Note du mémoire : 18/20








télécharger 0.71 Mb.
titreNote du mémoire : 18/20
page6/22
date de publication03.04.2018
taille0.71 Mb.
typeNote
p.21-bal.com > économie > Note
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   22

Histoire d’une transition de l’ecrit à l’ecran, du réel au virtuel…


Nombre de motifs de réticences vis à vis des nouvelles technologies que nous avons déjà invoquées se retrouvent, pour la plupart, pour définir le rapport des seniors à Internet. On trouve tout d’abord, bien entendu, les problèmes spécifiques aux seniors, liés à l’âge et au vieillissement qui sont susceptibles de créer une fracture au sein même des seniors, certains ressentant moins ces effets, physiques comme psychologiques, et donc peut-être plus aptes à s’adapter à Internet, que d’autres. Viennent ensuite les raisons spécifiques à Internet, mais non spécifiques aux seniors : ce sont tous les freins liés à la “ fracture numérique et sociale ”, les disparités faisant que les plus défavorisés ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour accéder à cet outil technologique relativement nouveau sur le marché et au coût encore élevé (faire l’acquisition d’un poste ou financer une formation). Ceci concerne les personnes âgées dans la mesure où de fortes disparités économiques existent au sein de cette “ classe d’âge ”, même si souvent les publicitaires, annonceurs ou marketeurs préfèrent les ignorer ; disparités financières qui se transforment en handicap culturel pour ceux qui n’ont pu poursuivre de longues études.

Se posent enfin et surtout des problèmes de référence à un univers culturel intégrant ou non les technologies : là se situe le véritable “ apartheid générationnel ”, “ fracture générationnelle ” entre jeunes qui sont nés ou qui ont grandi avec les technologies et Internet, et vieux dans la vie desquels elles ont surgi et tentent actuellement de s’imposer. Ces problèmes « culturels » ou « générationnels » contribuent à accorder des « circonstances atténuantes » aux personnes âgées : plus que l’âge, c’est le rapport au temps et la position dans le cycle de vie au moment de l’apparition des technologies qui constituent un obstacle. Comme le précise Claudine Attias-Donfut45, « le renouvellement des techniques est beaucoup plus rapide que le renouvellement des générations si bien que des décalages surviennent même lorsque les écarts d’âge sont relativement faibles. Ce phénomène est amplifié du fait que nous sommes dans une société multi-générationnelle. »

Avoir vingt ans en l’an 2000, c’est être né en même temps que le micro-ordinateur et avoir été élevé dans la “ culture de l’écran ” (télévision, Minitel, ordinateur ou console de jeux) ; c’est appartenir à ce que l’on appelle parfois la “ génération Internet ”. Avoir cent ans en l’an 2000, c’est être né avec l’automobile et le cinématographe ; c’est avoir eu vingt ans en 1920 alors que la radio-diffusion en était à ses balbutiements et que seulement 1% de la population était équipée, en France, du téléphone. Enfin, si l’on se place à égale distance entre ces deux générations, avoir soixante ans en l’an 2000, c’est avoir eu vingt ans en 1960, alors que se diffusaient nombre de biens d’équipement domestiques qui nous sont aujourd’hui devenus familiers : la télévision ; le lave-linge ; le réfrigérateur ; la voiture ; etc. Ainsi, les générations humaines sont concomitantes de générations d’appareils techniques. Il est des technologies qui font déjà partie de l’environnement familier à la naissance et que l’on découvre sur le mode de l’évidence, comme faisant partie des “ allant-de-soi ” du monde. Il en est d’autres qui apparaissent lorsqu’on est un peu plus avancé dans le cycle de vie et que l’on apprend à utiliser au cours de ses années de formation ou pendant son activité professionnelle. Il en est d’autres, enfin, qui surgissent alors que l’on est plus âgé et déjà à la retraite. Faut-il en conclure que jeunes et vieux vivent dans deux univers différents et que le monde se fait de plus en plus étranger –et étrange– au fur et à mesure que l’on vieillit ?46

Encore une fois, ce qui distingue ce groupe des autres n’est pas leur âge, mais plutôt une série de coïncidences reliées à l’âge. La plus importante de celles-ci est que la majorité des personnes âgées n’ont pas grandi dans un monde technologique et ont été peu exposées aux technologies de l’information et de la communication durant leur vie professionnelle : la micro-informatique n’a pas été pour eux un outil de travail, or ceci est une condition importante de l’utilisation et de la diffusion des nouvelles technologies à domicile47. Les générations suivantes, davantage familiarisées avec l’ordinateur et ayant acquis une culture informatique aussi bien dans leur sphère professionnelle que privée, amorceront le rattrapage. Mais on ne peut toutefois par généraliser : à titre d’exemple, il y a des jeunes non familiarisés avec l’informatique qui y sont même réfractaires48, il y a des anciens cadres supérieurs qui ne touchent pas à l’ordinateur car tout leur travail de saisie était fait par des secrétaires, comme le confie Jean Rollet (doc 3) : « Il m’a fallu d’abord apprendre le traitement de texte. Je ne savais pas taper à la machine. Quand je travaillais, j’avais des secrétaires. » Ce phénomène peut aussi se poser en terme d’état d’esprit, par une non volonté manifeste des cadres dirigeants d’utiliser l’informatique dans leurs dernières années d’activité professionnelle : la hiérarchie sociale et professionnelle ne reflète pas la hiérarchie d’utilisation.
Avant 1960 et l’apparition de l’informatique, le traitement de base de l’information s’effectuait essentiellement à la main. Ce n’est qu’à partir des années 1960-70 qu’ont commencé à se développer l’informatisation des processus administratifs et la robotisation, caractérisée désormais par l’installation croissante de distributeurs dans la rue. Les années 1980 marquent le passage à la bureautique, avec le développement de la micro-informatique individuelle. Le premier micro-ordinateur date de 1977 (le premier PC IBM apparaît en 1981). Il y a encore aujourd’hui deux approches de l’ordinateur, deux logiques différentes entre les générations ; les personnes âgées de plus de 35 ans ont du mal à s’adapter à l’ordinateur, celles âgées de moins de 35 ans savent disons “ naturellement ”. Il y a donc un réel problème de formation et de culture pour toute une parti de la population, qui implique une non-réactivité, ou du moins une réactivité moins naturelle vis à vis de l’ordinateur. Leurs difficultés aujourd’hui se manifestent plus dans les concepts de virtualité et d’interactivité que dans la compréhension même de l’outil informatique. Les techniques et concepts informatiques ayant changé depuis 70 ans, l’outil informatique porte aujourd’hui une dimension intuitive nécessitant beaucoup de curiosité et de polyvalence alors que les premiers postes informatiques s’appuyaient sur un langage particulier que l’utilisateur devait connaître, nécessitant plus d’analyse, de réflexion et de connaissance spécifique en matière de programmation informatique (ordinateurs à carte…).

Tout ce complique avec l’arrivée des réseaux Intranet et Internet (on date l’origine d’Internet de 1969, date de la première connexion entre deux ordinateurs ; le langage de programmation des sites web, appelé HTML, date quant à lui de 1989 ; par ailleurs, il est d’usage de situer en 1993 l’origine réelle du développement d’Internet). Internet n’a pas inventé de nouvelles fonctions mais mis très récemment à la disposition du grand public des fonctions qui étaient jusqu’alors très techniques, et réservées au monde professionnel. La bureautique a connu une véritable généralisation dans les années 1990, avec le développement des réseaux locaux, d’entreprises notamment, qui tendent à devenir mondiaux avec Internet, et la diffusion massive (mais profondément inégale et source d’inégalités) de ces outils professionnels dans le milieu domestique.

C’est justement ce concept de « mondialisation » qui semble poser problème. Les années 2000 ont donné naissance à deux nouveaux termes : la société de l’information et la « net économie » qui supposent la suppression des frontières entre différents domaines d’activité, de même que la suppression des frontières physiques, géographiques. Le travail et les métiers changent, les façons de travailler et les structures d’entreprises également. Les seniors encore actifs, qui gardent encore présente à l’esprit l’idée de hiérarchie, de façon plus ou moins marquée, ne sont pas habitués aux travaux de projets, à travailler en « open space »… Or, le travail est de plus en plus abstrait, interactif, virtuel et exige de plus en plus une gestion de l’abondance et du temps (plus les technologies nous offrent la possibilité d’aller vite, plus nous avons le sentiment de manquer de temps). Les systèmes sont également de plus en plus vulnérables : il faut accepter l’idée de panne, il faut apprendre à gérer la panne et à ne pas avoir peur d’une mauvaise manipulation ou croire que ces objets sont comme sacrés, plus fragiles que les autres et que leur utilisation est risquée. Il convient aussi de se débarrasser dans un pays comme la France (contrairement à d’autres comme le Japon) de la culture de l’original et de parvenir à considérer qu’une copie peut-être de même qualité que son originel, que copier un document n’est pas voler...

D’autre part, la mondialisation nécessite de s’adapter à une nouvelle culture dans son ensemble, pour une génération (ex-soixante-huitards ou plus âgés encore) qui n’a pas encore assimilé toute cette ouverture : à l’heure du passage à l’Euro, beaucoup s’expriment encore en anciens francs ; ils sont encore éloignés des notions de mariage mixte et de mixité sociale, et l’informatique est parfois assimilée à la crainte du fichage informatique en référence à la seconde guerre mondiale (« on sera tous fichés comme en 40 ! » s’exprimait-on lors d’une conférence au Sénat…), ils devraient à présent s’adapter à un « langage Internet » alors que dans les campagnes reculées s’expriment encore dans leur patois local...

Le senior ne vit pas a priori dans un système porteur de changement, lui seul peut décider qu’il en soit autrement. Avec Internet et la naissance de nouveaux services, il est désormais possible d’échanger sur des forums ses passions avec des personnes situés à l’autre bout du monde, ce à quoi les seniors n’étaient pas accoutumés jusqu’à présent. Les distances physiques sont supprimées, tout est à portée de main, et le contact et les rapports de communication avec autrui sont également modifiés. Les notions mêmes de « village » et d’appartenance au même village sont renouvelées : dans l’univers mental du senior, il y a a priori correspondance entre lien géographique, lien physique et lien d’appartenance : pour lui, la notion de village est strictement géographique.
Se dessine donc là l’image d’une France à deux vitesses qui peut donner naissance à une rupture entre réfractaires et progressistes, à une querelle renouvelée des « Anciens et des Modernes ». Les personnes âgées appartiennent à la génération de l’écrit ou « Génération Gutenberg », selon l’expression de Marshall McLuhan. Cette “ civilisation de l’écrit ” doit maintenant assurer, si elle veut être intégrée dans la société dictatoriale du jeunisme, sa transition vers l’écran. Comme le dit Yves LASFARGUE, ceux qui possédaient les clés de la réussite dans le passé étaient ceux qui savaient lire et écrire, aujourd’hui ce sont ceux qui possèdent Internet et l’anglais. Mais la transition est possible avec de la volonté, sans imposer pour autant l’abandon de la feuille et du stylo ! Nous en voulons pour preuve le cas de cet instituteur à la retraite qui écrit sa correspondance sur papier avant de la copier sur Internet pour l’envoyer par mail. Ou encore, le témoignage d’Alice (doc.12) qui incarne parfaitement la transition réussie, sans sacrifice aucun, entre deux univers culturels : elle utilise Internet, mais lit toujours autant, ne se sert pas de ses « favoris » mais note ses sites préférés sur des fiches bristol…L’organisation spatiale de son salon en témoigne : l’imprimante trône sur le vieux coffre à jouets !

Nous croyons avoir suffisamment démontré, conformément à ce qui avait été avancé en hypothèse, que l’âge n’est pas déterminant dans l’accès aux nouvelles technologies et à Internet. D’une part, parce que les effets de l’âge et du vieillissement ne surviennent pas pour tous au même âge (même si l’âge de 70 ans marque en général une rupture et une mise en retrait). On ne peut pas accuser l’âge en lui-même mais les conséquences liées à l’âge et les effets de génération. D’autres facteurs, bien plus significatifs entrent en compte, économiques ou psychologiques, l’environnement social et familial, le niveau d’études, l’ancienne activité professionnelle (et ceci à tous les âges de la vie)…et surtout le degré de curiosité et de motivation à l’encontre de la nouveauté, qui n’est aucunement proportionnel à l’âge mais bien plutôt déterminé par le niveau de culture (ce qui fait dire à Alain d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, « la plus forte discrimination dans l’accès à Internet est le niveau d’études et non l’âge, la césure se situant au BAC »49)… D’autre part parce que certains « jeunes » ne s’y adaptent que difficilement, d’autre part parce que, nous allons continuer à le voir, certains seniors s’y adaptent très bien et même mieux que les plus jeunes. Il est important de noter que les appréhensions et réticences vis à vis des nouvelles technologies se généralisent à tous les Français quel que soit leur âge ; et que, de façon générale, tous reconnaissent un manque d’information et de formation et sont en quête de repères…

1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   22

similaire:

Note du mémoire : 18/20 iconJ’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus… …*
«La mémoire est nécessaire à toutes les opérations de l’esprit» déclarait Pascal. Les Anciens déjà, reconnaissaient ses valeurs;...

Note du mémoire : 18/20 iconReunion de sensibilisation sur la gymmemoire, à roaillan
«Gymmémoire®» vous allez activer votre mémoire au travers d’exercices corporels et sensoriels. La séance de gymnastique volontaire...

Note du mémoire : 18/20 iconNote argumentée
«moyenne» n’est pas la même pour toute les disciplines. La note de 8/20 peut être une note moyenne ! Pour des interlocuteurs étrangers,...

Note du mémoire : 18/20 iconNote du professeur balfour stewart 122 appendice c 124 eusapia paladino...
«l’assurance des choses espérées», sans avoir besoin de la preuve de l’invisible que ce livre donnera peut être à quelques âmes affligées,...

Note du mémoire : 18/20 iconNote Note rôles soc

Note du mémoire : 18/20 iconRépondre à l’ensemble des questions de ce dossier; ce travail sera...

Note du mémoire : 18/20 iconII/ Déficiences de la mémoire

Note du mémoire : 18/20 iconAtelier Mémoire

Note du mémoire : 18/20 iconMémoire de Recherche Appliquée

Note du mémoire : 18/20 iconNote d’orientation pes garçons Note d’orientation pes filles
«Recherche et aide à l’entraînement» viennent compléter la structure proposée l’an passé








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com