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DEuxième partie : que veulent les “ seniornautes ” ?




Qui sont donc les « seniornautes » ou « cyberseniors » ? Que demandent-ils à Internet et que recherchent-ils sur la Toile ? Dans quelle mesure l’offre Internet est-elle compatible à leurs besoins ? En quoi reste-t-elle incompatible et insuffisante ? Tant de questions que nous allons être amenés à nous poser ici pour conclure à l’utilité ou à la non-utilité d’Internet pour une majorité de seniors…

A.Apport d’Internet : l’offre Internet est-elle compatible à la demande et aux besoins des seniors ?




  1. L’offre Internet


Nous tiendrons ici pour acquise la définition d’Internet dans ses principes généraux et fondamentaux. Nous distinguerons simplement pour notre étude deux fonctionnalités d’Internet : la recherche d’information et la navigation sur les sites (via les portails, moteurs…) et les activités de communication ou transaction (dialogue et commerce électronique via les mails, chats, forums…).

  1. Internet, support d’information


Le rapport à l’espace des personnes vieillissantes se caractérise par une importance croissante de l’espace privé (disparition de l’espace professionnel, rétrécissement de l’espace quand la mobilité décroît). Les TIC sont alors les plus à même de permettre une ouverture sur le monde extérieur. Selon R. Kubey : “ ne pas allumer la télévision risque de les isoler davantage en les tenant à l’écart des émissions d’information et de divertissement que chacun regarde ”. Internet peut également jouer ce rôle de pont vers l’extérieur de l’espace domestique tout en donnant de l’information : ils est en cela une « fenêtre sur l’environnement ».

Internet permet aux seniors de satisfaire leur soif de connaissance, d’apprendre et de faire partager aux autres leurs passions, d’échanger de « bons procédés » tout en conservant pour eux le savoir “ dégoté ” sur Internet… Internet, outil du nomadisme par excellence, peut plus particulièrement répondre aux attentes de ceux qui supportent une mobilité réduite. En mettant le monde à portée de ceux qui disposent des outils pour le comprendre, Internet apparaît, en particulier pour un public formé et expérimenté, comme un moyen nouveau d’autoformation permanente. Dans quelques cas, Internet peut même apparaître comme une alternative à la formation d’un capital culturel et à l’acquisition des moyens de rechercher, comprendre et analyser l’information.

Les seniornautes sont les plus gros consommateurs d’infos en ligne et se connectent plus souvent que les autres (et les plus de 65 ans plus encore que les 50-64 ans). Ainsi, 94% des seniornautes se connectent au moins une fois par semaine pour s’informer, alors que les majors ne sont que 88%50. “ Les seniors passent plus de temps sur Internet que les autres tranches d’âge parce qu’ils vont toujours au fond des sujets ”, confirme Jean-Paul Tréguer.

Ils recherchent autant de l’information technique (sur l’ordinateur, le multimédia…) que de l’information pratique ou administrative, ou concernant leurs loisirs (voyages, jardinage, cuisine, généalogie…) et des informations utiles sur leurs préoccupations quotidiennes : retraite, vie associative, sociale et amicale, santé, bien-être, lieux d’accueil, gestion de leur compte bancaire, culture, et… les sites de charme (les Français âgés entre 50 et 64 ans passent près de trois heures sur les sites adultes (contre 1h30 sur le secteur de l’Internet). Ce secteur attire plus d’une personne sur cinq chez les 50-64 ans, qui battent des records, au sein de la population française et de la population senior européenne, en terme de temps passé, bien que la durée ait très fortement diminué depuis décembre 1999). “ Le premier motif de visite sur notre site est la recherche d’informations. Ces internautes veulent des renseignements sur la santé, l’argent ou les voyages répondant spécifiquement aux attentes de leur âge » confie Jean-Paul Tréguer, à propos du public de Seniorplanet. Leurs centres d’intérêts principaux sur Internet sont somme toute des activités traditionnelles des clubs et associations 3ème âge parfois perçues comme désuètes, mais qui gagnent ici en modernité via un support technologique, ce qui permet de leur redonner un nouveau souffle…

Autre fait notable : ils consultent principalement les FAI généralistes qui leur permettent à la fois de s’informer (moteurs de recherche) et de communiquer (messageries électroniques)51. A titre d’exemple, les plus de 55 ans représentent 19% des abonnés d’AOL France (60 000 abonnés), autant que la population des moins de 25 ans, pourtant réputée comme la plus « fan » des nouvelles technologies52).
Qu’ils se connectent de chez eux ou d’un lieu public, les activités effectuées sur le Web ne semblent pas éloignées. Ainsi, économie, loisirs culturels et médias sont les thèmes favoris des sites visités par les seniors de la Cybermétropole. Le web est donc l’application qui semblerait susciter chez les seniors le plus d’enthousiasme, bien qu’ils soient souvent déçus de la qualité de ces informations. Pourtant, s’ils se connectent depuis un lieu public, c’est-à-dire, s’ils font l’effort de se déplacer pour se connecter, il semble que ce ne soit pas pour faire leurs courses ou pour aller sur des sites adultes ; c’est souvent pour se former, communiquer ou chercher des informations sur des choses inaccessibles physiquement (visiter le Louvre…) ou des informations techniques concernant le langage Internet ou les composantes de l’ordinateur…

        1. Internet, outil de communication


Une question importante consiste à savoir dans quelle mesure Internet constitue un substitut à une faible sociabilité de face à face. Deux hypothèses peuvent être formulées : soit ceux qui ont une faible sociabilité trouvent un substitut dans Internet, soit Internet est surtout utilisé par ceux qui ont la plus forte sociabilité directe et vient en renforcement ; entre ces deux hypothèses, il n’est pas simple de trancher… L’usage d’Internet va-t-il favoriser un isolement ou un repliement sur soi des personnes âgées ou va-t-il au contraire, encourager leur ouverture au monde extérieur ? La même analyse a été faite au sujet de l’effet de l’augmentation des pratiques télévisuelles ; lorsque cette pratique est exclusive, on constate un repli sur soi, mais lorsqu’elle est associée à d’autres façons d’occuper son temps libre, elle se traduit par une ouverture aux autres. C’est donc pour cela que les réticences évoquées par certains vis à vis d’Internet, ou la volonté de limiter l’usage d’Internet pour se consacrer à des contacts humains paraît non seulement évidente, mais aussi nécessaire et salvatrice. A noter que dans leurs réponses aux questionnaires, tous les seniors reconnaissent qu’Internet peut être un palliatif à la solitude, à l’isolement et l’éloignement, même s’ils ne sont pas intéressés (peut-être parce qu’eux-mêmes ne souffrent pas de la solitude ou ont d’autres moyens d’y pallier : le contact humain de préférence).
En plus d’être un instrument de connaissance, Internet est un vecteur de communication porteur d’attributs qui peuvent répondre à certaines attentes spécifiques des seniors. Ainsi, la conversation par courrier électronique (mail) réhabilite le dialogue épistolaire, permet à chacun de choisir le moment de la réponse et supprime le handicap lié à la surdité (par rapport au téléphone). Paradoxalement, Internet, outil de l’instantanéité, autorise le décalage et la lenteur. Chacun peut répondre quand il le souhaite, le dialogue du tac au tac (possible aussi via les systèmes ICQ – conversation en direct) n’est plus obligatoire. On note à ce propos une désaffection des seniors pour le « chat » ou les forums. Internet renouvelle et modernise l’acte d’écriture : même si sur le fond cela reste de la correspondance épistolaire (malgré l’instauration d’un langage et de codes différents et surprenants pour des personnes ayant toujours appartenu à la “ génération de l’écrit ” et de la rigueur grammaticale et orthographique, qui bien souvent n’a plus cours et perd sa raison d’être sur le Net), son image de modernité favorise la reprise du dialogue avec les générations plus jeunes, en particulier les petits-enfants. Le deuxième facteur déclenchant provient de l’écho propre à Internet : la moindre recherche d’anciens condisciples, le moindre appel à témoignage est démultiplié. Or, il se trouve que les seniors sont particulièrement sensibles à ce retour, à ce “ réenracinement ” dans une (petite) histoire collective. Dans cette logique d’usage, se place la pratique de la généalogie (rappelons que plus de 80% de généalogistes sont des seniors). Internet leur facilite considérablement le travail, en ce qu’il permet d’établir des connexions multiples entre porteurs de même nom et qu’il autorise des recherches polymorphes à travers des critères multiples. Ici encore, la recherche d’information conduit inévitablement à l’échange et à la communication.
A première vue, les seniors paraissent un peu moins intéressés que les majors par les possibilités de communication qu’offre Internet (77% contre 80%). Mais, à bien y regarder, on constate que 81% des seniors se connectent tous les jours pour communiquer, alors que les majors sont seulement 64% (25% des 26-55 ans ne se connectent qu’une fois par semaine pour communiquer)53. La fonction communication paraît donc plus vitale pour les majors. 76% utilisent le mail (contre 64% des 35-49 ans) et plus surprenant, 22% l’audio-vidéo ; à l’inverse, ils se servent peu du chat (7,5% d’entre eux) ou des jeux (0,4%), applications qui semblent réservées aux plus jeunes. Spontanément, la première raison évoquée par les seniors (surtout les plus âgés et ceux vivant seuls) pour expliquer leur venue sur Internet, que ce soit dans les réponses aux questionnaires ou sur la cassette vidéo de l’Office des Retraités de Brest, est la possibilité de communiquer. De plus, l’anonymat visuel de la plupart des communications par Internet tend à éliminer les stéréotypes liés à l’âge et favorise les échanges culturels intergénérations.

“ Avec Internet, le rapport hiérarchique traditionnel qui scellait les relations intergénérationnelles est inversé et donne lieu à une relation d’échanges. Le retour à l’écrit via les courriers informels électroniques gomme les fausse pudeurs affectives et retisse les liens entre les grands-parents et leurs descendants, par exemple. Libérées des contraintes de temps et d’espace, les technologies de l’information génèrent une charge affective puissante derrière un écran54.

        1. Internet ou l’instauration d’une nouvelle relation commerciale :


Les seniors sont les plus susceptibles d’acheter en ligne : alors que 12% des internautes font leurs courses sur le Net, jusqu’à 31% des seniornautes s’y risqueraient55. “ C’est une catégorie de population qui a l’habitude de la vente par correspondance, et qu’un acte d’achat indirect n’effraie pas ”, explique Stéphane Cantin, directeur marketing du site Marcopoly. Ainsi, Maud confie : « Il m’arrive souvent d’acheter (…) par correspondance. Et puis avant je commandais par Minitel, c’est un peu la même chose. » (doc 9). Le montant de leur panier d’achat est en général deux fois plus élevé que celui des autres générations. Aux Etats-Unis, les seniors achètent trois fois plus que les autres et “ 83% des web-acheteurs ayant entre 55 et 64 ans se connectent tous les jours ”56. C’est l’internaute idéal pour les annonceurs : il a du temps et de l’argent, qu’il n’hésite pas à dépenser.

Les chiffres de l’enquête francilienne RATP révèlent néanmoins une tendance inversée : 25% seulement des seniors contre 40% des majors se risqueraient à l’achat en ligne. Mais la méfiance est diffuse et se généralise à travers toute la population internaute : lorsqu’une réservation ou un achat est effectué en ligne, ce n’est que peu fréquemment (une fois par mois ou moins). On note toutefois que les seniors ne sont pas plus réticents au paiement en ligne que les majors, au contraire : 20% achètent avec paiement en ligne contre 19%. Ils n’hésitent pas à traiter d’argent via Internet que ce soit en consultant leur compte et en traitant leurs opérations bancaires sur le Net ou en achetant aux enchères, par correspondance, voire en boursicotant. Les dix sites e-commerce les plus visités par les seniors sont : alapage.com, bonzi.com, sncf.com, credit-agricole.fr, topachat.com, creditlyonnais.fr, fnac.com, cdandco.com, michelin-travel.com, amazon.fr. Ceci correspond aux préoccupations quotidiennes des seniornautes : argent, lecture, musique, vidéo et voyages57.

Les cybermarchés permettent aux seniors de faire leurs courses sans porter de paquets, et les sites de ventes aux enchères, permettent parfois aux amateurs traditionnels de brocantes et vide-greniers, de dénicher de “ bonnes affaires ”. En comparaison avec d’autres lieux de vente, Internet permet pour certains produits qui intéressent les seniors d’obtenir des prix « cassés » (dégriftour.fr pour les voyages) ou de se procurer des objets « introuvables » ailleurs (livres anciens sur chapitre.com, par exemple)… Cette possibilité d’achat d’une très grande variété de produits par correspondance rétablit en quelque sorte l’équilibre entre le monde rural et urbain : on peut s’acheter un livre à la FNAC depuis un village de campagne ; de même, comme nous le confie Patrice Angot, « c’est difficile d’acheter La Dépêche à Paris, c’est plus facile d’aller consulter le site de La Dépêche où qu’on soit ».

        1. Les limites d’Internet pour les seniors


En 1995, Kaufmann, se fondant sur une étude du CREDOC constatant que les plus de 65 ans ne sont pas intéressés par l’achat à distance en général, conclut au moindre intérêt que représente le gain de temps pour les plus âgés. De même, une enquête réalisée auprès des plus de 50 ans par M. Tingay pour l’Institut Aspen met en évidence des différences dans le rapport au temps selon l’âge et selon la position dans le cycle de vie : les personnes âgées de 50 à 70 ans considèrent qu’il leur faut économiser le temps alors que le problème des plus de 70 ans est de le remplir, si bien qu’ils ne se montrent guère enthousiastes envers les technologies qui accélèrent les choses. Le nouveau rapport au temps qui se développe après la retraite se caractérise à la fois par le sentiment que l’ “ on a pas le temps ” (puisqu’on fait en sorte qu’il soit occupé) et par un moindre sentiment d’urgence. Ce qui explique aussi que le manque de temps apparaisse à certains comme le principal obstacle à l’acquisition d’un micro-ordinateur perçu comme “ dévoreur de temps ”. « Objectivement ils ont le temps, mais subjectivement ils ont l’impression de ne pas en avoir », résume Patrice Angot. Ainsi, certains estiment qu’ils n’ont pas le temps de surfer sur Internet car ils ont énormément d’activités associatives ou sont occupés à voyager. Pour Suzanne (doc 1), c’est l’inverse, depuis qu’elle ne travaille plus, elle a plus de temps pour les tâches ménagères et n’a plus à s’occuper de ses enfants ; elle peut donc en profiter pour surfer : “ Il me fallait du temps pour me mettre à l’ordinateur, j’en passais trop aux fourneaux ”. Hormis l’âge, il faut aussi tenir compte du milieu social : le sentiment d’être pressé par le temps augmente avec le niveau d’études et le revenu. Et il est vrai que souvent un senior préférera prendre le temps d’aller faire les courses pour voir du monde plutôt que de faire ses courses sur Internet… Tant qu’ils peuvent se déplacer, les seniors préféreront sortir pour jouir de leur mobilité et bénéficier de face à face réels avec autrui. Aucun ne semble attirée par l’idée d’un acte virtuel qui réduirait le nombre d’occasions de sortir et d’avoir des contacts. En général, les retraités privilégient les situations d’achat personnalisé plutôt que le gain de temps.

      1. La demande senior


Jeanne Calment avait, paraît-il, demandé à se faire expliquer le fonctionnement d’un ordinateur. Même si, presque aveugle, la doyenne de l’humanité avait peu de chances de se mettre un jour à Internet, c’est bien la preuve qu’il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à l’informatique ! « L’intérêt des seniors pour l’informatique tord le cou à bon nombre de préjugés qui courent sur eux » explique Jean-Paul Tréguer. « Contrairement à une idée reçue, les seniors sont très intéressés par l’univers d’Internet. (…) Ils sentent que c’est là un moyen de se relier à toutes les tranches de la population, bref, de rester en phase avec l’évolution de la société »58. Cependant, il paraît normal que les seniors éprouvent quelques réticences à se lancer et à « franchir le pas »…Tous sont partagés entre l’intérêt et l’inquiétude face à un effort qu’ils pensent insurmontable.

Pour mener notre étude, nous nous sommes basés sur divers entretiens de seniors issus d’articles de presse et sur les réponses aux questionnaires afin de dégager réticences et motivations face au nouvel outil. Ces analyses, indispensables pour comprendre l’usage et le non-usage d’Internet par les personnes âgées, sont situées en annexe. Nous avons également utilisé les résultats d’un forum en ligne organisé par le Node et le BTA du Canada (Développement des Ressources Humaines Canada) concernant les besoins, attentes des personnes âgées vis à vis des technologies et d’Internet.

Nous rappellerons ici simplement les grandes lignes de l’analyse en évoquant, dans un premier temps les motifs de réticences et les sources d’engouement des seniors vis à vis d’Internet.
Les seniors éprouvent bien souvent la difficulté de « faire le premier pas » et de se lancer seuls dans les méandres de l’Internet (“ il n’y a pas de “ pataugeoire ” sur Internet : à cause de la nature “ vaste et totale ” d’Internet, on ne peut pas seulement “ y faire trempette ”, il faut plonger dans des eaux inconnues qui peuvent être profondes ou dangereuses ”), faute d’être familiarisés avec la culture technique, le matériel et le langage propres à Internet (“ c’est comme voyager dans un pays étranger et craindre de ne pas pouvoir lire les panneaux d’information dans l’aéroport ou de comprendre la langue des agents de douane ”). Les raisons économiques sont également évoquées, à côté d’arguments moraux liés aux valeurs et à l’éducation propres à cette génération ou au nom de la défense de certaines idées notamment le travail (“ On me demande souvent combien de temps je passe à utiliser l’ordinateur et si je n’ai pas autre chose à faire. Je me sens parfois coupable d’avoir un ordinateur. La vieille éthique du travail est encore bien en vie dans les régions rurales et s’oppose à tout ce qui est nouveau, sauf s’il s’agit d’une nouvelle moissonneuse-batteuse ou d’un nouveau tracteur. ” ; “ nous deviendrons partisans du moindre effort ”). Mais la première raison de non-usage paraît être l’absence de contact humain imposée par l’outil informatique, qui ne paraît pas là adapté aux besoins des seniors d’établir des communications de vive voix et d’exercer des activités extérieures (« je préfère aller dans les petits commerces plutôt que de m’approvisionner en ligne. Et à mes heures perdues, je ne vais pas me promener sur Internet : je préfère mille fois faire un brin de jardinage ou lire un bon livre. »).
Pourtant, les motivations sont également nombreuses : Internet constitue souvent pour les seniors une « cure de jouvence », leur permet d’élargir l’horizon en ayant accès à une pléthore d’informations, pratiques et utiles comme ludiques et divertissantes, d’éveiller leur curiosité et de stimuler leur mémoire et leur capacité d’apprentissage (« l’informatique, ça me remet dans des conditions semi-professionnelles, m’obligeant à effectuer des recherches, stimulant ma curiosité »). Ainsi, on peut trouver des informations spécifiques sur Internet qu’on ne serait pas allé chercher ailleurs : « Voyez, je n’aurais jamais entrepris une telle recherche dans un dictionnaire médical ». Et certains viennent à Internet par un besoin d’information spécifique : « Je suis venue à Internet par la broderie. Je cherchais de nouveaux modèles de tapisserie au point de croix et suis tombée par hasard sur un « chat » de broderie canadien. Depuis, je mets en ligne mes créations originales et je peux échanger mes petits trucs avec des brodeuses japonaises, portugaises ou corses ».

Mais, au-delà, une fonction bien plus importante d’Internet, qui constitue la motivation principale, est la possibilité de communiquer, de se sentir écouté et d’obtenir des réponses immédiatement. Et ce, qu’il s’agisse d’une communication intergénérationnelle visant à retisser les liens familiaux avec ses enfants ou petits-enfants (« Quand j’ai vu la manière dont ma nièce de quatre ans prenait possession de son ordinateur, l’aisance avec laquelle elle dessinait des pattes et des yeux à ses animaux, comment elle imprimait toute seule ses dessins, j’ai trouvé cela incroyable. Je me suis dit que je ne voulais pas être coupée de cela »), en partageant avec eux le savoir, en les aidant dans leurs recherches, en communiquant avec eux lorsqu’ils habitent à l’étranger (“ Nombreux sont les seniors de 70 ans qui viennent sous l’impulsion de leurs petits-enfants. Savoir utiliser la messagerie électronique et pouvoir communiquer avec eux via le mail est une motivation majeure chez les seniornautes ”)… Ou bien de lutter contre le cloisonnement culturel en entrant en contact avec d’autres, jeunes ou vieux, qui partagent les mêmes centres d’intérêt. La possibilité ainsi offerte de se faire de nouveaux amis grâce au Net constitue un remède à l’ennui et à la solitude (« Le dimanche, grâce à Internet, je souffre moins de la solitude qu’avant. L’autre jour, je discutais avec une amie qui avait peur de se retrouver veuve. J’avais envie de lui dire : « Il faudra vous acheter un ordinateur ! » »). Tout comme Internet est un palliatif à d’autres handicaps comme la faible mobilité, l’éloignement, la dépendance, les difficultés d’audition, la faible sociabilité et constitue alors un apport par rapport à la télévision, devant laquelle on reste passif (« Ca vaut le coup ! C’est moins idiot que de regarder la télévision. En fait, on oublie l’ordinateur et on se retrouve plongé dans un livre ») ou le téléphone (qui impose qu’on réponde immédiatement et qui suppose que l’on n’ait pas de problèmes d’audition). Avant toute chose, Internet répond à la peur de la mort sociale et permet de rester connecté à la réalité (Jean-Paul Tréguer : « il y a une envie forcenée des seniors de rester connecté à la réalité, car dès qu’on n’a plus de boulot, on est débranché de la vie sociale ») et de rester de plein pied dans la modernité. Une enquête réalisée auprès des personnes s’inscrivant à SeniorNet, une association américaine proposant des cours d’informatique pour les personnes âgées et un site Web, indique que si 64% d’entre elles veulent utiliser Internet “ pour accéder à l’information ” et 47% pour communiquer, 48% indiquent qu’il s’agit de “ garder le contact avec les nouvelles technologies ” et 54% de “ ne pas se déconnecter de ce que font leurs enfants et petits-enfants ”.
Une fois sur Internet, des possibilités restent inexploitées et des questions demeurent… On note en somme la permanence d’une méfiance ou d’une crainte vis à vis d’Internet et des risques qu’il peut faire encourir chez les accoutumés d’Internet (sécurité bancaire, pédophilie, contre-information, pénétration dans l’intimité de chacun) mais aussi et surtout un désir d’en savoir plus quant à la conception de certains sites dont les informations déçoivent parfois. On veut devenir créateur actif du Web et faire découvrir et partager sa passion aux autres en créant ses propres sites, en fondant des clubs d’utilisateurs… La difficulté majeure reste alors de trouver un cadre pour apprendre et se lancer ou pour se perfectionner, les formations étant trop souvent proposées loin du domicile et le rythme des cours trop rapide pour les novices…

      1. Un exemple d’adéquation entre l’offre et la demande : Vacances Bleues59


Vacances Bleues est un organisateur de vacances pour les seniors depuis 1971. En 1998, dans un contexte du “ tout Internet ”, où le fait d’avoir un site Internet devient presque incontournable, Vacances Bleues envisage l’éventualité d’une prochaine mise à Internet avec pour exigence de mettre les clients et prospects au cœur du projet…

A partir d’une analyse des attentes des plus de 60 ans et de ce qu’ils rejettent, ils déduisent les « plus » et les « moins » d’Internet pour un senior, en matière de relation commerciale. La stratégie adoptée a été celle d’un passage en douceur à Internet, sans discours « révolutionnaire » : le senior est client avant d’être internaute, Internet est un nouveau support, ni plus ni moins. Pour cela, la société a fait le choix de se rapprocher de leur comportement face au support papier et/ou au contact humain, et a cherché à comprendre les motivations et les freins en utilisant le support papier pour expliquer le fonctionnement d’Internet à cette génération de l’écrit (de même, on notera que les stagiaires de la Maison de l’Amitié à Albi, plutôt que d’observer les manipulations sur Internet pour tenter de les reproduire directement, préféraient accoucher leurs remarques sur un carnet). Quoiqu’il en soit, le premier utilisateur du site serait avant tout le salarié de l’entreprise qui l’utiliserait dans un souci de médiation, en contact direct avec le client.

D’un point de vue pratique, la société a également pensé aux questions d’ergonomie du site. Pour ceux qui ne se connectent pas de leur travail, Internet coûte cher : il faut donc faire un site rapide (pas d’images trop lourdes à télécharger). Sachant que 70% des plus de 60 ans portent des lunettes, il faut écrire gros ou du moins lisiblement, apporter beaucoup d’informations puisque le public en est friand, et surtout rassurer : se montrer, dire où l’on est implanté et depuis combien de temps, justifier d’une expérience. Dernière chose : veiller à ne pas abuser des mails, qui sont vécus comme une agression.

La société donne un exemple d’application : les cybercafés Vacances Bleues, qui permettent d’utiliser Internet comme moyen d’animation pendant les vacances. Cela dans le but de commencer à familiariser, d’expliquer les intérêts et les pièges à éviter, et surtout de mieux comprendre l’approche Internet par les seniors.
On trouve bon nombre de sociétés ou entreprises, dont le public est essentiellement constitué de seniors qui créent ainsi leur site en ayant soin de l’adapter au mieux aux seniors. Ce peut être le cas pour des sites de voyages, de vente de vin par correspondance (société Rouge et Blanc), de vente de livres anciens… Hormis ces sites e-marketing généralistes, d’autres ont eu envie d’aller plus loin en constituant des portails, généralistes du point de vue de l’information (loisirs, voyages, culture, santé, forme, jeux…) mais exclusifs du point de vue de la cible : ce sont les sites spécialisés seniors, qui commencent à poindre et à se développer sur le Net français…

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