L a vision de l'Islam sur l'environnement et sur l'écologie








télécharger 126.1 Kb.
titreL a vision de l'Islam sur l'environnement et sur l'écologie
page1/2
date de publication07.12.2016
taille126.1 Kb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > loi > Documentos
  1   2


La vision de l’Islam sur l’environnement et sur l’écologie





La vision de l'Islam
sur l'environnement et sur l'écologie




Tous droits réservés


Dépôt légal : 2011MO0552

ISBN : 978-9981-893-32-0

Collection : 2028-4217
1ère édition

Rabat

Safar 1432 = Janvier 2011

Imprimerie OMNIA

Tél. : 037 72 48 39 – Fax : 037 20 04 27

- RABAT -


Abbés Jirari

La Vision de l'Islam
sur l'environnement et sur l'écologie


Publications Annadi AL JIRARI

-51-





بسم الله الرحمن الرحيم

Cette étude a été publiée en trois langues dans la revue (L’Islam aujourd’hui)(*) de l’organisation islamique pour l’éducation les sciences et la culture (Isesco).

Le but de sa républication dans ce livret est de lui permettre une plus grande circulation parmi les lecteurs Concernés par son thème.

Que Dieu nous guide vers le bon chemin.

Rabat le 26 Safar 1432

Correspondant au 31 Janvier 2011.

A.Jirari





La vision de l'Islam
sur l'environnement et sur l'écologie

Introduction : le concept d'environnement et d'écologie

L'environnement en langue arabe, "biy'a", signifie le lieu où s'établissent les gens. "al-bâ'a" et "al-mabâ'a" sont des termes dérivés qui renferment la même signification. Sa racine verbale, "bawa'a", suivie du complément d'objet du terme arabe "manzilan", signifie habiter une maison. L'on dit également "abâ'ahu" et "istabâ'ahu", le pronom arabe "hu" dans les deux cas se référant au même complément d'objet, en l'occurrence la maison.

La forme verbale du terme est employée dans plusieurs versets du Saint Coran, dont les suivants: «Et quand Nous installâmes pour Abraham le lieu de la Maison, avec ceci : «ne M'associe rien ; et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, pour ceux qui tournent debout, pour ceux qui s'inclinent, se prosternent»(1); «Et rappelez-vous quand, après les Aad, Il vous désigna lieutenants, et vous installa sur la terre : vous preniez des palais dans les plaines, et tailliez en maisons les montagnes(2)» ou encore «Et ceux-là diront : «Louange à Dieu qui a, pour nous, réalisé Sa promesse et nous a fait hériter la terre ! Nous allons nous installer dans le Paradis où nous nous voudrons. Qu'il est donc délicieux, le salaire des ouvriers !» (3).

Concernant les hadiths du Prophète, si cet emploi y est peu fréquent, il est, néanmoins, manifeste dans l'exemple suivant. Le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «Si une personne s'allonge sur sa couche, appuie sa tête sur sa dextre et dit : «Ô Dieu ! Je me soumets et m'en remets à toi, je m'adosse et m'adresse à toi, tant par crainte que par adoration, faisant de toi mon protecteur contre toi-même et croyant en le Livre et le Prophète que tu as envoyés», et décède aussitôt après, une maison sera bâtie pour lui au paradis ou se logera dans une maison au paradis»(4). La même signification est constatée dans le hadith suivant : «Celui qui rend visite à un malade, une voix céleste s'adressera à lui : «soit béni, bénie soit ta démarche et tu t'installeras dans une maison au paradis»(5).

Dans la poésie arabe, les exemples de cet emploi sont légion. Un poète dit :

«Elle s'installa au milieu de sa communauté

Elle résida parmi les siens».

Il veut signifier qu' «elle s'installa dans une communauté réputée pour son hospitalité»(6).

En tant que terme contemporain, l'environnement couvre un ensemble de phénomènes et d'aspects divers qui sont liés entre eux dans l'univers par des rapports de complémentarité, d'interaction, d'harmonie, de cohérence et d'équilibre. Ces propriétés sont présentes dans des espaces aussi différents que les villes, les villages et les campagnes.

Le terme signifie également le «milieu». Les deux désignations se réfèrent au lieu où vit l'homme.

Les savants ont porté leurs recherches et leurs études sur plusieurs domaines. La diversité de ces domaines couvre les aspects spécifiques que présente l'environnement : astrologique, géologique, physique, chimique, économique, social, philosophique, religieux…..etc. En fait, l'environnement renferme une multitude de catégories de phénomènes divers et variés. Ceux-ci concernent la nature du climat, de l'air, de l'eau et de tous les autres éléments qui lui sont liés tels que le vent et la pluie. Le phénomène humain est à la tête de la liste de ces phénomènes que Dieu a mis à son service. Il les maîtrise et les domine. Il est alors appelé à les traiter de façon raisonnable, modérée et utile, tout en tissant avec eux des liens d'amour. Il doit également leur prodiguer les soins nécessaires et s'abstenir de tout ce qui est susceptible de les détruire.

1. Le degré d'intérêt porté à l'environnement dans la pensée occidentale et islamique

1.1. Dans la pensée occidentale

L'intérêt porté par les occidentaux à l'environnement est tel qu'ils ont fondé une science qu'ils ont baptisée «écologie». Cette science qui traite de la relation des êtres vivants avec leur milieu naturel vise à la protection de ce milieu et à la préservation de ces êtres, y compris l'espèce humaine et les espèces animales avec lesquelles elle cohabite. La naissance de cette science s'inscrit dans le contexte de l'émergence de la société industrielle en Occident, notamment au XIXème siècle.

Dans le cadre de cette perspective de protection et de préservation et vu les conséquences néfastes mises en évidence par les études accomplies par cette science, des mouvements opposés aux modes de production et de vie destructeurs de l'environnement ont vu le jour. Des initiatives ont alors émergé dans les pays européens et américains, telles que le mouvement des «verts» en Allemagne et celui des écologistes français centrés sur les spécificités territoriales. Quant aux Etats-Unis, la tendance était à la consommation.

En outre, et vu l'intérêt porté à l'environnement à l'échelle mondiale, la conférence sur l'environnement et le développement, dite «Sommet de la Terre», fut tenue en juin 1992 à Rio de Janeiro au Brésil. Depuis, le monde - y compris les pays arabes et musulmans- a consacré le 5 juin comme Journée mondiale de l'environnement.

Parallèlement à cet intérêt croissant pour l'environnement, commence à se configurer une catégorie spécifique de droits, notamment le droit de l'homme à la vie et le droit à jouir de tout ce qu'offre l'environnement. Cependant, parler de ces droits nous appelle à considérer la manière dont l'Islam les conçoit. Il faudrait commencer par la signification linguistique du terme «droit» qui figure dans le Saint Coran à cent-soixante-quatorze endroits, sans compter les termes qui en sont dérivés et qui figurent dans soixante-seize versets.

L'on peut repérer les éléments de cette vision à travers tout ce qui est établi et énoncé par le Coran d'une manière irréfutable et claire. La vision que fournit le Coran concernant la question de l'environnement est ainsi basée sur les principes de la vérité, de la justice, de la science et de la sagesse ainsi que sur l'essence de Dieu et sur Ses livres et Lois, loin de tout ce qui est faux et inducteur d'égarement. Elle établit également l'indéniable réalité existante et la validité de la manière dont elle décrit cette réalité. Elle précise aussi ce dont les gens devraient jouir et tirer profit et ce qu'ils devraient faire selon leurs dispositions instinctives et leur nature humaine dans le respect des normes religieuses, des lois positives ou des us et coutumes consacrés.

Les droits de l'homme en Islam sont basés sur le statut privilégié de l'homme, tel qu'il est spécifié par Dieu le Très Haut : «Et très certainement, Nous avons donné de la noblesse aux Enfants d'Adam. Et Nous leur avons procuré sur terre comme sur mer, de quoi monter, et attribué d'excellentes choses comme nourriture, et Nous les avons fait exceller sur beaucoup de ce que Nous avons créé !»(7). Cependant l'Islam n'a pas limité l'exercice de ces droits à l'homme seul ; il a tout aussi reconnu aux animaux le droit à la protection. Nous en avons la preuve dans plusieurs sourates, dont celle d'«An-naml» où on peut lire le verset suivant : «Une fourmi dit : «Ô Fourmis, entrez dans vos demeures, afin qu'inconsciemment Suleiman et ses armées ne vous écrasent pas sous leurs pieds.»(8) Il dit également dans la sourate Al Ankabût : «(…) comme de l'araignée qui prend maison. La plus faible des maisons, cependant, est la maison de l'araignée. S'ils savaient !»(9) Nous trouvons des significations pareilles dans plusieurs autres sourates telle que «Al Bakarah», «Al Anâam», «An-nahl», «Al Âadiyat» et «Al Fil».

L'on cite Said Ibn Joubaïr disant : «Après que nous fumes sortis, moi et Ibn Omar, de sa maison pour marcher, nous passâmes à côté de quelques enfants originaires de Qoraïch visant un oiseau qu'ils avaient fixé comme cible. Le propriétaire de cet animal devait avoir droit à toute flèche qui manquait le but. Il dit : aussitôt qu'ils eurent vu Ibn Omar, ils se sont dispersés. Celui-ci dit alors : «qui a fait cela ? Que Dieu maudisse celui qui a fait cela. Le messager de Dieu, que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, maudit celui qui joue à prendre une créature vivante pour cible»(10). Le messager de Dieu, que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, a également dit : «Une femme qui a enfermé une chatte jusqu'à la mort a été punie et jetée en enfer. Au lieu de lui donner à manger et à boire ou de la laisser chercher librement sa pitance, elle la tînt enfermée»(11).

Nous devons prêter attention à la corrélation qui existe entre les droits et les obligations ou encore, à la transformation des droits en obligations. Cette relation de corrélation et de transformation implique aussi bien la nécessité de jouir de ceux-là que d'assumer celles-ci, l'organisation de la vie étant basée sur des rapports équilibrés qui permettent de réaliser les intérêts et de les tenir à l'abri de toute violation ou comportement inconsidéré.

Aussi, si nous considérons tous les droits dont nous jouissons, nous apercevons-nous qu'ils sont dans un rapport de correspondance à des obligations. Ceci est valable aussi bien pour la liberté, la sécurité, l'apprentissage et le travail que pour les bienfaits dont Dieu a comblé ses sujets, dont l'environnement. Pour pouvoir jouir de ces droits et bienfaits, il faut les préserver et se garder d'en faire un objet de consommation outrancière.

Pour établir la corrélation entre le droit et l'obligation en Islam, ou encore la transformation de celui-là en celle-ci, il suffit de lire le propos divin incitant au travail : «Et dis : Œuvrez, car Dieu va voir votre œuvre, et aussi son messager et les croyants»(12) et d'écouter le messager de Dieu, que la prière et le salut de Dieu soient sur lui, faire obligation aux fidèles de quérir la connaissance : «la quête de la connaissance est une obligation qui incombe à tout musulman»(13). Il en va de même pour le droit à la liberté sans laquelle toute obligation serait inconcevable. Et pour la sécurité et l'alimentation qui sont conçues par Dieu comme étant partie intégrante des actes d'adoration : «Qu'ils adorent donc le Seigneur de cette Maison, qui les a nourris contre la faim, et rassurés de la crainte!»(14).

En fait, la mise en relation entre les droits et les obligations, d'une part, et la préservation de l'environnement, d'autre part, part de l'idée que celui-ci est un des aspects essentiels de la civilisation et de la culture dans toute société. L'Islam a conçu l'environnement -comme on va le voir- en tant que système cohérent et harmonieux, à commencer par sa création par Dieu le Très Haut jusqu'à la responsabilité qui incombe à l'homme de le préserver, d'en prendre soin, de le développer et d'être soucieux d'avoir garde de le détruire. Pour en assurer la protection et la préservation, Dieu a posé des normes. Celles-ci prennent la forme de préceptes qui lient l'environnement saint à la société vertueuse.

En réalité la question de l'environnement remonte aux temps les plus lointains. Ce dernier était en fait parmi les soucis majeurs des messagers de Dieu et des Prophètes. L'intérêt qu'ils y ont porté trouve sa justification dans le fait que Dieu a créé la terre et donné le jour à tout ce qu'elle renferme, y compris l'homme à qui il a délégué la responsabilité de la peupler et qui, une fois mort, retourne à la terre pour en sortir de nouveau pour une seconde vie dans l'au-delà. Dieu Tout-Puissant parle de la terre en ces termes : «Quand ton Seigneur dit aux anges : oui, je vais créer d'argile un être humain. Quand, donc je l'aurai bien formé et lui aurai insufflé de Mon esprit, alors, jetez-vous devant lui, prosternés»(15), «C'est d'elle que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d'elle vous ferons sortir une fois encore»(16), «De la terre, Il vous a créés, et là même Il vous l'a fait peupler»(17) et «Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : «Je vais désigner un lieutenant sur la terre», ils dirent : «Vas-tu en désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous, par Ta louange, chantons Ta pureté et proclamons Ta sainteté ?» Il dit : «En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas !»(18).

2. Dans la pensée islamique

La vision islamique de l'environnement repose sur l'idée fondamentale selon laquelle Dieu possède seul la terre et les cieux et tout ce qui s'insère entre eux : «Et à Dieu appartient la royauté des cieux et de la terre et de ce qui est entre les deux», «Chose du poids d'un atome, ils n'en sont pas maîtres, ni dans les cieux ni sur terre».

Dieu créa la terre et les cieux, et juste après, l'homme : «C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. Puis il s'est établi vers le ciel, et Il en a arrangé sept cieux. Et Il connaît toute chose. Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : Je vais désigner un lieutenant sur la terre».

Et dans la mesure où l'environnement constitue le milieu où l'homme vit avec tous les aspects et phénomènes qui le caractérisent, que ce soit sur terre, en mer ou dans l'air, le Saint Coran a parlé de la terre dans nombre de versets : «C'est Lui qui a créé les jardins treillagés et non treillagés ; et les dattiers ; et les cultures aux récoltes diverses», «Un signe pour eux, la terre morte à qui Nous donnons vie et d'où nous faisons sortir des grains dont vous mangez ! Et en elle Nous avons mis des jardins de dattiers et de vignes, et y avons fait jaillir des sources. Afin qu'ils mangent de Ses fruits, et de ce que leur mains fabriquent»(19). Et en parlant de la terre, Dieu a évoqué les métaux : «Nous avons fait descendre le fer, où se trouve une dure rigueur aussi bien que des avantages pour les gens»(20). Il a également évoqué la mer au singulier comme au pluriel, comme dans le verset suivant : «Et si tout ce qu'il y a d'arbres sur terre devenait plumes, et que la mer, et sept mers après elle, fournissent l'encre, les paroles de Dieu ne seraient pas épuisées»(21). Mais il a tout aussi parlé de l'espace avec tous les astres et planètes qu'il renferme, comme dans le verset qui suit : «Ils t'interrogent sur les nouvelles lunes- Dis : «Elles servent au comput du temps pour les gens et aussi pour le grand pèlerinage»(22), «Fendeur de l'aube, Il a assigné la nuit au repos et le soleil et la lune au comput»(23), «Le soleil et la lune existent d'après un calcul»(24), «Très certainement, Nous avons assigné au ciel des constellations et Nous l'avons embelli pour ceux qui regardent»(25).

Quant à l'air, le Coran a décrit le phénomène des vents au singulier et les souffrances aiguës qu'ils causent : «Et quant aux Aad, alors ils furent détruits par un vent violent, impétueux»(26) et «un vent, et dedans, un châtiment douloureux(27). A un autre endroit, le vent est évoqué au pluriel et accompagné de nuages bienfaisants : «Dieu, c'est Lui qui envoie les vents, puis ceux-ci soulèvent un nuage»(28), «Et Nous envoyons les vents comme des fécondateurs ; puis Nous faisons descendre du ciel une eau dont Nous vous abreuvons, tandis que vous n'êtes pas capables de l'emmagasiner»(29). Et pour montrer toute l'importance de l'eau, il suffit de rappeler le propos divin suivant : «Et Nous avons désigné de l'eau tout être vivant»(30). Ainsi que ce qu'il dit au sujet des eaux souterraines : «Ne le vois-tu pas ? Oui, Dieu fait descendre du ciel, de l'eau, puis Il l'achemine en sources dans la terre; par là, ensuite, Il fait sortir une culture aux couleurs diverses»(31).

II. Les causes de la détérioration de l'environnement

Dieu a mis toutes les créatures existantes au service de l'homme : «Ne voyez-vous pas que Dieu vous a assujetti ce qui est dans les cieux, oui, et aussi ce qui est sur la terre ? Et Il déverse sur vous Ses bienfaits, apparents aussi bien que cachés»(32), tout en le mandant de peupler la terre : «De la terre Il vous a créés, et là même il vous l'a fait peupler»(33). Et c'est pour cette raison qu'il en a fait son lieutenant sur la terre : «Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : « Je vais désigner un lieutenant sur la terre»(34), «C'est Lui qui a désignés les gérants de la terre»(35), «Et faites largesses sur ce en quoi Il vous a désignés lieutenants»(36). Et l'homme est désigné par Dieu lieutenant sur la terre pour qu'il tire profit et jouisse de celle-ci: «Très certainement Nous vous avons donné place sur la terre et Nous vous y avons assigné des vivres»(37), «Il vous a désignés lieutenants, et vous installa sur la terre : vous preniez des palais dans la plaine, et vous taillez en maisons les montagnes»(38). Cependant, cette désignation est à terme : «Et pour vous, une demeure sur la terre, et usufruit pour un temps»(39), parce que Dieu hérite en dernier ressort de la terre et de ceux qui l'habitent: «C'est Nous, en vérité, qui hériterons de la terre et ceux qui seront sur elle, cependant qu'ils seront ramenés vers Nous»(40).

Bien évidemment, Dieu a déployé la terre et a introduit un principe fécond dans son sol pour qu'il soit cultivable et en mesure de donner des fruits. Il l'a également dotée, de façon mesurée, de toutes les choses utiles pour faciliter la vie de l'homme et des autres créatures qu'Il a créées sans donner à ce dernier la peine d'en assurer la nourriture. Dieu dit à ce sujet : «Et quant à la terre, Nous l'avons étalée et y avons jeté des montagnes, et fait pousser dedans de toute chose équilibrée. Et Nous avons assigné des vivres, à vous, et à ceux aussi dont vous n'êtes pas nourrisseurs. Et il n'est de chose dont Nous n'ayons des trésors, tandis que Nous n'en faisons descendre que dans une mesure connue»(41). Et quoique les créatures, les choses et les phénomènes et autres que Dieu ait créés soient innombrables et mis à son entière disposition, il n'en fournit aux gens que de façon mesurée et proportionnelle à ce dont ils ont besoin et à ce qui leur est utile. Il suffit d'imaginer les inondations et les déluges qui se seraient produits, si le Très-Haut avait lâché plus de quantités d'eau que nous ne pouvons supporter, ou d'imaginer ce que pourrait être le devenir de la terre, de l'homme et des autres créatures, s’Il fait jaillir de la terre le pétrole, le gaz et les matières dont elle regorge.

L'univers repose sur un état d'équilibre soutenu par un système de normes. Dieu dit à ce propos : «Et qui a créé toute chose, en la mesurant avec mesure»(42), «Oui, toute chose, Nous l'avons créée avec mesure»(43), c'est-à-dire dans une mesure connue et gouvernée par des normes connues de Dieu et voulues par Lui et qu'on ne doit ni ne peut passer outre de quelque manière que ce soit. Le Très-Haut dit : «Oui ! Celui qui a désigné la terre comme gîte, et, dans ses brèches, désigné des rivières, et désigné, pour elle, des montagnes, et désigné une barrière entre deux ondes,- quoi y a-t-il un Dieu à côté de Dieu ? Non, mais la plupart d'entre eux ne savent pas»(44), «Celui-là qui vous fait la terre comme un lit et le ciel comme une tente, et qui du ciel a fait descendre de l'eau ; puis par elle Il a fait sortir des fruits, votre portion. Ne donnez donc pas des rivaux à Dieu, alors que vous savez»(45).

Dieu dispose de l'univers et des créatures selon son propre gré. Un principe de justice est au fondement de tout ce qu'Il fait. Il est Juste d'une justice absolue. En conséquence, nous devons percevoir le mal qui se produit à partir de deux perspectives ou en le concevant comme étant de deux types :

Le premier : un mal qui n'est pas le fait de l'homme. Celui-ci ne peut le conjurer. Il s'agit par exemple de la mort, des catastrophes naturelles et autres. Dieu y met une sagesse qui nous échappe. Ainsi les choses et les sinistres que nous considérons comme étant des maux ne sont pas dénués de bien et d'avantages utiles et heureux pour l'homme et la vie.

Le second : un mal causé par l'homme. Celui-ci est injuste et destructeur. Dieu ne saurait en être l'auteur : «Non, Dieu ne prévarique pas, fût-ce du poids d'un atome»(46), «Dieu, en vérité, ne manque aux gens en quoi que ce soit ; mais ce sont les gens qui se manquent à eux-mêmes»(47). L'on peut qualifier ce mal causé par l'homme de comportemental ou de moral. Il résulte des mauvais actes que l'homme commet de façon consciente ou inconsciente. Dieu nous a prescrit de nous en avoir garde. : «Le désordre est apparu sur la terre et dans la mer à cause de ce que les mains des gens se sont acquis, afin que Dieu leur fasse goûter partie de ce qu'ils ont œuvré. Peut-être reviendront-ils»(48).

L'effet destructeur est induit par le fait que les maux qui affectent les bienfaits dont l'homme tire profit pour vivre et ses conditions de vie sont une punition qui lui est infligée pour ses mauvais actes. Ceux-ci consistent en des comportements nuisibles à la terre. L'emploi du verbe "apparaître" dans le verset suscité est significatif : l'effet de destruction n'existait pas à l'origine, mais il est induit par l'homme. Cette signification est corroborée par l'expression «de ce que les mains des gens se sont acquis»); sachant que la volonté de Dieu est d'offrir à l'homme un cadre de vie où il peut se nourrir des fruits qu'il fournit et qu'il l'a mis en garde, comme mentionné précédemment, de défier, de quelque manière que ce soit, cette volonté.

Fort de sa raison, de sa science et de son expérience, l'homme est capable d'inventer, d'améliorer les conditions de son existence et de réaliser le progrès et la prospérité. Mais, en même temps, il est, pour ces mêmes raisons, capable de destruction et d'extermination par les guerres et autres formes d'agression et d'hostilité auxquelles il se livre contre autrui, voire contre lui-même et contre l'univers qui l'entoure.

La pollution de l'environnement dans lequel il vit constitue une des manifestations les plus dangereuses de cette attitude hostile et agressive. Les dommages qu'il inflige à la nature, le gaspillage des ressources et les perturbations des équilibres sur lesquels repose l'univers sont d'autres variations phénoménales de cette pollution. Celle-ci signifie en fait tout acte induisant une destruction, une saleté et une impureté. Elle constitue le problème le plus difficile qui menace de nos jours l'environnement et la vie de l'homme, aussi bien dans les sociétés industrialisées que dans les pays en développement. Par ailleurs, il est une autre forme de pollution : celle que l'on peut qualifier de sociale ou de morale, qu'elle soit visible ou invisible, telle que l'analphabétisme, l'ignorance, la prostitution, la consommation des drogues et bien d'autres pollutions d'ordre moral.

La pollution est devenue une des questions les plus problématiques de notre temps. Pis encore, elle constitue l'un des problèmes majeurs qui menacent la vie de l'homme. Elle est le résultat de l'action conjuguée de plusieurs facteurs, dont :

Premièrement : le progrès technologique et les effets qu'il a sur la totalité des phénomènes naturels.

Deuxièmement : la détérioration des espaces verts qui entourent les villes ou se trouvent à l'intérieur de celles-ci, laissant la place aux usines et aux gigantesques immeubles, ainsi qu'à l'exploitation forcenée des forêts. Souvent, l'expansion des habitats irréguliers suit une déforestation frénétique.

Troisièmement : la pollution des villes à cause des effets de plusieurs facteurs qui provoquent souvent la propagation des microbes. Ceux-ci sont à l'origine de nouvelles maladies. Ces facteurs sont :

1. De nature chimique : il s'agit des hydrocarbures, des déchets industriels, des fumées dégagées par les véhicules….etc.

2. De nature biologique : il s'agit des ordures ménagères, des déjections humaines et animales, des pesticides qu'il est difficile de traiter ou de recycler à des fins utiles, comme dans le cas de l'assainissement liquide.

3. De nature physique : il s'agit du bruit et du tapage, de la circulation urbaine congestionnée et la multiplication des blocs de bâtiments de plus en plus envahissants.

Quatrièmement : les déchets rejetés par les navires et les pétroliers et les déchets nucléaires radioactifs résultant de l'utilisation du carburant nucléaire et du fonctionnement des centrales nucléaires.

Ce dernier facteur de pollution n'affecte pas seulement son environnement immédiat, mais aussi ceux situés à une plus large échelle. Certains de ses effets polluants sont spatialement circonscrits et immédiats, alors que d'autres se produisent dans la durée. En fait, les nuisances radioactives produites génèrent leurs effets mortels dans des centaines ou, plus encore, des milliers d'années. Si l'on a réfléchi aux moyens d'enfouir les déchets nucléaires au plus profond de la terre ou de la mer, il faut, cependant, les solidifier pour pouvoir les stocker dans des entrepôts spéciaux avant leur enfouissement. L'Océan atlantique constitue officiellement le lieu d'évacuation de ces déchets, notamment ceux ayant un faible degré de radiation.

Cinquièmement : La pollution des mers à cause des fuites de pétrole. Ces dernières années, la pollution maritime est de plus en plus grave à cause des marées noires. D'où l'intérêt grandissant à en connaître les causes et y trouver des solutions.

Sixièmement : les accidents maritimes. Ils résultent de pannes techniques, de chocs violents, de ruptures en deux, d'explosions, d'incendies, de naufrages, et d'échouements des bateaux et autres navires à cause des erreurs de navigation et de bien d'autres facteurs tant volontaires qu'involontaires.

Septièmement : L'augmentation du nombre des navires, estimé à dix milles, dont la moitié opère dans le transport du pétrole.

Huitièmement : la vétusté et le manque d'entretien des navires. Environ 40 navires, sont d'ailleurs inutilisables, et finissent par couler en mer. Ce nombre constitue le dixième des naufrages qui surviennent chaque année. Depuis la marée noire du Golfe du Mexique en 1996, le volume de pollution maritime a triplé, sachant que ladite marée a été la pire qu'ait connue le monde et que les fuites qui se sont produites on été de l'ordre de 500.000 tonnes.

Neuvièmement : la désertification, les inondations saisonnières, les sécheresses, les invasions acridiennes et toutes les destructions causées par l'homme, du fait des guerres auxquelles il se livre.

Dixièmement : la propagation des microbes à cause de l'action conjuguée de tous les facteurs mentionnés et de la commercialisation de produits de consommation frelatés, ce qui est, nous l'avons déjà évoqué, à l'origine des maladies tout à fait nouvelles.

Onzièmement : la fonte des glaces et des icebergs des pôles nord et sud, ce qui se traduit par l'élévation du niveau des mers et des océans et, du coup, la submersion d'un certain nombre d'îles et de villes côtières situées à bas niveau par rapport à la mer et la disparition de ce que ces aires renferment en termes de vie et de patrimoine naturel, urbain, civilisationnel et culturel.

Douzièmement : Les éruptions volcaniques, telle que celle qui a provoqué des nuages de poussière noire pendant les mois d'avril et de mai, en 2010, en Islande et causé, en raison des cendres portées par ces nuages, l'interruption des programmes de navigation aérienne en provenance et à destination de l'Europe.

Peut-être ces phénomènes sont-ils, en grande partie, le résultat du progrès technologique et industriel et de ses effets négatifs et la conséquence du concept libéral du développement. Ce concept revêt une dimension productiviste justifiée par la satisfaction des besoins et désirs du consommateur et ne prend pas en ligne de compte la dimension humaine sacrifiée sur l'autel de la politique économique libérale qui est toujours à l'œuvre, malgré les souffrances qu'elle cause pour l'ensemble des peuples à travers le monde, notamment les peuples «sous-développés». Pour alléger l'accent de cette qualification, ces derniers sont dits “en développement” et sont, en réalité, dans une relation de dépendance au (ou à la solde du) monde développé et constituent une force de consommation de certains de ses produits, alors qu'il subissent de plein fouet les répercussions néfastes des politiques qu'il élabore et met en œuvre dans différents domaines et à divers niveaux.

La vision de l'Islam relative à la préservation de l'environnement

L'Islam s'élève contre toutes les formes de pollution, de pratiques destructrices qui touchent aussi bien la terre que le corps de l'homme, sa vêture, sa demeure et la totalité des aspects de sa vie. Nous avons grand besoin de prendre conscience de ces aspects, parce que l'Islam est une religion basée sur la pureté et la propreté dans leur signification aussi bien matérielle que morale. En effet, aucune autre religion ni doctrine n'en sont aussi soucieuses que l'Islam de cet aspect de la vie de l'homme.

En ce qui concerne la propreté matérielle, il suffit de savoir que le moyen le plus important utilisé pour la réaliser, à savoir l'eau, a été mentionné soixante-trois fois dans le Saint Coran. Cette matière étant un bien incomparablement vital et le principe de toute vie, son importance y a été évoquée dans plusieurs contextes : «Et Nous avons désigné de l'eau toute être vivant»(49). Liant l'eau à la purification, Dieu dit : «Nous avons fait descendre du ciel une eau pure»(50). Il dit également : «Et quand Il vous enveloppait de sommeil comme d'une sécurité de Sa part, que du ciel Il faisait descendre de l'eau afin de vous en purifier et d'expulser de vous la souillure du Diable, et afin de panser vos cœurs et, par là, de raffermir les pas»(51).

Concernant la purification matérielle et l'exhortation à en faire un souci permanent, Dieu dit : «Et tes vêtements, purifie»(52). Il dit également : «Il y a là des gens qui aiment à se bien purifier ; et Dieu aime ceux qui bien se purifient»(53), «Ceci est certes une noble Lecture, dans un Livre bien gardé que seuls les purifiés touchent»(54).

Nul besoin de préciser que le musulman ne s'acquitte de ses cinq prières quotidiennes qu'après ablutions et si son corps se trouve être entaché de quelque impureté, il doit se laver. Les mêmes dispositions sont applicables dans le cas de la femme parturiente ou en période de menstrues, dans les cas de la prière du vendredi, des fêtes du sacrifice et de la rupture du jeûne à la fin du Ramadan et dans les différentes situations relatives à l'accomplissement du pèlerinage.

Le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, était soucieux de la propreté de son corps et de sa vêture, mais sans vanité ni orgueil. Il huilait ses cheveux pour les fixer, utilisait le sewak même en état de jeûne. Il se parfumait et tenait fort à ce soin.

Tout le monde sait que l'Islam a sa propre sensibilité esthétique. Il appelle les croyants à soigner leur apparence. Dieu dit à ce propos : «O enfants d'Adam, lors de chaque office, prenez votre parure»(55). Le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «Dieu aime voir se refléter ses bienfaits sur ses sujets»(56). Il dit également dans un autre hadith : «N'entrera pas au paradis celui qui porte dans son cœur un atome d'arrogance». Il dit encore : un homme dit : «l'homme aime porter de belles vêtures et chausser de belles chaussures». Il dit : «Dieu est beau et aime la beauté, l'arrogance est contraire à la vérité et offusque les gens»(57). Cette orientation s'exprime également dans le hadith suivant : «Vous débarquez en hôtes chez vos frères ; soignez alors vos montures et vos vêtures pour que vous soyez un exemple à suivre pour les gens ; Dieu n'aime pas la saleté»(58).

Une des manifestations de la propreté en Islam est le fait que l'organisation urbanistique de la cité musulmane dotait chaque quartier de latrines publiques et accordait une importance essentielle aux bains publics, non seulement pour permettre aux citadins de se laver, mais pour donner aussi la possibilité, à ceux qui n'en avaient pas chez eux, de faire leurs ablutions avec de l'eau tiède en hiver. En outre, nous ne devons pas perdre de vue l'intérêt porté par le Prophète aux maisons et à la propreté de leurs cours. Il dit à ce sujet : «Tenez propres les cours de vos maisons et ne soyez pas comme les juifs. Dieu est bon et aime ce qui sent bon, propre et aime la propreté, généreux et aime la générosité, magnanime et aime la magnanimité. Alors, tenez propres vos cours et ne soyez pas comme les juifs»(59). Et pour mettre en évidence l'importance de la propreté en Islam, le Prophète dit : «la propreté est la moitié de la foi»(60), c'est-à-dire que le fait de se purifier de ce qui est impur aux plans matériel et moral constitue la moitié ou une importante partie de la foi.

Ceci nous conduit à la seconde dimension de la propreté, à savoir la propreté spirituelle, intellectuelle et morale. Les aspects de ce type de propreté interne sont multiples et variés. Nous nous contentons, cependant, de ceux qui suivent :

Premièrement : éviter les abominations, les scélératesses et toutes les pratiques illicites, de quelque genre et sous toute forme que ce soit. Le Très Haut dit : «Et n'approchez pas les turpitudes- tant de ce qui en parait que de ce qui s'en cache»(61), «Et n'approchez pas la fornication. C'est une turpitude, vraiment. Et quel mauvais chemin !»(62). Il dit également : «Et mangez ce que Dieu vous a attribué de licite et d'excellent»(63). Dans ce cadre, Dieu a prohibé de manger quoi que ce fût d'infecte. Il donne en ce qui suit les précisions suivantes : «Vous sont interdits la bête morte, le sang, la chair de porc, et ce sur quoi on a invoqué quoi que ce fût d'autre que Dieu, et la bête étouffée, la bête assommée ou morte d'une chute ou morte d'un coup de corne, et celle qu'une bête féroce a dévorée- sauf celle que vous égorgez avant qu'elle ne soit morte,- et celle qu'on a immolée sur les pierres dressées, ainsi que de tirer le partage au sort au moyen des flèches»(64). Il a interdit également le vin : «Ô croyants ! Oui, le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu'ordure, œuvre de diable. Donc, à écarter. Peut-être serez-vous gagnants ?»(65). Le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «toute matière enivrante est assimilable au vin, alors toute matière enivrante est illicite»(66). Il dit également : «Si une grande quantité de quelque matière est enivrante, la consommation d'un peu de telle matière est illicite»(67). La raison ultime de ces prohibitions réside dans la nécessité de sauvegarder la vie. Dieu l'exprime dans les termes suivants : «Et ne vous jetez de vos propres mains dans la destruction»(68) et «Et vous ne tuez pas vous-mêmes»(69).

Deuxièmement : éviter les excès culinaires et vestimentaires, ainsi que les turpitudes et indécences déjà mentionnées.

Troisièmement : avoir une moralité et des attitudes vertueuses aussi bien envers Dieu et vis-à-vis de soi-même qu'à l'égard des membres de la société. En fait, le croyant est appelé à maîtriser ses pulsions, ses propos et son raisonnement pour éviter tout ce qui est moralement répréhensible, tel que les commérages, les dépositions et serments mensongers, les propos inutiles, les chansons en clips impudents, les feuilletons non constructifs et tout ce qui est de nature à empêcher les gens de se consacrer à l'adoration de Dieu et au travail utile et fructueux. Dieu Tout-Puissant dit à ce sujet : «Tel, parmi les gens, achète le passe-temps du conte, afin que cela l'égare inconsciemment du sentier de Dieu»(70).

Par le moyen de cette propreté physique et spirituelle, le musulman se met à l'abri de tout ce qui est abominable et nuisible et fait œuvre louable.

Il importe de souligner que la préservation et la protection de l'environnement ne se limitent pas à la lutte contre la pollution matérielle et symbolique, mais elles couvrent également l'entretien de l'environnement au moyen du reboisement, des cultures et toutes les œuvres de charité et de solidarité. Le messager de Dieu, que la prière et le salut soient sur lui, dit à ce propos : «Tout homme qui plante un arbre, la rémunération qu'il tire de telle œuvre est égale aux fruits que donnera cet arbre»(71). Il dit aussi : «Le fidèle de Dieu tire rémunération courante post mortem de sept œuvres : une science transmise, un cours d'eau aménagé, un puits creusé, un arbre planté, une mosquée construite, un Coran transmis en héritage, un fils ou une fille qui adresse à Dieu des demandes d'absolution en sa faveur»(72). Insistant davantage sur la plantation des arbres, le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «Tout musulman qui plante un arbre ou fait une culture dont se nourrit un oiseau ou un homme ou une bête, son œuvre est une aumône à son compte»(73).

L'enseignement porté par ce dernier hadith nous conduit à prendre en considération le droit des autres créatures à vivre avec l'homme dans le même environnement, ce qui constitue en soi une préservation de ce dernier. Dieu dit à ce sujet : «Nul être marchant sur la terre, nulle volaille volant de ses ailes, qui ne soient comme vous en communautés ; - Nous n'avons, dans le Livre, rien manqué ; - puis, vers leur Seigneur ils seront rassemblés»(74). Il dit également : «Et il n'est chose aucune qui ne chante sa pureté en le louant. Mais vous ne comprenez pas leur chant» (75).

S'intègre à cet aspect de la préservation de l'environnement le soin de dégager de la route tout ce qui est susceptible de nuire aux passants, en prenant en considération que ce soin fait partie intégrante de la foi, et ce conformément au hadith du messager de Dieu, que la prière et le salut soient sur lui : «La foi compte un peu plus de soixante-dix ou de soixante branches. La plus haute en degré est d'affirmer qu'il n'y a d'autres dieux qu'Allah et la moindre consiste à dégager la route de tout ce qui est nuisible ; la pudeur en est également une»(76). Il dit dans le même sens : «Les bons et mauvais actes des membres de ma communauté ont été soumis à mon appréciation et j'ai jugé que le soin de dégager la route de ce qui est nuisible constitue un acte louable»(77) et «le fait que tu dégages les pierres, les épines et les os de la route constitue une aumône à ton compte»(78). Toujours dans le même contexte, le messager de Dieu, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «Alors qu'il marchait sur une route, un homme trouva un rameau épineux sur son chemin, l'en dégagea, remercia Dieu de lui avoir donné l'occasion d'accomplir tel acte et obtint son absolution auprès de Dieu»(79) et «Un arbre était source de nuisance pour les musulmans, un homme prit l'initiative de l'abattre ; cet acte lui valut l'entrée au paradis»(80). Abou Bazrah, interrogea le Prophète, que la prière et le salut soient sur lui : «Dites-moi une chose dont je puisse tirer profit», et le Prophète, que la prière et le salut soit sur lui, répondit : «Ecarte les nuisances de la route sur laquelle marchent les musulmans»(81).

Pour mettre plus d'accent sur cet aspect de la préservation de l'environnement, le messager de Dieu, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «Abstenez -vous de ces trois turpitudes : les déjections dans les abreuvoirs, dans les routes et dans l'ombre»(82). Il dit également : «Abstenez-vous des deux actes maudits», alors ses interlocuteurs l'interrogèrent : «Et quels sont ces deux actes maudits ?», il répondit : «L'acte de déféquer sur la route par laquelle passent les gens ou celui de le faire dans l'ombre»(83). Le Saint Coran évoque en termes généraux la manière dont l'Islam considère ces pratiques dans le verset suivant : «Et ceux qui font de la peine aux croyants et aux croyantes sans qu'ils l'aient mérité, ces gens-là se chargent alors d'une calomnie et d'un péché manifeste»(84).

La raison qui est au fondement de ces hautes orientations coraniques et prophétiques consiste en ce que la terre et sa propreté revêtent une importance telle que la terre est considérée comme un moyen d'ablutions symboliques et un lieu de prière. Le messager de Dieu, que la prière et le salut soient sur lui, dit : «La terre a pour moi valeur de mosquée et de source de purification»(85). Il dit également : «Tout point de la terre est une mosquée, sauf le cimetière et le bain»(86). Plus encore, la terre était pour le Prophète un objet d'amour. Ce rapport affectif à la terre s'exprime dans le hadith suivant : «Ceci est Ouhod, il est un mont qui nous aime et que nous aimons»(87). Ibn Rachik Al Kaïraouani a décrit certaines des manifestations de cet attachement à la terre et en a donné les raisons dans les vers suivants :

J'ai demandé à la terre pourquoi on en fit un lieu de prière

Et pourquoi elle est pour nous pureté et agrément

Elle répondit, mots dire, qu'elle est

Pour chaque être humain la bien-aimée.

L'on est donc en droit de conclure que la perspective que porte l'Islam sur la question de l'environnement conçoit la nécessité de la protection et la préservation de ce dernier comme étant un acte de foi ou d'adoration constituant une obligation dont doit s'acquitter tout individu et toute société. Cet acte étant la fin ultime de l'existence de toutes les créatures. Dieu dit à ce sujet : «Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent»(88). Il dit également : «Et il n'est chose aucune qui ne chante pureté en le louant. Mais vous ne comprenez pas leur chant»(89).

C'est que Dieu, en daignant faire bénéficier les créatures de ses bienfaits, n'a demandé pas plus d'elles, mention en est déjà faite, que de l'adorer. L'acte d'adoration consiste entre autres de remercier Dieu de Ses bienfaits et de souscrire aux normes dont Sa volonté a fait notre guide et nos bornes. C'est bien lui, le Très Haut, qui dit : «Eh bien ! Serez-vous reconnaissants ?»(90) et «Et quand votre Seigneur proclama : «si vous êtes reconnaissants, très certainement Je vous en ajouterai ! Et si vous êtes ingrats, certes oui, Mon châtiment est
fort !»(91). Et le manquement à l'obligation d'adoration de Dieu constitue une ingratitude dont l'auteur est passible de châtiment. Dieu le Très Haut dit à ce propos : «Et Dieu frappe l'exemple d'une ville : elle était en sécurité, tranquille ; sa part de nourriture lui venait de partout en abondance. Puis elle mécrut aux bienfaits de Dieu. Dieu donc lui fit goûter, pour prix de ce qu'ils faisaient, faim et crainte mêlées»(92). Il est donc évident que l'exhortation à l'adoration de Dieu trouve sa justification dans le fait que la préservation de l'environnement constitue une garantie pour la perpétuation de la vie.

L'homme est appelé à considérer l'univers et l'existence et à porter sa méditation sur l'environnement qui l'entoure pour affermir et renforcer sa foi. C'est bien là l'enseignement que dispensent les versets suivants : «N'ont-ils pas considéré le super-royaume des cieux et de la terre, et toute chose que Dieu a créée»(93), «Dis : «regardez ce qui est dans les cieux et la terre»(94), «Ne regardent-ils donc pas le ciel, au-dessus d'eux, comme Nous l'avons bâti et l'avons embelli, et qu'il est sans fissures ?»(95), «Que l'homme regarde donc sa nourriture : c'est Nous qui versons l'eau à verse, puis Nous fondons de fente la terre et y faisons pousser grains et vignobles et légumes et oliviers et dattiers et jardins touffus et fruits et verdure en usufruit pour vous et vos bestiaux»(96), «-Ne regardent-ils donc pas les chameaux comme ils ont été créés, et le ciel comme il est élevé et les montagnes comme elles sont dressées et la terre comme elle est nivelée»(97). Dieu affirme qu'il poussera l'homme à méditer sur l'univers qui l'entoure : «Bientôt Nous leur ferons voir Nos signes à tous les horizons, tout comme dans leurs propres personnes jusqu'à ce qu'il leur devienne évident que, oui, c'est cela la vérité»(98).

Peut-être convient-il d'ajouter que l'importance de premier plan qu'accorde l'Islam à la préservation de l'environnement est constatée également dans les livres de jurisprudence, ou de hisbah et des principes de gouvernement. En fait, ces références contiennent nombre de dispositions et d'orientations qui exhortent à la protection de l'environnement, mêmes dans des circonstances de guerre. Ainsi Yahia Ibn Saïd raconte le fait suivant : «Abou Bakr mobilisa une armée en direction d'Al-cham (ancienne Grande Syrie). Il sortit et marcha, accompagné de Yazid Ibn Soufiane qui assurait alors le commandement d'une province de ce territoire. Abou Bakr dit à ce dernier : «Je t'exhorte à observer dix attitudes : ne tue pas de femme, ni d'enfant, ni de vieil homme affaibli ; n'abats pas d'arbre porteur de fruits, ne détruis pas de maisons, ne lie ni brebis ni dromadaire qu'à leur mangeoire, n'abats ni ne brûle de dattiers, n'entrave personne et garde-toi de toute lâcheté»(99).

  1   2

similaire:

L a vision de l\Formation de sensibilisation à la radicalisation
«Entr’autres», spécialiste de l’Islam, présente d’abord un tableau sémantique, étymologique et historique du rapport de la laïcité...

L a vision de l\Quel rôle pour le professeur-documentaliste dans l’Education à l’environnement...
«défi pour la terre», la charte de l’environnement, l’exposition de l’Education Nationale sur «le développement durable, pourquoi...

L a vision de l\I. Généralités sur l’écologie
«édaphotope», climat «climatope» qui caractérisent le milieu où vit une biocénose déterminée

L a vision de l\Manuel sur l’environnement III

L a vision de l\«Aujourd’hui j’ai parachevé pour vous votre religion et accompli...
«Aujourd’hui j’ai parachevé pour vous votre religion et accompli sur vous mon bienfait. Et IL m’agrée que l’Islam soit votre religion.»...

L a vision de l\Près de 9 Français sur 10 estiment que d’ici à 2030 la plupart des...
«très bien» leur vision du shopping en 2030 contre 9% des personnes âgées de 65 ans et plus

L a vision de l\Activité : Comparaison du poids d’un objet sur la Terre et sur la Lune
«On a marché sur la Lune». Dans cet ouvrage le capitaine Haddock en scaphandre arrive à faire des bonds sans efforts. Tintin affirme...

L a vision de l\«Comédie musicale, montagne et astronomie» Disciplines concernées
«Apprendre à mieux vivre ensemble en travaillant sur un projet commun de spectacle et en découvrant un environnement inhabituel»

L a vision de l\Résumé : Les consommateurs réalisent souvent leur premier jugement...

L a vision de l\Et construction de l'unité européenne
«Si la science n'a pas de patrie, l'homme de science en a une» témoigne du poids de l'environnement socio-politique sur les comportements...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com