PRÉface








télécharger 1.52 Mb.
titrePRÉface
page10/30
date de publication28.03.2017
taille1.52 Mb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   ...   30

LA CAMPAGNE D’ÉTÉ DE 1915 CONTRE LA RUSSIE


I

L’attaque décidée en janvier par le général von Conrad n’avait pas eu de succès. Le premier choc avait permis de gagner quelque terrain sur toute la crête des Carpathes, mais on s’était ensuite arrêté. Les Russes avaient contre-attaqué et avaient pressé l’armée austro-hongroise. Il n’y eut que la brave armée allemande du sud, sous les ordres du général von Linsingen, qui put continuer à avancer. Sans ces troupes allemandes, la situation aurait été intenable. Les difficultés de ce front pendant la période d’hiver étaient énormes. Elles imposèrent à la troupe, qui fit des prodiges, des fatigues inouïes. Il y eut de grosses pertes causées par le froid.

Przemysl ne fut pas dégagé. Il tomba le 19 mars.

Tandis que les attaques contre le territoire allemand à l’est de la Vistule diminuaient vers le commencement d’avril, le grand-duc continua son offensive contre l’armée austro-hongroise, dans le but très net de descendre par les Carpathes en Hongrie et de mettre ainsi l’Autriche-Hongrie hors de cause.

À Teschen, l’État-Major considérait, au mois d’avril, la situation militaire de la Double monarchie comme extrêmement inquiétante. L’attitude de l’Italie était devenue très douteuse. Elle avait repoussé toutes les larges concessions de l’Autriche-Hongrie que j’avais moi-même appuyées auprès du général von Conrad, et elle s’était entièrement engagée dans les filets de l’Entente. Celle-ci, malgré sa supériorité numérique, avait besoin de nouveaux auxiliaires pour avoir raison de nous. L’entrée de l’Italie en guerre aux côtés de nos ennemis était de plus en plus probable. L’Autriche-Hongrie se voyait obligée de renforcer considérablement ses troupes de la frontière italienne. L’armée serbe aussi semblait de nouveau vouloir attirer l’attention. Une offensive russe devait être d’autant plus sensible pour l’armée austro-hongroise que celle-ci était obligée de s’affaiblir en Hongrie et en Galicie au bénéfice d’autres fronts. L’inquiétude à Teschen augmentait de plus en plus. L’officier de liaison austro-hongrois nous représentait sur l’ordre du général von Conrad la situation comme extrêmement grave. Ce que je savais de l’armée austro-hongroise confirmait ces dires. Les graves communications de l’officier de liaison et notre propre avis furent transmis au G. Q. G.

À la mi-avril, la situation dans les Carpathes devint encore plus tendue. L’armée du général Boroevic fut rejetée au-delà de la crête, tandis que, plus à l’est, l’armée allemande du sud tenait bon. Le moment était venu où il fallait absolument venir à la rescousse. Notre 25e D. R. en réserve à la 9e Armée fut mise en route par chemin de fer. Elle arriva tout juste à temps pour empêcher le désastre.

Le G. Q. G. fut informé de la mesure prise par nous. Il se rallia à notre manière de voir. II créa le corps des Beskides sous les ordres du général von der Marwitz qui jusque-là avait commandé notre XXXVIIIe C. A. Rés. Le commandant en chef de l’Est mit en outre à sa disposition la 4D. I. et une division de formation nouvelle pour renforcer le front des Carpathes. La situation n’y resta pas moins très grave. En même temps, nous étions obligés d’envover des renforts sur le front serbe. Ceux-ci aidèrent plus tard le général von Linsingen pour son offensive de mai.

Le G. Q. G. résolut alors de chercher la décision du côté de la Russie. Le plan était grandiose et l’idée de s’affaiblir à l’Ouest, malgré la tension de la situation, témoignait d’un grand sens des responsabilités.

Depuis les combats de novembre autour d’Yprès, la guerre de tranchées se développait sur le front occidental. L’arrêt de l’avance en France, le retrait de l’aile droite en septembre et les résultats peu importants des combats des Flandres avaient exercé sur les armées de l’Ouest une profonde dépression encore aggravée par la pénurie des munitions. Une attaque du IIIe C. A. sous le commandement du remarquable général von Lochow, exécutée vers Soissons dans le courant de janvier, avait fait la meilleure impression. Et une autre attaque presque consécutive des Saxons à Craonne avait obtenu de beaux succès. Au prix de durs efforts on était enfin parvenu à faire échouer une tentative de percée de grand style faite par les Français en Champagne, en février et en mars.

Les espoirs de l’Entente continuaient pour l’instant à se porter uniquement sur la Russie. En Angleterre les armées de Kitchener étaient en voie de formation : remarquable création d’un organisateur éminent. Sur les 32 divisions, les 12 premières purent être prêtes à partir de mai. Les fabrications de guerre de l’Entente prenaient de l’extension. Les États-Unis devenaient de plus en plus leurs fournisseurs. Des mesures économiques nous permirent bien, tout d’abord, de rendre plus difficile l’exportation du matériel de guerre d’Amérique, mais leur effet ne put être de longue durée. Dans la lutte difficile que nous avions à mener, nous ne pouvions considérer cette manière de faire des États-Unis que comme une aide partiale apportée à nos ennemis ; cette attitude devait faire naître en nous une profonde amertume.

Il fallait s’attendre à ce que l’offensive allemande contre la Russie fût suivie d’attaques ennemies sur le front occidental pour soulager le front russe. Les combats particulièrement critiques de la Bassée et d’Arras au mois de mai montrent quelle responsabilité le G. Q. G. avait assumée en décidant de livrer dans l’Est la bataille décisive.

Le général von Mackensen fut placé à la tête de la 11e Armée qui devait se constituer principalement avec des troupes venues de l’Ouest ; il reçut la mission de prendre l’offensive au commencement de mai, en Galicie occidentale, contre le flanc des armées russes qui attaquaient dans les Carpathes avec un grand mépris de la mort et de les battre. Le général von Mackensen était un homme superbe et un brillant soldat dont les exploits survivront à jamais dans l’histoire. Son chef d’État-Major, le colonel von Seeckt, qui avait été jusque-là chef de l’État-Major du général von Lochow, a été, par sa pénétration d’esprit et l’heureux équilibre de ses facultés, une des personnalités les plus remarquables de la guerre.

Le commandement de la 9e Armée fut pris par le général-feld-maréchal prince Léopold de Bavière à qui revenait cette haute dignité militaire. Il accepta volontiers d’être placé sous les ordres du général-feld-maréchal von Hindenburg, bien que celui-ci fût moins ancien de services.

Le commandant en chef de l’Est reçut la mission de déployer une certaine activité sur son front pour y retenir des forces ennemies.

II

La 9e Armée venait d’avoir une période tranquille. Au début de mars, elle crut pouvoir remporter un succès au nord de la Pilitza et, au prix de nombreuses difficultés, elle exécuta une attaque locale qu’elle fut bientôt obligée d’abandonner.

En exécution des instructions du G. Q. G., elle devait maintenant attaquer vers Skiernewice. Nous avions reçu des gaz et nous attendions de leur emploi un grand succès tactique, les mesures de protection des Russes étant encore rudimentaires. La 10e Armée semblait aussi pouvoir obtenir des avantages locaux en attaquant à l’Est de Suwalki. Il en fut ainsi ordonné.

L’attaque par les gaz de la 9e Armée, qui eut lieu le 9 mai, ne réussit pas. Le vent était favorable, mais la troupe avait été mal instruite. L’émission des gaz réussit très bien. La troupe crut que c’en était fait de l’ennemi. Comme celui-ci tirait néanmoins par endroits et que notre propre artillerie, semble-t-il, n’entra pas convenablement en action, l’infanterie n’attaqua pas. On crut que les gaz avaient été sans action. La 9e Armée n’a pas eu de chance avec les gaz. Plus tard, dans de tout autres conditions, elle fît une attaque par les gaz au même endroit. Il y eut une saute de vent et nous eûmes de nombreux intoxiqués. Les troupes n’aimaient pas les gaz. Les travaux de préparation étaient trop longs, et, quand il fallait attendre le vent favorable avec des récipients pleins de gaz en place dans les tranchées, les officiers et les hommes n’étaient pas tranquilles.

L’attaque de la 10e Armée à Suwalki obtint un succès tactique.

Je ne sais pas si ces attaques ont été réellement de quelque profit pour la grande opération, mais elles paraissaient légitimes, étant justifiées au point de vue tactique. L’appui prêté à l’opération du général von Mackensen aurait été plus efficace si nous avions eu la possibilité d’attaquer l’ennemi par une action de guerre de mouvement. C’était impossible sur le front de la 9e Armée et du détachement d’armée Gallwitz de la 8e et de la 9eArmées. On ne pouvait le faire qu’au nord du Niémen par la Lithuanie et par la Gourlande. Nous avions, à la fin de mars et au commencement d’avril, reçu de l’Ouest la 3e D. Cav. et la D. Cav. bavaroise. Elles avaient débarqué à Gumbinnen, l’aile gauche de la 10e Armée étant encore très faible. Ces deux divisions, ainsi que la 6e D. Cav. qui se trouvait déjà au nord de Pregel, furent chargées de faire, à la fin d’avril, une incursion en Lithuanie et en Courlande, appuyées par la 6e D. R., la 36e D. R. et la 78e D. R. Les divisions de cavalerie furent très soigneusement équipées pour cette opération. Le général von Lauenstein prit le commandement.

Notre expédition en Lithuanie et en Courlande commença le 27 avril.

Le général von Lauenstein, après avoir concentré ses forces suivant les indications du commandant en chef de l’Est, marcha sur Schaullen en trois colonnes :

Colonne de droite : D. Cav. bav., 3e D. Cav. et 36e D. R. — par Jurborg ;

Colonne du centre : 78e D. R. — par la grand’ route de Tauroggen ;

Colonne de gauche : 6e D. Cav. et 6e D. R. — par la région de Memel.

Dès le 27 au soir, la 3e D. Cav. se trouvait immédiatement

au sud-ouest de la route Tauroggen-Kielmy, non loin de Skaud-vile, tandis que la D. Cav. bav. avait poussé sur Rossieny. La 6e D. Cav. avait dû combattre immédiatement à l’est de la frontière et n’avait pas beaucoup avancé.

L’adversaire, dont les forces principales n’avaient pas bougé depuis la fin de mars, du nord-est de Tauroggen, se replia sur Kielmy et se déroba, la 3e D. Cav. ne l’ayant pas accroché. Le 28 avril, la D. Cav. bav. et la 3e D. Cav. étaient à Kielmy et à l’est, la 6e D. Cav. à Worny. 75 kilomètres avaient été franchis en deux jours. Le 29, les divisions de cavalerie sé rapprochèrent de Schaulen et de Kurschany. Le 30, Schaulen fut occupé ; les Russes l’avaient incendié. La 6e et la 3e D. Cav. continuèrent leur mouvement dans la direction de Mitau ; la 6e D. Cav. arriva, le 3 mai, devant cette ville. Elle ne put vaincre la résistance ennemie et resta tout d’abord au sud-ouest de Mitau. Elle se replia plus tard le long de la voie ferrée Mitau-Moseheiki, derrière la Windau. La 3e D. Cav. fut bientôt arrêtée et accouplée à la D. Cav. bav. Les deux divisions poussèrent dès lors de Schaulen dans la direction du sud-ouest par Beissagola sur Keidany. Là, la résistance ennemie devint plus forte. Elles se replièrent lentement devant la poussée de l’adversaire derrière la Dubissa, dans la direction de Kielmy.

Les divisions d’infanterie, elles aussi, avaient fait des marches exceptionnelles. La 36e D. R. fut portée vers la Dubissa inférieure pour servir de couverture du côté de Kovno, tandis que la 78e et la 6e D. R. se réunissaient à Schaulen.

Le but de cette audacieuse entreprise était atteint. Les Russes se fortifiaient à vue d’œil.

Dans la suite, toute une série de combats très difficiles, très durs pour le commandement et pour les troupes, se déroulèrent sur la Dubissa, de l’embouchure jusqu’à Kielmy, autour de Schaulen et vers le nord-ouest, sur un front très étendu ; ils durèrent pendant tous les mois de mai et de juin. Ils furent conduits, de notre côté, avec des forces très inférieures, avec des alternatives de défensive et d’offensive, mais ils nous obligèrent peu à peu, pour garder le terrain conquis et continuer à fixer l’ennemi, à engager encore au nord du Niémen, la 8e D. Cav. de la 9e Armée, la lre D. R. et la 2e D. Cav. du détachement d’armée Gallwitz et la faible division Beckmann de la 10e Armée. Les unités devinrent si nombreuses qu’elles durent être réunies sous un E. M. d’Armée avec ses nombreux services ; un C. A. ne suffisait plus. Le général Otto von Below prit le commandement de cette armée qui reçut le nom d’Armée du Niémen.

Le général von Scholtz lui succéda à la tête de la 8e Armée.

Nous gardâmes la ligne de la Dubissa au prix de durs combats. Schaulen ne put, à la longue, être tenu, et une partie seulement des stocks de cuir si riches et si précieux pour nous put être ramenée en arrière.

Nous dûmes abandonner la ville à l’ennemi dès le mois de mai, et nous prîmes position immédiatement au sud. Notre cavalerie était sur la Windau, de Kurschany jusqu’à la hauteur de Hasenpot ; elle fut parfois percée par l’ennemi, mais tint finalement la ligne de la rivière.

La 3e brigade de cavalerie avait pris Libau le 7 mai au soir. Nous savions bien que les troupes russes qui s’y trouvaient n’avaient qu’une très faible valeur, mais nous ne savions pas quel était l’état des ouvrages. Comme port de guerre, Libau avait été abandonné dès avant la guerre. Les vastes installations militaires du port témoignaient de la grandeur de la Russie des tsars dans tous les domaines où il s’agissait d’un déploiement de puissance. La ville possédait d’importants établissements industriels, parmi lesquels une des plus grandes fabriques de fils de fer barbelés de la Russie. Le lieutenant-colonel Hoffmann proposa un coup de main. J’y consentis. Nous n’avions pas beaucoup de troupes. La 3e brigade de cavalerie, sous les ordres du colonel von der Schulenburg, deux à trois bataillons et quelques batteries des divisions de réserve déjà sur place devaient se rapprocher de la ville par l’est, tandis qu’un bataillon de landsturm avancerait par le sud en longeant la côte et que des torpilleurs attaqueraient par mer. La forteresse ne fut pas sérieusement défendue. Les garnisons firent sauter les forts et il se trouva que les canons qui semblaient devoir défendre la côte n’étaient que des « attrapes ». La faible garnison de 1500 hommes se rendit lorsque nos troupes arrivèrent par le sud et par l’est. La prise de Libau n’est pas un exploit militaire dont parlera l’Histoire, mais elle a été une entreprise heureuse que tous les exécutants aiment à se rappeler. Nous n’eûmes pas de pertes, ce qui était particulièrement précieux. Je m’efforçais toujours d’obtenir des succès avec le moins de sacrifices possibles. La troupe a le droit d’être fière si elle peut vaincre en subissant de grosses pertes. Le chef doit raisonner autrement.

III

Le général von Mackensen avait percé, dans la matinée du 9 mai, le front russe du Dunajek moyen par une attaque bien préparée et brillamment exécutée par les troupes. Les jours suivants, la deuxième et la troisième positions russes avaient été emportées. Les Russes abandonnèrent la Hongrie et repassèrent la crête des Carpathes pour se replier vers le nord. La Hongrie était délivrée et l’armée austro-hongroise définitivement dégagée. Il était temps, car l’Italie entra en guerre vers cette époque. Son armée comptait plus de 600.000 hommes, sans parler des nombreuses formations de seconde ligne qui n’étaient pas, à proprement parler, combattantes. C’était un énorme renfort pour l’Entente. En septembre, l’effectif total des troupes combattantes italiennes atteignait déjà 900.000 hommes.

Le général von Mackensen poussa sans arrêt vers le San sur Jaroslau et emporta la tête de pont. Les armées austro-hongroises de droite et de gauche suivirent l’avance des troupes allemandes ; l’armée allemande du sud attaqua, elle aussi, et progressa vers le nord au-delà de Stryj. Przemysl fut de nouveau enlevé aux Russes, au commencement de juin.

Au nord de la Vistule supérieure, les Russes abandonnèrent la Nida pour se replier sur la Vistule. Le général von Woyrsch put, à la mi-mai, s’avancer jusqu’à Kiecle, en pivotant sur son aile gauche.

Les armées russes, entre les Carpathes et la Pilitza, avaient ainsi été obligées d’abandonner leurs positions et avaient subi de lourdes pertes. Mais les Alliés ne pouvaient guère poursuivre que de front, malgré tous leurs efforts pour prendre à certains endroits l’ennemi de flanc et en particulier pour attaquer le flanc ouest de l’armée russe des Carpathes. Une tentative d’enveloppement exercée sur l’aile droite de l’armée austro-hongroise en Bukovine échoua. Elle n’avait pas les forces nécessaires. Tout se borna à un repli devant la poussée ennemie.

Le mauvais état des communications de l’arrière imposa d’abord un arrêt sur le San. L’avance put reprendre dès le début de juillet. C’étaient toujours les troupes allemandes qui avaient à fournir le plus gros effort. Lemberg fut pris le 22 juillet. Rawa-Rouska le fut bientôt après et les Russes durent poursuivre leur retraite jusqu’au Boug. Dès lors, on descendit également la Vistule dans la direction Lublin-Iwangorod.

À Lôtzen, nous avions naturellement suivi avec la plus grande tension d’esprit les événements de Galicie, et nous nous étions constamment fait une idée de la façon dont nous pourrions continuer vigoureusement les opérations contre la Russie. Pour l’instant, nous n’avions plus rien à engager. Les Russes s’affaiblirent en face de nous, et, en particulier, en face de la 9e Armée. Sur la frontière sud de la Prusse orientale et occidentale, ils prélevèrent également des troupes pour la Galicie. Sur le front opposé à notre 10e Armée, ils avaient prélevé des éléments qu’ils avaient envoyés en Lithuanie au moment de notre invasion. Partout donc, leur front était faiblement tenu. Nous aussi, nous avions déjà beaucoup prélevé pour les opérations du sud-ouest. Nous pûmes, quelque temps encore, continuer ces prélèvements. Mais, vu la longueur immense du front, il fallut tout de même s’arrêter. Il fallait bien laisser assez de monde sur les positions pour pouvoir assurer la relève des sentinelles. Ce n’est que lorsque le G. Q. G. mit, au mois de juin, à notre disposition quelques régiments de landsturm de formation nouvelle, que nous pûmes penser à nous constituer des réserves pour nos opérations offensives.

La poussée frontale exercée sur les Russes en Galicie ne pouvait, quelles que fussent leurs pertes, amener la décision de la guerre. Ils reculaient en combattant aussi loin que nos communications nous permettaient d’avancer. Ils ne se battaient pas encore sur leur territoire et pouvaient nous abandonner beaucoup de terrain avant d’y arriver. Et nos propres pertes, dans ces attaques de front, n’étaient pas minimes. Il fallait voir si d’autres opérations n’offriraient pas de meilleures chances de succès. Nous pouvions peut-être réunir 9 à 10 divisions sous les ordres du détachement d’armée Gallwitz, devenu 12e Armée, pour frapper un coup vers le Narew inférieur. Mais il n’y avait pas de gros succès à escompter. Il fallait s’attendre à voir les. Russes résister peut-être, mais ensuite se dérober de même qu’en Galicie.

Nous pensâmes de nouveau à l’opération dont nous avions eu l’idée après la campagne d’hiver et qui, théoriquement, paraissait plus avantageuse : une avance au-delà de la ligne Ossowietz-Grodno, peut-être même au-delà de Lomja. Cette avance aurait pu avoir un résultat décisif. Elle nous amenait, par le plus court chemin, sur le dos de l’armée russe qui reculait de Galicie orientale entre la Vistule et le Boug. Nous explorâmes les marais des deux côtés d’Ossowietz pour y trouver un passage, mais, comme il fallait s’y attendre, le résultat fut négatif. Le terrain ne permettait pas de passer. Il fallait compter sur une résistance sérieuse sur la ligne Ossowietz-Grodno, déjà très forte, et probablement aussi très fortement occupée. On ne pouvait compter venir à bout de cette résistance et des autres difficultés. J’ai profondément regretté de n’avoir pu, en réponse à une demande du G. Q. G., conseiller cette attaque.

Toute opération plus au nord nous éloignait de l’endroit décisif au sud-est de Grodno. Il fallait, en ce cas, compenser cet inconvénient par la vitesse, surtout si la retraite ennemie devenait plus rapide qu’elle n’avait été jusqu’ici. Le flanc ennemi devait alors être atteint de plus en plus dans la direction Wilna-Minsk. Une grande avance allemande entre Grodno et Kovno seulement n’aurait pas été assez efficace. Nous tombions dans une impasse. Il semblait plus favorable de prendre Kovno par l’ouest au moyen de la 10e Armée, en l’enveloppant en même temps par le nord au moyen de l’armée du Niémen. Une fois tombée cette forteresse, qui était le pilier de la défense russe du Niémen, le chemin de Wilna, sur les derrières des principales forces de l’armée russe, était ouvert. Celles-ci devraient faire alors un grand bond en arrière. Si l’armée du Niémen et la 10e Armée pouvaient, en temps voulu, recevoir même de faibles renforts et avoir à leur disposition des convois suffisants, on pouvait espérer, en venant du nord par Wilna, prendre les Russes de flanc et terminer la campagne d’été de 1915 par une victoire décisive. Le déplacement des opérations, de la Galicie orientale vers la région de l’est du Boug, favorisait notre projet.

Pour l’exécution de cette idée, l’armée du Niémen fut renforcée par la 41e D. I., la 76e D. R. et la 4e D. Cav. de la 8e Armée.

L’attaque de Kovno était facilitée par le fait, qu’à la mi-mai, après l’échec d’une poussée russe venue des régions boisées de l’ouest de Kovno sur Schaki, nos lignes avaient été avancées dans cette région à une distance qui permettait la mise en œuvre de notre artillerie la plus puissante. La poussée russe nous avait surpris et elle avait gagné, au début, pas mal de terrain vers la frontière. On ne pouvait voir si c’était le début d’une plus grande attaque contre l’aile nord assez faible de la 10e Armée. L’État-Major de cette armée concentra rapidement à Wilkowichki des éléments de différentes divisions sous les ordres du général Beckmann qui repoussa bientôt l’ennemi. Ce fut pour nous un soulagement de voir la situation se rétablir. Le général Beckmann passa plus tard le Niémen, et il fut mis sous les ordres de l’armée du Niémen.

Les préparatifs des opérations sur Kovno allaient commencer, lorsque Sa Majesté nous convoqua à Posen, le général-feld-maréchal et moi, pour le 1er juillet. L’empereur décida, sur la proposition du chef de l’État-Major général, et après avoir entendu le général-feld-maréchal, de continuer l’offensive en Pologne : en particulier la 12e Armée avait à percer le front ennemi et à pousser vers le Narew, pendant que la 9e Armée et le général von Woyrsch avançaient vers la Vistule. Les armées alliées continueraient en outre leur avance entre le Boug et la Vistule.

Le G. Q. G. croyait, par ces opérations, pouvoir porter un coup fatal à l’armée russe qui se trouvait encore dans la boucle de la Vistule. Je dus remettre mes projets à plus tard, espérant pouvoir exécuter mon opération quand le général von Gallwitz aurait atteint le Narew et en serait arrivé, lui aussi, à une poussée frontale. Même alors il serait encore temps de l’exécuter. L’avance de nos lignes en Lithuanie et en Courlande pouvait très favorablement préparer cette opération. Il est vrai que nous devions renoncer à déplacer d’autres forces, déjà prévues pour la Courlande, et à prendre Kovno.

IV

Conformément aux instructions du G. Q. G., on fit tous les préparatifs possibles pour le passage du Narew et on mit en position, non seulement la 12e Armée, mais encore l’aile droite de la 8e Armée : la 12e Armée avait à avancer entre la Vistule et la Schkwa, avec pour objectif principal Poultousk-Rojan ; la 8e Armée devait atteindre la rivière entre le confluent de la Schkwa et le confluent de la Pissa.

Le général von Gallwitz décida de faire la première attaque des deux côtés de Prasnysch. Il avait à sa disposition :

Le Ier C. A. avec la 2e D. I. et la 37e D. I ;

Le XIIIe C. A. avec la 3e D. I., la 26e D. I. et la 4e D. Garde ;

Le XVIIe C. A. avec la 35e D. I. et la 36e D. I. et la lre D. R. garde ;

Le XIe C. A. avec la 38e D. I. et la disivion von Wernitz ;

Le XVIIe C. A. Rés. avec la division von Breugel, la 14e D. L. et le corps Dickhuth.

Le général von Scholtz attaqua avec la 75e D. R. et la 10e D. L.

Pour la préparation de l’attaque, nous avions concentré une artillerie qui était alors considérable pour le front oriental, en particulier à la 12e Armée.

L’attaque des deux armées commença le 13 juillet. Grâce aux mesures prises par l’E.-M. et l’excellent esprit des troupes elle eut un plein succès.

Les divisions du général von Gallwitz gagnèrent largement du terrain dans le système des positions ennemies et poussèrent sans arrêt. Le 15, une forte position arrière fut enlevée après un violent combat, et, dès le 17, le Narew était atteint, tandis que l’aile droite était arrivée immédiatement au nord-ouest de Nowo-Georgiewsk. Nous assistâmes à la bataille du 13 et du 14, le général-feld-maréchal et moi, à la 12e Armée. Nous eûmes la meilleure impression du commandement et de la troupe. La 12e Armée avait, comme la 11e Armée dans la Galicie occidentale, largement progressé au premier choc. De même que sur le San, il y eut aussi sur le Narew un temps d’arrêt. Poultousk et Rojan furent pris le 23 juillet, Ostrolenka le 4 août seulement ; le passage du Narew était ainsi obtenu sur un large front. D’autres éléments se dirigèrent vers Serotzk et Segershe, pour investir Nowo-Georgiewsk par le nord-est.

A côté de la 12e Armée, la 8e Armée avait atteint le Narew entre la Schkwa et la Pissa, après de violents combats ; mais elle n’avait pu prendre pied qu’avec de faibles forces sur la rive sud du Narew, dans le voisinage du confluent de la Schkwa.

Les Russes opposèrent partout la résistance la plus acharnée et ils eurent les plus lourdes pertes.

Dans la boucle de la Vistule, la 9e Armée et le détachement d’armée du général von Woyrsch s’étaient également portés en avant. Celui-ci avait battu les Russes sur l’Ilshanka et près de Radom ; le 19 juillet, il avait occupé Radom et obligé les Russes à se replier sur la Vistule. Par suite, ceux-ci durent, le 21, se replier au nord de la Pilitza également, derrière la Vistule et sur une position devant Varsovie. Les faibles éléments de la 9eArmée entrèrent alors en jeu et attaquèrent cette position. Ils devaient aussi couper Nowo-Georgiewsk par le sud.

Entre le Boug supérieur et la Vistule, les armées alliées continuèrent à progresser vers le nord par d’incessantes attaques frontales.

Loin du grand champ de bataille de Pologne, l’armée du

Niémen s’était également portée à l’attaque vers la mi-juillet et elle avait poussé très loin vers l’est.

J’exprimai alors mon avis qu’il était temps d’exécuter avec des forces considérables mon opération du Niémen inférieur sur Kovno et de là dans le dos des Russes. Les troupes pouvaient être prélevées sur le détachement d’armée Woyrsch, sur les 9e, 12e et 8e Armées. La prise de Kovno demandait du temps et la retraite russe en Galicie était déjà presque accomplie. Mais il était encore possible d’obtenir de grands résultats, en tout cas plus grands que par les opérations en cours. Celles-ci ne pouvaient se terminer que par un refoulement purement frontal de l’ennemi dans la direction de l’ouest à l’est.

Le G. Q. G. maintint son point de vue. On s’en tint à une opération sur la Vistule et le Narew. Nous ne pouvions pas affaiblir les armées qui y prenaient part, au profit de la 10e Armée et de l’Armée du Niémen. Le G. Q. G. renforça la 12e et la 8e Armées chacune par une division venue de l’Ouest. Je ne suis pas à même de juger si le G. Q. G., pour des raisons tirées de la situation générale, n’a pas voulu s’engager davan tage dans une opération aussi vaste que celle que nous proposions.

Les 9e, 12e et 8e Armées gardèrent leur direction de marche avec leur nombre de corps fixé par le G. Q. G. La prise de Nowo-Georgiewsk fut préparée. En même temps nous décidâmes d’attaquer Kovno et de laisser l’Armée du Niémen continuer ses attaques ; on tenterait les deux.

V

Les mouvements des armées alliées en Pologne à l’est de la Vistule conduisirent, comme je m’y étais attendu, à une poussée frontale avec des combats incessants. Ici encore, on fit de vains efforts pour arriver à envelopper les Russes. L’armée russe fut sans doute surprise en marche, mais elle put s’échapper. Elle fit souvent avec des forces considérables des contre-attaques acharnées et elle trouva toujours occasion, dans de nombreuses vallées marécageuses, de se remettre en ordre et d’opposer avec succès une assez longue résistance. Rien que la marche incessante pendant un mois, sur les mauvais chemins, et par un temps le plus souvent défavorable, imposa à nos troupes des fatigues inouïes. Habits et chaussures étaient dans le pire état. Le ravitaillement était difficile, on avait peine à trouver des cantonnements, les Russes détruisant et incendiant systématiquement les localités. Ils emmenaient le bétail, pour ensuite le laisser crever le long des routes. Les habitants, emmenés, eux aussi, étaient ensuite chassés dans les marais à côté des chemins lorsqu’ils gênaient la circulation.

Les conditions du ravitaillement devinrent de jour en jour plus difficiles, en particulier à la 12e Armée qui s’éloignait de plus en plus du point terminus de ses chemins de fer. Les communications de l’arrière s’améliorèrent à la 8e Armée après la prise de Lomja-Ossowietz. Il fut possible de la ravitailler latéralement ; mais, malgré tout, les conditions restèrent difficiles. Tout ce que nous avions, en fait de véhicules, était principalement employé pour le transport des munitions. Notre infanterie épuisée avait d’autant plus besoin pour attaquer de l’appui de l’artillerie qu’elle avançait davantage vers l’Est. À mesure que la distance augmentait, il devenait plus difficile de faire avancer les munitions. Ainsi les combats se ralentissaient et perdaient de leur vigueur. Un officier russe m’a dit plus tard, après la conclusion de la paix avec la Russie, qu’il n’avait pas compris pourquoi nous n’avions pas poussé plus vigoureusement : l’armée russe se sentait débandée. Le commandement et les troupes ont tout fait pour atteindre ce but. Mais, lorsque, malgré toute la discipline, malgré toute la volonté et toute l’énergie de chacun, les forces ne sont pas à la hauteur de la tâche, la volonté du commandement est, elle aussi, impuissante.

Nous construisîmes une voie ferrée de Willenberg à Ostro-lenka par Chorshele et nous remîmes en état relativement vite les autres voies ferrées. Mais les routes d’étapes s’allongèrent de plus en plus ; elles dépassèrent les 120 kilomètres que nous avions considérés comme un maximum. L’Entente a eu des conditions bien plus favorables pour son offensive de l’été 1918 Elle avait un grand réseau ferré immédiatement derrière le front ; elle pouvait transporter sans cesse vers l’avant son énorme matériel de guerre, et ainsi appuyer efficacement son infanterie. Celle-ci pouvait, grâce à de nombreux camions, se reposer dans de bons cantonnements où elle était bien nourrie, et revenir sans cesse au combat avec des forces nouvelles.

Conformément aux instructions données par le G. Q. G., les mouvements continuèrent leur cours. Cholm et Lublin tombèrent en notre pouvoir à la fin de juillet. Nous ne poussâmes pas avec vigueur plus à l’est. Les Russes trouvèrent ainsi le temps de faire glisser leurs troupes du secteur enveloppé vers le sud et d’y constituer un nouveau front.

Le général von Woyrsch prit la tête de pont ouest d’Iwan-gorod. Il franchit la Vistule au nord, le 28, à la vue de l’ennemi et fut fortement attaqué. J’avais considéré ce passage comme très difficile ; il avait réussi au point de vue tactique, mais n’avait pas modifié la grande situation stratégique.

Devant la 9e Armée, les Russes évacuèrent la position en avant de Varsovie et Varsovie même, au commencement d’août.

La 9e Armée entra, le 5 août, dans la capitale de la Pologne Elle fut dès lors enlevée à notre commandement et passa immédiatement sous les ordres du G. Q. G. Le prince Léopold de Bavière reçut en même temps le commandement du détache ment d’armée Woyrsch. Le G. Q. G. avait sans doute ses raisons pour cette nouvelle organisation du commandement. Pour moi, la tâche n’en fut pas simplifiée, d’autant plus que la zone d’étapes de la 9e Armée restait sous nos ordres. Pour la suite de l’avance, je fus obligé d’entrer souvent en relations directes avec cette Armée. Les mouvements de la 9e et de la 12e Armées étaient étroitement solidaires. Le G. Q. G. était bien trop occupé pour que je pusse le déranger pour une foule de questions de détails qui résultaient de cette situation.

La prise de Varsovie nous remplit d’une satisfaction particulière. N’avions-nous pas livré de durs combats, en automne 1914, pour nous en rendre maîtres ? Les campagnes d’alors avaient jeté la base des succès actuels, dont la prise de Varsovie était le signe extérieur.

Les jours suivants, le groupe d’Armées du prince Léopold de Bavière passa tout entier la Vistule sur un large front, entçe Iwangorod et Varsovie. Encore une fois, le G. Q. G. tentait une manœuvre d’enveloppement, en engageant ce groupe d’Armées sur Brest-Litowsk, pendant que des forces russes considérables étaient encore au nord de Lublin. Mais ce fut en vain. Les Russes se dérobèrent. Tandis que le général von Mackensen cherchait à atteindre Brest-Lit’owsk, le groupe d’Armées du prince Léopold fut poussé vers le Boug en avant de la forteresse.

Après le passage du Narew par la 12e Armée dans les derniers jours de juillet, les regards du général von Gallwitz étaient fixés vers le sud, du côté du Boug. Il espérait encore pouvoir envelopper l’ennemi qui se trouvait alors dans la région de Varsovie. Il porta donc son effort principal sur son aile droite en direction de Wyschkow, vers le Boug. Comme je l’avais craint et comme le général von Gallwitz lui aussi en avait vu la possibilité, les espoirs ne se réalisèrent pas. À partir du 10 environ, la 12e Armée reçut l’ordre de marcher nettement vers l’est, son aile droite remontant le Boug. Elle se rapprocha ainsi de la 8e Armée qui, après la chute d’Ostrolenka, le 5 août, avait continué à progresser sur la rive sud du Narew et poussait maintenant ses forces principales sur Lomja.

Entre temps, Serotzk et Segerje étaient tombés, Dombe aussi, l’investissement de Nowo-Georgiewsk était terminé de tous côtés. Le général von Beseler avait reçu du général-feld-maréchal la mission de prendre la forteresse. Les troupes de la 9e et de la 12e Armées engagées devant Nowo-Georgiewsk furent placées sous ses ordres. On lui donna également un assez grand nombre d’obusiers austro-hongrois du plus lourd calibre.

Les instructions pour la prise de Nowo-Georgiewsk, la direction d’ensemble des 8e et 10e Armées, l’attaque de Kovno, la situation en Lithuanie et en Courlande nous imposèrent dès lors un énorme travail, à mon État-Major et à moi-même. Bien que nous n’ayons pas dirigé les opérations de la campagne d’été de 1915 avec la même autonomie que les précédentes campagnes, mais que nous ayons suivi, pour les lignes générales, les instructions du G. Q. G., il nous restait encore une tâche immense ; nous étions obligés de provoquer et d’exécuter un nombre considérable de décisions qui étaient quelquefois de grande importance. Il faut ajouter que nous n’étions pas toujours d’accord avec le général von Falkenhayn. Cela s’explique très bien, étant donné l’indépendance des caractères, mais cela m’imposait l’obligation toute spéciale de chercher à réaliser les idées du G. Q. G., qui n’étaient pas les miennes, avec plus de soin encore, si possible, que des idées conformes aux miennes ou mes propres idées.

1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   ...   30

similaire:

PRÉface iconPRÉface

PRÉface iconPreface

PRÉface iconPréface

PRÉface iconPRÉface

PRÉface iconPRÉface

PRÉface iconNotre préface

PRÉface iconQuand les compagnons du Groupes Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste...

PRÉface iconSommaire Préface : Un peu d’histoire Introduction : Présentation des Actes du Congrès
«L’homme est le meilleur ami de la femme, à condition que l'un comme l'autre apprennent à se faire respecter.»

PRÉface iconPréface
«Nouvel hypnotisme» et le «Diagnostic de la suggestibilité». Nous voulions auparavant recueillir de nouveaux matériaux, afin de mettre...

PRÉface iconPréface de Jack London
«le bon vieux temps». La faim et le manque de logements que j’ai pu constater sévissaient pourtant à l’état chronique, et la situation...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com