mais il ne pouvait pas penser à attaquer par la Pilitza dans la direction sud-nord, la couverture de son flanc droit étant enfoncée.

Pour appuyer l’aile gauche du groupe Mackensen, le XIe C. A. fut envoyé par marches forcées dans la région nord-est de Lodz.

La retraite de l’armée austro-hongroise d’Iwangorod sur Radom avait complètement changé la situation. Il fallait maintenant s’attendre à une forte pression ennemie sur tout le front de la Vistule. Il était douteux que les troupes austro-hongroises pussent y faire face. Au sud de la Vistule également, leur situation était devenue de plus en plus critique. Tout espoir en une décision favorable était définitivement perdu. À rester dans cette situation, la 9e Armée finirait par être enveloppée et battue. Le destin de l’armée austro-hongroise eût été consommée. Il fallait donc ramener la 9e Armée en arrière pour retrouver la liberté d’opération. Naturellement ce mouvement atteindrait aussi les troupes austro-hongroises. De toutes façons, les attaques russes les auraient contraintes au repli.

Il a été dit plus tard du côté austro-hongrois que, si l’armée austro-hongroise avait reculé, c’est que la 9e Armée avait été ramenée en arrière. Il y a du vrai et du faux dans cette affirmation. On ne dit pas que cette retraite de la 9e Armée fut due uniquement à l’insuffisance de l’armée austro-hongroise, si brave au début de la guerre, mais qui ne s’était pas relevée des batailles de Lemberg.

VII

L’idée de la retraite était déjà dans l’air depuis quelques jours ; les ordres furent donnés le 27. La situation était extrêmement critique. L’opération d’octobre nous avait fait gagner du temps, mais elle n’avait pas réussi. Maintenant on craignait de voir se produire ce qu’on avait voulu éviter par la concentration de fin septembre en Haute-Silésie et la marche en avant consécutive : l’invasion de la Pologne, de la Silésie, de la Moravie par l’armée russe, très supérieure, devenait vraisemblable.

Les instructions générales pour la retraite étaient déjà connues des troupes allemandes ; à plusieurs reprises on leur avait prescrit d’envoyer à l’arrière tout le matériel non indispensable. En général, on avait suivi ces prescriptions, mais, dans certains cas, il y avait beaucoup trop d’impedimenta à l’avant. Nos lourds convois sur les mauvais chemins m’ont fortement inquiété.

Les mouvements devaient être exécutés le plus possible dans la direction ouest afin d’échapper à l’enveloppement.

Dans son ensemble, notre « retraite stratégique », comme la baptisèrent les soldats, se fit méthodiquement et dans un ordre parfait. Le pays fut épargné. Cette retraite restera pour tous les temps un exemple de guerre conduite en conciliant les règles de l’humanité et la sécurité des opérations militaires.

Le corps de Rés. de la garde, à l’aile droite, avait fort à faire, car la lre Armée austro-hongroise perdait de plus en plus sa force de résistance et cédait à toutes les attaques frontales ennemies.

Les armées austro-hongroises reculèrent des deux côtés de la Vistule jusqu’à hauteur de Cracovie, certains éléments jusque dans les Carpathes au sud-ouest de Przemysl.

Dans la 9e Armée devaient se replier :

Le corps de Rés. de la garde, le 20e C. A., le corps de landwehr par la ligne Kielce-Tomaschow à mi-chemin de la ligne Cracovie-Tschenstochovo jusqu’au nord de Tschenstoshovo ;

Le XVIIe C. A. et le corps Frommel par Petrokoff-Lodz en liaison avec le corps de landwehr sur Viélun.

Des positions étaient préparées vers Tschenstochovo et Vielun.

Le XIe C. A. se porta dans la région au sud-ouest de Sieradz. Entre la Prosna et la Wartha se rassemblèrent, sous les ordres du général von Frommel qui abandonnait son commandement de la 35e D. Rés. et de la division de landwehr comte von Bredow la 5e division de cavalerie, venant du front occidental, la 8e division de cavalerie et la 7e division de cavalerie austro-hongroise.

Les formations de landsturm reculèrent sur la ligne Kalich-Wreschen-Thorn.

Les Russes suivaient avec toutes leurs forces. Ils attaquaient aussi en Prusse Orientale et vers Mlava avec de gros effectifs. La situation devenait très grave. Nous cherchions une occasion de passer de la retraite à l’attaque, mais le voisinage de l’armée austro-hongroise était pour toute opération un facteur trop incertain ; de plus, tout mouvement offensif aboutirait fatalement à une attaque frontale. Un succès ne pouvait être obtenu dans ces conditions.

Il fallait prendre encore une fois des résolutions décisives. Elles ne pouvaient consister, je m’en rendais de plus en plus compte, que dans le transport par chemin de fer dans la région de Hohensalza et de Thorn de forts éléments de l’armée, pour, de là, avancer le long de la Vistule dans la direction Lodz-Lowitch contre le flanc de l’avance ennemie et arrêter celle-ci. De quelles forces pouvait-on disposer pour cette opération ? C’était une autre question.

Tout d’abord, il était nécessaire de retarder l’avance russe le plus possible et de l’empêcher d’utiliser les voies ferrées allemandes, les destructions des voies de communication avaient été extrêmement bien préparées. L’expérience nous avait appris qu’une armée moderne peut s’éloigner jusqu’à environ

120 kilomètres du point terminus de scs chemins de fer. S’il en était ainsi et si nous réussissions à détruire les voies ferrées comme je l’espérais, nous pouvions imposer aux masses russes, avant d’atteindre notre frontière et sans coup férir, un arrêt de quelque temps. Malgré tous les préparatifs, il n’était pas facile de faire toujours exécuter les destructions prévues, les troupes voulaient toujours attendre. N’importe, je donnai des ordres et veillai à leur exécution. Le capitaine Sperr fut pour moi un excellent auxiliaire. Les ponts des routes furent détruits sans hésitation par les troupes. Un énorme travail fut fourni ; j’eus la satisfaction de voir l’avance ennemie devenir de plus en plus lente et s’arrêter véritablement à la distance indiquée. Nous laissions pourtant de grandes provisions dans le pays. J’avais interdit de les détruire.

VIII

À la fin d’octobre, le général de Falkenhayn me convoqua à Berlin. Le général von Conrad lui avait proposé d’amener des forces considérables de l’Ouest à l’Est. Le général de Falkenhayn s’exprimait avec confiance sur l’offensive d’Ypres et voulait réserver sa décision. Je ne pus lui donner d’éclaircissements précis sur les intentions de notre Armée. Tout était encore en suspens. À Berlin, il me sembla être dans un autre monde. Le contraste entre l’énorme effort que j’avais vu depuis le début de la guerre et la vie berlinoise était trop grand. C’était une vie d’amusement et de plaisirs. Le sérieux avec lequel on eût dû considérer notre difficile situation faisait défaut. J’eus une impression désagréable et je me sentis étranger. Je fus content de revenir à Tschenstochovo et de me retrouver dans un milieu de camarades.

Le 3 novembre au matin, ma décision était prise : une nouvelle action était nécessaire. Je demandai au général von Hindenburg d’approuver l’idée déjà discutée d’une concentration vers Hohensalza. Les ordres furent immédiatement donnés et le G. Q. G. informé de la décision.

Celui-ci avait suivi les événements de l’Est avec une extrême inquiétude.

La situation vers Mlawa et à la frontière de la Prusse Orientale devenait chaque jour plus grave. Le XXVe C. A. Rés. nouvellement formé avait été envoyé en renfort en Prusse Orientale et s’était héroïquement battu. Mais il apparut bientôt que la valeur des formations nouvelles était bien inférieure à celle des corps de troupe se composant d’hommes entraînés par un long service, commandés par des officiers énergiques et pleins d’élan. Ces nouveaux corps d’armée avaient des hommes superbes, mais qui n’étaient pas encore des soldats. Leur héroïsme et leur dévouement ne suppléaient pas au défaut d’expérience militaire. Les nombreux officiers en inactivité qui avaient repris du service faisaient également leur possible, mais ils manquaient de pratique. Il y eut naturellement des exceptions. Une armée ne se crée pas en quelques semaines. Il faut un long entraînement et une tradition. Les divisions anglaises et les troupes américaines, en sont, elles aussi, un exemple ; elles ont dû payer leur témérité par de sanglants sacrifices. Le XXVe C. A. Rés. n’avait pu changer la situation à la frontière de la Prusse Orientale. Il fallait donc s’attendre à ce que le grand-duc, non seulement frappât d’une façon décisive l’Allemagne et l’Autriche en débouchant de la boucle de la Vistule, mais encore attaquât en même temps le territoire allemand à l’est de la Vistule, pour, là aussi, chercher la décision et tout au moins nous interdire les déplacements de troupes.

Sur toute la frontière orientale du royaume de Prusse, des combats devaient se développer, étroitement solidaires les uns des autres. Un commandement unique et énergique était nécessaire. La chose avait déjà été discutée dans mes entretiens avec le général von Falkenhayn à Berlin. Le 1er novembre, Sa Majesté nomma le général von Hindenburg commandant en chef de l’Est. Le commandement de la 9e Armée fut donné, sur notre proposition, au général von Mackensen. Je restai chef d’État-Major du général von Hindenburg. Le plus grand nombre de mes collaborateurs passèrent au nouvel État-Major.

L’autorité du commandant en chef de l’Est s’étendait de

façon formelle aux 8e et 9e Armées et aux états-majors (les Ire, XXe, XVIIe, IIe, Ve, VIe régions dans les provinces de la Prusse Orientale et Occidentale, de la Poméranie, de Posen, de la Silésie avec les forteresses qui s’y trouvaient.

Plus tard, le corps Zastrow, qui se trouvait vers Soldau-Mlawa, d’abord sous les ordres de la 8e Armée, passa directement sous les ordres du commandant en chef de l’Est.

Cette organisation du commandement était bonne. Elle élevait le commandant en chef au-dessus des détails de la conduite d’une armée. Néanmoins, les circonstances demandèrent parfois que j’intervinsse sous la forme d’instructions dans le domaine des commandants d’Armée. Cela ne m’était pas facile. Je l’ai peut-être au début trop négligé, plus tard j’espère avoir trouvé la vraie méthode.

Le quartier général du commandant en chef de l’Est fut placé à Posen. Nous nous installâmes dans le château royal. Ce fut une période chargée de travail et fatigante. C’est là que s’établit cette vie régulière que j’ai menée jusqu’à mon départ de l’armée.

IX

Pénétrés de notre effroyable responsabilité, nous connaissions tous, au quartier général, la gravité de l’enjeu. Dans la province de Posen, nous sentions mieux qu’en Pologne battre le cœur du pays, nous sentions son inquiétude d’une invasion ennemie avec toutes ses suites. Cette inquiétude, nous ne pouvions faire autrement que l’accroître encore par les mesures militaires prises. L’issue des combats qui allaient s’engager était incertaine. La supériorité russe était grande, nos troupes très fatiguées, nos alliés peu vigoureux.

On évacua les jeunes gens en âge de servir des provinces frontières. Des positions stratégiques furent reconnues et l’ordre fut donné de les organiser. Les mines de Pologne furent déjà, par endroits, mises hors d’état ; des mesures furent prises pour la destruction des chemins de fer allemands et des mines

de la région frontière. Pour les préparatifs de destruction des mines de la Haute-Silésie, le commandant de la VIe région s’adressa, sur ma demande, à une autorité minière de sa province ; il sollicita des propositions, dont l’exécution fut ensuite décidée. Alors ce fut la panique dans la province. C’était mon devoir d’interdire aux Russes, pour longtemps, l’exploitation des mines : l’intérêt militaire l’exigeait. Les Anglais ont plus tard détruit avec une rigueur absolue les puits de pétrole roumains ; le charbon n’est pas d’une moindre importance pour la guerre. En fait, il fut possible, suivant l’avis d’une autorité minière plus élevée, de restreindre les mesures préparatoires

La population polonaise de nos provinces frontières n’était guère bienveillante, elle était très réservée et attendait les événements. Aucun homme clairvoyant ne pouvait en être surpris.

Étant donnée notre infériorité, il était important, en vue des opérations décisives imminentes, de tirer des forteresses prussiennes de l’Est et des régions sous nos ordres toutes les troupes utilisables et tout le matériel dont on pouvait se servir dans la guerre de campagne. Nous avions commencé dès août 1914 et nous avons, au cours du temps, avec le landsturm, la landwehr et les diverses formations de forteresse, formé à l’Est un nombre de divisions égal à celui dont disposait le général von Moltke pour la bataille de Koniggratz. Ces divisions furent plus tard numérotées tout comme les divisions d’active, mais cela ne changea pas leur nature. En particulier pour la marche et le combat on ne pouvait leur demander tout ce qu’on demandait aux unités formées de plus jeunes classes. Souvent les nécessités de l’heure n’ont pas permis la distinction. Ces troupes ont donné plus qu’on était en droit d’attendre d’elles ; pour la défense du pays, c’est-à-dire de leurs biens et de leurs foyers, elles ont donné le meilleur d’elles-mêmes.

À la 8e Armée, sur la frontière orientale de la Prusse, on avait formé peu à peu quelques divisions de landwehr. À Soldau, on avait organisé avec les garnisons de guerre des forteresses de la Vistule et du landsturm un corps de protection de la frontière : le corps Zastrow, fort de deux divisions, plus tard

XVIIe C. À. Rés. La forteresse de Thorn dont la première réserve principale, — la 35e D. R. — était à Tschenstoehovo constitua peu à peu une nouvelle réserve principale, appelée corps von üickhuth. Il fut plus tard employé sur la rive droite de la Vistule, dans la direction de Plotzk. Pour le moment, la réserve principale de Thorn constituait la brigade de landsturm von Westernhagen qui, avancé vers la Bzoura, s’était repliée » au moment de la retraite de la 9e Armée, sur Wlozlawek.

La forteresse de Posen, elle aussi, avait déjà donné une réserve principale. Le général comte von Bredow l’avait conduite avec une distinction remarquable, avec le corps Frommel, dans la campagne de Pologne. Sa landwehr n’avait pas de cuisines roulantes. Elle attaqua les Russes, donnant pour raison qu’elle voulait s’en procurer... et elle s’en procura. La forteresse et la province de Posen fournirent maintenant de nouvelles forces. Le corps de Posen, constitué dans la région de Kalich, était une très forte division, équipée avec beaucoup de soin. Le gouverneur de Posen, le général von Koch et son chef d’état-major, le colonel Macquard, s’y employèrent avec une activité marquée.

La VIe région devait, pour la protection de le frontière à l’est de Kempen, former le corps de Breslau. Il fallut assez longtemps pour que le corps fût organisé et à même de combattre.

Le commandant von Bockelberg m’a remarquablement aidé pour la constitution de ces unités nouvelles.

X

Plus je réfléchissais au nouveau problème en face duquel nous nous trouvions, mieux je voyais la situation et l’énorme danger, et plus ma résolution devenait nette de faire de l’opération uécidée à Tschenstocuovo un grand coup, qui seul pouvait définitivement nous sauver. Il ne suffisait pas d’arrêter seulement l’ennemi, il fallait l’anéantir. Cette idée, elle aussi, n’a pas surgi tout d’un coup, elle s’est formée peu à peu.

Tout ce dont le commandant en chef de l’Est pouvait lui-même disposer fut rassemblé pour l’attaque, entre Wreschen et Thorn. Le général von Conrad, avec sa conscience de soldat, fit son possible pour nous aider.

La 8e Armée était affaiblie, elle ne pouvait plus assumer la tâche de couvrir la frontière de la Prusse Orientale. Elle trouva une ligne d’appui sur la position nouvellement établie entre le lac Spirding et le lac Mauer et sur la position organisée de l’Angerapp. Cette armée céda peu à peu le XXVe C. A. Rés. fortement éprouvé, dont nous ne connûmes que plus tard le véritable état, et le Ier C. A. Rés. avec les ler et 36e D. I. Ces troupes furent transportées vers Thorn, direction de Wlozlawek. Le commandant de la 8e Armée dut, dès lors, être très ménager de ses forces pour pouvoir tenir les positions qu’il devait occuper en cas de nécessité. Ces positions devaient être tenues, même au prix d’un effort extraordinaire des chefs et de la troupe.

Le corps Zastrow devait se maintenir à Soldau ; la vie de la 8e Armée et le destin de la Prusse Orientale en dépendaient.

Il eût été particulièrement important d’engager là des forces plus considérables. Une forte avance de Mlawa vers la ligne du Narew Rochan-Poultousk aurait appuyé très efficacement l’opération de la rive gauche de la Vistule. Mais nous avions à nous borner, il fallait assurer le succès de l’attaque de flanc sur la rive gauche. Sinon, les forces étaient disséminées. C’était déjà beaucoup si on réussissait à renforcer le corps Zastrow de façon à lui permettre d’exercer une pression vers la Pologne du Nord et à donner, au moins pendant quelque temps, l’illusion d’une avance. Des forces russes considérables étaient au nord de Nowo-Georgiewsk. Pour la bataille de la rive gauche de la Vistule, il était important de les y retenir.

La forteresse de Thorn pouvait donner, pour l’avance sur la rive droite de la Vistule, en remontant le fleuve, la brigade Westernhagen, plus tard, une partie de la nouvelle réserve principale. Cette brigade devait être engagée en direction de Plosk, en liaison avec le corps Zastrow, en vue d’une diversion. Par Plosk, on pouvait l’appeler à participer à la bataille de la rive gauche de la Vistule.

L’État-Major de la 9e Armée s’établit à Hohensalza.

Les éléments de la 8e Armée qui devaient venir vers Thorn, — Ier C. A. Rés. et XXVe C. A. Rés. — devaient être sous ses ordres.

Le XXe C. A. et la 3e div. de la garde, venant de Haute-Silésie, débarquèrent au sud de Hohensalza, le XVIIe G. A. à Gnesen.

Le XIe C. A. fit le mouvement à pied sur le territoire allemand, par Ostrowo, jusqu’à la région de Wreschen.

Le corps de cavalerie Frommel tenait le contact avec la cavalerie russe entre Prosna et Warthe à l’est de Kalich derrière lui le corps de Posen achevait de prendre position.

Le landsturm qui fit plus tard partie du corps de Breslau occupait encore tant bien que mal le terrain jusque vers Wiélun. De là, jusqu’à mi-chemin Tschenstochovo-Cracovie, se trouvait le général von Woyrsch avec la 35e D. R., la D. Landw. comte von Bredow, le corps de landwehr, le corps de réserve de la Garde sans la 3e D. G. Celui-ci était en liaison avec la lre Armée austro-hongroise qui allait jusqu’à la Vistule ; au sud du fleuve, jusqu’aux Carpathes, étaient groupés, entassés même, les autres éléments de l’armée alliée ; dans la montagne, des forces assez considérables protégeaient la Hongrie.

On voit que l’attaque proprement dite contre le flanc ennemi ne pouvait être menée qu’avec 5 corps d’armée 1/2. Le front ennemi, de l’entrée de la Wartha en territoire allemand jusqu’au sud vers Tschenstochovo, ne pouvait être attaqué que par des forces tout à fait insuffisantes. Le général von Woyrsch avait à agir de concert avec l’armée austro-hongroise. On ne pouvait savoir si celle-ci se déciderait à attaquer. Son moral était de nouveau très bas. Interrogée pour savoir si elle résisterait à l’attaque ennemie à laquelle il fallait toujours s’attendre, la lre Armée austro-hongroise répondit qu’elle tiendrait sûrement 24 heures. Cette attaque ne se produisit pas. C’est de nouveau le mérite du général von Conrad d’avoir amélioré le moral et remis en valeur l’esprit offensif ; il est vrai que pour cela il eut besoin de secours allemands.

Pour rendre plus vigoureuse l’attaque de flanc et renforce le front, nous avions eu l’intention de ramener vers le nord de forts éléments du groupe d’armées Woyrsch. Le général von Conrad nous pria instamment de n’en rien faire. Seule, la 3e D.G. fut donc amenée à Hohensalza au groupe de choc de la 9e Armée.

Le général von Conrad fit venir des Carpathes par chemin de fer, à travers la Haute-Silésie, jusqu’à la région au nord de Tschenstochovo, le général von Boehm-Ermolli avec quatre divisions d’infanterie et deux à trois divisions de cavalerie.

Pour répondre au désir du général von Conrad, le général von Woyrsch fut mis sous les ordres du commandement suprême austro-hongrois.

Après l’arrivée des troupes austro-hongroises, le corps de Breslau en voie de formation put être un peu plus resserré. Ces mesures fortifièrent quelque peu le front à partir de la mi-novembre, mais il resta trop faible pour livrer une grande bataille.

Il a été dit, plus tard, que l’armée austro-hongroise avait défendu la Haute-Silésie. En réalité, même au nord de Tschenstochovo, elle défendait son propre pays.

Il était naturel que, dans cette situation, les regards se retournassent vers l’Ouest. Je me demandais si nous avions encore des chances d’obtenir un succès vers Ypres ou s’il ne serait pas mieux de nous borner définitivement à la défensive à l’Ouest et de pousser, avec toute la vigueur possible, les opérations prévues contre la Russie. Le général von Conrad l’avait proposé en novembre. Cette manière de voir me paraissait être la bonne et je demandai au G. Q. G. des renforts prélevés à l’Ouest. On nous promit des forces, en plus des deux divisions de cavalerie ; mais elles arrivèrent trop tard et aussi par trop petits paquets. L’attaque de flanc ne pouvait enlever la décision que par un effet de surprise, c’est-à-dire conduite vivement et par une masse compacte, en la combinant avec une forte attaque frontale. Nous ne pouvions pas à l’Est retarder l’opération, quand bien même, le 10 novembre, nous aurions pu compter avec certitude sur les renforts.

Les unités qui venaient de l’Ouest y avaient été si éprouvées que leurs effectifs étaient aussi réduits que ceux des unités de l’Est. Les conditions du front polonais, toutes différentes de celles du front occidental, étaient également de nature à les handicaper pendant les premiers temps.

Je ne suis pas à même de juger par le détail si, avec les renforts venus de l’Ouest, on aurait pu procéder autrement. Je ne puis donc formuler de critique. J’ai toujours professé à l’Êcole de guerre qu’une critique qui n’est pas fondée sur les faits retombe sur celui qui l’exprime.

Bientôt après le corps de cavalerie von Richthofen, qui arriva à temps pour la marche en avant, vint le corps de cavalerie von Hollen : 2e et 4e D.C. Il fut adjoint au corps Zastrow.

Plus tard, mais seulement après le commencement de la marche en avant, nous reçûmes : le IIIe C. A. Rés., général von Beseler, avec les 5e et 6e D. R. ; le XIIIe C. A., général von Fabeck, avec la 26e D. I. et la 25e D. R. ; le IIe C. A., général von Linsingen, avec les 3e et 4e D. I., et le XXIVe C. A. Rés., général von Gehrok, avec les 47e et 48e D. R. Ils furent engagés suivant les besoins de la situation.

Les moyens dont nous disposions au commencement de l’opération, le 10 novembre, étaient insuffisants. Néanmoins, il fallait essayer, non seulement d’arrêter définitivement, par un coup décisif, les forces russes de la boucle de la Vistule et de les obliger à renoncer à poursuivre leur avance, mais encore de les mettre hors de cause. Le résultat était obtenu si nous les refoulions de Varsovie. Au cas où nous serions trop faibles pour cela, nous devrions nous contenter du résultat plus modeste C’était déjà une tâche formidable.

XI

En novembre, l’action militaire prit le développement attendu : l’armée russe passa partout à l’exécution des grandes tâches que lui avait assignées le grand-duc.

La 8e Armée se vit attaquée. Elle essaya, après s’être séparée du 1er C. A. Rés. et du XXVe C. A. Rés., de défendre la frontière est de la Prusse Orientale contre les attaques ennemies supérieures en nombre. Mais, à la longue, cela devint impossible. Vers la mi-novembre, elle fut ramenée sur la position des lacs Mazures et de l’Angerapp.

L’est de la Prusse Orientale était de nouveau abandonné aux Russes. Il a beaucoup souffert. On pouvait le prévoir, mais il avait été nécessaire d’affaiblir la 8e Armée. Les Russes poursuivirent vigoureusement et attaquèrent même les nouvelles positions. Pourtant, on décida de distraire encore la lre D. I. et de l’affecter à la 9e Armée pour les combats à l’ouest de la Vistule. C’était, pour atteindre le but à l’endroit le plus important, une décision audacieuse.

Le corps Zastrow fut attaqué sur sa position de Mlawa-Prasnych et obligé de se replier sur la ligne Soldau-Neidenburg. Après de durs combats l’ennemi y fut arrêté. Toute la situation dans le pays à l’est de la Vistule paraissait compromise ; en tout cas la Prusse Occidentale était menacée au plus haut point. Mais le corps Zastrow fit son devoir. Nous vécûmes, à Posen, des heures pleines d’inquiétude. L’arrivée sur les deux ailes du corps de cavalerie von Hollen, au milieu de novembre, améliora la situation.

La brigade de landsturm von Westernhagen atteignit Plotzk ; elle fut portée plus tard sur la rive gauche de la Vistule.

En attendant, la concentration ordonnée de la 9e Armée s’était terminée. Les chemins de fer avaient répondu à toutes les exigences. Dès le 10 novembre au soir, l’Armée était prête à marcher en avant :

XXVe et Ier C. A. Rés. au sud de Thorn, direction Wloz-lawek-Lowitch.

Corps de Cav. von Richthofen, XXe C. A. et 3e D. G. au sud de Hohensalza, direction Kutno.

XVIIe C. A. au sud-est de Gnesen, direction Lentschytza.

XIe C. A. est de Wreschen, direction Kolo-Dombe.

Corps de Cav. Frommel entre Ounieiow et Sieradz, direction Lodz.

Corps de Posen. Kalich-Sieradz, direction Lask.

Du landsturm du corps de Breslau, il y avait peu à attendre de même que des divisions de cavalerie austro-hongroises

Pour le moment, il n’y avait pas d’autres forces sur place. Plus au sud, il ne fallait pas encore songer à une attaque. La seule possible, celle du général von Woyrsch, fortement pressé par les Russes, ne fut pas envisagée.

Dans la boucle de la Vistule, Wlozlawek était occupé par les Russes ; pour le reste, la situation jusqu’à la Wartha était assez confuse. Il y avait là la lre Armée russe qui débordait aussi sur la rive droite de la Vistule. Elle était forte de 10 à 14 divisions. Entre la Vistule et la Wartha, il fallait compter avec certitude sur 8 à 10 divisions. Immédiatement au nord de la Wartha, de forts éléments de cavalerie poussaient jusqu’à la frontière. Le gros de l’armée russe avait, formant un front continu, atteint la Wartha, nord de Sieradz-Nowo Radomsk-région nord-est de Cracovie. D’autres éléments avaient, en Galicie, atteint le Dunajeck et s’étaient engagés dans les Car-pathes. Dans les mouvements de l’adversaire, un arrêt s’était produit. Les destructions des voies ferrées avaient donné le résultat cherché. Mais certains indices laissaient prévoir la reprise de la marche en avant.

Sans perdre de temps, le général von Mackensen commença l’opération, le 11 novembre ; nous n’avions pu que l’approuver. Dès les premiers jours de l’avance, des combats très violents et très meurtriers s’engagèrent à Wlozlawek, à Kutno, à Dombe. Les Russes, complètement surpris, furent culbutés partout.

Tandis que les principaux éléments de la 9e Armée poussaient sans arrêt sur Lodz-gare de Koliouschki, le général von Morgen avec le Ier C. A. Rés. couvrait leur flanc dans la région au nord de Lowitch. Il fut très fortement pressé. Il se défendit d’abord en attaquant lui-même vigoureusement, ensuite passivement, contre les corps russes qui arrivaient par Now’o-Geor-giewsk sur la rive gauche de la Vistule. Grâce à la pression exercée vers Mlawa, ceux-ci n’avancèrent que lentement.

Le centre de la 9e Armée, corps de Cav. von Richthofen, 3e D. G. et XXVe C. A. Rés., brisa finalement la résistance qui lui était opposée. Il franchit la ligne Lowitch-Lodz et poussa, par Brzeziny, fort avant vers le sud. Il ne regardait que devant lui et cherchait à obtenir un gros succès. Un ordre de la 9e Armée, dont j’eus connaissance, lui prescrivant de s’établir à Skiemiewitce, ne l’atteignit pas : l’Armée était restée trop en arrière.

Les XXe, XVIIe, XIe C.A., qui s’étaient fortement resserrés, rencontrèrent, le 17, au nord de Lodz d’importantes forces ennemies et engagèrent le combat. Le corps de Cav. Frommel et le corps de Posen ne progressaient que lentement sur la rive e « t de la Wartha.

Les Russes pensaient, suivant un radio capté, à abandonner Lodz. Notre joie fut grande. Mais un second radio nous apprit que la volonté de fer du grand-duc maintenait ses corps sur place. Ce fut pour nous une lourde déception.

Les troupes russes de la rive droite de la Vistule, à l’exception d’éléments qui restèrent vers Mlawa, reçurent l’ordre de passer la Vistule. Heureusement que ce mouvement ne fut exécuté que lentement, sinon, la situation du général von Morgen eût été encore plus difficile.

Les forces russes battues qui refluaient par Skiemiewitce sur Varsovie furent rassemblées immédiatement à l’ouest de la forteresse ; elles devaient de nouveau être portées en avant.

L’aile droite russe se tassa autour de Lodz. Des éléments venus du front inactif des 2e et 5e Armées russes furent portés sur Koliouschki et même à l’ouest de Lodz, dans la direction du nord. Ils y rencontrèrent notre XIeC. A. qui, surpris, fut fortement pressé.

Le XXVe C. A. Rés. renforcé avait, sous la conduite de son chef éprouvé, le général von Sehäffer-Boyadel, avec le colonel von Massow comme chef d’État-Major, poussé, jusqu’au 22, bien au-delà de Brzeziny. Des éléments du corps de cav. von Richthofen s’étaient approchés de Petrokoff et de Tomachow. Les divisions d’infanterie au sud-est de Lodz s’infléchissaient vers l’ouest. Les espoirs étaient grands. C’est alors que la situation changea d’aspect.

La liaison fut perdue entre le XXVe C. A. Rés. et le XXe C. A. L’ennemi ne fut pas culbuté à Lodz. Il avait, au contraire, refoulé le XXe C. A. et s’était glissé entre les ailes intérieures des deux corps d’armée. De Skiermewitee avançaient, vers

Brzeziny, sans être arrêtés par aucun obstacle, 
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