Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l'Université de Barcelone le 6 février 2002*








télécharger 1.19 Mb.
titreThèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l'Université de Barcelone le 6 février 2002*
page2/23
date de publication13.04.2017
taille1.19 Mb.
typeThèse
p.21-bal.com > histoire > Thèse
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   23

Les dadaïstes et la philosophie

Qui se produit avec Dada ? 3Il y a-t-il dans Dada, quelque relation avec ces philosophes ? À ce sujet l'observation de Hugo Ball, le fondateur du Cabaret Voltaire, moyen où naît Dada, est significative : “À l'époque du Cabaret, nous nous sommes beaucoup intéressés à Bergson, y compris à son simultanéisme. Le résultat en fut un art de l'assemblage.” 4

Le commentaire de Ball nous fait entrevoir comme la philosophie, pour les dadaïstes, n'était pas seulement un point plus de cette expérience collective initiale de Dada, mais à elle fait responsable de la direction qui prendrait sa production artistique. Et ceci n'est pas de surprendre si nous tenons compte de l'intérêt commun pour la philosophie entre les considérés fondateurs du mouvement : Hugo Ball, Tristan Tzara, Hans Arp, Richard Huelsenbeck et Marcel Janco. Ainsi, Ball a effectué des études de philosophie en terminant par effectuer une dissertation sur le Nietzsche. 1Arp, au sein de ses activités créatives, ne cessait pas de lire les présocratiques. 2L'importance de la philosophie pour Huelsenbeck on laisse voir dans la phrase suivante : “o el dadaísmo se sitúa dentro de alguna tendencia del pensamiento moderno o pronto será olvidado”. 3Et finalement, la relation profonde et indéniable —même si cette relation, parfois, résulte paradoxale — que Tzara a eu avec la philosophie. De fait, nous pourrions dire que ses années de jeunesse sont marquées par leur intérêt pour la philosophie : on dit qu'à son époque de lycée il lisait déjà Nietzsche, 4et en 1914, Tzara s'inscrit dans la Faculté de Philosophie de Bucarest, tout comme il fera un année suivante à Zurich. Le témoignage de Tzara même, lequel parle "de quelques années perdues dans la philosophie ", 1n'indique que la mémoire de son ancien enthousiasme. Et ce n'est pas seulement une mémoire de première jeunesse, comme souligne Jacques Gaucheron :

Après ses études secondaires, il s'oriente vers des travaux universitaires de mathématiques et de philosophie. Celle dernière, on le sait, prépare à l'esprit critique, nécessaire à la création, mais également, sur le plan humain, à la remise en question des « valeurs », qui la rendent suspecte, comme discipline, à tous les conservatismes. On sait que dès son arrivée en Suisse, il substitue l'activité poétique et dadaïste aux études philosophiques. Mais il en garde quelque chose, et dans le mode d'approche des problèmes et dans le ton.2

En réalité, comme nous verrons, Tzara ne rejette pas toute philosophie et de fait, comme indiquera sa femme, Greta Knutson, Tzara continue à lire à Nietzsche après Dada. Les livres de cet auteur, surtout ceux de leur dernière étape, sont les livres préférés de Tzara, selon leur témoignage. 3

Que les fondateurs du mouvement Dada, surtout Tzara et Ball, auraient un contact tellement significatif avec la philosophie nous permet d'évaluer Dada comme un mouvement avec une dimension philosophique profonde. 4Et en ce sens, il est surprenant qui la littérature secondaire sur le Dada et Tzara n'a pas souligné à peine son aspect philosophique. Bien que quelques auteurs (comme, par exemple, Sanouillet, outre le déjà mentionné Huelsenbeck) aient exprimé la nécessité d'un rapprochement de ce type, dans notre connaissance on n'a publié aucun monographique sur la relation entre Dada et la philosophie. Entre la faible bibliographie sur le sujet, nous comptons sur l'article déjà mentionné d'Eder dans lequel traite la relation entre la philosophie et Ball. En ce qui concerne Tzara, nous pouvons souligner le travail de Won Ko qui, comme nous avons dit, relie la pensée de Tzara avec la pensée orientale, chose qui a déjà fait pour sa part le dadaïste japonais, Shinkichi Takahashi. 1De même, dans un article, Paolo Bertetto met en rapport directement à Tzara et Nietzsche, mais, malheureusement pour nous, afin de réaffirmer le nihilisme (cela oui, "actif") de Tzara. 2

Tzara, Nietzsche et Bergson

Quoi qu'il en soit, l'existence d'un composant philosophique dans la pensée de Tzara est indubitable. Et ce qui est certain est que beaucoup de passages de l'oeuvre de Tzara, qui paraissent incompréhensibles, on illumine assez si nous les mettons en rapport avec quelques problématiques et concepts des philosophes que Tzara connaissait. Et entre eux, nous il a paru spécialement fructueux de mettre en rapport et contraster la pensée de Tzara avec les deux philosophes déjà mentionnés : Nietzsche et Bergson. 3

Comment la pensée de Tzara est croisée, concrètement, avec celui de Nietzsche et de Bergson ? Pour voir très rapidement seulement un aspect de cette relation féconde, peut-être il convient partir du suivant commentaire de Deleuze sur "la volonté de pouvoir" en Nietzsche : "La volonté comme volonté de puissance a donc deux degrés extrêmes, deux états polaires de la vie, d'une part le vouloir-prendre ou vouloir-dominer, d'autre part le vouloir identique au devenir et à la la métamorphose, « la vertu qui donne »." 1 À notre avis, ces deux états polaires de la volonté de pouvoir sont précisément ceux que servent mieux à caractériser la pensée de Tzara tant en son temps destructif comme en son temps affirmatif (et l'indiscernabilité de ces deux moments). D'une part, Tzara attaque à le "vouloir dominer" dans le domaine qu’il soit : religieux, social, artistique, intellectuel, etc.. L'objectif de sa critique est ce : découvrir les stratégies de cette volonté, qui est masquée dans le bourgeois, dans le "philosophe " universitaire, dans le prophète, dans l'artiste, le scientifique, etc.. D'autre part, ce qu'il signifierait pour Tzara l'autre degré extrême de la volonté de pouvoir : "le vouloir identique au devenir " ? À notre avis, "Dada", comme le voit Tzara, n'est pas autre chose que la mise à jour de cette volonté de pouvoir : il est, comme insiste Tzara, un esprit actif ou libre, transparent ou caméléonesque, en devenir, métamorphose, mode de vie. 2D'ici qui Tzara conçoit Dada comme un esprit qui n'est pas limité au mouvement artistique qui porte le nom, même s'il lui est spécifiquement appliqué. Dada est appliqué à tous les individus, parce que Dada, comme dit Tzara, n'est pas une chose mais un état d'esprit, et comme tel est dans tous les individus. Nous pourrions dire que Dada, au-delà d'un mouvement artistique, est un mouvement moléculaire de l'esprit. En synthèse, Dada, pour Tzara, sera une manière d'affirmer la vie deux fois : une fois comme critique vitale de le "vouloir-dominer", et une autre fois comme un nouveau début, comme un mouvement visant à une pleine affirmation du devenir de la vie elle-même. Ou, autrement dit, c'est un état d'esprit que choisit d'abord, c'est-à-dire, prend de la vie seulement ce qu'en elle il y a déjà d'affirmatif, sa richesse immanente, et ensuite la porte à sa puissance maximale ou à l’intensité…

Ainsi, nous pensons que la pensée de Tzara est développée dans une résonance fructueuse avec quelques idées clef de Nietzsche. 1Toutefois, il convient de souligner tout de suite qu'un rapprochement trop étroit à Nietzsche peut nous emmener à une interprétation partielle, parce que, comme nous verrons dans la partie qu'il corresponde de la thèse, nous reconnaissons dans la pensée de Tzara une relation non moins féconde avec la pensée de Bergson. Ainsi, par exemple, nous pensons que dans le rejet de Tzara à ce qui est mécanique, à ce qui est solidifié, à tout ce qui empêche le contact immédiat avec la fluidité de la vie, avec le devenir, il y a une inspiration clairement bergsonienne —bien que ceci en aucune façon exclue son compénétration probable avec certaines idées nietzschéenne.

Si, afin d'indiquer seulement l'orientation globale de notre recherche, nous devions résumer grosso modo la contribution de d'un et un autre, nous dirions que Nietzsche a plus de poids dans la critique que Tzara effectue à la culture, et que Bergson est plus en rapport avec la conception de la nature ou de la vie de Tzara. Cette tendance est indiqué par le vocabulaire même utilisé par Tzara : quelques notions habituelles dans la "critique " de Tzara, à notre avis, sont intimement attachées à la grande critique nietzschéenne (comme morale, impuissance, piété, etc.), et pensons que l'utilisation de la notion d'"esprit " —notion également essentielle en Tzara —est comprise pleinement seulement quand nous le contrastons avec l'utilisation du même terme par Bergson. Mais nous insistons cette séparation n’est qu'un premier rapprochement, puisque, comme nous verrons, dans la critique que Tzara effectue à la connaissance la critique que Bergson a effectuée à l'intelligence ou à la pensée logique est essentielle. Et ceci n'est pas étonnant parce que, dans ce domaine, les critiques de Nietzsche et Bergson se croisent. D'autre part, la conception éthique de Tzara, qui a, à notre avis, une inspiration claire en Nietzsche, est articulée avec une conception vitale très proche à celle de Bergson.

Pour notre part, l'intérêt principal de cette recherche est situé en présenter, d'une manière articulée, la pensée de Tzara, et en aucune façon en faire un listage exhaustif de la relation entre la pensée de Tzara et la pensée de Nietzsche ou de celui de Tzara et de Bergson. Par conséquent, nous nous contenterons d’exposer, dans la mesure où nous croyons indispensable certain coïncidence entre Tzara et eux. Et, en outre, cela nous paraît impossible de pouvoir faire une autre chose sans réduire la pensée de Tzara elle-même qui, dans une certaine mesure, est une récréation artistique profondément originale des idées des philosophes en haut cités. À ce sujet nous pourrions dire, que si Dada a montré une grande maîtrise dans l'utilisation du collage (visuel ou verbal ou les deux choses à la fois), les textes de Tzara sont non moins un collage, un collage spirituel, dont l'unité transmute les éléments hétérogènes que contient.

Finalement, nous ajouterons que, nous ne voulons pas réduire la pensée de Tzara aux influences reçues et non plus nous ne voulons pas réduire la philosophie de Dada à la pensée de Tzara. C'est un autre lieu commun dont nous voulons échapper, souligner la valeur de Tzara en ce qui concerne les autres membres du groupe (ainsi par exemple en disant que Tzara est l'"inventeur" du mouvement Dada). Il a été ainsi voulu, nous supposons, de rendre hommage à Tzara, mais au prix d'éliminer la force collective dont on nourrit précisément la pensée de Tzara, comme les autres du sien. À notre avis, ce qui rend riche à Dada est précisément, le manque de réducteur ou d'un homogénéisateur de ses membres. La pensée de Tzara, ne germe pas en solitaire ; sa richesse est fondée en l'interrelation d'éléments propres et étrangers. Ainsi, la pensée de Ball, de celui de Huelsenbeck ou de celui d'Arp ont des problématiques différentes et des points en commun. 1

Contenu de la thèse

Comme nous avons déjà dit, le but de notre recherche est de présenter la pensée de Tzara dans une unité. Concrètement, la thèse sera composée de trois parties qui se caractériseront, respectivement, par les trois éléments clef de Tzara : le "dégoût", la "dictature de l'esprit " et le "cosmique ".

Dans la première partie, "le dégoût", nous étudierons la critique —extrêmement variée et complexe —qui effectue Tzara à la culture et à la société de son temps. En examinant en détail les différents aspects de cette critique, qui est dispersée dans ses textes et exposée dans des touches, nous verrons comment elle est articulée, surtout, autour de ce que Tzara appelle la "selfcleptomanie " et l'"instinct de domination ".

La seconde partie traite de la notion, aussi singulière que complexe, de la "dictature de l'esprit ". Cette notion, qui a été pratiquement oublié par les chercheurs de l'oeuvre de Tzara,1 nous paraît que a une importance décisive tant qu'elle sert à exprimer le sens même de l'activité Dada. Pour Tzara, l'esprit Dada est opposé, par son intensité propre et par son caractère affirmatif, à la culture bourgeoise européenne. Et une certaine "dictature " de cet esprit Dada —"la dictature de l'esprit " —est, pour Tzara, la seule procédure pour abolir cette culture malade. En ce sens, nous pourrions dire qu'il s'agit d'une espèce de paideia de l'esprit ; et la critique, de ce point de vue, n'est pas autre chose qui une partie de cette dictature. Spécifiquement, la tâche de cette "dictature" consiste essentiellement à nous libérer des médiations : intellectuels, morales, esthétiques, etc. Est parce que ces médiations —qui dissimulent leur ordre totalement artificiel et arbitraire —ne nous permet pas d'avoir une relation immédiate et libre avec la réalité; et de cette manière il nous empêche la communion avec la totalité du monde, avec la diversité cosmique.

La dernière partie de ce travail traite du "cosmique ". Le cosmique en Tzara a une dimension multiple : éthique, esthétique et même, par le dire ainsi, ontologique. Et peut-être aussi politique, dans le sens plus vaste. Il conviendrait de nous demander si cette dernière dimension ne reçoit pas toutes les autres, parce que le cosmique s'oppose, dans son affirmation même, aux exercices de pouvoir (le vouloir-dominer ou le vouloir-imposer) dans tous les secteurs de la pensée et de l'activité humaine. En définitive, le cosmique nous montre la conception du monde en Tzara —un monde qui, à travers son oeuvre, apparaît comme un mouvement continu et profondément vital.

B Tristan Tzara : sa vie et ses écrits

Tzara avant Dada

On sait peu de la vie de Tzara avant son étape Dada. Cela est du à la discrétion de l'auteur —qui ne parlait jamais de son passé —et à la non-existence d'une recherche spécifiquement biographique. Entre les données existantes, soulignerons ceux que nous créons plus de significatifs.

Samuel Rosenstock (celui qui sera ensuite appelée Tristan Tzara) est né le 16 avril de 1896 en Moinesti, un peuple de province (Bacau) de la Roumanie.

Son père était comptable en même temps qu'il se consacrait à la transaction de bois. 1C'était aussi le représentant des habitants juifs de son quartier. L'origine juive de la famille de Tzara, ne cesse pas d'avoir une grande importance puisque, à l'époque, dans les documents officiels on spécifiait l'ethnie à laquelle on appartenait. Ainsi, par exemple, dans le certificat de fin d'études de Tzara —obtenu en 1914—, figure qu'il est de "nationalité israélite". 2

Ce certificat d'études, Tzara l'obtient dans la capital roumaine, Bucarest, où il a effectué ses études de secondaire. En ce qui concerne ceux-ci, Béhar indique que les notes obtenues révèlent une "scolarité brillante", ainsi qu'une connaissance particulièrement haute de la langue française, allemande et anglaise. 3À ces études, Tzara est livré simultanéement, en profondeur, à la vie littéraire. Ainsi, en 1912, il crée, avec Marcel Janco et Ion Vinea, la revue Simbolul [“Symbole" ]. Le titre de la revue laisse à peine des doutes sur l'influence du symbolisme qu'il reçoit. Les poèmes de Tzara, avec lesquels il contribue à cette revue, on peut donc considérer, sous cette influence symboliste. Ces poèmes, d'autre part, sont présentés déjà avec le premier pseudonyme de Tzara : S Samyro, “formé du diminutif de son prénom et de la première syllabe du patronyme.” comme dit Béhar. 1

Durant l'année qui finit ses études de secondaire (1914), Tzara s'inscrit dans la Faculté de Mathématiques et dans la Faculté de Philosophie de Bucarest. Dans cette nouvelle phase, selon Akira Hamada, Tzara se livre plus à la littérature qu'aux études universitaires, ce qui mène à sa famille a se réunir pour voir que faire avec une telle situation. Finalement, la famille a décidé de l'envoyer à étudier très loin de Bucarest, à Zurich. 2

Il convient d'ajouter que, en octobre 1915, est publié, dans une revue roumaine, le pseudonyme définitif "Tristan Tzara" (patronymique qui sera légalisé en 1925 par le gouvernement roumain).3

En arrivant à Zurich, cette même année, Tzara s'inscrit dans la Faculté de Philosophie et lettres. Tzara compte alors 19 années.
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   23

similaire:

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse présentée à la Faculté des études supérieures de l’Université de Montréal

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse présentée et soutenue publiquement à la Faculté des Antilles...

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse de doctorat de Géographie
«Environnement et aménagement en régions méditerranéennes» obtenue en 1993 à l’Université d’Aix-Marseille

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse de doctorat

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse de doctorat de 3° cycle

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse de doctorat en Science politique

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse de doctorat, nouveau régime en anthropologie

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Thèse en vue de l’obtention du Doctorat d’histoire

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Université Montpellier I faculté de Médecine

Thèse de doctorat présentée dans la Faculté de Philosophie de l\Économies d’eau : Réutilisation des eaux de pluie
«Eaux» de l’Afssa 15 cnrs- umr 5119-Université Montpellier 2- montpellier 16 ehesp- rennes 17 Laboratoire de Santé publique et Environnement-Faculté...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com