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prendre ses responsabilités. Une belle harmonie s’était établie entre nos deux pensées. Dans toutes les questions militaires, la conformité de vues à l’État-Major était parfaite.

Le 15 septembre au matin, je quittai Insterburg, en automobile, pour atteindre, par Graudenz et Thorn, mon lieu de destination, Breslau. J’ignorais absolument ce que devaient être mes nouvelles fonctions. Elles me paraissaient plus modestes que celles que je quittais. Je trouvai bientôt un vaste champ d’activité.

LA CAMPAGNE DE POLOGNE DE L’AUTOMNE 1914


I

Le voyage de Breslau ne fut pas gai. Je passai par Allenstein, et j’y déjeunai dans le même hôtel où j’avais habité. La vie avait déjà repris son ancien train du temps de paix. L’après-midi, j’étais à Graudentz, et nous continuâmes par le vent et par la pluie, en passant par Bromberg, jusqu’à Posen, où j’arrivai par une nuit noire et couchai. De nombreux liens m’attachaient à la province et à la ville de Posen. Mon père, issu d’une famille poméranienne de commerçants, y resta fixé jusqu’à la guerre franco-allemande de 1870. Moi-même, j’avais habité Posen et j’étais heureux de le revoir. De 1902 à 1904, j’avais rempli les fonctions de plus ancien officier d’État-Major du Ve C. A. Aussi bien dans cette situation que dans ma situation précédente d’officier d’État-Major de la 9e D. I. à Glogau, j’avais eu l’occasion de voir les conditions difficiles de cette province. Une période de manœuvres m’avait conduit dans la région de Jarotschin-Pleschen. Les Polonais ne nous ont pas été reconnaissants de ce que nous avons fait pour eux. Ils avaient raison, ceux qui, sans cesse, adressaient à l’Allemagne des avertissements. C’est avec une douleur profonde que je vois le triste avenir qui se prépare pour ma province natale.

Le 16 septembre au matin, j’arrivai à Breslau. Bientôt après, je reçus un télégramme m’annonçant que ma proposition du 14 au soir avait été adoptée par le G. Q. G. Le général von Hindenburg et les principaux éléments de la 8e Armée allaient être transportés en Haute-Silésie pour appuyer, sur place, l’armée austro-hongroise. Ces éléments constitueraient la 9e Armée.

Restaient en Prusse Orientale, constituant la 8e Armée : lre D. Cav., Ier C. A., Ier C. A. Rés., 3e D. R., D. Ldw. von der Goltz, quelques brigades de landwehr, la réserve principale de Kœnigsberg, ainsi que les garnisons des forteresses de la Vistule, à l’exception de la 35e D. R., constituée principalement avec la garnison de Thorn. Le général von Schubert prenait le commandement de cette Armée.

La 9e Armée était constituée par la 8e D. Cav., le XIe C. A. le XVIIe C. A., le XXe C. A., le corps de réserve de la garde, la 35e D. R., et la D. L. comte von Bredow. Il fallait donner des ordres pour sa concentration. Celle-ci pouvait être couverte par le landsturm qui était disséminé pour la couverture de la frontière entre Kattowitz et Thorn, en territoire polonais.

Notre État-Major aurait voulu rassembler l’armée de préférence vers la région entre Beuthen et Pleschen. Le grand Q. G. crut nécessaire, eu égard à l’armée austro-hongroise, de pousser la concentration plus vers le sud-ouest, pour que les renforts allemands apparussent plus nettement à l’Autriche-Hongrie et à l’armée austro-hongroise. L’aile droite de la 9e Armée, le XIe C. A., s’établit donc à Cracovie, l’aile gauche fut portée d’autant vers le sud. Le contact étroit avec l’armée austro-hongroise devait naturellement limiter la liberté d’opération de la 9e Armée. Il n’en est pas résulté de gros inconvénients.

Le 17 septembre, le général von Hindenburg arriva, avec une partie de l’État-Major, à Breslau. Nous étions donc appelés à travailler de nouveau en commun sur un théâtre important de la guerre. Je rendis visite, le 18, au quartier général de l’armée austro-hongroise, à Nowo-Sandec. Le voyage, par un temps triste et pluvieux, fut sans incident. La Haute-Silésie, pays de haute civilisation, m’était jusque-là restée étrangère. En Galicie, je découvris un pays qui est le plus abandonné de l’Europe, et j’eus une idée des mœurs polonaises. Ici le juif polonais est particulièrement arriéré, beaucoup plus que ses coreligionnaires de Pologne. La faute n’en est pas seulement à ce peuple, mais encore à ses dirigeants.

À Nowo-Sandec, je me présentai à l’archiduc Frédéric, homme dont le cœur était celui d’un véritable Allemand et les sentiments ceux d’un vrai soldat. Mon respect lui est acquis. Le cerveau de l’armée austro-hongroise était le général von Conrad ; général remarquablement intelligent, et surtout d’une grande souplesse d’esprit. C’était un homme de guerre à l’esprit très fertile et qui donna sans cesse à l’armée austro-hongroise une impulsion nouvelle. Cela restera son mérite éternel. Mais l’armée austro-hongroise n’était pas à la hauteur de ses plans audacieux. Le travail du temps de paix avait été insuffisant. L’armée avait été nettement négligée ; elle n’avait pas eu, dans son pays, la considération qui oblige, comme notre armée en Allemagne. La fleur du corps des officiers de troupe, qui avait tenu l’armée au-dessus des dissensions des nationalités, était déjà tombée ; ceux qui avaient comblé les vides laissaient souvent fort à désirer et ne constituaient plus le ciment de l’armée. Les meilleurs soldats aussi étaient restés sur le champ de bataille. L’armée austro-hongroise avait une éducation toute différente de la nôtre. Le général von Conrad n’avait guère estimé notre formation du temps de paix. Maintenant, il m’avouait qu’il était rallié à nos principes. Il me disait notamment qu’on ne saurait attacher trop de prix à ce qui raffermit la discipline. L’État-Major général autrichien faisait trop de théories, il était étranger au service actif. On commandait trop d’en haut, et on étouffait tout principe d’initiative personnelle.

Le service des étapes était bien organisé, mais il absorbait un nombre incroyable d’officiers.

Mes relations avec le général von Conrad sont toujours restées satisfaisantes ; il était bon que nous nous voyions de temps en temps. J’ai souvent eu l’impression que l’officier de liaison austro-hongrois qui se trouvait à mon État-Major ne transmettait pas seulement des faits, mais encore des potins. L’officier de liaison d’une armée alliée a un rôle particulièrement important. Il peut facilement être nuisible. Il faut absolument que ce soit un homme de grand caractère.

Les opérations passées et imminentes furent discutées.

L’armée austro-hongroise, continuant sa retraite, avait passé non seulement le San, mais encore la Wisloka. Elle était maintenant comprimée avec plus de 40 divisions entre les Carpathes et la Vistule, sur la rive ouest de la Wisloka. Je ne comprenais pas comment l’armée pouvait y tenir. Les grandes pertes en prisonniers, dont j’eus connaissance plus tard, me fournirent l’explication. L’armée avait énormément souffert. Ce fut un acte audacieux du général von Conrad que de décider, confiant en l’aide de l’Allemagne, de prendre de nouveau l’offensive au début d’octobre, quand bien même l’armée austro-hongroise devrait tout d’abord encore reculer sous la poussée russe.

La 9e Armée couvrait déjà, par sa concentration, l’aile nord de l’armée austro-hongroise, la protégeant contre un enveloppement possible. Elle avait d’abord à se porter à sa hauteur et à suivre ensuite son avance au nord de la Vistule. Les armées alliées attaqueraient les Russes là où elles les rencontreraient. La 9e Armée devait bien faire attention à son aile gauche découverte et à son flanc gauche ouvert.

Du côté russe, il n’y avait encore, dans la vaste étendue ouverte vers l’ouest de la boucle de la Vistule, que quelques divisions de cavalerie et quelques brigades d’infanterie. Elles ne purent empêcher les troupes allemandes de couverture de s’établir en territoire polonais, et au corps de landwehr Woyrsch de traverser la Pologne par Radom, d’avancer jusqu’à la Vistule et de la franchir au nord du confluent du San. Ce corps avait effectué sa jonction à l’est du fleuve avec l’armée austro-hongroise avant la défaite de celle-ci.

La masse puissante de l’armée russe était encore à l’est du San avec de faibles éléments à l’ouest, et les éléments battus en Prusse Orientale sur le Narew supérieur et le Niémen. Les corps d’armées sibériens n’étaient pas encore tous arrivés à la frontière occidentale de la Russie. Une partie était encore en route. Ils étaient particulièrement valeureux et nous avons eu fort à faire avec eux.

Ce fut une amère déception que notre diplomatie n’ait pas réussi à écarter le Japon du groupe de nos ennemis : conséquence de notre malheureuse politique, qui nous fit, après la paix de Shimonoseki en 1895, tirer les marrons du feu pour la Russie et empêcha le Japon de prendre possession de Port-Arthur. Naturellement, le Japon ne comprenait pas quel intérêt nous avions à l’amoindrir.

Il paraît que l’ultimatum que nous adressa le gouvernement japonais, en 1914, était la reproduction textuelle de notre ultimatum de 1895. Port-Arthur était remplacé par Kiao-Tchéou. Le Japon sait prendre une revanche !

Pour la continuation des opérations, il fallait attendre que l’armée russe suivît l’armée austro-hongroise malgré toutes les difficultés de l’avance. C’est pour elle que l’espace au sud de la Vistule, de Sandomir à Cracovie, était trop étroit. Elle ne pouvait encore penser à envahir la Hongrie, elle risquait d’être battue au nord des Carpathes. Il fallait s’attendre à ce que les Russes avançassent aussi en aval de l’embouchure du San. Dans quelle mesure et avec quelles forces ? Cela dépendait essentiellement de la question de savoir s’ils avaient connaissance de la nouvelle répartition des forces allemandes, et de leur estimation de leur défaite en Prusse Orientale.

En fait, les Russes ne passèrent le San qu’avec de faibles éléments, en investissant Przemysl. Ils renforcèrent tout d’abord temporairement leurs unités du Niémen. Mais, immédiatement après, dès qu’ils se rendirent compte de l’avance allemande, ils engagèrent toutes leurs forces, même les corps d’armée sibériens nouvellement arrivés, pour une avance puissante et de grande envergure au-delà de la Vistule, de Varsovie jusqu’au confluent du San. Au moment de nos conférences de Nowo-Sandec, la situation était encore en pleine évolution. Il fallait prendre nos mesures pour parer au plus pressé : avance des Russes au-delà du San, avec des éléments au nord de la Vistule supérieure. Pour y faire face, et en prévision d’une attaque de flanc toujours possible par Varsovie, il paraissait désirable de porter aussi sur la rive nord de la Vistule des éléments de l’armée austro-hongroise trop fortement tassée, et notre corps de landwehr. L’armée austro-hongroise du sud de la Vistule restait encore assez forte.

Nos colonnes et nos convois avaient des voitures pour la plupart trop lourdes pour le front polonais, et en nombre insuffisant. Je demandai donc au général von Conrad, qui nous donna satisfaction, des convois légers. Ils étaient composés de véhicules très légers, attelés de chevaux légers très sobres et conduits par des paysans. Le nom de convois « Panje » devint bientôt courant. Les chevaux « Panje » et les voitures « Panje » ont également joué un rôle à l’Ouest. Leur dénomination vient du mot « Panje » qui veut dire « Monsieur », par lequel les conducteurs s’interpellaient entre eux et étaient interpellés par nos soldats.

Les accords militaires de Nowo-Sandec furent conclus à la satisfaction des deux parties et avec une parfaite communauté de vues. Un commandement unique ne fut pas institué. Nous préférâmes, le général von Hindenburg et moi, rester autonomes.

La délimitation des zones d’étapes respectives faillit amener un conflit. L’Autriche-Hongrie a toujours été jalouse de ses intérêts, et ses exigences étaient souvent hors de proportion avec son rendement militaire. De son point de vue, elle avait raison d’agir ainsi, mais les autorités de Berlin avaient le tort de toujours laisser faire. Elles craignaient une paix séparée avec l’Entente, ce que, pour ma part, je considérais comme matériellement impossible. Cette fois cependant, en septembre 1915, la délimitation des zones d’étapes tint un juste compte des besoins allemands, sans que le commandement suprême austro-hongrois en fût désobligé.

II

Le 27 septembre, la 9e Armée était prête. Son Q. G. était à Beuthen. L’ordre de bataille était le suivant :

XIe C. A. : immédiatement au nord-est de Cracovie

Corps de réserve de la garde — XXe C. A. — XVIIe C. A. — 35e D. B. : entre Kattowitz et Kreuzburg;

8e D. Cav. — D. Ldw. comte von Bredow : entre Kempen et Kalisch.

Ces trois dernières divisions formaient un corps sous le commandement du général von Frommel. Les formations de landsturm chargées de la protection de la frontière furent groupées en brigade, et on leur adjoignit de l’artillerie prise dans les forteresses. Elles furent ainsi mises en mesure de rendre service dans le combat.

À l’Est de la Vistule, les unités allemandes de la 8e Armée les plus proches étaient à Mlawa. La D. Ldw. von der Goltz bombardait Ossowietz. Les autres éléments de la 8e armée avaient poussé jusqu’à la ligne Grodno-Kowno en vue d’une feinte. On voulait faire croire à l’ennemi que nous voulions reprendre l’offensive.

Le 29 septembre, Rennenkampf, qui avait été assez considérablement renforcé, passa à l’attaque et repoussa, au cours des semaines suivantes, la 8e Armée jusqu’à la frontière, et même — vers Lyck — au-delà de la frontière.

La 8e Armée était bien sous les ordres du général von Hindenburg, mais nous étions tellement pris par nos propres affaires, et les communications étaient si mauvaises, que nous ne pûmes exercer aucune influence sur les opérations de notre ancienne armée. Cela ne fut possible que, lorsqu’en novembre, la 9e Armée reçut un commandant en chef particulier, et que le général von Hindenburg fut dégagé de la conduite immédiate d’une Armée. La campagne imminente de la 9e Armée ne fut nullement influencée par les revers de la 8e Armée.

À notre aile droite, la situation de nos alliés s’était considérablement améliorée. Les Russes n’avaient suivi qu’avec hésitation au-delà de la Wisloka. L’armée austro-hongroise put respirer et commença sa marche en avant dans les premiers jours d’octobre. La lre Armée, sous les ordres du général von Dankl, destinée à l’avance au nord de la Vistule supérieure et h : corps de landwehr se trouvaient au sud de la rivière, entre le Dunajek et Cracovie, prêts à se joindre à l’avance de la 9e Armée.

Ce corps de landwehr mérite une mention spéciale. Il comprenait une division de landwehr silésienne et une division de landwehr de la province de Posen. Il ne devait être employé originairement que pour la surveillance de la frontière. Mais, comme il arrive toujours, on se sert, au moment du combat, des troupes qu’on a sous la main. C’est ainsi que le corps de landwehr avait, en août, fait l’avance en Pologne et passé la Vistule. Les divisions avaient dû recourir à de nombreuses improvisations. Après le passage de la Vistule, le corps intervint dans les difficiles combats de l’armée austro-hongroise au sud de Lublin. Il dut ensuite participer à la retraite de celle-ci à travers la région du Tanew, région marécageuse et boisée, dénuée de chemins, à l’est du San inférieur.

Le corps de landwehr avait été, dès le mois d’août, mis sous les ordres du général von Hindenburg. Faute de pouvoir intervenir, nous dûmes laisser à l’État-Major de ce corps sa pleine liberté d’action. Cela nous fut d’autant plus facile que nous connaissions son excellent commandant, le général von Woyrsch, et son distingué chef d’État-Major, le colonel Heve.

Peu de temps avant mon départ d’Insterburg, était arrivé un conducteur d’automobiles avec des documents ; il avait annoncé qu’il rapportait les archives sauvées du corps de landwehr. Le corps avait été anéanti. Le général von Woyrsch et son chef d’État-Major avaient été assassinés. Ce n’est que plusieurs jours après que nous pûmes être renseignés et reconnaître que ce bruit était faux.

Le corps avait réussi à se dégager. À Breslau, nous entrâmes aussitôt en communication avec lui, et nous fîmes de notre mieux pour le compléter à nouveau et le rééquiper. Sur sa demande, on lui donna de l’artillerie lourde. Toutefois, il ne put avoir qu’un bataillon de landwehr avec de vieux obusiers de campagne. Ils étaient très lourds pour les mauvais chemins. Mais on faisait un tel cas de l’artillerie lourde que toutes les difficultés furent surmontées. Souvent, on tient trop compte de la mobilité de l’artillerie aux dépens de sa puissance.

Les exploits du corps de landwehr resteront un souvenir glorieux pour tous ceux qui en ont fait partie. Ils sont, en même temps, une grande preuve de l’excellence de notre armée et de nos institutions militaires, ainsi que de la valeur remarquable de la formation et de l’entraînement de nos soldats avant la guerre. Cela nous a permis, à l’Est, de faire de plus en plus la guerre avec des formations de landwehr et de landsturm.

III

L’avance au nord de la Vistule commença le 28 septembre.

La Ire Armée austro-hongroise s’infléchit à droite vers la Nida inférieure et poussa vers la ligne Sandomir-Opatow.

Les différents corps de la 9e Armée avaient les directions de marche suivantes :

Le corps de landwehr par Proschowitze-Pintchow-Opatow ;

Le XIe C. A. par Iendrtschejew, Lagow, même direction ;

Le corps de réserve de la garde par Chentziny, Kiecle, Ostrowietz ;

Le XXe C. A. par Wloschtschowo, Bjiu, Ilja ;

Le XVIIe C. A. par Nowo-Radomsk, Koussk-Radom ;

La 35e D. R. par Petrokow sur Tomaschow ;

La 8e D. Cav., la D. Ldw. comte von Bredow, dans la direction générale gare de Koliouschki-est de Lodz.

Sur l’ennemi, nous n’avions pas de nouveaux renseignements. Il n’opposa d’abord aucune résistance et se replia devant notre avance.

Le Q. G. À. se porta à Wollbrom, puis à Mieschow et à Jendrtschejew. Wollbrom n’était qu’une fabrique. Les deux villes offraient les signes caractéristiques de la saleté polonaise. Les punaises y sévissaient. À Mieschow, nous étions très en avant. Les patrouilles des cosaques s’avançaient jusque dans le voisinage. Le général von Woyrsch, venu pour se présenter au général von Hindenburg, dut faire un détour pour leur échapper.

À Kielce, nous eûmes un quartier convenable et des bureaux bien installés, ce qui facilitait le travail.

Nos troupes durent faire des efforts extraordinaires pour avancer. Les chemins étaient défoncés, le temps mauvais. Pourtant il fallait faire de grandes marches de 30 kilomètres et plus, pour atteindre l’ennemi au passage de la Vistule ou l’accrocher sur l’autre rive.

L’idée directrice de l’opération se dégageait de plus en plus : l’armée austro-hongroise devait chercher la décision au sud de la Vistule, dégager Przemysl et franchir le San, tandis que les éléments au nord de la Vistule auraient plutôt à maintenir l’ennemi. Ce n’était possible que si l’on atteignait l’ennemi sur la Vistule. Une fois établi avec des forces considérables, comme il en avait la possibilité, sur la rive ouest de la Vistule, nous étions trop faibles pour lui résister avec succès. Le tableau commença à se modifier, sans arrêt, à partir des conventions de Nowo-Sandec. Il devait subir des retouches à la fois d’ensemble et de détail. Aussi cette campagne est-elle une des plus multiples d’aspect qu’on ait jamais vue. Elle mérite une des premières places dans les annales de l’histoire de la guerre.

Le commandement eut chaque jour à prendre de nouvelles et graves décisions. Les chefs subalternes durent faire preuve d’initiative. Ce fut un saut audacieux dans l’inconnu, une lutte énergique, puis un recul prudent. Les faibles forces de l’armée étaient disséminées sur une vaste étendue. Mais une seule volonté, claire et consciente du but, les animait.

Les mouvements des troupes dépendaient au plus haut point du ravitaillement. Les conditions de celui-ci étaient aussi défavorables que possible, par suite de l’état indescriptible des chemins et du mauvais temps. La grande route de Cracovie à Varsovie était, elle-même, défoncée jusqu’à hauteur du genou. Un pied de boue la recouvrait. Les travaux nécessaires à la réfection et à la mise en état des chemins étaient énormes, et les moyens peu considérables. La troupe et les compagnies de travailleurs furent infatigables et tirent beaucoup. Lorsque nous nous repliâmes, dans la seconde quinzaine d’octobre, les routes avaient un tout autre aspect. Nous avions travaillé dans le sens du progrès de la civilisation.

La situation des chemins de fer était tout aussi difficile La voie ferrée de Kielce, la plus importante pour nous, passait par le tunnel de Mieschow qui était détruit. Des entreprises de construction avaient été chargées de le mettre en étal, les travaux avançaient relativement vite. Ce tunnel a son histoire. Cette fois il avait été rendu inutilisable par nos troupes et fut reconstruit par nous en octobre. En novembre, il fut détruit par nous. Ensuite les Russes le reconstruisirent, pour le détruire à nouveau, dans l’été de 1915 ; à cette date, nous le remîmes en état d’une manière définitive. D’autres travaux considérables, tels que la transformation de la large voie russe en voie normale, et de nombreuses constructions de pont durent être exécutés. On fit un travail excellent. La voie ferrée de Kielce et plus tard de Radom fut terminée bien plus tôt que je n’avais escompté. La construction de la seconde voie Vienne-Varsovie, à voie normale il est vrai, de Tschenstochovo par Nowo-Radomsk, direction gare de Koliouschki, fut entreprise et rapidement exécutée. De même, on réussit à mettre en exploitation quelques voies transversales, mais nous ne pûmes terminer le pont de Sieradz, sur la ligne Kalich-Lodz, et établir ainsi la jonction du réseau polonais et du réseau allemand du côté de l’ouest.

Grâce au travail infatigable de quelques officiers de mon État-Major, le commandant Drechsel, les capitaines von Walldow et Sperr, les communications de l’arrière prirent rapidement forme. Toutes les difficultés furent surmontées assez tôt pour que les opérations n’en souffrissent pas.

L’établissement des moyens de liaison était encore plus difficile qu’en Prusse Orientale. Les Russes avaient détruit les quelques lignes téléphoniques existantes et renversé les poteaux qui les supportaient. Quelques lignes de campagne furent construites dont nous dûmes nous contenter. Nous n’étions pas aussi gâtés sous le rapport des liaisons que nous le fûmes plus tard avec la guerre de positions. Des autos et des estafettes, celles-ci établies par relais, étaient les moyens de liaison les plus sûrs. Les quelques stations radiotélégraphiques rendirent de nouveau de bons services. Ici encore, je suis toujours parvenu à être renseigné et à transmettre les ordres en temps voulu.

La population ne nous causa pas de difficultés. Elle était de bonne volonté, et exécutait les ordres donnés. Mais l’idée qu’on avait eu, de la faire marcher contre les Russes se trouva irréalisable. La soi-disant légion polonaise de l’armée austro-hongroise était composée surtout de Polonais de Galicie, sujets austro-hongrois. Je ne me rendis parfaitement compte de tout cela que plus tard.

IV

Le 4 octobre, les forces principales de l’armée austro-hongroise, les 2e, 3e et 4e armées, commencèrent aussi la marche en avant ; elles traversèrent la Wisloka, le 5. Les Russes n’opposèrent pas de résistance opiniâtre. Les troupes austro-hongroises atteignirent le San dès le 9 et rentrèrent dans Przemysl.

La lre armée austro-hongroise et l’aile droite de la 9e Armée combattirent, le 4 octobre, à Klimontow et à Opatow contre des brigades russes d’infanterie qui s’en tirèrent à bon compte. La lre Armée autrichienne prit dès lors comme point d’appui principal Sandomir, tandis que l’aile droite de la 9e Armée, continuant à marcher vers la Vistule, restait en amont du confluent du San.

Le XXe C. A. atteignit la région au nord-ouest de Kielce, le XVIIe C. A. atteignit Radom après un léger combat et s’y rassembla. Le corps Frommel avait atteint Tomaschow-gare de Koliouschki, la 8e Div. de Cav. était vers Rawa. Entre Kalich et Thorn nos formations territoriales avançaient lentement en Pologne ; pour le reste elles étaient employées aux communications de l’arrière.

En attendant se multipliaient les renseignements suivant lesquels le corps d’armée sibérien avait débarqué à Varsovie et des forces considérables étaient poussées, sur la rive droite de la Vistule, du confluent du San vers le nord. Nous avions l’impression qu’une grande opération ennemie se préparait contre la 9e Armée. Mes vues sur notre propre opération en furent confirmées. Nous avions à gagner et à tenir la ligne de la Vistule, pendant que l’armée austro-hongroise du San obtiendrait la décision principale en attaquant et en battant les Russes.

Pour le détail, il nous fallait tout d’abord atteindre les points de passage vraisemblables entre le confluent du San et Iwangorod et masquer, enlever, si les circonstances le permettaient, la tête de pont de cette forteresse sur la rive gauche. En outre, nous avions à surveiller la Vistule entre Iwangorod et Varsovie. Enfin, nous devions porter un coup contre les corps d’armée sibériens qui se concentraient au sud de Varsovie, et, à la suite de cette opération, masquer la forteresse, peut-être la prendre. La 9e Armée, seule, était trop faible pour suffire à ces nombreuses tâches. La lre armée austro-hongroise devait être mise à contribution et appuyer considérablement vers le nord.

D’abord, la 9e Armée devait avancer nettement vers le nord :

Le XVIIe C. A., sous les ordres du général von Mackensen, reçut l’ordre de marcher sur Varsovie.

Le groupe Frommel fut mis sous ses ordres.

Le XXe C. A. devait surveiller Iwangorod et interdire tout passage de la Vistule au nord de la forteresse.

Le corps de réserve de la garde reçut les mêmes instructions pour le cours de la Vistule au sud de la forteresse jusqu’à Nowo-Alexandria inclus.

Le corps de landwehr avait, au sud de ce point, à défendre la Vistule.

Le XIe C. A. fut affecté comme renfort à la lre Armée austro-hongroise. Celle-ci devait tenir la ligne de la Vistule au sud jusqu’à Annopol et passer elle-même le fleuve à cet endroit au cas où le San aurait été franchi plus au sud. Le général von Conrad mit à ma disposition deux divisions de cavalerie, dont l’une, la 3e, fut mise sous les ordres du XXe C. A. pour la surveillance de la Vistule, l’autre, la 7e, affectée au corps Frommel.

L’exécution de ces ordres provoqua, à certains endroits, des combats acharnés.

Le XVIIe C. A. avança de Radom par Bjalobrshegi appuyant nettement à gauche et rencontra, dès le 9 octobre, à Grojetz et à l’est, les troupes sibériennes qui s’y concentraient. Après de violents combats, elles furent rejetées sur Varsovie. Le général v. Mackensen les poursuivit avec vigueur et appela le général Frommel sur son aile gauche. Dès le 12, il était immédiatement au sud de la forteresse.

Sur un officier russe tué ou blessé, resté sur le champ de bataille du 9, on trouva un ordre qui nous donna des indications extrêmement importantes.

Une brigade du XXe C. A. engagea le combat au nord d’Iwangorod, à Kosjenitze, contre quelques éléments ennemis qui avaient traversé le fleuve. Elle ne réussit pas à les repousser.

Le corps de Rés. de la garde attaqua à Nowo-Alexandria l’ennemi qui avait traversé et le rejeta sur l’autre rive de la Vistule, après des combats acharnés, dans lesquels intervint aussi le corps de landwehr.

Plus au sud, les Russes n’avaient pas encore passé la Vistule.

Notre quartier général était à Radom.
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