Emile Verhaeren (1855-1916), Thomas Bernhard (1931-1989)








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Emile Verhaeren (1855-1916), Thomas Bernhard (1931-1989)
lectures les 18 et 19 avril, à 20h45, par Thomas Sacksick
« […] Un seul poète ou écrivain est déjà ridicule et difficilement supportable à la communauté des hommes, on voit bien combien plus ridicule et intolérable encore est un troupeau entier d’écrivains et de poètes, sans compter ceux qui sont persuadés d’en être, entassés en un seul endroit ! »

Mes prix littéraires, Thomas Bernhard.
*

Le poète belge Émile Verhaeren ne semble plus connu que de la génération des enfants de l’après-guerre, qui doivent cette connaissance aux ‘récitations’ de l’enseignement scolaire.

Verhaeren fut pourtant en son temps un poète fêté. Apollinaire, qui dut lui envier ses innovations, lui a emprunté certaines ‘trouvailles’ ; Louis-Ferdinand Céline aussi (nous lirons un ou deux passages du Voyage au bout de la nuit qui le montrent).

En 1910, Stefan Zweig, qui justement consacre une étude à notre poète, dit qu’à présent « la poésie lyrique se tient hors de la portée de l’homme actif […] le travailleur et l’artisan ne lui reconnaissant point de valeur. » On est aujourd’hui loin du compte ! Chez les libraires, les rayonnages de poésie se sont réduits comme peau de chagrin ; et de Verhaeren, qui produisit une œuvre conséquente, n’est plus disponible qu’un seul recueil (que font les éditeurs ?)…

Pourtant, nous aurions pu nous reconnaître dans cette poésie, qui a sa propre musicalité, et qui fut à l’écoute de son temps. Une poésie inquiète –déjà !- de la toute-puissance de l’homme, de sa science et de son industrie, qui pressentait le probable épuisement des ressources, leur pollution, et qui avec la gloire du Progrès constate la concomitance de l’asservissement des foules et du dépérissement de toute spiritualité.

Une poésie qui sut, avant Soljenitsyne, que la réforme du monde passe par la réforme de soi.

Une poésie, enfin, qui s’est employée à dire le bonheur, la vie tranquille –Verhaeren a chanté l’entente conjugale…
Thomas Bernhard n’a pas ignoré cette question d’une littérature claire. Il s’en fait justement l’écho dans Mes prix littéraires : « Et c’est paradoxalement Heisenberg, le spécialiste en physique atomique, qui m’a demandé plusieurs fois pourquoi les écrivains voyaient tout d’un œil aussi noir, le monde n’était pas comme ça, après tout. »

Au jeu des ressemblances, on voit que Verhaeren s’interroge sur l’évolution du monde et sur la mutation qu’elle implique chez l’homme, mais que Thomas Bernhard, lui, s’arrête à la conviction d’une permanence de la nature humaine –lourde conviction pour un Autrichien qui a connu le quotidien du III ème Reich ! Que pour Bernhard, les rêveries d’effusion fraternelle de Verhaeren, résultent d’une utopie passée ; il n’y aurait sans doute répondu que sur le ton d’une « exquise politesse »…
Paul Léautaud fustigeait décorations et prix littéraires. Thomas Bernhard fait ici de même. Mais, lui qui cumula nombre de distinctions, le fait avec la conscience de son inconséquence ; car, chez Thomas Bernhard ce mépris des reconnaissances institutionnelles n’est pas affaire d’opinion ; il éprouve péniblement le hiatus qui sépare l’artiste de ceux qui font métier de son travail, de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, s’en servent. Ce qui n’empêche pas Bernhard de porter sur cette situation pour le moins paradoxale un regard plein d’ironie qui nous fait rire, et d’une prose tout en retenue qui va jusqu’à la démesure.

Mes prix littéraires a été publié à titre posthume.
Un dernier mot. J’ai choisi de lire ce texte après l’avoir entendu très joliment dire par Claude Aufaure. Voulant ainsi à la fois éprouver mes capacités, et commencer de connaître Thomas Bernhard.

T.S.

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