Emmanuelle Prager








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Vingt mille lieues sous les mers


D’après Jules Verne

Adaptation Emmanuelle Prager

Version brève jeune public / spectacle musical Percussions Claviers de Lyon / création octobre 2015 théâtre de la Renaissance

Tous droits de reproduction et d’exploitation réservés.

1 Un monstre marin
L’année 1866 est marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n’a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitent les populations des ports et surexcitent l’esprit public à l’intérieur des continents, les gens de mer sont particulièrement émus, et après eux les gouvernements des divers États de l’Europe et de l’Amérique.
En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires ont rencontré en mer “une chose énorme”, un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu’une baleine.

Si c’est un cétacé, il surpasse en volume tous ceux que la science a classés jusqu’alors.
Avec ce penchant qui pousse au merveilleux la cervelle humaine, on comprendra l’émotion produite dans le monde entier par cette surnaturelle apparition.
Le fantastique animal endosse la responsabilité de tous les naufrages, dont le nombre est malheureusement considérable.

Le public se déclare et demande catégoriquement que les mers soient enfin débarrassées et à tout prix de ce formidable cétacé.
J’ai publié en France un ouvrage in-quarto en deux volumes intitulé : Les Mystères des grands fonds sous-marins. Ce livre fait de moi un spécialiste dans cette partie assez obscure de l’histoire naturelle.
Je suis mis en demeure par le New York Herald de formuler une opinion quelconque. Je m’exécute. Je parle, faute de pouvoir me taire. Je discute la question sous toutes ses faces, politiquement et scientifiquement, et je publie un article très nourri dans le numéro du 30 avril.
Ainsi donc, après avoir examiné une à une les diverses hypothèses, toute autre supposition étant rejetée, il faut nécessairement admettre l’existence d’un animal marin d’une puissance excessive. 
2 New York
L’opinion publique s’étant prononcée, les États de l’Union se déclarent les premiers. On fait à New York les préparatifs d’une expédition destinée à poursuivre le narval.

Les arsenaux sont ouverts au commandant Farragut, qui presse activement l’armement d’une frégate de grande marche, l’Abraham Lincoln.
Je reviens d’une exploration scientifique entreprise dans les mauvaises terres du Nebraska, aux Etats-Unis, en ma qualité de professeur suppléant au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Je suis fatigué, avide de repos. Je n’aspire plus qu’à revoir mon pays, mes amis, mon petit logement du Jardin des Plantes, mes chères et précieuses collections.
Mais trois heures avant que l’Abraham Lincoln ne quitte le pier de Brooklyn, je reçois une lettre du gouvernement de l’Union qui me demande de représenter la France dans cette entreprise.
J’oublie tout, fatigues, amis, collections, et j’accepte sans plus de réflexion l’offre du gouvernement américain.
ARONNAX. Conseil !



ARONNAX, aparté.

Conseil est mon assistant. J’ai en lui un spécialiste très ferré sur la classification en histoire naturelle.

ARONNAX. Conseil !

CONSEIL. Monsieur m’appelle ?

ARONNAX. Oui, mon garçon. Prépare-moi, prépare-toi. Nous partons dans deux heures.

CONSEIL. Comme il plaira à monsieur.

ARONNAX. Pas un instant à perdre. Serre dans ma malle tous mes ustensiles de voyage, des habits, des chemises, des chaussettes, sans compter mais le plus que tu pourras, et hâte-toi !

CONSEIL. Et les collections de monsieur ?

ARONNAX. On s’en occupera plus tard.

CONSEIL. Comment ! les archiotherium, les hyracotherium, les oréodons, les chéropotamus et autres carcasses de monsieur ?

ARONNAX.: On les gardera à l’hôtel.

CONSEIL. Nous ne retournons donc pas à Paris ?

ARONNAX. Si... certainement..., mais en faisant un crochet.

CONSEIL. Le crochet qui plaira à monsieur.

ARONNAX. Oh, ce sera peu de chose. Nous prenons passage sur l’Abraham Lincoln.

CONSEIL. Comme fera monsieur je ferai.

ARONNAX. Et songes-y bien, car je ne veux rien te cacher. C’est là un de ces voyages dont on ne revient pas toujours.

3 L’Abraham Lincoln
L’Abraham Lincoln vomit par ses deux cheminées des torrents de fumée noire.

« Monsieur Pierre Aronnax ?

– Lui-même. Le commandant Farragut ?

– En personne. Soyez le bienvenu, monsieur le professeur. Votre cabine vous attend. » 
Les quais de Brooklyn et toute la partie de New York qui borde la rivière de l’Est sont couverts de curieux. Trois hurrahs, partis de cinq cent mille poitrines, éclatent successivement. Des milliers de mouchoirs s’agitent au-dessus de la masse compacte et saluent l’Abraham Lincoln jusqu’à son arrivée dans les eaux de l’Hudson, à la pointe de cette presqu’île allongée qui forme la ville de New York.
A huit heures du soir, après avoir perdu dans le nord-ouest les feux de Fire Island, la frégate court à toute vapeur sur les sombres eaux de l’Atlantique.
L’Abraham Lincoln ne manque d’aucun moyen de destruction. Mais il a mieux encore. Ned Land, le roi des harponneurs. Ned Land est un Canadien, d’une habileté de main peu commune, et qui ne connait pas d’égal dans son périlleux métier. A lui seul il vaut tout l’équipage pour l’œil et le bras. Je ne saurais le mieux comparer qu’à un télescope puissant qui serait en même temps un canon toujours prêt à partir.
La frégate prolonge la côte sud-est de l’Amérique avec une rapidité prodigieuse. Le 3 juillet, le commandant Farragut manœuvre de manière à doubler le cap Horn. Le 7 juillet, l’hélice de la frégate bat enfin les eaux du Pacifique.

Le 20 juillet nous franchissons l’équateur sur le cent dixième méridien, nous sommes enfin sur le théâtre des derniers ébats du monstre. Et pour tout dire, on ne vit plus à bord. Les cœurs palpitent, on ne mange pas, on ne dort plus, l’équipage entier est pris d’une surexcitation nerveuse.
Pendant trois mois l’Abraham Lincoln sillonne toutes les mers septentrionales du Pacifique, et rien, rien que l’immensité des flots déserts.
ARONNAX. Tu as raison, Conseil. C’est une sotte affaire, après tout, et dans laquelle nous nous sommes lancés trop légèrement. Que de temps perdu, que d’émotions inutiles ! Depuis six mois déjà, nous serions rentrés en France...

CONSEIL. Dans le petit appartement de monsieur, dans le muséum de monsieur. Et j’aurais déjà classé les fossiles de monsieur. Et le babiroussa de monsieur serait installé dans sa cage du Jardin des Plantes, et il attirerait tous les curieux de la capitale.

ARONNAX. Comme tu dis, Conseil, et sans compter, j’imagine, que l’on se moquera de nous.

CONSEIL. Effectivement, je pense que l’on se moquera de monsieur. Et, faut-il le dire...

ARONNAX. Il faut le dire, Conseil.

CONSEIL. Eh bien, monsieur n’aura que ce qu’il mérite.

ARONNAX. Vraiment !

CONSEIL: Quand on a l’honneur d’être un savant comme monsieur, on ne s’expose pas...

NED LAND, perché dans les haubans.

Ohé ! la chose en question, sous le vent, par le travers à nous !
4 Bataille
L’équipage entier se précipite vers le harponneur, commandant, officiers, maîtres, matelots, mousses, jusqu’aux ingénieurs qui quittent leur machine, jusqu’aux chauffeurs qui abandonnent leurs fourneaux.
L’ordre est donné de stopper, la frégate ne court plus que sur son erre. L’obscurité est profonde alors. Mon cœur bat à se rompre.
À deux encablures la mer semble être illuminée par-dessous.

Le monstre se déplace, se meut en avant, en arrière, il s’élance sur nous.

Un cri général s’élève de la frégate.


FARRAGUT. Silence ! La barre au vent, toute ! Machine en arrière ! 
La frégate veut s’éloigner, mais le surnaturel animal se rapproche avec une vitesse double.

Puis il s’éloigne de deux ou trois milles, et tout d’un coup, des obscures limites de l’horizon, où il va prendre son élan, le monstre fonce vers l’Abraham Lincoln avec une effrayante rapidité.

Il s’arrête brusquement à vingt pieds de ses préceintes, s’éteint soudain, comme si la source de son brillant effluve se fût subitement tarie. Puis, il reparaît de l’autre côté du navire.

« La chose en question, par bâbord derrière ! »
Les soupapes sont chargées. Le charbon s’engouffre dans les fourneaux. Les ventilateurs envoient des torrents d’air sur les brasiers. Mais le cétacé “chauffe” lui aussi, sans doute, car sans se gêner, il file.
Le canon de gaillard est chargé et braqué. Un boulet atteint son but, il frappe l’animal, et glissant sur sa surface arrondie, il va se perdre à deux milles en mer.

FARRAGUT. Malédiction ! 
La clarté électrique réapparaît, à trois milles au vent de la frégate, aussi pure, aussi intense.

Le narval semble immobile. La frégate s’approche sans bruit. On ne respire plus à bord.

Je vois Ned Land au-dessous de moi, brandissant son terrible harpon. Tout d’un coup, son bras se détend violemment. J’entends le choc sonore de l’arme, qui semble avoir heurté un corps dur.

La clarté électrique s’éteint soudain, et deux énormes trombes d’eau s’abattent sur le pont de la frégate, courant comme un torrent de l’avant à l’arrière, renversant les hommes, brisant les saisines des dromes.

Un choc effroyable se produit, et, lancé par-dessus la lisse, sans avoir le temps de me retenir, je suis précipité à la mer.

« À moi ! »

5 A la mer
J’entrevois une masse noire qui disparait vers l’est, et dont les feux de position s’éteignent dans l’éloignement. C’est la frégate. Je me sens perdu.

« À moi ! à moi ! »
Mes vêtements m’embarrassent. L’eau les colle à mon corps, ils paralysent mes mouvements. Je me débats, je suffoque.

Je suis bientôt pris d’une extrême fatigue. Mes membres se raidissent. Le froid m’envahit, je m’abime.
Je reviens promptement à moi, grâce à de vigoureuses frictions qui me sillonnent le corps. J’entrouvre les yeux.

ARONNAX. Conseil …

CONSEIL. Monsieur m’a sonné ? 
Aux dernières clartés de la lune qui s’abaisse vers l’horizon, j’aperçois une figure qui n’est pas celle de Conseil, et que je reconnais aussitôt.

ARONNAX. Ned…

NED LAND. En personne, monsieur. 
Le dos noirâtre qui me supporte est lisse, poli, non imbriqué, il rend au choc une sonorité métallique. Il n’y a pas à hésiter cependant, nous sommes étendus sur le dos d’une sorte de bateau sous-marin.
Le mouvement d’immersion s’arrête. On perçoit soudain un bruit de ferrures violemment poussées à l’intérieur du bateau.

Une plaque se soulève, huit solides gaillards, le visage voilé, apparaissent silencieusement, et nous entraînent dans leur formidable machine.

6 Le capitaine Nemo
Nous sommes seuls. Tout est noir, mais d’un noir si absolu qu’après quelques minutes mes yeux n’ont encore pu saisir une de ces lueurs indéterminées qui flottent dans les plus profondes nuits.
NEMO.: Vous avez trouvé sans doute, monsieur, que j’ai longtemps tardé à vous rendre cette visite. C’est que, votre identité reconnue, je voulais peser mûrement le parti à prendre envers vous. Les plus fâcheuses circonstances vous ont mis en présence d’un homme qui a rompu avec l’humanité. Vous êtes venu troubler mon existence…

ARONNAX. Involontairement.

NEMO. Involontairement ? Est-ce involontairement que l’Abraham Lincoln me chasse sur toutes les mers ? Est-ce involontairement que vous avez pris passage à bord de cette frégate ? Est-ce involontairement que vos boulets ont rebondi sur la coque de mon navire ? Est-ce involontairement que maître Ned Land m’a frappé de son harpon ? Vous comprenez donc, monsieur, que j’aurais pu vous remettre sur la plate-forme de ce navire et m’enfoncer sous les mers. N’était-ce pas mon droit ?

ARONNAX. C’était peut-être le droit d’un sauvage, ce n’était pas celui d’un homme civilisé.

NEMO. Monsieur le professeur, je ne suis pas ce que vous appelez un homme civilisé. J’ai rompu avec la société tout entière pour des raisons que moi seul j’ai le droit d’apprécier. Je n’obéis donc point à ses règles, et je vous engage à ne jamais les invoquer devant moi.
NEMO. J’ai pensé que mon intérêt pouvait s’accorder avec cette pitié naturelle à laquelle tout être humain a droit. Vous resterez à mon bord, vous y serez libres.

ARONNAX. Pardon, monsieur, mais cette liberté, ce n’est que celle que tout prisonnier a de parcourir sa prison. Elle ne peut nous suffire.

NEMO. Il faudra, cependant, qu’elle vous suffise. Vous êtes mes prisonniers après combat. Je vous garde, quand je pourrais d’un mot vous replonger dans les abîmes de l’océan. Vous m’avez attaqué, vous êtes venus surprendre un secret que nul homme au monde ne doit pénétrer, le secret de toute mon existence. Et vous croyez que je vais vous renvoyer sur cette terre qui ne doit plus me connaître. Jamais. En vous retenant, ce n’est pas vous que je garde, c’est moi-même.

ARONNAX. Ainsi monsieur, vous nous donnez tout simplement à choisir entre la vie ou la mort ?
NEMO. Maintenant, permettez-moi d’achever ce que j’ai à vous dire. Je vous connais, monsieur Aronnax. Vous trouverez parmi les livres qui servent à mes études favorites cet ouvrage que vous avez publié sur les grands fonds de la mer. À partir de ce jour, vous entrez dans un nouvel élément, vous verrez ce que n’a vu encore aucun homme – car moi et les miens nous ne comptons plus –, et notre planète, grâce à moi, va vous livrer ses derniers secrets.

ARONNAX. Monsieur, si vous avez brisé avec l’humanité, je veux croire que vous n’avez pas renié tout sentiment humain. De quel nom dois-je vous appeler ?

NEMO. Monsieur, je ne suis pour vous que le capitaine Nemo, et vos compagnons et vous, n’êtes pour moi que les passagers du Nautilus.
Une salle à manger, une table richement servie. Nemo et Aronnax déjeunent en tête à tête. Service élégant et d’un goût parfait. Chaque ustensile, cuiller, fourchette, couteau, assiette, porte une lettre entourée d’une devise en exergue, N / MOBILIS IN MOBILE. Le déjeuner se compose d’un certain nombre de plats dont la mer seule a fourni le contenu, et de quelques mets dont j’ignore la nature et la provenance.

NEMO. Ce que vous croyez être de la viande, monsieur le professeur, n’est autre chose que du filet de tortue de mer. Voici également quelques foies de dauphin que vous prendriez pour un ragoût de porc. Mon cuisinier est un habile préparateur, qui excelle à conserver ces produits variés de l’océan. Voici une conserve d’holothuries qu’un Malais déclarerait sans rivale au monde, voilà une crème dont le lait a été fourni par la mamelle des cétacés, et le sucre par les grands fucus de la mer du Nord, et enfin, permettez-moi de vous offrir des confitures d’anémones qui valent celles des fruits les plus savoureux.

ARONNAX. Vous aimez la mer, capitaine.

NEMO. Oui, je l’aime. Tout me vient maintenant de la mer comme tout lui retournera un jour. La mer est le véhicule d’une surnaturelle et prodigieuse existence. C’est par la mer que le globe a pour ainsi dire commencé, et qui sait s’il ne finira pas par elle.

La mer n’appartient pas aux despotes. À sa surface, ils peuvent encore exercer des droits iniques, s’y battre, s’y dévorer, y transporter toutes les horreurs terrestres. Mais trente pieds au-dessous leur pouvoir cesse, leur influence s’éteint, leur puissance disparaît. Ah monsieur, vivez, vivez au sein des mers. Là seulement est l’indépendance. Là je ne reconnais pas de maîtres. Là je suis libre.
Mobilis in mobile, mobile dans l’élément mobile, telle est donc la devise du capitaine Nemo. Et je goûte, en curieux et en gourmet, tandis qu’il m’enchante par ses invraisemblables récits.
NEMO. Maintenant, monsieur le professeur, si vous voulez visiter le Nautilus, je suis à vos ordres.
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