Quelques questions pendantes de l’integration du continent








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DE L’OUA A l’UNION AFRICAINE :

QUELQUES QUESTIONS PENDANTES DE L’INTEGRATION DU CONTINENT.

Par

Moustapha KASSE, Doyen de la Faculté des Sciences Economiques


INTRODUCTION

Ce début du 3ème millénaire voit les grands décideurs d’Afrique élaborer avec de nouvelles visions de l’unité africaine par deux initiatives majeures : la création de l’Union Africaine et l’élaboration d’une nouvelle initiative économique pour un partenariat avec le monde industrialisé et les institutions financières internationales. L’Acte Constitutif de l’Union Africaine qui vient d’être adopté s’inscrit ainsi dans une logique de réactualisation de la Charte de l’OUA visant à doter le continent d’une ambition éclairée et d’objectifs réalisables pour un nouveau départ de l’intégration africaine. C’est dire que les leaders africains ont désormais une réelle vision historique et une véritable conscience des défis nationaux et continentaux. Conscients des énormes potentialités de l’Afrique, ils prennent l’initiative d’élaborer des stratégies qui placent le continent au cœur des enjeux du nouveau millénaire. Ce sont alors les nouvelles voies de l’ afro-renaissance pour reprendre le mot de Jean Marc ELA. Pour ce faire, l’Afrique doit s’unir.

Bien que difficile à réaliser, l’intégration n’en demeure pas moins d’une importance capitale pour l’Afrique, principalement parce qu’elle permet de mettre en commun des ressources pour l’investissement, d’élargir les marchés locaux. Cet élargissement des marchés présente trois avantages fondamentaux. D’abord, il favorise l’avènement des économies d’échelle de production et de consommation capables d’attirer les investissements directs étrangers (IDE) privés et rend efficace le processus d’industrialisation qui peut tirer parti des possibilités d’intégration verticale transfrontalière et de partage de la production. Ensuite, les mêmes avantages d’échelle permettent d’atténuer certains effets défavorables de l’environnement international. Enfin, il devrait contribuer au renforcement du pouvoir de négociation du continent dans le système des relations économiques et politiques internationales. Ainsi, l’intégration est le meilleur marchepied vers cette mondialisation de très haute compétition de surcroît multipolaire. La nécessité et l’opportunité sont bien connues : les multiples organisations d’intégration mises en place depuis les années 60 l’attestent. Cependant, une question demeure : comment intégrer un espace de 700 millions d’habitants regroupés en 53 Etats composés de plus de 1.000 ethnies parlant environ quelques 5.000 dialectes dans des frontières souvent arbitrairement délimitées et évoluant dans des systèmes économiques et monétaires trop fortement différenciés ? Quel est le schéma d’intégration suffisamment flexible qui peut prendre en compte toutes ces contraintes?

De l’analyse de l’Acte Constitutif de l’Union Africaine transparaît ce désir des rédacteurs de vouloir aller plus vite et plus loin. Cette option s’impose, en effet, comme un préalable pour sortir le continent de l’immobilisme et de la marginalité. Sans verser dans un quelconque afro-pessimisme, un regard dépourvu de toute complaisance montre que l’Afrique est aujourd’hui la région du monde la plus pauvre. Son PNB dépasse à peine celui de la Belgique. A la fin des années 90, la production moyenne par habitant de en prix constants, était inférieure à ce qu’elle était il y a 30 ans. La contribution au commerce mondial compte pour mois de 2%. A ce compte, le continent est à la marge de l’expansion industrielle mondiale et risque d’être exclu de la Nouvelle Révolution de la Technologie de l’Information de la Communication.

Plus de 45% des 700 millions d’africains vivent dans la pauvreté absolue avec moins d’un dollar par jour. Les indicateurs du développement humain sont extrêmement faibles et montrent que la majorité des africains n’ont pas accès à la santé (200 millions), à l’éducation (150 millions d’analphabètes), au logement, à l’eau potable (250 millions). A cela s’ajoute la propagation des conflits d’origines ethniques et autres. Les conflits africains sont de type nouveau : armées irrégulières avec des structures de commandement mal définies, des frontières de combats assez imprécises avec l’objectif principal de contrôler des civils et des ressources (or, pétrole, diamant, drogue). Aujourd’hui, au moins un africain sur cinq vit dans une économie profondément bouleversée par une guerre civile. A titre d’illustration, dans 11 pays affectés, le nombre de morts dans les conflits serait compris entre 4 et 7 millions, soit 5% de leur population totale. En prenant, le conflit angolais, il a coûté environ 2 milliards de dollars, fait plus d’un million de morts et 800.000 déplacés. La guerre est le pire ennemi du développement et inversement le développement est la meilleure forme de prévention des conflits. Paix, sécurité, stabilité et bonne gouvernance deviennent des variables du développement économique et social.

Cette marginalisation et cette précarisation imposent de réinventer de nouvelles façon de penser et d’agir. Pour y arriver, il fallait donc réformer profondément la Charte de l’OUA qui, après plus de trois décennies, nécessitait des modifications et des amendements relatifs à ses principes directeurs, ses orientations d’ensemble, ses objectifs, son fonctionnement, ses structures d’encadrement et d’administration. S’il présente quelques innovations importantes, l’Acte Constitutif comporte des limites de fond qui restreignent notablement sa portée comme instrument mobilisateur.

Sans nul doute, sur certains aspects, l’Acte Unique trace des voies de l’avenir en s’inspirant beaucoup de l’Union Européenne et aussi de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africain (UEMOA) qui sont des modèles de régionalisme ouvert fondé sur 2 piliers : des institutions unifiées de gouvernance (Commission, Conseil Exécutif, Parlement, Cour de Justice, Conseil Economique et Social) et des critères de convergence (déficits internes et externes, inflation, endettement, budget etc.). Ces deux fondements rendent possible l’élaboration de politiques économiques et monétaires communes. Dans ce contexte, il importe d’urgence d’opérer une analyse critique pour mettre l’accent sur les limites et les insuffisances de l’Acte Unique, afin de dépasser les modestes résultats qui caractérisent le régionalisme africain. En effet, l’analyse de l’Acte unique révèle des lacunes qui se situent à quatre niveaux :


  • celui des institutions et de la gouvernance de l’union ;

  • des stratégies et des priorités ciblées ;

  • des projets d’institutions financières ;

  • des options stratégiques oubliées ou esquivées et que devraient combler la «Nouvelle Initiative Africaine», fusion du Plan Oméga et du MAP.

I - Contraintes liées aux institutions et à la gouvernance de l’Union.

A travers l’Acte Constitutif de l’Union Africaine, les décideurs, en l’occurrence les Chefs d’Etat et de Gouvernement, semblent s’être donné comme objectif majeur l’accélération du processus d’édification de l’unité africaine en arrêtant toutes les mesures destinées à établir progressivement l’unité organique du continent. Étant donné que ces traités internationaux tiennent souvent lieu de loi constitutionnelle pour les communautés ou unions qui les ratifient, on est en droit d’attendre de l’Acte Constitutif qu’il ait un caractère formel qui lui permette d’identifier, de définir et de légitimer une nouvelle union d’une cinquantaine d’Etats. Il devrait notamment comporter des règles détaillées qui aideraient à la réalisation des objectifs et à la définition des obligations des diverses institutions de l’Union et des Etats membres. Il devrait également clairement définir les droits des citoyens, de même que les libertés économiques fondamentales comme la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, la liberté de s’établir, de fournir des services, d’importer ou d’exporter des agents économiques.

Une unité africaine qui, après quarante années d’existence, voit encore des milliers d’africains quotidiennement rapatriés dans leur pays d’origine, des marchandises et des camions bloqués par des barrières les plus diverses, ne présente aucun intérêt, sinon diplomatique. Or, l’Acte Constitutif dans son contenu comme dans sa forme actuelle ne répond à aucun de ces soucis majeurs et, de surcroît, ne permet pas de déterminer une politique audacieuse de développement et d’intégration dont il assurerait la mise en œuvre.

D’une trop grande simplicité, il présente des lacunes substantielles dans son système normatif. Ainsi, pour ce qui concerne les organes déterminants du dispositif institutionnel, leur composition et leurs attributions sont simplement énumérées. Ni les conflits de compétence entre l’ordre interne et la législation de l’Union, ni les sanctions en cas de défaillance des Etats ou de non-exécution complète ou partielle des obligations ne sont évoqués. Cette question prend toute son importance au regard des milliers de résolutions et recommandations prises assez laborieusement par l’OUA et qui restent lettre morte. Sur un autre plan, l’Acte définit les objectifs de l’Union en des termes trop généraux qui n’indiquent pas clairement les moyens nécessaires pour les réaliser encore moins leurs délais de mise en œuvre. L’Union ne dispose que de compétences d’attribution dans des domaines spécifiques. Certaines institutions comme le Parlement et la Cour de Justice qui sont parmi les piliers de l’Union, voient leur composition, leurs pouvoirs, leurs attributions et leur organisation renvoyées à des protocoles y afférents. Par exemple, quel est le rôle du Parlement et surtout va t-il disposer d’un pouvoir de contrôle sur les différentes décisions des institutions de l’Union ? Il existe une foule de questions de ce genre qui sont renvoyées à des protocoles qui seront négociés ultérieurement. Il en va de même pour la Cour de justice. Il apparaît, alors, que l’exécution des décisions incombe aux Etats et non aux institutions de l’Union ; cela fragilise complètement le pouvoir communautaire dont l’efficacité, une fois encore, sera totalement subordonnée au soutien des Etats. Il est évident qu’une Union qui se veut durable doit être assise sur de très solides règles de droit. Or le texte est muet sur bon nombre de questions fondamentales : Quelles sont les compétences d’attribution  c’est-à-dire les compétences contentieuses, les compétences préjudicielles et les compétences consultatives ?

Le texte est encore plus imprécis quand il s’agit des articles traitant de l’économie et des finances, notamment les règles détaillées concernant les domaines de construction de l’Union Africaine. Les objectifs de politiques économiques et sociales, scientifiques et de recherche technologique ainsi que de celles concernant l’environnement et les ressources humaines ne sont nulle part définis avec précision, si bien qu’aucun engagement des Etats n’est mentionné. Pour d’autres domaines comme l’éducation, la défense et les politiques extérieures c’est un silence complet. Il y a comme une sorte de fuite en avant quand, au lieu de régler les questions précises liées à la conflictualité africaine, on avance la création d’une armée continentale dans un monde où la guerre est une affaire de haute technologie et de mécanique.

Une faiblesse remarquable de l’Acte provient de la procédure de prise de décision qui est le consensus ou à défaut, la majorité des deux tiers des Etats membres. C’est cette procédure de vote qui a souvent condamné les organisations africaines à toujours rechercher de laborieux compromis qui s’avèrent totalement inopérants. Militerait-on pour l’immobilisme qu’on ne s’y prendrait pas autrement. En revanche, si l’objectif est de progresser vers l’unité, la règle de la majorité qualifiée doit devenir la procédure de décision courante. L’exemple de l’Europe est de ce point de vue très édifiant. L’odyssée vers l’union européenne a été parsemée de remous, de rupture, de la politique de la chaise vide et de laborieux compromis qui ont cependant permis de faire chaque fois des progrès substantiels dans le sens de l’unité. C’est notamment à partir du moment où elle a adopté la règle de la majorité qualifiée que l’Europe est allée très vite, malgré une opposition farouche de Mme Thatcher, des Danois et des Grecs. Depuis, elle est complètement sortie de la période d’indécision et d’immobilisme. Tel n’est pas le cas de l’Afrique qui reste fortement chevillée à l’unanimisme et au consensus comme processus décisionnel sur des questions extrêmement complexes relevant des institutions, du développement économique et social. Les discours ringards et les sempiternelles incantations culturalistes, historicistes et «politicistes» n’ont pas encore réussi à faire décoller l’OUA. En effet, l’Europe va achever en l’an 2002 son unité économique et monétaire alors que l’Afrique en est encore à la recherche d’un schéma acceptable d’unification. Or, seulement quelque six ans séparent la date de ratification du traité de Rome (mars 1957) de l’adoption de la Charte de l’OUA (juillet 1963). Si depuis plus d’une trentaine d’années, l’intégration africaine n’avance point, il importe, par conséquent, d’en tirer définitivement les leçons et de s’inscrire dans la dynamique d’une stratégie du possible et du réalisable. Il faut, par conséquent, oser sortir des consensus et des unanimités de façade car il ne peut exister pour des pays aussi hétérogènes économiquement, socialement et culturellement des solutions acceptables par tous. De plus, comment un Gouvernement pourrait-il consentir à une décision s’écarte trop des intérêts dont il a la charge ? Comment dès lors lui reprocher d’exagérer la manière dont il défend ces derniers ?

Au niveau du système de gouvernance, son analyse révèle l’existence de graves faiblesses pouvant entraîner des dysfonctionnements institutionnels ou alors refréner les ambitions du continent. En premier lieu, l’organe d’administration et de gestion de l’Union présente au départ des déficiences organiques et fonctionnelles. Il est parfaitement compréhensible que l’administration de l’Union soit confiée à une structure assurément souple qui est la Commission et cela à l’image de l’UE et de l’UEMOA. De par sa composition et ses attributions, ce dispositif est loin de pouvoir répondre aux besoins d’une organisation internationale dont les Etats sont non seulement trop nombreux mais, en outre, caractérisés par une trop grande hétérogénéité politique et sociale et par de trop fortes disparités économiques et financières. En second lieu, sur un plan strictement juridique, les organes principaux n’ont pas des compétences et des attributions différenciées. Autrement dit, le Président de la Commission n’est pas responsable devant le Conseil Exécutif qui lui-même ne possède pas de pouvoir gouvernemental de contrôle et d’imposition; ce qui lui aurait donné des compétences pour faire exécuter les décisions arrêtées. Soulignons que dans le cas de l’Union Européenne, par contre, la Commission propose, le Conseil Exécutif décide et la Commission exécute. En troisième lieu, il est évident que les objectifs que se sont fixés l’Union, à savoir le développement économique et l’intégration de l’Afrique nécessitent une autorité supra-nationale forte capable de mettre en forme les décisions et de les faire exécuter. Or la lacune majeure est l’absence de cette supra-nationalité, c’est-à-dire l’existence d’un pouvoir de décisions immédiates accepté par tous. Même la Conférence des Chefs d’Etats et de gouvernement qui est censée être l’organe suprême de l’Union ne dispose pas de ce pouvoir. Sous ce rapport, la diversité et la spécificité des Etats africains appellent la mise en place d’un Exécutif fort et collégial, non d’un Président investi pour un an et ne disposant d’aucun pouvoir réel. Ce délai est loin d’être suffisant pour assurer la continuité et le contrôle des décisions arrêtées, même s’il ménage les susceptibilités du pays organisateur tout en procurant à son Chef des satisfactions de prestige.

II - Du choix des stratégies et des priorités.

L’Acte Constitutif prévoit la mise en place de sept (7) Commissions Techniques spécialisées qui couvrent les principaux domaines d’activités et qui sont chargées de préparer les projets et programmes de l’Union et d’assurer le suivi des décisions ainsi que la coordination et l’harmonisation des projets. La formation de ces Commissions constitue certes une avancée significative, mais leur composition ne leur permettra pas d’être de véritables laboratoires d’analyse et de décisions. En effet, elles sont composées de Ministres ou de Hauts fonctionnaires qui ne sont pas à proprement parler des experts, mais des politiques n’ayant pas toujours les compétences requises. Par ailleurs, elles risquent d’avoir un personnel pléthorique et d’être, en conséquence, complètement inefficientes. Dans la défunte Charte de l’OUA, ces organes techniques existaient bel et bien, mais en réalité, ils n’ont jamais fonctionné à cause de la lourdeur de leurs structures.

En outre, si l’un des objectifs majeurs de l’Union africaine est le développement économique et l’intégration du continent, il faut concevoir une stratégie à long terme qui exige des priorités bien ciblées, une exécution rationnelle des actions retenues avec une claire spécification des moyens et un contrôle régulier. Or, tel ne semble pas être le cas dans l’Acte Constitutif de l’Union Africaine. En parcourant ce texte, on est séduit par ses intentions plausibles et louables mais un flou entoure les instruments susceptibles d’être mobilisés pour leur mise en oeuvre.

III - Faisabilité des projets d’institutions financières : quel système monétaire africain ?

L’Acte Constitutif prévoit opportunément un ensemble d’institutions monétaires et financières. Sans conteste, c’est une notable avancée par rapport à la Charte de l’OUA. Cependant, l’intérêt et la faisabilité de ces institutions soulèvent beaucoup d’interrogations. En effet, dans le contexte actuel de globalisation financière, le continent est confronté à une double contrainte : financière et monétaire. Toutes les économies africaines sont sous la coupe d’un ajustement structurel dont l’objectif principal est de garantir le remboursement de leur dette extérieure par les Etats majoritairement débiteurs ( 51 sur 53). Dans nombre d’entre eux, le service de la dette absorbe plus d’un tiers des ressources budgétaires. A cette contrainte s’ajoute une seconde de nature monétaire. Les monnaies africaines appartiennent à une fresque de zones monétaires dont la plupart ne sont pas interconnectées par des systèmes de change. Autre situation : ces zones monétaires peuvent être arrimées à des monnaies fortes, ce implique des politiques monétaires et financières dépendantes. Dans un espace soumis à cette double contrainte financière et monétaire, et surtout composé d’une telle mosaïque de zones monétaires et qui de surcroît, n’ont défini entre elles aucun système de change, aucune règle de convertibilité et d’émission monétaire, il est techniquement illusoire de parler de Banque Centrale.

Une Banque Centrale est toujours au cœur d’un dispositif de gestion d’un actif financier émis en contrepartie des avoirs extérieurs et des créances sur les Etats et sur les économies. Cet actif, accepté comme équivalent général, repose d’un côté sur les fondamentaux des économies et de l’autre sur la confiance que K. ARROW considère comme une importante institution invisible. Aucun élément ne vient corroborer aujourd’hui la moindre amorce d’un processus de création d’une Banque Centrale à l’échelle africaine.

Pourtant sur cette question, on dispose d’une expérience édifiante qui est celle de l’Union Européenne. Elle est pleine d’ enseignements sur les différentes étapes caractéristiques de la création d’une monnaie unique et du dispositif technique qui peut y mener. L’Europe monétaire a démarré en 1979 (écu) et devrait s’achever en l’an 2002 avec l’émission de la monnaie commune. En réalité, l’Ecu n’était pas une monnaie comme les autres : elle servait à mesurer la valeur des biens produits et échangés (fonction d’étalon de valeur), ensuite, elle était peu utilisée comme moyen de paiement dans les transactions (fonction d’intermédiaire) enfin, elle est une monnaie panier dont la valeur est déterminée par les valeurs pondérées des différentes monnaies de la Communauté. Avec le Traité de Maastricht, les modalités de mise en place d’une monnaie commune est entrevue à partir du Rapport Delors. L’Euro sera émise par un organisme bancaire : la Banque centrale européenne. Sa valeur sera fonction des performances européennes ainsi que de la confiance qui lui sera accordée. C’est dire que le processus de création d’une Banque centrale est passé de l’expérience difficile du «serpent monétaire» avec ses parités ajustables à la coordination des politiques monétaires nationales marquée par une gestion vigilante et rigoureuse de l’inflation et des taux d’intérêt. La première phase qui s’est achevée le 31 décembre 1993 a consacré la fin des financements des déficits publics générés par la création monétaire dans les Etats membres. La seconde a débuté en janvier 1994 et s’est achevé le 1er janvier 1999 avec l’établissement de l’interdépendance des Banques centrales et la création de l’Institut Monétaire Européen composé des gouverneurs des banques centrales des Etats membres. La troisième phase qui a démarré en janvier 1999 dans le respect des critères de convergence, du calendrier et des procédures établis par le Traité de Maastricht sera aussi marquée par la fixation irrévocable des parités entre les monnaies des pays adhérents, la définition et la mise en œuvre de la politique monétaire unique, la conduite d’une politique de change et l’utilisation de l’euro sur les marchés de change, l’émission par les Etats membres des nouveaux titres négociables de la dette publique en euro et la disparition de l’écu-panier officiel.

Cette expérience de l’Union Européenne montre que si l’objectif est de réaliser une monnaie unique africaine, ce que préfigure la création d’une Banque centrale, cela devrait passer impérativement par une rigoureuse harmonisation des politiques économiques, monétaires et financières établie à partir de critères de convergence.

Au demeurant, la monnaie est à la fois un excellent facteur d’accélération de la croissance et des échanges au sein de l’Union, et de clarification des conditions de la compétition. Elle est aussi un facteur de rayonnement et de puissance sur la scène internationale. Toutefois, mal gérée, elle devient un facteur de désintégration et de rupture. Elle est donc trop importante pour être évoqué de façon aussi laconique qu’elle l’a été dans l’Acte Constitutif (Article 19). Si la volonté politique existe de créer effectivement une banque centrale, des réponses claires sous forme d’orientations, de dispositifs, de procédures et de chronologie de mise en œuvre devraient être apportées aux questions fondamentales suivantes : pourquoi une Banque Centrale ? Quelle sera l’architecture financière d’ensemble ? Quels seront les fonctions, les principes et les règles de l’émission monétaire et les déterminants de la politique monétaire? Quel sera le degré d’indépendance de la Banque centrale Africaine  par rapport aux autorités monétaires nationales? La Banque centrale étant le prêteur en dernier ressort, quelle politique de crédit sera appliquée? Quel est le chronogramme préparatoire à la phase opérationnelle ?

Ces questions techniques et bien d’autres appellent des préalables politiques sur lesquels les décideurs doivent au moins se prononcer avec clarté. Il est vrai que la Nouvelle Initiative Africaine souligne et insiste sur la nouvelle volonté politique des décideurs qui veulent ramener l’économie et le partenariat au rang des urgences prioritaires

IV - Des options stratégiques esquivées mais qui sont améliorées par  « lE NouveAU PARTENARIAT POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’ afriQUE » issue de la fusion du Plan OMEGA et du MAP.

Sur cette question, on ne dira jamais assez que le continent a besoin d’une vision économique à moyen et long terme pour stabiliser les crises et amorcer un processus de croissance durable. Or, dans l’Acte Constitutif de l’Union Africaine non seulement des voies réalistes du futur ne sont pas clairement tracées mais des questions stratégiques extrêmement importantes, de surcroît, réalisables sont tout bonnement esquivées.

Les politiques qui valorisent le capital physique, le capital humain et certains secteurs déterminants de l’activité économique doivent constituer le fondement même d’un véritable contrat communautaire. Les domaines d’action qui peuvent ouvrir les chemins de l’unité sont certes nombreux mais il importe de les explorer en vue de leur réalisation effective par rapport à l’objectif final d’intégration africaine. Dans ce sens, les secteurs retenus par « Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » à savoir les infrastructures, l’éducation, la santé, l’agriculture, l’énergie, les Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication, l’Accès aux marchés peuvent contribuer à la formation d’un vaste programme qui peut promouvoir les investissements productifs et instaurer un rythme de croissance dynamique pendant une longue période. Cette stratégie est nettement supérieure à celle d’un simple libre échange régional. La promotion des projets programmés pour les marchés régionaux aussi bien que mondiaux offre ainsi aux économies africaines de meilleures possibilités de croissance que la simple suppression des barrières commerciales.

Dans ce sens, d’importants chantiers sont actuellement ouverts et ils constituent des investissements massifs mobilisant des ressources financières privées comme publiques : le Hight Land Water Project qui est un projet d’édification de 5 barrages et 2000 km de tunnels du Lésotho à l’Afrique du Sud, les Barrages de Kéléta en Guinée, de Noumbiel au Burkina, de la Souanda au Congo-Brazza, d’Adjarala au Togo et de Manantali de l’OMVS. Ces ouvrages vont sans conteste moderniser les économies agricoles de ces pays. A ces projets s’ajoutent d’autres, en cours de réalisation, comme l’oléoduc reliant le Sud du Tchad au Cameroun et dans le domaine de l’infrastructure de base la construction du port en eau profonde de Kribi au Cameroun, l’agrandissement des ports de Richard Bay, de Durban et de Saldanha en Afrique du Sud, la réhabilitation d’environ 1000 km de rail, le troisième pont d’Abidjan et le nouvel aéroport de Dakar.

Ces grands travaux relancent la croissance et dopent en conséquence l’investissement direct étranger. Le secteur privé va alors découvrir que l’on peut faire des affaires en Afrique. La «Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique» qui vient d’être adopté en Octobre à Abuja ouvre de sérieuses perspectives d’exploitation de toutes les potentialités du continent et de résorption du sous-équipement en matière d’infrastructure de base : routes, autoroutes, chemin de fer, ports, aéroports, communication et télécommunication, électrification, adduction d’eau et irrigation. Toutefois, les décideurs africains doivent contourner le piége d’un partenariat qui ne soit pas adossé aux réalités des besoins dûment identifiés au niveau des secteurs prioritaires retenus.




En conclusion

Au terme de cette analyse, la question centrale reste toujours de savoir : quelle Afrique veulent réellement les peuples et les élites ? Le débat doit être relancé et approfondi à la lumière des expériences passées et des questions lancinantes de résolution des conflits, d’amélioration de la gouvernance, d’élargissement et de diversification des appareils productifs, d’augmentation de la compétitivité des secteurs et des facteurs de production, de lutte contre la pauvreté et de recherche des voies d’insertion à l’économie mondialisée.

Au niveau institutionnel, il paraît important dans le cadre du dispositif institutionnel de doter la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement d’un pouvoir de délibération qui lui permette de définir les orientations, d’approuver les projets soumis et d’apporter une solution aux problèmes politiques et diplomatiques. En vue d’améliorer ce dispositif institutionnel, la mise en place d’une autorité exécutive supranationale sous la forme d’une Commission Exécutive serait déjà un grand acquis. Par ailleurs, les Communautés devenant pérennes avec la participation des populations au processus de prise de décision, il est crucial de promouvoir un système parlementaire qui permette aux acteurs politiques mais également à la société civile de défendre à la fois les intérêts de l’Union et ceux des populations qu’ils représentent. Il est important également de concevoir une politique extérieure commune et de mettre en place un mécanisme non militaire de prévention des conflits. En effet, le continent constitue aujourd’hui l’image d’un volcan de conflits, d’instabilité et d’insécurité aux conséquences dramatiques sur le plan humain, économique et social. Il est important aujourd’hui de lancer un vaste programme africain de grands travaux particulièrement dans les équipements de base pour résorber toutes les disparités qui empêchent les économies africaines d’être compétitives. C’est la voie royale pour effacer les barrières physiques qui constituent un frein à l’activité économique et doter le continent d’infrastructures qui rende possible la création d’un véritable marché africain.

En définitive, le plus important est qu’au delà de l’Acte Constitutif, naisse et se développe une volonté politique claire de réaliser un espace économique, politique et social intégré et pour y parvenir, il faut une acceptation par l’ensemble des Etats des décisions prises par la majorité qualifiée. Car en définitive, la configuration de l’économie mondiale corrobore l’idée qu’il faut désormais raisonner non plus en terme de pays mais de région justement parce que les entités nationales sont coincées entre la globalisation des marchés financiers et celle des réseaux de production. En clair, une Afrique éparpillée en une multitude d’Etats-nations serait très mal préparée aux enjeux et contraintes de la mondialisation qu’elle devrait s’employer à transformer en atout et non à subir. C’est pourquoi l’amélioration de l’Acte constitutif est souhaitable pour ouvrir au Continent ne serait-ce que la perspective d’une Union autour d’une utopie rationnelle.



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