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 d’août 1916, je suis passé au G. Q. G. Il a rendu des services aussi brillants, dans cette situation, qu’en qualité de plus ancien officier de mon État-Major.

Au G. Q. G., je pris comme collaborateur, pour l’élaboration des opérations, le lieutenant-colonel Wetzell. Je le connaissais et je l’estimais depuis longtemps. Il connaissait très bien le front occidental. Il s’y était distingué comme plus ancien officier de l’État-Major et chef d’État-Major du IIIe C. A. et, en particulier, devant Verdun. C’est un excellent soldat, une nature fidèle et un caractère plein d’initiative et fertile en suggestions, il a été pour moi un collaborateur excellent et précieux. Je me suis séparé de lui en septembre 1918 uniquement parce que j’étais obligé d’établir une nouvelle répartition du travail dans mon État-Major, afin d’avoir moi-même un peu plus de repos. Mais nous gardions, l’un pour l’autre, une estime réciproque.

Après le lieutenant-colonel Wetzell, j’ai eu auprès de moi le colonel Heye et le commandant von Stülpnagel, deux soldats de caractère ferme et d’intelligence lucide. J’ai vécu avec eux les heures les plus difficiles qu’un soldat puisse vivre : lorsqu’il apparut que nous ne pouvions plus gagner la guerre militairement. Ce fut pour moi la plus grande douleur d’être obligé de les quitter à cette époque.

Les questions d’organisation étaient principalement entre les mains des commandants von Vollard-Bockelberg, baron von dem Busche et Frahnert : c’étaient des hommes d’une énorme puissance de travail, d’une grande activité et d’une haute intelligence. Leur œuvre a été considérable.

Trois de mes collaborateurs ont, eu une notoriété particulière. Cela tenait à leurs attributions.

Le colonel Bauer, personnalité très marquée, qui, comme moi, voyait dans la bonne tenue de l’intérieur la condition du succès final, faisait tous ses efforts pour la maintenir et pour l’accroître. Il a joué un rôle capital dans le développement de notre artillerie. Il avait pour mission d’assurer à l’armée le matériel de guerre nécessaire et de se rendre compte de la capacité de production de l’industrie, en se mettant en relation avec les entrepreneurs et les ouvriers. Son domaine confinait à celui du Ministère de la Guerre.

Pour beaucoup de questions d’ordre à la fois économique et militaire et de questions tactiques, sa collaboration et ses conseils ont été extrêmement utiles à la conduite de la guerre.

Le général von Bartenwerffer, officier d’un esprit calme et d’une intelligence claire, d’un patriotisme élevé, était le chef de la section politique. C’était une importante tâche de l’État-Major général de l’armée en campagne que de suivre la politique militaire des pays étrangers et des pays neutres et d’entrer en relations avec le chancelier, au sujet des problèmes politiques qui en résultaient. Il en était de même pour les événements politiques dans les régions occupées dans la mesure où celles-ci dépendaient du G. Q. G. Les frontières que nous donnerait la guerre étaient, pour la sécurité militaire de la patrie, d’importance capitale. Toutes les questions que posait ce problème étaient, pour le G. Q. G., un champ d’activité de haute importance. La section politique était le service militaire qui avait dans ses attributions toutes les questions posées par le problème de la paix.

Le troisième de ces officiers a été le lieutenant-colonel Nicolaï, homme extrêmement travailleur, d’une grande conscience et d’un grand talent d’organisation. Ses attributions étaient très diverses, peut-être trop. Son domaine s’était développé de lui-même. Le lieutenant-colonel était chargé de la direction militaire de la presse et en relation étroite avec cette activité, dans la mesure des possibilités militaires, de surveiller et de protéger le moral du pays et de l’armée. Le résultat n’a pas été obtenu. La direction de la presse et la propagande n’ont jamais été organisées ; nous nous en rendions parfaitement compte.

La censure militaire de la presse était également exercée par le lieutenant-colonel Nicolaï et par ses services. Il est dans l’ordre de cette institution, mal nécessaire en temps de guerre, de ne pouvoir satisfaire personne. J’ai regretté que cette censure ait dû être exercée par le G. Q. G., par suite de l’inaction des autres pouvoirs.

Un autre grand domaine du lieutenant-colonel Nicolaï était le service secret des renseignements et le service du contre-espionnage, impliquant la surveillance des postes, du télégraphe et du téléphone, la surveillance des frontières, et la défense contre l’espionnage économique et le sabotage. Le lieutenant-colonel Nicolaï a rendu d’excellents services au G. Q. G. par ses renseignements. L’incertitude est dans la nature même de la guerre. L’ennemi n’a, malgré ses ressources, bien plus grandes, jamais eu connaissance de nos intentions. Il a toujours été surpris, sauf au 15 juillet 1918, où sa besogne, par notre faute, a été trop facile.

L’exploitation des renseignements sur l’ennemi, en vue des décisions militaires, était assurée par le service « Armées Étrangères » que dirigeait le capitaine von Rauch, officier d’État-Major expérimenté et zélé. Il a été à la hauteur d’une tâche lourde de responsabilités. Ici encore, l’État-Major général a donné ce qu’on était en droit d’attendre de lui.

J’ai encore eu, dans mon État-Major, beaucoup d’autres fidèles collaborateurs. Je nommerai les colonels von Tieschowitz et von Mertz, les commandants von Walldow, Crantz, von Harbou Hofmann, BartenwerfFer, Muths, les capitaines Wever, Gabriel, Geyer, von Fisclier-Treuenfeld, von Gossler, von Poseck, etc.

Une cordialité particulière régnait à la grande table de notre popote. Le général-feld-maréchal aimait les histoires gaies et les conversations alertes. J’aimais à y prendre part, mais je parlais volontiers de questions de service. Evidemment, on prenait grand soin de ne rien dire des opérations.

Nous avions souvent des visites à table, ou même seulement au bureau. Parfois nous eûmes des invités alors que la situation était particulièrement critique. Je me rappelle, qu’en octobre 1914, des Messieurs arrivèrent avec un train de colis pour les soldats, et qu’ils parlaient de la prise imminente de Varsovie, alors que déjà j’étais obligé de penser à l’ordre de retraite. En pareil cas, les invités étaient une charge, mais, en général, ils apportaient de ranimation.

Par des officiers de passage appartenant aux différentes armes et venant de toutes les divisions du front, nous apprenions ce qui se passait dans l’armée, souvent mieux que par les grands rapports officiels. J’attachais une grande importance à une étroite liaison avec le front, et j’obtenais souvent des suggestions que j’ai toujours suivies. Ces visites militaires m’ont été particulièrement précieuses.

Souvent vinrent des membres du gouvernement soit de Berlin, soit des États Confédérés. Le chancelier von Bethmann-Hollweg vint nous rendre visite dès l’automne 1914 à Posen, puis en février 1915 à Lôtzen. Nous vîmes souvent aussi les autres chanceliers. Parfois, c’étaient des parlementaires. J’ai eu toujours l’impression que ces Messieurs, de quelque parti qu’ils fussent, aimaient à nous voir. Vis-à-vis d’eux, de même que des particuliers, je m’exprimais naturellement avec la réserve nécessaire, au sujet de la situation militaire et du problème de la paix.

Les représentants de la grande industrie, du commerce et des associations ouvrières sont venus parfois et ont été invités à notre table.

Nous vîmes des attachés militaires des pays neutres, des députations d’officiers neutres qui visitaient le front, des correspondants allemands et étrangers, de même que des représentants de la presse, de la science et de l’art.

La table du commandant en chef de l’Est vit très souvent des représentants de toutes les parties de la Prusse Orientale et Occidentale.

De nombreux princes furent nos invités.

La visite de Sa Majesté l’Empereur était naturellement pour nous un honneur particulier. Même en sa présence, la conversation restait exempte de contrainte et nous avions l’impression que Sa Majesté aimait à se trouver avec nous.

J’aimais beaucoup avoir des invités à table, car c’était pour moi l’occasion de discuter différentes questions. J’avais ensuite d’autant plus de temps pour mes tâches militaires proprement dites.

VI

La conduite de l’armée demande de la volonté et de la prévoyance, mais elle demande aussi une connaissance de l’organisation extrêmement compliquée de l’armée, qui ne peut être acquise et tenue à jour que par un travail de tous les instants. Autre chose doit s’y ajouter : le sens de la mentalité des troupes et de la mentalité ennemie. Ceci ne s’acquiert pas par le travail ; c’est, comme beaucoup d’autres choses, affaire de personnalité. Les impondérables ont d’autant plus d’importance que la tâche est plus grande. La confiance et la foi en la victoire servent de trait d’union entre le chef et ses troupes.

Les États-Majors de groupes d’Armées et d’Armées furent pour nous, dans notre énorme tâche, des collaborateurs intelligents et pleins d’initiative. Un échange de vues incessant était établi entre eux et nous ; mais c’est à nous qu’appartenait la décision. Le G. Q. G. avait à harmoniser et à assurer l’unité de conception dans les innombrables domaines qui constituent la vie de l’armée. Les fréquents déplacements des troupes rendaient cette charge particulièrement importante.

Sous réserve de ces restrictions, les États-Majors étaient autonomes dans leur ressort : autonomie plus marquée pendant les opérations et dans l’offensive que dans la guerre de positions et dans la défensive. Il y avait naturellement des situations tactiques dans lesquelles, pour les instructions de détail, les vues des E.-M. différaient de celles du G. Q. G. Il arrivait souvent que les E.-M. gardassent alors le dernier mot. C’était pour moi une source de scrupules : lorsqu’on réussissait, tant mieux ; mais en cas d’insuccès, je m’adressais des reproches.

J’attachais un grand prix aux conversations de vive voix et aux impressions immédiates. J’aimais à me rendre au front, et, en qualité de premier quartier-maître général, j’avais pour cela à ma disposition un train spécial avec des bureaux et des installations télégraphiques spéciales. Naturellement, le voyage n’interrompait pas le service. À certaines stations, on recevait les rapports quotidiens comme au quartier général et, en cas de nécessité, on pouvait correspondre avec tout le monde.

Mes relations personnelles avec les États-Majors et les troupes étaient excellentes. Je jouissais de beaucoup de confiance.

J’aime particulièrement à me rappeler les relations que j’ai eues avec le quartier général du Kronprinz. Le Kronprinz avait un grand sens du métier militaire ; il posait des questions intelligentes et qui témoignaient de ses connaissances. II aimait le soldat et était plein de sollicitude pour la troupe. Il n’était pas pour la guerre, mais pour la paix. Ceci reste la vérité, malgré toutes les assertions contraires. Le Kronprinz a toujours regretté de n’être pas suffisamment préparé à sa future profession d’Empereur. Il s’est donné pour cela toute la peine possible. Il me disait que sa tâche était plus difficile que celle d’un spécialiste. C’est ce qu’il a exposé dans un mémoire qu’il a adressé à l’empereur son père et au chancelier. Ses manières extérieures lui ont nui, il valait mieux que l’apparence qu’elles lui donnaient.

Le chef d’État-Major du groupe d’Armées du Kronprinz allemand, le colonel comte von der Schulenburg, officier d’intelligence très lucide et de grande énergie, a été pour moi un auxiliaire en qui je pouvais avoir pleine confiance.

Je me suis souvent rendu aussi au groupe d’Armées du Kronprinz Rupprecht de- Bavière. Il avait un chef d’État-Major de haute valeur et extrêmement laborieux, le général von Kuhl, qui est un de mes amis de jeunesse et dont j’admirais le calme dans les circonstances les plus difficiles.

Il me serait trop long de parler des autres groupes d’Armées. Mais je voudrais dire un mot du général von Lossberg. Ce brillant organisateur a souvent été utile à la patrie et à l’armée. La confiance qu’il avait en moi était pour moi d’un grand prix.

Lorsque je me rendais au front, les chefs d’État-Major m’exposaient la situation, en présence de leur général. Ils s’exprimaient avec la même franchise que mes collaborateurs du G. Q. G. Ils savaient que je voulais avoir leur avis et voir clair, mais que je n’admettais pas les trompe-l’œil. Parfois je rappelais aux Armées que je ne voulais que des comptes rendus véridiques, et qu’on devait me transmettre aussi bien les renseignements défavorables que les autres.

Le compte rendu était suivi d’une discussion dans laquelle intervenait le général commandant l’Armée lorsque celui-ci n’avait pas rendu compte lui-même, ce qui m’était particulièrement agréable. Les conversations qui toujours s’engageaient ensuite me donnaient l’occasion de discuter beaucoup de questions avec les commandants d’Armée.

Mes relations avec les Armées ne se bornaient pas aux voyages hebdomadaires. J’avais chaque matin une conversation par téléphone avec les chefs d’État-Major d’Armée, dans laquelle ils me faisaient part de leurs préoccupations et de leurs satisfactions. Souvent, ils avaient quelque chose à me demander. Ils savaient que je faisais tout ce qui était en mon pouvoir. J’ai souvent adressé aux chefs d’État-Major de bonnes paroles et j’avais ensuite l’impression qu’ils revenaient avec plus de confiance à leur lourde tâche. Du soi-disant tapis vert on pouvait souvent mieux dominer la situation stratégique et tactique qu’on ne le pouvait sur place, sous l’impression des émotions personnelles.

Il ne s’agissait pour moi dans les conversations par téléphone que de me tenir au courant. Les ordres n’étaient donnés par cetto voie qu’en cas d’urgence absolue, et, en ce cas, ils étaient renouvelés par écrit aux E.-M.

Il va de soi que ces conversations étaient rapportées aux commandants d’Armée. Je n’étais pas du tout pour le système de la toute-puissance des chefs d’État-Major. D’ailleurs, les commandants d’Armée étaient des hommes de trop de caractère pour que ces habitudes pussent s’établir.

Il est parfois arrivé qu’on se soit servi de l’autorité du commandement suprême pour donner des ordres que je n’aurais jamais approuvés. Lorsque pareils faits sont venus à ma connaissance, j’ai pris des mesures énergiques.

Quand je ne pouvais voir par moi-même, le G. Q. G. envoyait en liaison vers l’avant ou vers les E.-M. d’Armée des officiers d’État-Major chargés de se faire sur place une idée aussi claire que possible de la situation.

Des changements de personnes dans le haut commandement étaient inévitables. Ils étaient demandés pour les E.-M. au chef du cabinet militaire, pour l’État-Major général au chef de l’État-Major général de l’armée en campagne. Il arrivait aussi que le G. Q. G. provoquât des mutations.

Cela était nécessaire lorsqu’il s’agissait d’avoir aux endroits importants de la bataille des officiers particulièrement expérimentés. 11 en résultait un grand bénéfice pour les opérations et, en particulier, pour la troupe, et une économie de vies humaines.

Il se produisait aussi des relèves de commandants et de chefs d’État-Major d’Armée, surtout au cours des combats de longue durée, et, en particulier, dans les cas d’insuccès. La charge pour ces hommes était à la longue au-dessus de leur force. Les C. A. épuisés étaient, sur les fronts de combat, remplacés par d’autres. Ce changement était une cause de perturbation, mais les inconvénients qui en résultaient n’avaient rien de capital. On ne pouvait pas relever des E.-M. d’Armée en entier. Une trop grande perturbation en serait résultée dans trop de domaines, en particulier dans les questions de ravitaillement. On devait s’en tenir à un changement de personnes, dont l’inconvénient était un moindre mal.

Sur la proposition du G. Q. G., des commandants et des chefs d’État-Major d’Armée ont été parfois relevés, dans l’intérêt du commandement et de la troupe. Il est naturel que, vu la longueur de la guerre, quelques fléchissements se soient produits ici ou là. Heureusement, ces cas restèrent isolés. C’était, malgré tout, chose délicate ; malgré toute la conscience apportée, il n’est pas impossible qu’on ait procédé parfois avec dureté, voire même avec injustice. Je ne demandais qu’à revenir sur les erreurs commises ,[mais lorsque ma bienveillance avait des conséquences fâcheuses, je m’adressais à moi-même de durs reproches.

La forte secousse du 8 août 1918 m’a amené à offrir ma démission au général-feld-maréchal. Assurément, j’avais été, moi aussi, éprouvé par les dures déceptions de la fin de la guerre. Mais je suis resté maître de mes nerfs.
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