Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l'Université de Barcelone le 6 février 2002*








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CHAPITRE 2 :

LA DICTATURE

DE L'ESPRIT

2.1 Introduction

... nous devons entendre par esprit une réalité qui est capable de tirer d’elle-même plus qu’elle ne contient, de s’enrichir du dedans, de se créer ou se recréer sans cesse, et qui est essentiellement réfractaire à la mesure... (Bergson, Ecrits et paroles, II) 1

Dans le chapitre précédent, nous avons vu la critique radicale de Tzara à la société et la culture européennes. Or sa pensée n'est pas réduite, évidemment, à cette critique : au contraire, Tzara ne cesse pas de lancer, en même temps, des idées absolument affirmatives — idées qui seront immédiatement accueillis avec enthousiasme par beaucoup d'artistes contemporains de différents pays. Dans ce chapitre, nous nous consacrerons à étudier surtout cette partie de la pensée affirmative de Tzara qui est la plus directement en rapport avec les activités artistiques des dadaïstes eux-mêmes. Un autre aspect de sa pensée, une espèce de conception du monde exprimée à travers de Dada —et d’une certaine manière, à travers les activités d'autres artistes —, sera étudié aussi dans le troisième chapitre.

Une notion qui nous paraît fondamentale pour comprendre la partie affirmative de la pensée de Tzara directement liée Dada, est celle de "dictature de l'esprit ". En effet, dans un de ses manifestes de 1920, Tzara affirme : "Dada est la dictature de l'esprit ", 2identifiant ainsi Dada et la "dictature de l'esprit ". L'expression est étrange, sans doute, et même il nous dérange : pourquoi une "dictature", quand a-t-il répété que Dada est contre toute domination, contre toute imposition ? Nous croyons que ce paradoxe disparaîtra quand nous étudierons la notion de l'"esprit ". Nous verrons alors comment cette dictature singulière, pour Tzara, est précisement la même chose que la libération de l'esprit par l'esprit, et comment les très variées activités Dada ne sont que des manifestations de cette libération de l'esprit par l'esprit. Cette libération est aussi celle de l'art, des artistes, et des spectateurs, tout conjointement. Il s'ensuit que cette "dictature de l'esprit ", à notre avis, constitue à la fois une nouvelle esthétique et une nouvelle éthique —unie à une nouvelle notion d'éducation.

Ainsi, dans ce chapitre nous commencerons par considérer les notions d'"esprit " et de "dictature de l'esprit " en Tzara. Comme nous verrons, nous pensions que dans ce point une source d'inspiration essentielle pour Tzara pourrait être Bergson, celui qui soulignait, de l'esprit, son caractère libre, autocréatif et réfractaire à toute mesure. L'objectif du point 2.2 est de comprendre la notion de la "dictature de l'esprit " à partir de cette conception de l'esprit et des fragments de Tzara dans lesquels présente cette notion.

Or, il est certain que Tzara expresse aussi cette idée de la "dictature de l'esprit " à travers d'autres mots : immédiateté, spontanéité, instantanéité, intensité —mots qui, comme nous verrons dans le point 2.3, constitueront la base d'une nouvelle conception esthétique, un esthétique pour la libération de l'esprit. À cette esthétique liberatrice nous l'appellerons "esthétique de l'intensité". Et dans le point (2.4), nous verrons comment les différentes activités des dadaïstes ne sont que les formes concrètes qui donnent corps à la nouvelle esthétique —des activités artistiques qui seront, d'autre part, directement en rapport avec la créativité la plus primitive de l'homme.

Dans le chapitre précédent, nous avons vu la critique virulente de Tzara à toute forme d'art qui est complice avec le système social bourgeois (toute forme d'"art par l'art"). Naturellement, l’esthétique Dada sera une esthétique inséparablement unie à l’éthique et a la politique (compris ce dernier terme au sens large, plus culturel que social). En effet, nous pourrions dire que la "dictature de l'esprit " propose une transformation globale —mais non au niveau institutionnel mais un autre niveau : une révolution ou une transmutation de la sensibilité. Dans les deux dernières sections de ce chapitre (2.5 et 2.6), nous verrons en détail les réflexions de Tzara autour de cettes dimensions de la dictature de l'esprit, et verrons concrètement comment l'esprit Dada est ouvert de manière naturelle à une rencontre directe et intense avec les individus et avec la vie.

2.2 Esprit et Dada

2.2.1 Qu’est-ce que l'esprit ?

Dans ses documents, Tzara fait un usage assez fréquent du terme "esprit " à partir de 1918, en arrivant déjà en 1919 à la formule de "dictature de l'esprit ". Par conséquent, de toute évidence c'est une notion essentielle pour notre auteur. Qu'est-ce qu'il conviendrait de comprendre par "esprit " ?

Le mot "esprit ", en réalité, apparaît aussi dans plusieurs des fragments déjà cités dans le chapitre précédent. Par conséquent, comme un premier rapprochement à cette notion, nous pouvons réviser certains de ces fragments.

Dans un fragment cité dans le point 1.2.2 (sur la "selfcleptomanie " et le principe de propriété), Tzara dénonce que "l'esprit bourgeois " réduit tout à l'utilité, y compris les idées ou la poésie. D'autre part, dans un fragment cité dans le point 1.4.5 (sur la philosophie dialectique), il dit que "la magnifique qualité de l'esprit " des philosophes —qui imposent son point de vue à travers la magie de la dialectique —n’est que la preuve de sa propre impuissance :

L'esprit bourgeois qui rend les idées applicables et utiles, veut donner à la poésie le rôle invisible de principal moteur de la machine universelle : l’âme pratique.

Les philosophes aiment ajouter à cet élément [la logique]: Le pouvoir d’observer. Mais justement cette magnifique qualité de l'esprit est la preuve de son impuissance.

Nous pouvons nous demander : l’"esprit " des bourgeois et des philosophes, propulsé constantement vers ce qui est utile et vers la domination, mérite d'être appelé "esprit " ? Dans ce point, dans le fragment suivant (cité dans une note de 1.4.5), Tzara clarifie que ce qu'il y a dans ces philosophes est, en réalité, une "pauvreté d'esprit " (précisement de la même manière que le bourgeois - selfcleptomane est très pauvre, puisqu'il a "volé" sa personnalité propre), et est cette pauvreté d'esprit —ou meilleur son manque —, précisément, celle qui leur permet de triompher :

Si l'on est pauvre d'esprit, on possède une intelligence sûre et inébranlable, une logique féroce, un point de vue immuable.

Pour Tzara, le nouvel artiste, sera une figure diamétralement opposée à ces bourgeois et intellectuels ; soutiendra pleinement l'activité de l'esprit et l'exprimera, de manière immédiate, ses "états d'esprit momentanés ". Tzara trouve un exemple de cela en Arp (fragment cité dans une note de la section 1.6) :

La traduction que Arp donne de ses états d'esprit momentanés, sans aucune préoccupation des lois esthétiques, une sorte de transposition immédiate et naturelle sortant des mouvements de ses mains…1

Mais, naturellement nous apparaît la question : Qu'est-ce que comprend Tzara par esprit, précisement ? Ce qui est certain est que, malheureusement, Tzara ne donne aucune définition claire du terme ni dans les fragments cités ni dans d'autres lieux. Pour l'instant, ce que nous savons est qu'il s'agit de quelque chose d’essentiellement créatif (c'est pourquoi, pour le nouvel art, ce qu’il faut faire est seulement saisir et exprimer précisement cette créativité continue de l'esprit), et en même temps qu'il s'agit d'une créativité irréconciliable avec toute limitation extérieure : ainsi, avec les lois esthétiques.

Nous pensons, pour notre part, que certaines utilisations du terme "esprit " qui fait Tzara sont mieux compris si nous tenons compte de la conception de l'esprit en Bergson. Voyons, par exemple, le fragment suivant de ce philosophe :

... nous devons entendre par esprit une réalité qui est capable de tirer d’elle-même plus qu’elle ne contient, de s’enrichir du dedans, de se créer ou se recréer sans cesse, et qui est essentiellement réfractaire à la mesure parce qu’elle n’est jamais entièrement déterminée, jamais faite, mais toujours agissante. 2

Ainsi, pour Bergson, l'esprit est quelque chose fondamentalement autocréatif, qui s’enrichit intérieurement, de lui-même. Et justement de ce point de vue, il pourrait être dit que les esprits critiqués par Tzara (ainsi celui de bourgeois et de l'intellectuel) manquent d'esprit. Tzara ne dira pas une autre chose tant quand critique ces esprits, comme quand, au contraire, il centrera le nouvel art dans la créativité de l'esprit.

De fait, Tzara définit Dada avec ce même terme : “dada est un esprit”3, et ce qui dit Bergson de l'esprit —une réalité en mouvement continu et autorénovatrice, réfractaire à la mesure—, accorde avec la caractérisation de Dada faite par Tzara. Ainsi, selon Tzara, Dada “se transforme”,“est le camaleón du changement rapide”, déborde “une vitalité et un mouvement continuel”, est un “esprit nouveau en formation”. 1

Et Dada, comme esprit dans mouvement continu, est libre du "point de vue immuable" de la pensée dominante, et "introduit de nouveaux points de vue". De la même manière, Dada échappe de l'intelligence et la logique existantes. Y compris Tzara déclare volontairement que "Dada est idiot", tellement idiot et réfractaire à toute mesure extérieure —morale, utilitaire, etc., —que Dada est inutile, comme la vie elle-même : “Dada est inutile comme tout dans la vie.”.2

Pour Tzara et les autres dadaïstes l'essentiel sera saisir ou faire valoir les nouvelles possibilités que l'esprit ne cesse pas d'ouvrir : “L'esprit porte de nouveaux rayons de possibilités: les centraliser, les ramasser... ” 3Et, pour eux, cet effort —peut-être modeste à première vue —signifiera, comme nous verrons le long de ce chapitre, une véritable révolution de l'esprit comme Tzara l'appellera, dans une entrevue en 1927 (déjà citée dans la section 1.6) :

…la révolution de l'esprit, la seule que je préconise, la seule pour laquelle je serais capable de donner ma vie…

2.2.2 L'esprit Dada

L'esprit, selon Bergson et Tzara, est, donc, autocréatif et est en transformation continue. Or, si " Dada est un esprit ", il nous apparaît cette question : quelle est la spécificité de l'esprit Dada ? La réponse de Tzara à cette question est intéressante, parce qu'elle clarifie surtout la singularité de Dada comme mouvement artistique. D'abord, étonnamment, Tzara ne prétend pas que Dada est un esprit original, ni non plus que soit exclusif de qui font partie active du mouvement (ainsi, il nous dit : “il y a des dadas partout et dans chaque individu”1). Deuxièmement, pour Dada, les rénovations techniques ou formelles (artistiques ou d'un autre ordre) n'ont aucune importance, étant toujours l'essentiel la question de l'esprit.

Voyons le premier point. Tzara pense que Dada comme esprit lui-même n'est pas moderne ni original, mais forme part d'une tendance spirituelle déjà présent en Chuang tzu ("Dchouang-Dsi"), "le premier dadaïste " 2:

... Dchouang-Dsi était aussi dada que nous. Vous vous trompez si vous prenez Dada pour une école moderne, ou même pour une réaction contre les écoles actuelles. Plusieurs de mes affirmations vous ont paru vieilles et naturelles, c'est la meilleure preuve que vous étiez dadaïstes sans le savoir et peut-être avant la naissance de dada. 3

Ainsi, comme il est vu dans cet exemple, Tzara place à Dada dans un courant spirituel de racines éloignées (non seulement de temps, mais aussi culturel), dans une tendance qui n'est pas ni même artistique comme le taoïsme. Il est certainement dans cette perspective rigoureusement spirituelle que Tzara refuse de considérer à Dada comme "une réaction aux écoles modernes" : le plan dans lequel Dada se situe n'est pas le même de les "écoles" artistiques de leur époque. 4

Naturellement, ceci n'empêche pas que Dada soit imprégné d’une certaine nouveauté ou actualité. Tzara nous disait déjà que Dada était "un esprit nouveau en formation ". 5Ainsi, il dit ailleurs :

Dada existait avant nous (La Sainte Vierge) mais on ne peut pas nier que son pouvoir magique s'ajoute à son esprit déjà existant et à ses impulsions de pénétration, de diversité qui caractérisent sa forme actuelle. 1

En conclusion, nous pouvons comprendre que Dada comme esprit est vieux (comme indique humoristiquement le texte), mais sa "forme actuelle" n'est pas moins important puisqu'il ajoute à celui-là son "pouvoir magique " et ses "impulsions de pénétration, de diversité".

Le second point dérive directement du premier. Si Dada est essentiellement un esprit, toute rénovation technique, artistique, ou sociale, est secondaire par rappot à cette question de l'esprit. Il s'ensuit qu'il dise :

Ce n'est pas une nouvelle technique qui nous intéresse, mais l'esprit. Pourquoi voulez-vous qu'une rénovation picturale, morale, poétique, sociale ou poétique [sic] nous préoccupe? Nous savons tous que ces rénovations des moyens ne sont que les costumes successifs des différentes époques de l'histoire, des questions peu intéressantes de modes et de façades. 2

Et est que Tzara observe que les rénovations des moyens (formels ou techniques) ne garantissent pas une rénovation de l'esprit, comme il souligne dans le cas suivant, en se référant au directeur de théâtre Taïroff :

Le travail de Taïroff n'est en somme qu'un perfectionnement de l'ancienne formule théâtrale. L'esprit, le noyau intérieur, reste le même, il n'y a que les formes extérieures qui sont renouvelées. 3

Tzara rejette, en fin, toute définition de Dada basée en une rénovation ou amélioration technique ou intellectuelle, et seulement reconnaît comme essentiel l'aspect spirituel —point qui, pour Tzara, distingue de manière décisive à Dada d'autres groupes artistiques :

Et je trouve qu'on a eu tort de dire que le Dadaïsme, le Cubisme, le Futurisme, reposaient sur un fond commun. Ces deux dernières tendances étaient surtout basées sur un principe de perfectionnement technique ou intellectuel, tandis que le Dadaïsme n'a jamais reposé sur aucune théorie et n'a été qu'une protestation. 1

Et ceci n'est pas seulement parce que Tzara rejette toute imposition de modèles esthétiques, comme nous avons vu dans le point 1.5.4, mais, simplement, étant Dada un esprit dans transformation continue, elle est réfractaire à toute définition, et seulement peut être saisit comme "état d'esprit " (entre d’autres) :

Vous entendrez souvent dire: Dada est un état d'esprit. Vous pouvez être gais, tristes, affligés, joyeux, mélancoliques ou dada. Sans être littérateurs vous pouvez être romantiques, vous pouvez être rêveurs, las, fantasques, commerçants, maigres, transportés, vaniteux, aimables ou dada. 2

Dada est un état d'esprit. C'est pour cela qu'il se transforme suivant les races et les événements. 3

Ainsi, comme indique la seconde citation, Dada est un état d'esprit qui est continuellement transformé, de manière caméleónique, en adoptant différentes manières dans différents contextes, en suivant "les races et les événements". 4

2.2.3 Le mouvement Dada

Les rénovations techniques ou formelles (artistiques ou d'un autre ordre) n'ont, donc, aucune importance pour Tzara. L'essentiel est la question de l'esprit ; et cette règle est aussi appliquée, naturellement, au mouvement Dada même (dans le sens strict et historique), mouvement que Tzara et ses compagnons dadaïstes ont promu. Nous avons déjà vu dans le chapitre précédent comment Tzara refusait de donner des explications sur Dada (1.4.3), comment il refusait toute théorisation, contrairement à les cubistes et futuristes (1.5.3), et comment il rejetait l'imposition de tout modèle esthétique (1.5.4). Tout cela le réaffirme Tzara quand insiste qu'il ne faut pas chercher rien derrière le mot Dada, puisque "Dada ne signifie rien".1

Et tout ceci sépare au mouvement Dada clairement d'autres groupes artistiques contemporains. De manière différente à ces groupes qui, partageant certaines théories, certaines techniques ou certains dogmes, se retournaient en "écoles", Dada ne s'est jamais transformé en une école (Tzara parle de Dada comme une certaine impulsion “de relativisme qui n’est pas un dogme ni une école”2), et a continué à être un "mouvement" —mouvement en sens plein du mot, c'est-à-dire, mouvement de l'esprit même. 3 Tzara préfère utiliser ce mot (“mouvement”) au parler de Dadá: “Au cours de campagnes contre tout dogmatisme, et par ironie envers la création d'écoles littéraires, DADA devint le Mouvement Dada.”4

Sans théorie ni dogmes, Dada est “une constellation d'individus et de facettes libres,”5 c'est-à-dire, où chacun des individus composants affirme son indépendance. Il a ainsi été dès le début, quand Dada est né à Zurich en 1916 : “Ainsi naquit DADA d'un besoin d'indépendance, de méfiance envers la communauté. Ceux qui appartiennent à nous gardent leur liberté.”1 Et le mouvement Dada sera encore fidèle à ce principe : “Nous n'appartenons à aucun parti politique, nous ne sommes même pas un groupe, car chacun de nous a des idées différentes, nous sommes individualistes...”2 Ainsi, Dada ou le mouvement est Dada pour Tzara une "constellation " qui respecte les différences de ses membres au lieu de les subsumir ou les noyer dans une unité homogénéisatrice : ce n'est pas "même pas un groupe", chacun "a des idées différentes". 3

Ce respect à la différence et à l'hétérogénéité fait que Dada soit un mouvement sans limite géographique ni culturelle ("cette poussée qui ne connaît pas de frontières " 4), capable de se transformer selon chaque contexte. De là, par exemple, la différence radicale entre le Dada allemand —à caractère fortement révolutionnaire — et le Dada italien —de caractère plutôt philosophique et sceptique—, étant tous les deux pleinement Dada pour Tzara :

Ils [les dadaïstes d’Allemagne] étaient depuis longtemps persuadés de la culpabilité du Kaiser au déclenchement de la guerre et leurs relations avec Liebknecht, Prof. Nicolai et les pacifistes n'étaient un secret pour personne. Les nombreuses manifestations qu'ils organisèrent eurent une grande influence, et ils peuvent se vanter d'avoir contribué à emmener la révolution en Allemagne.5

A Rome, dada est philosophique, distingué, délicat et sceptique avec le baron J. Evola, à Milan et Mantoue résolu et tranchant avec Cantarelli, Fiozzi, et Bacchi. Fatigués par les unilatérales de Marinetti, ces jeunes gens s’eloignent du Futurisme et des autres formules d’art. 1

Mais non seulement il se transforme selon l'environnement social, culturel ou politique. Voyons les deux citation suivantes (citation qui sont de toute évidence unies bien qu'extraites de deux lieux différents), où Tzara arrive à affirmer, d'une manière humoristique, qu'il y a tant de types de Dada (y compris tant de "présidents" de Dada) comme quantité de dadaïstes :

Dada a 391 attitudes et couleurs différentes suivant le sexe du président/ Il se transforme... 2

... on sait qu'il y a 391 présidents du Mouvement dada, et que tout le monde peut le devenir très facilement. 3

Or, nous apparaît une question : il existe quelque chose en commun entre les dadaïstes ? Qui unit aux dadaïstes pour former un mouvement puissant, transformateur ? La réponse à cette question, en réalité, nous l’avons déjà vu tout le long du premier chapitre : c'est la sensation de "dégoût", partagée par les dadaïstes, envers l'état de choses existant. 4 Répugnance par l'utilitarisme, est un rejet —proche à le physiologique— par la limitation, la domination, dans un mot, par la pauvreté et la bassesse spirituel de la société bourgeoise européenne. Tzara lui-même expose :

Ces observations des conditions quotidiennes nous ont amenés à une connaissance qui constitue notre minimum d'entente, en dehors de la sympathie qui nous lie et qui est mystérieuse.5

Évidemment, cette répugnance partagée est accompagnée d'un désir partagé pour transformer cet état de choses, pour opérer une transmutation. En effet, Tzara, dans un style manifestement Dada, rapporte comment les dadaïstes ont juré "amitié sur la nouvelle transformation" autour du mot "Dada", qui ne signifie rien, mais qui a été " la plus formidable protestation, la plus intense affirmation " :

Un mot fut né, on ne sait pas comment Dadadada on jura amitié sur la nouvelle transmutation, qui ne signifie rien, et fut la plus formidable protestation, la plus intense affirmation armée du salut liberté juron masse combat vitesse prière tranquillité guérilla privée négation et chocolat du désespéré.1

Par conséquent, les différents individus dadaïstes collaborent à la tâche commune de transformer l'état de choses. À ce sujet, Tzara dit : “nous sommes individualistes et cherchons à renouveler les formes existantes,2 et affirmera que le dadaïsme “se propose de renouveler non seulement les formes et les valeurs de la vie, mais aussi celles de l'art”.3 Et les deux objectifs —rénovation de la vie et de l'art —sont étroitement unis, et trouvent les mêmes obstacles puisqu'ils sont propulsés par le même esprit. 4 De cette manière, Dada comme mouvement est profondément attaché à une transformation spirituelle, une transformation absolue ou qualitative, à une transvaluación radicale, vitale —et non à une simple substitution des valeurs par d'autres, mais à une transmutation du sol où ceux-ci reposent (chose que nous finirons pour voir dans le prochain chapitre). Ne disait-il pas Tzara qui Dada est né de d'une ambition radicale, de celle de transformer les formes de sentir et de penser ? 5
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