Civilisations de l’Asie Orientale Cadre naturel et chronologique








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huracan, qui a aussi donné le hurricane anglais), « cyclone » dans l’Océan indien, touchant la Réunion, l’île Maurice, Madagascar (du grec kukloma, de kuklos, cercle ou mouvement circulaire), « baguio » des Philippines, « typhon » du Pacifique occidental. Les Chinois l’appellent taifeng (« grand vent »), taifû en japonais. Ce mécanisme normal plus ou moins violent, qui sévit du début de l’été jusqu’en novembre, consiste en la formation d’un centre de dépression tropical gigantesque qui aspire l’eau de mer et la vapeur d’eau dans un mouvement de tourbillon. Il affecte une aire à peu près circulaire de 50 à 200 km de rayon, la vitesse des vents en rotation pouvant aller jusqu’à 300 km/h. Au centre, « l’œil du cyclone », zone de calme, atteint jusqu’à 40 km de diamètre. Se déplaçant rapidement vers l’ouest ou le nord-ouest, les typhons ravagent les archipels ou régions côtières du continent. On peut relever quatre ou cinq trajectoires principales, du nord vers le sud :

  • trajectoire septentrionale, touchant le Japon central et méridional.

  • trajectoire atteignant la Chine du sud-est (Taiwan et Fujian).

  • trajectoire touchant la Chine méridionale (Canton et Hainan).

  • trajectoire aboutissant au Vietnam du nord et du centre.

Les typhons ont un double effet dévastateur, qui combine celui du vent et celui des pluies. En effet, lorsque les vents atteignent les côtes, toute la pluie contenue s’abat d’un seul coup sur des régions qui sont les principales zones peuplées. La quantité d’eau déversée peut être double des pluies annuelles à Paris. A cela s’ajoute encore des raz-de-marée déferlants : le sel qu’ils déposent dans les rizières détruit les récoltes. Récemment, le 23 septembre 2000, un typhon soufflant à 200 km/h a ravagé la ville de Nagoya. Des centaines de milliers de maisons ont été détruites au Japon depuis l’après-guerre.

Néanmoins, les typhons peuvent être bénéfiques : les plus petits d’entre eux apportent en automne les ressources en eau nécessaires pour la deuxième récolte de riz, quand la mousson ne suffit plus à alimenter les rizières.



3. Géographie de l’Asie orientale II,

le volet humain







  1. La riziculture intensive


L’Asie orientale est l’univers de la rizière. La riziculture n’est pas uniquement un fait cultural, mais aussi culturel. C’est un véritable phénomène de civilisation. La mousson d’été répand jusqu’au nord du Japon les éléments tropicaux : le riz, plante tropicale, est cependant impensable en dehors du Sud Vietnam sans l’intervention humaine de l’irrigation. C’est en cela que l’on peut parler de fait de civilisation.

La riziculture extrême-orientale est fille de la mousson, du labeur des femmes et du génie des hommes. Un hectare de riz fournit autant de calories que cinq hectares d’élevage. C’est une culture peuplante, accompagnée de fortes densités de populations. Le riz nourrit beaucoup mais nécessite une main-d’œuvre importante. La riziculture, fruit de plusieurs millénaires d’inventions techniques, est le système de production pré-industriel le plus développé au monde.

Au 3e siècle av. J.-C. est inventé le repiquage, généralisé au 5e siècle apr. J.-C., qui évite de semer directement. Il entraîne une économie de semence et une débauche de main-d’œuvre. On sème tout d’abord dans une pépinière grain par grain selon une forte densité. Le repiquage de plants solides de 40 cm intervient un mois après dans une surface de rizières cinq fois plus grande. Pendant ce premier mois (mai-juin), les rizières libres permettent de terminer une culture précédente (culture d’hiver de blé semé en automne).

On assiste au 7e siècle à une augmentation considérable du stock alimentaire, qui s’accompagne de la domestication de nouvelles variétés de riz sauvage : en Chine du Sud, le riz hâtif, mûr en 100 jours au lieu de 180, permet plusieurs cultures de riz successives : un riz hâtif plus un riz de saison. Enfin, en 1960, la révolution verte voit la mise au point d’un riz de haut rendement et de forte résistance.

La construction de réservoirs d’eau va permettre la mise au point d’un calendrier d’irrigation (qui utilise des roues à godets) extrêmement rigoureux. Cette construction s’accompagne de l’édification de réseaux de canaux hiérarchisés, qui vont commander à l’organisation du village (spécialement au Nord Vietnam), du district, de la province et de l’Etat. Un historien a pu ainsi qualifier la Chine de société hydraulique, mais ceci est plus vrai du Nord Vietnam.

La riziculture reste encore un facteur d’identité profond de l’Asie orientale, malgré le développement du fait urbain.


  1. Populations et peuplements




    1. La géographie du peuplement : les grands foyers


L’Asie orientale compte plus d’un milliard et demi d’habitants, c.-à-d. le quart de l’Humanité, dont plus des ⅔ vivent en République Populaire de Chine. Un caractère commun et fondamental de ces peuplements est l’énorme accumulation dans les seules plaines, souvent réduites (en moyenne de 1.000 à 2.000 habitants ruraux au km²). La raison en est la localisation exclusive de la riziculture.

Le Vietnam comprend deux plaines fondamentales qui regroupe plus des ⅔ de la population :

  • le delta du Mékong au sud : grande riziculture commerciale (pas de repiquage).

  • le delta du Fleuve rouge au nord : riziculture intensive typique. Cette région revendique les principales inventions de la riziculture.


La Chine présente un phénomène comparable sur des échelles multipliées :

  • au nord, la plaine du Fleuve jaune compte 300 millions d’habitants. Cette accumulation de populations n’est pas liée à la riziculture, mais correspond au foyer de développement de la civilisation chinoise des Han.

  • au centre, les pays du Yangzi jiang (ou Chang jiang, « long fleuve ») marquent les débuts de l’univers de la riziculture chinoise, auquel s’ajoute un héritage historique : 450 millions de personnes y vivent.

  • au sud, les plaines sont réduites au profit des collines et des moyennes montagnes. On y trouve la riziculture la plus intensive, à double récolte. Les poches de peuplement sont à très haute densité (delta de la rivière des perles : Canton, Macao, Hong Kong, d’une superficie de 25 à 30.000 km² équivalente à la Normandie, alors que les autres deltas mesurent environ 300.000 km²).


A Taiwan, une étroite plaine occidentale regroupe 80% de la population, pour une des plus fortes densités du monde, plus forte que celle du continent.
Au moins les ⅔ des habitants de la Corée s’entassent sur trois plaines excessivement réduites :

  • au nord, la population de la plaine de Pyongyang est historique, on y trouve peu de riz.

  • au centre, la plaine de Séoul et de Wonsan est la principale plaine.

  • au sud se trouve la plaine de Kunsan. Ces deux dernières concentrent la riziculture du pays.


Au Japon, 60% du peuplement est installé aussi sur trois plaines, mais la dissymétrie est moins forte à cause de la répartition du tissu urbain :

  • la plus grande plaine se trouve au nord. Il s’agit du Kantô, où se trouve la capitale Tôkyô.

  • vers le sud s’étendent les plaines littorales du Tôkai.

  • au sud enfin, se trouvent la plaine du Kansai et Kyôto.

La riziculture intensive a été importée de Chine au 10e siècle.
On note en Asie orientale une formidable capacité à l’entassement, qui s’appuie sur des règles confucéennes de comportement social, etc.


    1. Une profonde dichotomie de peuplement


Ces caractères s’accompagnent d’une désertification démographique des autres formes de reliefs. Alors que dans d’autres régions du monde, les montagnes furent un refuge par rapport à des bas-pays malsains (complémentarité des plaines et des montagnes en Europe), l’Asie est marquée par des civilisations de plaines ignorant ou méprisant les zones montagneuses. Les montagnes de Chine furent dévastées, celle du Japon conservées mais désertées.

Le peuplement des montagnes est le fait de minorités indigènes. En Chine et au Vietnam, ces peuples furent absorbés ou surtout refoulés plus loin dans les hautes terres. La carte du relief se présente comme un négatif de celle du peuplement.


    1. Composition du peuplement


On relève deux grands cas de figures :

  • le fait coréen et japonais : il se caractérise par une population importante pratiquement homogène. Il n’existe plus de minorité indigène et il n’y a pratiquement pas d’immigrés. La Corée est habitée à 99% par des Coréens. Le reste se compose majoritairement de Chinois restaurateurs ou boutiquiers. De même, la population aïnou du Japon a pratiquement disparu. Il y a quelques travailleurs immigrés coréens et chinois. Dans les deux pays, les arrivages clandestins sont organisés par les mafias.

  • le fait chinois et vietnamien : il se caractérise par d’importantes minorités autochtones. Elles représentent 10% de la population chinoise, soit tout de même 130 millions de personnes, et plus de 12% de la population vietnamienne. En Chine, ces peuples, regroupant 55 minorités reconnues relevant de six grandes familles ethnolinguistiques, présentent une formidable expansion numérique, des 20 millions de Thaïs aux 20.000 Tadjiks, iraniens musulmans du groupe indo-européen, chinois du fait d’un héritage historique du découpage des frontières. A Taiwan, les aborigènes représentent 2% de la population (400.000 individus), refoulés dans les montagnes. Le Vietnam présente une géographie verticale du peuplement :



peuples tibéto-birmans

1800 – 2000 m

Méos (chin. Miaos) [pavot (opium)]

minorités (13%) 1500 m

("montagnards") Thaïs

1000 m

peuples proto-indochinois

500 m

Vietnamiens (85%), Chinois (2%)

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[plaines rizicoles]
La richesse humaine des minorités pose cependant un vrai problème politique.



  1. Le fait urbain


Globalement, on recense environ 70% de ruraux qui recouvrent des réalités très différentes : Vietnam 80%, Chine 70%, Corée – de 40% (Corée du Sud 20%), Japon 20%. On note quatre grands types d’urbanisation :

  • la mégalopolis japonaise : elle forme un continuum urbain de Tôkyô à Fukuoka au sud sur un axe de 1.000 km, et s’apparente à certaines formations urbaines des Etats-Unis. 70 à 80 millions d’habitants y vivent, principalement dans les deux pôles géants que sont Tôkyô-Yokohama (30 millions), et Ôsaka-Kyôto-Kôbe (20 millions).

  • un urbanisme vertical et acrobatique : Hong Kong regroupe 6 millions de personnes entassées sur des rochers. La moitié sont des réfugiés venus de Chine Populaire. La ville inspire le développement actuel de Shanghai dont les principaux promoteurs sont hongkongais.

  • une polarité ou bi-polarité urbaine : le premier type caractérise la Corée du Sud (la ville de Séoul et ses 12 millions d’habitants, plus du ⅓ de la population urbaine), le second le Vietnam pour des raisons historiques (au nord, la capitale politique Hanoi – 3 millions, et au sud, la capitale économique de fait Hô Chi Minh-ville – 5 millions)

Cette bi-polarité dépeignait jusqu’à peu la Chine urbaine, avec au nord la capitale politique Beijing (~10 millions) et la capitale économique ressuscitée Shanghai (15 millions), mais elle est de plus en plus atténuée. La Chine a hérité d’un réseau urbain étouffé par Mao Zedong, qui ressuscite pour le meilleur comme pour le pire (Canton, Hong Kong).



4. Chronologie générale de l’Asie orientale II

(période pré-moderne),





Les Européens et bientôt les Américains cherchent des solutions extérieures à divers problèmes, plutôt économiques en Grande Bretagne, politiques en France et en Russie. La grande crise militaire de la Révolution et de l’Empire français (1815) libère des forces qui coïncident avec le réveil de l’esprit de supériorité, fondé notamment sur l’expérience du progrès technique, mais aussi sur l’exaltation nationaliste et sur le renouveau chrétien. Ce mouvement succède à l’esprit du 18e siècle qui avait été plus universel et qui avait admiré le « bon sauvage » d’Amérique et surtout le « sage » d’Asie orientale. Or cette conscience de supériorité ne fait qu’augmenter avec l’essor du rationalisme et du libéralisme au 19e siècle. Des économistes pensent qu’en imposant partout le libéralisme, l’humanité connaîtrait un nouvel âge d’or par le développement du commerce, donc de la production et des progrès techniques. Les besoins croissants de matières premières et de clientèles, stimulés par la concurrence et les problèmes sociaux, provoquent l’adoption de politiques agressives d’ouverture forcée des marchés, puis de domination impérialiste après la crise économique des années 1870. L’augmentation rapide des populations entraîne la colonisation de l’Amérique et de l’Australie. On voit dans les masses populaires asiatiques un marché de consommation qui ne serait jamais saturé : on y force donc les Etats à supprimer ou abaisser leurs protections douanières, et à concéder des bases si possible à l’embouchure de grandes voies de pénétration, pour stocker des marchandises et entretenir les bateaux de guerre nécessaire à l’application de « traités inégaux ».


  1. Affaiblissement des Etats asiatiques au début du 19e siècle




    1. Un pouvoir politique fort en principe


L’autorité paternelle d’un souverain sacralisé est un fait ancien dans la culture chinoise, et s’appuie sur le confucianisme. L’antique culte du père et des ancêtres, base de l’idéologie d’Etat, a été transféré sur le culte du souverain, roi et grand prêtre. La dynastie Han tâchera ainsi de mêler le système religieux et le respect de la loi. Ce pouvoir fort se base sur un devoir d’éducation et une centralisation administrative, bureaucratique, effective aux 7e et 8e siècles (choix de fonctionnaires parmi des listes).

Pour éviter les rivalités de pouvoir, on cherche à limiter la formation de grands centres économiques, en luttant contre le capitalisme et les grands propriétaires fonciers. Cette politique implique une limitation du commerce extérieur qui a aidé à forger l’image d’une certaine fermeture de la Chine. En fait, la lutte contre le capitalisme est tant une conséquence pratique de l’exercice du pouvoir qu’un fait idéologique.


    1. Les limites au pouvoir


La notion de mandat du ciel est constatable dans l’harmonie des forces de la nature. Le souverain est à l’écoute des lettrés, même si ceux-ci sont dépourvus de droit. En effet, toute catastrophe naturelle tend à prouver que l’Empereur en place n’est pas le maître de la nature, mais un perturbateur de celle-ci. Les lettrés et le peuple sont pratiquement soumis à un « devoir de révolution » nécessaire pour renverser l’élément perturbateur. D’autre part, le rôle des préfets est de négocier autant que de représenter l’autorité auprès des notables. On a un double système de notables élus et supervisés par une administration locale.

La dynastie mandchoue Qing (1644-1912) rencontre des difficultés pour régner. Cette caste dominatrice étrangère, malgré un essai de sinisation (empereurs lettrés), entraîne un blocage politique et un retard de développement, alors qu’au même moment l’Europe connaît un dynamisme sans précédent par la confrontation d’Etats mercantiles. La situation commence à se détériorer au début du 19e siècle. L’accroissement de la population, l’augmentation des impôts et la prévarication des fonctionnaires créent les conditions favorables à la grande explosion sociale qui caractérise la seconde moitié du siècle. Ces difficultés se combinent avec l’intrusion des grandes puissances occidentales que l’Empire ne peut contenir. Toutes les tentatives de solution (reprise en main, réformes) se soldent par des échecs.

Au Japon, l’unité nationale a été retrouvée au 16e siècle. Le shôgun a supplanté le Tennô qui ne conserve qu’une autorité religieuse. Il doit cependant fermer le pays devant l’importation d’armes étrangères par les daimyôs, alors que la société est prête à la révolte. Le généralissime est de plus en plus difficilement supporté par la grande noblesse depuis le 17e siècle.

Les grands empires d’Asie ont donc développé une théorie du pouvoir fort mais de nombreuses limites théoriques et pratiques s’y opposent. Au 18e siècle, les Européens sont admiratifs de l’administration orientale (cadastres, réglementations, etc.), mais celle-ci est devenue un système trop compliqué.

Le pouvoir central est victime de l’incompréhension des changements profonds que les nouvelles techniques peuvent apporter, et des modes de pensée et fonctionnements des pays européens. Le prestige militaire est essentiel, mais l’espace géographique est mal contrôlé : il n’existe pas de flotte réelle. La Chine est tournée vers l’intérieur, le Vietnam vers les montagnes. Les côtes japonaises sont munies de défenses passives et peu efficaces. Certains problèmes paraissent alors plus graves que les agressions périphériques des occidentaux, tels ceux d’unification inachevée à cause des distances et des ethnies minoritaires (Chine, Vietnam), ou résultant de la fragilité de la paix intérieure à cause des déséquilibres économiques et sociaux, ou liés à l’utilisation abusive de l’idéologie dite « confucéenne » au service des pouvoirs publics, en discordance avec les opinions publiques… Tous ces pays sont en stagnation économique, le progrès technique est bien en retard par rapport à la progression démographique. Ces déséquilibres profonds suscitent de vives réactions populaires : sociétés secrètes de Chine, révoltes en Corée (1812), au Japon (1836), au Vietnam (1833-35). Les dynasties au pouvoir (shôgun Tokugawa au Japon, empereurs Qing mandchous en Chine, rois Yi en Corée et Nguyên au Vietnam) manquent pour diverses raisons de l’autorité morale et de l’audace nécessaires à l’encouragement de profondes réformes.


  1. L’expansion occidentale (à partir de 1842)




    1. La politique impérialiste des pays européens


Les pouvoirs en place sont fragilisés et méfiants face à une pression occidentale très forte. Les puissances européennes implantent des colonies en de nombreux points d’Asie, à l’image de ce qui se passe dans le reste du monde : Espagnols aux Philippines au 16e s., Hollandais à Java au 17e s., Anglais en Inde au 18e s. (Compagnie des Indes orientales), à Singapour… Les cotonnades anglaises permettent la conquête de marchés et l’implantation du machinisme. Le Japon tolère devant Nagasaki la présence de commerçants hollandais. Les Européens exploitent le trafic d’opium, et le commerce inégalitaire qui existait depuis des siècles se renverse à leur profit. Ce trafic débouche sur la guerre de l’opium3. C’est le début des affrontements militaires qui amènent bien des déboires à la Chine. Elle est contrainte, à la fin de chaque épisode, de signer des traités inégaux (1842, 1844, 1858, 1860).

Les succès des occidentaux sont impressionnants. En 1840, ils ne disposent que du vieux comptoir portugais de Macao (1553) et du droit de venir à Canton négocier avec un syndicat (Gonghang = Co hong) de marchands chinois dans la dépendance de l’administration mandarinale, et sans pouvoir y résider longtemps. En 1894, les Anglais tiennent Hong Kong depuis 1842, les Russes ont obtenu de vastes territoires et y ont fondé Vladivostok, l’empire chinois a abandonné sa souveraineté douanière et permis la circulation des étrangers pour les affaires et l’évangélisation ; les étrangers ne peuvent être jugés que par leurs consuls et disposent de 14 concessions urbaines avec leurs gardes militaires, où l’empire a renoncé provisoirement à sa souveraineté (Tianjin, Shanghai, Canton, mais aussi Hankou, Chongqing, loin dans l’intérieur). Le Japon a dû céder aux exigences des Etats-Unis en 1854, puis des autres puissances depuis 1858. La Corée a fini par signer aussi des traités avantageux pour les occidentaux depuis 1882, mais elle avait déjà été soumise à de très fortes influences japonaise, chinoise et russe. Le Vietnam est complètement conquis par les Français, sauf quelques réduits défensifs sans espoir de victoire militaire prochaine. En 1914, les puissances coloniales et leurs colonies couvrent 68% de la superficie mondiale, auxquels s’ajoutent les 11% des Etats semi-coloniaux (Chine, Empire Ottoman).

La tendance occidentale à l’intervention s’accroît (missions catholiques, investissement de capitaux, etc.). Elle reflète cependant une certaine « bonne foi » : le partage des richesses est inéquitable, mais on considère que, comme il y aura de plus en plus à partager, le monde sera plus heureux dans l’adoption du mode de civilisation défini par l’occident. La modernisation de l’Asie orientale est dominée par les occidentaux et orientée à leur profit.


    1. Réactions des pays d’Asie


L’Asie orientale a connu très tôt de profondes réactions à l’expansion occidentale.

En Corée, un mouvement de lettrés d’intérêt pour la pensée occidentale, le Silhak, s’attaque au bouddhisme. La Corée est le seul pays à avoir introduit le christianisme de lui-même. Cependant, ici comme au Vietnam, les mouvements pour la modernisation, favorables aux influences étrangères, sont gênés par les problèmes sociaux et par la composante missionnaire chrétienne qui rejette de nombreux lettrés dans le conservatisme ; les réformes n’ont pas le temps d’aboutir à des résultats efficaces avant les invasions étrangères.

Au 19e siècle en Chine s’amplifie un vaste mouvement similaire de curiosité pour les techniques occidentales (Yangwu), qui débouche sur les mouvements Ziqiang et Fuqiang (voir infra). Mais de nombreuses réticences demeurent, renforcées par la résistance japonaise, vietnamienne, coréenne. Les Mandchous doivent faire face à de grands mouvements populaires, notamment l’insurrection des Taiping4, qui, encouragée par la défaite chinoise de 1842, s’oppose aux étrangers, et les rébellions musulmanes.

Le pouvoir temporel est remis en cause. Au Japon, les daimyôs s’associent au Tennô pour éliminer le pouvoir shogunal. En Corée, l’Ecole de l’Est proclame que le destin d’une dynastie n’est pas définitif, mais dépend du mandat céleste.

    1. Effets limités de l’offensive occidentale


Malgré les succès européens, l’Asie orientale n’a pas été facilement ni complètement soumise. Le traité de Nankin ne signifie pas une ouverture de l’Asie orientale. La défaite militaire chinoise est très périphérique : il s’agit d’un échec localisé. La propagande chinoise prétend même que les étrangers ont été repoussés. Les Anglais ne gagnent pas l’accès espéré au marché chinois, juste le droit d’importer du thé et de faire entrer l’opium en Chine. Par souci d’équilibre des influences, les mêmes avantages sont de plus accordés aux Etats-Unis (achat de livres), à la France (droits des Chinois à devenir chrétiens et protection de ceux-ci). On parle d’une certaine renaissance impériale dans les années 1870-80. Les résultats sont très inégaux. En 1856, un nouveau traité entre le Royaume-Uni et la Chine donne lieu à l’envoi d’une délégation diplomatique, arrêtée militairement à Pékin. Ce fait débouche sur la deuxième guerre de l’opium (1860), le sac et l’incendie du Palais d’été et le traité de Pékin. De nouveaux ports sont ouverts et les commerçants européens peuvent circuler en Chine. Les occidentaux aident à vaincre les Taiping. Ils cherchent à rétablir l’ordre, donc le commerce. Le prestige militaire de la dynastie en sort très affaibli. Cependant, l’empire chinois, qui a atteint son extension maxima au milieu du 18e siècle, n’a perdu que des territoires lointains dans le nord, encore à peine intégrés au monde chinois. En 1885, la France n’a pas pu conquérir Taiwan ; et si la Chine lui a abandonné sa suzeraineté sur le Vietnam, elle y a aussi obtenu des avantages en même temps qu’elle réussit à échapper à l’indemnité de guerre d’abord réclamée.

En 1847, les Français débarquent en Corée. Les Américains sont à Pyongyang. Mais c’est un échec. Le pays repousse les invasions étrangères jusqu’en 1895. La flotte vietnamienne est détruite. Ce sont autant de tests contre la Chine, qui peut se sentir affermie par les agissements en toute impunité des petits pays satellites.

Déterminés par la persécution des chrétiens, les Français entament la conquête du Vietnam en 1858, mais échouent devant Saigon. Les Vietnamiens crient à la victoire. La ville est prise en 1860, puis reperdue quand les Français se rendent à Pékin appuyer les Anglais (cf. supra). La France met un demi-siècle à conquérir le Vietnam (Cochinchine, Annam et Tonkin) et le Laos, et reconnaît dès 1886 qu’elle ne peut les garder qu’en obtenant la collaboration des notables.

La xénophobie est excitée par des attaques insuffisantes, qui contribuent à la fermeture de l’Asie. Les victoires occidentales sont partielles et périphériques. L’apogée de l’expansion n’a été permise que par la participation du Japon au partage impérialiste. Celui-ci demande d’ailleurs dès 1872, et obtient en 1894 l’abrogation des traités en ce qu’ils avaient limité son indépendance. On assiste à une accentuation généralisée des réactions de xénophobie devant les coups portés par les Européens. En Chine, la répartition du pays en zones d’influence et la victoire militaire japonaise de 1895 exacerbe le nationalisme et un mouvement animé par les Boxeurs5 se développe.


  1. Affaiblissement maximal des Etats d’Asie orientale à la fin du 19e siècle, cachant les débuts d’une grande transformation contemporaine




    1. Le réveil japonais


En 1868, le Japon est secoué par la révolution. Les grands seigneurs qui craignent la domination du shôgun Tokugawa le renversent en s’associant au jeune empereur Mutsuhito. Celui-ci s’installe à Edo, l’ancienne capitale shogunale rebaptisée Tôkyô. Le Japon reconnaît que son indépendance est menacée s’il ne s’adapte pas à l’Europe.

Commence alors le « gouvernement éclairé » de Meiji. Mutsuhito donne son programme de réforme dans la charte des Cinq Articles. Celle-ci annonce d’une part la suppression du régime féodal : les castes son supprimées, les fiefs sont remplacés par de nouveaux districts et les daimyôs deviennent de grands libéraux ; la révolte des samurai de 1877, incitée par la suppression des pensions et du droit de porter le sabre est écrasée, et leur caste est dissoute. D’autre part, la charte montre la volonté de s’inspirer des méthodes occidentales (modernisation de l’équipement – télégraphe, voies ferrées, usines). L’Etat favorise les études à l’étranger, et recourt à des techniciens et instructeurs européens. En 1872, l’armée est réorganisée sur les modèles prussiens et français ; le service militaire est obligatoire. Les réformes touchent l’enseignement (obligatoire), la police, la presse, le droit, les postes, les chemins de fer, l’hygiène publique et les finances (instauration du yen suivant le système monétaire américain, fondation de la Banque du Japon). L’ouverture aux techniques et aux idées occidentales se fait dans une continuité voulue de l’ancienne civilisation (sauvegarde et renforcement). Le shintô devient religion d’Etat. En 1889, la liberté religieuse marque la modernisation, les pratiques shintô comme rites d’Etat l’exaltation des traditions.

Sur le plan politique, en 1885 un premier ministère est désigné par l’empereur, suivi en 1888 par la réunion du premier Conseil d’Etat. Mutsuhito promulgue en 1889 l’acte constitutionnel qui transforme le pays en une monarchie de type constitutionnel basée sur le royaume de Prusse (unification législative). Le Sénat formé en 1875 est mis en place par élection mais celle-ci reste censitaire, et l’institution est au service d’un régime aristocratique.

Le Japon a besoin d’une aide technique et commerciale (capitaux), mais l’occident tente de maintenir le pays. Cependant, il obtient en 1894 l’abrogation des traités qui limitaient son indépendance. L’extraterritorialité est abolie, le Japon est intégré dans le groupe des grandes puissances, où il est traité d’égal à égal. Le Japon participe ainsi à l’économie mondiale plus vite que prévu grâce à une croissance démographique rapide (1867 : 26 millions d’hab. ; 1913 : 52 millions) qui fournit une main-d’œuvre abondante, et surtout grâce au désir d’instruction, aux facultés d’adaptation, à la discipline et à la frugalité du peuple. Les samurai sont intégrés à l’administration, l’armée, l’économie. Des trusts familiaux (Mitsui, Yasuda, Sumitomo) contrôlent ainsi l’industrie, le commerce, les banques. Les clans de l’armée et de la marine (Satsuma) poursuivent des buts impérialistes. En 1895 est construite une flotte de guerre (4 cuirassés, 8 navires de ligne). Les Japonais prennent part très tôt à l’œuvre de colonisation. En 1900, ils participent à la mission internationale pour délivrer les missionnaires retenus à Pékin, et occupent Singapour en 1914 pour le compte des Anglais. Sous le règne de Mutsuhito ont lieu la guerre sino-japonaise (1895), la guerre russo-japonaise (1905) et l’annexion de la Corée (1910).

Tout n’est pas que succès : les paysans sont libres, mais soumis à une lourde fiscalité, qui entraîne un fort appauvrissement, la vente des terres qui se concentrent alors dans les mains de grands propriétaires, et un exode rural. Le développement de l’industrie est problématique à cause du manque de ressources naturelles. Les achats augmentent, ainsi que l’endettement.


    1. L’impossibilité des réformes chinoises


En Chine, les Taiping se réfugient au Vietnam, l’ordre politique est restauré, mais le pouvoir rencontre des difficultés dans la mise au point de réformes indispensables. La science et la civilisation européennes remettent en question la structure traditionnelle de la société chinoise. Le mouvement Yangwu ne peut plus être ignoré, et conduit à un mouvement réformiste de « renforcement » (Ziqiang) visant à utiliser la présence étrangère pour moderniser le pays et garantir l’indépendance. On cherche à moderniser le potentiel militaire (arsenaux de Fuzhou, Shanghai, Tianjin) pour refouler les occidentaux. Mais ce plan est mal maîtrisé (pertes de bateaux, embauche d’ingénieurs étrangers). En 1885, l’arsenal chinois est détruit par les Français. C’est l’échec du Ziqiang. Un mouvement d’ « enrichissement et de renforcement » (Fuqiang) le continue dans les années 1870-80, tentant d’allier la gestion dynamique du capitalisme privé national, et la direction coordinatrice de l’administration impériale (guandu shangban, « l’administration dirige, le commerçant gère »). La constitution de réseaux commerciaux, destinés à concurrencer les occidentaux, se fait difficilement face à la réticence du gouvernement chinois à stimuler une renaissance chinoise. Les résultats sont peu rapides et peu probants, loin de réaliser les espoirs. La crainte de monter des entreprises capitalistes sous tutelle d’un gouvernement mandchoue entraîne l’inertie du grand empire. Mais c’est un des facteurs de la transformation de la Chine, avec l’essor d’une puissante bourgeoisie nationaliste, principalement dans les villes ouvertes aux activités étrangères, surtout Canton et Shanghai. Des réactions populaires massives se manifestent, par exemple en 1891 dans la vallée du Yangzi jiang. Des intellectuels se montrent capables de moderniser la culture traditionnelle, et de l’enrichir par des éléments de celle des occidentaux. En 1895, la guerre sino-japonaise se conclut par le traité de Shimonoseki. Cette victoire du Japon, qui révèle la conséquence expansionniste de la modernisation rapide des techniques industrielles du pays, installe un protectorat japonais sur la Corée, concède Shanghai au Japon et permet l’installation d’entreprises en Chine (ouverture chinoise). En 1905, le vieux système d’examens est abandonné, l’armée est réorganisée.


    1. Le Vietnam et la Corée


Le Vietnam s’effondre devant l’incompréhension de la politique française. Le dynamisme (fonctionnaires modernisateurs dans les domaines de l’hygiène ou de l’éducation), passe inaperçu à cause de la perte de la guerre.

En Corée et au Vietnam, les mouvements pour la modernisation, favorables aux influences étrangères, sont gênés par les problèmes sociaux et par la composante missionnaire chrétienne qui rejette de nombreux lettrés dans le conservatisme ; les réformes n’ont pas le temps d’aboutir à des résultats efficaces avant les invasions étrangères.

En Corée, les années 1860-70 sont marquées par des tentatives de résistance contre les Français, les Allemands, les Japonais, les Américains. Malgré la détermination des autorités de ne pas ouvrir le pays aux étrangers, le gouvernement doit signer des traités avec le Japon (1868, aide à la modernisation) et avec les principaux Etats européens (1882-1886). La cour est divisée entre partis pro-chinois et partis pro-coréens. La monarchie ne peut imposer sa volonté. Les notables de villages font échouer les réformes proposées. Le problème de l’autorité de l’Etat se fait sentir de manière chronique. Les étudiants s’exilent au Japon ou en Chine. En 1878 est signé un nouveau traité avec le Japon, et des traités d’équilibre avec la Chine, troublés par les Russes et les prétentions japonaises exagérées. En 1894, c’est la révolte. Le pays fait appel à l’armée chinoise, et les Japonais débarquent en invoquant le traité signé. L’affrontement aboutit à la proclamation de l’indépendance de la Corée. Dans les faits, elle passe de la Chine au Japon. Le Japon sort vainqueur de la guerre russo-japonaise (attaque de Port-Arthur et anéantissement de la flotte russe d’Extrême-Orient, 1905) et peut alors librement dominer la Corée, qu’il annexe à son empire en 1910.


  1. Conclusion


La sclérose des pouvoirs en Asie orientale ne l’avait pas préparée aux bouleversements du 20e siècle. Ces pays étaient en état de modernisation, mais l’intervention occidentale a cassé ces dynamismes trop lents6. Les gouvernements d’Asie ont rencontré des difficultés pour rapprocher et accorder des conceptions très différentes : incompréhension par les lettrés du principe de majorité et de la conception occidentale de la démocratie, philosophie du bonheur contraire aux principes de la philosophie orientale qui prône la maîtrise de soi face à l’excitation des plaisirs et la consommation.

En occident dès le milieu du 19e siècle, à côté de l’apogée de la mystique impérialiste renaît l’admiration pour les civilisations d’Asie orientale, par le développement d’études approfondies, par l’encouragement donné par l’art japonais à la révolution esthétique contemporaine, ou encore par une certaine influence du bouddhisme dans l’essor de l’esprit laïque en France.

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