Note du mémoire : 18/20








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B.Un “ peuple en émergence ” : une force économique et sociale non négligeable



“ Avec l’arrivée des baby-boomers à l’âge de 50 ans, nous allons assister à un “ raz-de-marée senior ”. Il faut s’en préoccuper dès aujourd’hui. ” Jean-Paul Tréguer.
  1. Poids démographique : “ la revanche des tombeaux sur les berceaux ”10


Le vieillissement de la population est un phénomène mondial. De 500 millions en 1990, les plus de 60 ans étaient 600 millions en 2000 (la population actuelle du continent africain) et seront 1200 millions en 2020 (la population actuelle de la Chine). Entre 2025 et 2040, dans chaque pays de l’Union Européenne, la moitié de la population aura 50 ans.

Comme tous les pays industrialisés, la France n’échappe pas à cette explosion senior. Depuis le 1er janvier 1996, “ un senior naît toutes les cinquante secondes ” relève Jean-Paul Tréguer. Un phénomène qui va se poursuivre 18 ans ! Selon la dernière étude Secodip, les plus de 50 ans sont 19 millions en France11, soit 35% de la population. Les plus de 60 ans, avec un effectif de plus de 12 millions représentent quant à eux 20% de la population, les plus de 65 ans près de 16%12. Selon les prévisions, entre 1990 et 2020, l’effectif des plus de 50 ans va progresser de 75% alors que celui des moins de 50 ans ne va augmenter que de 1%. En 2020, on comptera donc 25 millions de seniors, soit deux fois plus que les moins de 20 ans. En 2050, on estime qu’un Français sur deux environ sera un senior de plus de 50 ans.
Trois facteurs peuvent expliquer ce phénomène de société qu’est le vieillissement de la population : la baisse de la mortalité, la baisse de la fécondité et le baby-boom.

Tout d’abord, l’espérance de vie s’est accrue : nous gagnons à la naissance 3 mois par an, l’être humain a gagné plus de 30 années en un siècle, soit autant que sur les 5000 années précédentes ! Avoir 55 ans aujourd’hui, c’est avoir encore 25 ans de vie devant soi en moyenne. C’est avoir des petits-enfants et avoir encore ses propres parents. Les seniors sont donc plus “ jeunes ” (75 ans aujourd’hui correspond biologiquement à 60 ans entre les deux guerres) plus longtemps. L’espérance de vie a doublé en deux siècles : pour l’année 2000, elle est de 75,2 ans pour les hommes et de 82,7 ans pour les femmes. Selon les projections de l’INSEE, elle devrait continuer à progresser, pour atteindre 81 ans pour les hommes et plus de 89 ans pour les femmes en 2040. La baisse de la mortalité s’est accompagnée d’une amélioration de la santé. L’espérance de vie valide ou sans incapacité, indicateur qui combine la mortalité et l’état de santé, s’est accrue au cours des années 198013. Et ce du fait que ces cinquante dernières années ont été marquées par de nombreux progrès techniques et une hygiène de vie bien meilleure avec l’assurance d’une pension à tous les salariés et le développement de l’Assurance Maladie et de la Sécurité Sociale. Outre un très fort accroissement de l’espérance de vie à la naissance, on constate une forte croissance de l’espérance de vie à 65 ans. De même, pour des raisons qui nous échappent, la force de la mortalité semble s’affaiblir aux âges élevés ; la mortalité des plus de 80 ans a tendance à chuter. Buffon avait eu le premier cette idée visionnaire : “ Quand la durée de vie est complète, c’est-à-dire à 80 ans, cette même probabilité de survie, qui décroît de moins en moins est pour ainsi dire stationnaire et fixe ”. La baisse de la mortalité profite surtout aux âges les plus élevés. La moitié des femmes et le quart des hommes nés aujourd’hui atteindraient 85 ans. Le nombre de nonagénaires et de centenaires, souvent sous-estimé, connaît aujourd’hui une véritable explosion. Les centenaires qui étaient 200 en 1953 seront 150 000 en 2050 et nous assistons, depuis le milieu des années 1980, à l’apparition des supers centenaires, qui franchissent l’âge de 110 ans. Par ailleurs, on ne cesse de constater l’effondrement de la fécondité. Le nombre d’enfants par femme est aujourd’hui de 1,7 en France. Enfin, l’arrivée massive chez les plus de 50 ans des “ baby-boomers ” nés entre 1946 et 1964 contribue aussi à expliquer le « papy-boom » qui se profile, ou plutôt « mamy-boom », puisque les femmes françaises, qui battent des records de longévité en Europe, représentent 51% des 50-59 ans, 55% des 60-74 ans et 64% des plus de 75 ans. Le nombre des plus de 65 ans devrait brutalement augmenter dès 2010, date à laquelle les plus vieux baby-boomers, transfuges des Trente Glorieuses, atteindront l’âge de 65 ans14. De façon générale, le vieillissement de la population française va s’accentuer à partir de 2006 et jusqu’en 2035. Le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans augmente actuellement de 110 000 personnes chaque année. Il devrait augmenter de 250 000 par an entre 2006 et 203515.
Néanmoins, il convient de relativiser ces chiffres. Certes, nous tendons vers un allongement général de la durée de la vie mais nous devons garder à l’esprit les différences entre les catégories sociales. Car même si la durée de vie progresse, elle est pour beaucoup synonyme de dépendance. Sur plus d’un million de personnes âgées qui sont, à des degrés divers, concernés par la dépendance, seules 120 000 d’entre elles sont bénéficiaires de la prestation spécifique dépendance16. Le marché des services à domicile est donc très prometteur et le troisième âge dope un créneau longtemps occupé par les associations. Un marché qui pourrait, à terme, créer au moins 50 000 emplois selon le CREDOC.

      1. Revenus et pouvoir d’achat des retraités : « grey is gold »


Plus nombreux, les seniors sont également plus riches, plus riches que leurs enfants et plus encore que leurs parents. Aux dires de Jean-Paul Tréguer, « ils représentent déjà entre 40 et 60% de n’importe quel marché de consommation, de service ou d’équipement (…) 45% du pouvoir d’achat de la société française est entre leurs mains. »17. En 2015, celui-ci devrait atteindre 55%. Cette génération concentre en effet l’essentiel des revenus financiers et patrimoniaux (74% des 60-69 ans sont propriétaires contre 59% il y a 20 ans ; ils détiennent aujourd’hui 50% du patrimoine net des ménages français) : les seniors d’aujourd’hui ont constitué le plus important patrimoine jamais réalisé dans l’histoire de la société française. Alors qu’en 1950, le revenu moyen des personnes retraitées s’avérait inférieur de 20 à 30% à celui des actifs, il s’est aligné sur ce dernier au cours des années 1980-90 et il se révèle désormais supérieur de 10 à 20%. Autrement dit, on a assisté au cours des 50 dernières années à une croissance considérable du niveau de vie relatif de l’ensemble des retraités. Les 60-69 ans sont ceux qui bénéficient du niveau de vie le plus élevé.

Dans les années 1990, la capacité de consommation de cette génération et des retraités âgés de 70 à 79 ans s’est accrue, en même temps que les jeunes générations (moins de 45 ans) se sont appauvries. Leur pouvoir d’achat est de 30% supérieur à celui de leurs cadets ; il a été multiplié par sept en 20 ans. De plus, les moyens financiers des seniors ne sont pas menacés, du moins à court terme. Les seniors, “ les seuls à ne pas souffrir de la crise actuelle ” (Jean-Paul Tréguer), génèrent un pouvoir d’achat supérieur à 800 milliards de francs (contre 400 milliards pour les adolescents et les jeunes adultes), le revenu annuel moyen par tête est de 111 000 F, contre 86 000 F pour les moins de 50 ans. Actifs et retraités confondus, c’est entre 45 et 75 ans que les personnes sont financièrement à l’aise (quand ils sont autonomes).
Ceci s’explique en partie par le fait que les retraités bénéficient actuellement de droits à la retraite plus élevés qu’il y a 20 ou 30 ans, même si la réduction des prestations servies dans le futur est inévitable. De plus, 80% des femmes nées après-guerre ont exercé une activité salariée. L’arrivée massive à l’âge de la retraite des couples à double salaire, ayant mieux gagné leur vie que leurs aînés, contribuent à expliquer aussi cette croissance. Selon le CREDOC, leur pouvoir d’achat progressera encore car les grands gagnants des Trente Glorieuses ont réalisé leur carrière pendant les années de forte croissance et profité d’un taux d’inflation élevé pour se constituer un patrimoine. Avec un emprunt immobilier remboursé en moyenne à l’âge de 49 ans (ce qui constitue en moyenne 30% des dépenses d’un ménage), des enfants qui quittent le foyer et un héritage perçu vers 51 ans, leur revenu est allégé des contraintes financières. Même s’ils n’ont aucune envie d’être considérés comme des “ vaches à lait ”, les seniors manifestent une propension à la dépense bien plus élevée qu’on ne veut – ou qu’ils ne veulent - bien le dire. Leurs aspirations et leurs besoins ouvrent la voie à de nouveaux champs consommatoires…
Toutefois, les inégalités existent même si elles se sont fortement atténuées : aujourd’hui ces disparités entre retraités sont comparables à celles qui peuvent exister entre les actifs, alors qu’il y a vingt ans, les inégalités étaient quasiment deux fois plus importantes parmi les retraités qu’entre les actifs. Des disparités d’autant plus marquées, selon que les retraités se situent en deçà ou au-delà de 72-73 ans, qu’ils vivent seuls ou en couple, en ville ou à la campagne... Ainsi, une grande partie des plus de 70 ans vivant seuls sortent peu et sont moins dotés en revenus, mal équipés et souvent malades. Leur niveau de vie est en moyenne inférieur à celui de l’ensemble de la population. De fait, une personne sur trois estime ne pas avoir “ suffisamment d’argent pour vivre ”18. Près de 3 retraités sur 10 percevaient une retraite de moins de 3400 F par mois en 1997 et 700 000 environ bénéficient actuellement du minimum vieillesse19. Les veuves doivent souvent vivre avec une maigre pension de reconversion, et il faut également prendre en considération le fait que les retraités les plus âgés à l’heure actuelle sont aussi les plus pauvres, puisqu’ils n’ont pas bénéficié du même régime de cotisation que les “ nouveaux venus ” dans le troisième âge, ainsi que nous le précise Patrice Angot, directeur commercial chez Seniorplanet. La génération des baby-boomers se compose donc de deux classes d’âge dont la situation économique n’est pas identique : les plus âgés ont bénéficié de carrières professionnelles leur procurant des revenus plus importants que ceux des gens nés au milieu des années 1950. Spécialiste des nouvelles solidarités et directrice des recherches sur le vieillissement à la CNAV, Claudine Attias-Donfut fait aussi remarquer que l’aide des grands parents envers les enfants ou petits-enfants, sorte d’“ amortisseur à la crise ”, vit probablement ses dernières années fastes. La stabilité familiale aujourd’hui ne se joue plus au niveau des parents mais des grands-parents : ils ont un rôle de régulateur économique et social, quand les parents salariés subissent la rigueur économique et le chômage sous l’effet de la mondialisation. Les grands-parents de demain, davantage marqués par des périodes de chômage, risquent d’être moins à même de fournir une généreuse aide financière20. Malgré tout, 10% des ménages de retraités les plus pauvres disposent d’un revenu disponible supérieur à 10% des ménages d’actifs les plus pauvres21.

      1. Consommation et loisirs


“ Les seniors sont tout sauf indifférents à l’évolution du commerce compte-tenu de la place que tient la consommation dans leur vie (…). Ils sont parfaitement solvables et prêts à payer le service, s’il est de qualité. ” Jean-Paul Tréguer.

La consommation des seniors a augmenté de 64% entre 1977 et 1993 contre 22% seulement pour l’ensemble de la population. Ils consomment par personne plus que la moyenne et restent longtemps des consommateurs actifs en raison de leur bon état de santé et de leur pouvoir d’achat. C’est la raison pour laquelle banquiers, agences de voyages, fabricants de produits de marque, publicitaires considèrent avec de plus en plus d’attention cette clientèle qui avait longtemps été occultée par “ la ménagère de moins de 50 ans ”, la diva des plans média. Mais ce sont des consommateurs avertis et fidèles, axés sur le mieux-être et la qualité de vie : guidés par leur expérience, ils ne se laissent pas abuser par des promesses excessives ou des prix singulièrement bas.

Leurs attentes essentielles sont la sécurité, la praticité, le confort, le plaisir, l’authenticité et l’utilité. Ils aspirent en premier lieu à s’épanouir, mentalement, physiquement, culturellement et sont attirés par les loisirs et le sport (leur taux de pratique sportive a été multiplié par sept en 15 ans22), l’évasion, la découverte. Avec la retraite, les vieux hobbies passent à plein temps. Les seniors participent à redéfinir les frontières de la société de consommation : plus d’immatériel, plus de relationnel, plus de service, plus de sens.

Deux indicateurs peuvent permettre de mieux appréhender les évolutions comportementales en matière de consommation : le taux de possession d’une voiture (en 1979-80, il diminuait avec l’âge, aujourd’hui 80% des 60-69 ans possèdent une voiture ; les seniors représentent 45 % des achats de voitures neuves), signe d’une meilleure santé et d’une meilleure situation financière, et le taux croissant de départ en vacances, reflet du développement de la société des loisirs. Les dépenses de voyages (on leur attribue 60 % des dépenses de tourisme), de vacances et de résidence secondaire ont ainsi plus de poids, à côté des dépenses consacrées à la beauté, à la santé et au bien-être, et à l’équipement du foyer et la décoration de la maison. A noter enfin que les seniors représentent une cible de choix pour l’informatique ; ils ont le temps, l’argent nécessaire et la passion de la culture (art, histoire, généalogie, voyages…), des domaines où excellent les CD-Rom et Internet.

L’épargne senior est également grandement consacrée à l’aide aux enfants. Plus des deux tiers ont aidé ou aident leurs enfants à réussir leur insertion professionnelle, ce soutien étant essentiellement financier. Ils n’hésitent pas à emprunter, autant pour consommer que pour aider leurs enfants. L’entraide intergénérationnelle vers les plus âgées reste beaucoup plus faible.

En conclusion, “ si la génération précédente des retraités se caractérisait par une absence de consommation, un repli sur soi et une thésaurisation prudente, les seniors d’aujourd’hui veulent profiter de la vie et il leur reste en moyenne entre 25 ans et 35 ans pour le faire. » (Jean-Paul Tréguer).

      1. Systèmes de valeurs et opinions : « la fin du conformisme societal »


Il convient de remettre en question l’adage selon lequel les seniors représentent la tranche de population la plus conservatrice : les opinions négatives émises en faveur de la bourse et de la politique, et positives en faveur de la modernité, de la recherche génétique, de l’aventure sont tout à fait révélatrices de cet état d’esprit. Il n’y a pas à proprement parler d’opinion “ propre aux seniors ” ou à une tranche d’âge bien qu’on puisse noter une rupture régulière au niveau des réponses à partir de 65 ans. Cependant, l’âge n’est pas la variable la plus marquante : les niveaux d’études, de revenus, les lieux d’habitation, les tendances politiques et le sexe prédisposent à tel ou tel type d’attitude. Les valeurs et représentations des seniors répondent donc à des caractéristiques individuelles et sociales et les systèmes auxquels ils adhèrent sont déterminés par leurs représentations de leur insertion sociale. Ainsi, par exemple, les revenus modestes ont une opinion positive à 80% contre 89,9% pour les hauts revenus en ce qui concerne la modernité et de 50,6% contre 81,2% vis à vis d’Internet. De même, les individus de niveaux d’études supérieurs ont 50,1% d’opinions négatives contre 68,9% des études primaires pour la politique, 44% contre 54% pour le PACS23.

C’est au sein de la catégorie des plus de 50 ans que l’on constate les plus fortes modifications d’opinions depuis 20 ans. Les vieux deviennent de plus en plus des citoyens comme les autres. L’âge de la vieillesse ayant reculé au fil des ans, les différences entre les 60-70 ans et les plus jeunes se sont atténuées. Aujourd’hui c’est aux alentours de 74-75 ans que l’on voit apparaître un certain nombre de ruptures entre les opinions des seniors et celles des autres. La demande de réformes radicales a quasiment triplé chez les plus de 70 ans. La même période a été marquée par une montée du pessimisme des personnes âgées, comparable à ce qu’a pu connaître la société française dans son ensemble, du fait des crises économiques successives. Les positions et attitudes des personnes en fin d’activité professionnelle s’assimilent maintenant tout à fait à celles de l’ensemble de la population.

Cependant, la permanence d’un certain traditionalisme est perceptible dans l’attachement aux valeurs familiales (il croît systématiquement en fonction de l’âge), dans la conception du travail des femmes et du mariage. La seule préoccupation qui augmente en fonction de l’âge concerne l’état de santé : la motivation décroît à mesure que les effets du vieillissement se font sentir.
Les plus de 55 ans ne sont pas restés à l’écart de la dynamique socioculturelle et de la modernité. Un des phénomènes majeurs des vingt dernières années est un colossal mouvement de rattrapage socioculturel. Le changement des mentalités et des mœurs a progressivement atteint toutes les catégories de population et tend à se diffuser de plus en plus rapidement. Au milieu des années 1970, le changement était nettement porté par les plus jeunes ; puis il s’est rapidement diffusé aux populations plus âgées. La fracture intergénérationnelle qui avait existé entre les jeunes des années 1960 et leurs parents ne se retrouve plus aujourd’hui à l’identique entre les nouvelles générations de jeunes et leurs parents : ils ont plus de points communs, plus de terrains d’entente. Ces seniors ont par ailleurs vu leur vie transformée par des mutations socio-économiques majeures qui font qu’ils sont aujourd’hui eux-mêmes porteurs de changement. Bercés par les valeurs de l’entre-deux-guerres, imprégnés des valeurs de la France traditionnelle, ils ont élevé leurs enfants dans les valeurs de la France des années 60-70. Les valeurs les plus importantes des baby-boomers sont la famille, l’honnêteté, le travail, le respect, l’éducation, la réussite et la solidarité. A l’inverse, les valeurs les moins plébiscitées sont l’argent, l’égalité et l’ordre21. Ces valeurs sont sensiblement identiques à celles de leurs parents. L’opposition, si elle existe, porte essentiellement sur la discipline et les règles parentales. Les enfants du baby-boom ayant vécu les événements de mai 1968 affirment, comme un leitmotiv, avoir tous davantage lutté pour un surcroît de liberté. Pourtant ils ne souhaitent pas particulièrement la transmission des valeurs se rattachant à “ l’héritage ” de Mai 68 : 60% des 45-54 ans et 75% des 60-64 ans ne souhaitent pas les transmettre à leurs enfants.
En dehors des questions propres à l’avenir du régime des retraites qui est une préoccupation importante, les plus de 55 ans sont pleinement pris dans les tourmentes de l’époque : la pauvreté, le chômage (les plus jeunes d’entre eux arrivent en fin de vie active sur un marché de l’emploi tendu, un tiers des 50-60 ans n’ont déjà plus de travail, les autres craignent “ la mise au placard ” ; tous s’inquiètent pour leurs enfants, mais également pour eux-mêmes) ; le phénomène de longue vieillesse (nombreux sont ceux qui ont encore leurs parents et qui sont par là même confrontés au problème de la dépendance) ; les problèmes des jeunes qu’ils vivent au travers de leurs enfants et petits-enfants (ils sont très sensibilisés au problème du SIDA, on les retrouve très présents dans les associations de lutte contre ce fléau). En effet, l’un des moteurs de leur modernité est le tissu social : pour donner sens à leur vie, ils ont besoin de faire des choses avec et pour les autres…

      1. Rapport à la société et lien social


“ Les retraités d’aujourd’hui veulent montrer qu’ils appartiennent à la société et ne sont pas cantonnés dans un ghetto ”, Jean-François Loez, directeur du développement du magazine Pleine Vie24.

Même si la proportion des personnes âgées qui disent recevoir des relations à leur domicile a sensiblement progressé, l’INSEE25 remarque que le nombre des échanges régresse avec l’âge ainsi que les relations amicales. Après 60 ans la sociabilité diminue ; dès la retraite, les liens avec les collègues se distendent et désormais un tiers des interlocuteurs appartient à la parenté. Pour compenser ce vide, les personnes âgées sont de plus en plus partie prenante du débat social, une participation à la vie sociale qui sera favorisée par leur accès systématique aux nouveaux moyens de communication ; leur disponibilité plus importante ; leur envie même d’exprimer leur mécontentement ou leurs revendications. A cet égard, l’apparition de manifestations de retraités est particulièrement significative : elle montre à la fois que les seniors ont du temps pour s’organiser et se rencontrer, qu’ils sont bien informés et qu’ils se sentent concernés par les débats qui traversent notre société.

L’ouverture aux autres s’est également concrétisée au travers de l’augmentation du taux de participation des seniors à des activités associatives et par la façon dont ceux-ci agissent afin de tisser autour d’eux ce que l’on appelle du « lien social ». Les personnes âgées tendent à devenir majoritaires au sein du monde associatif ; environ 40% des individus de plus de 50 ans participent aujourd’hui aux activités d’une association, surtout des associations dites de troisième âge (15% des plus de 60 ans y adhèrent)26, culturelles, sportives ou humanitaires. Cette volonté ne traduit donc pas un militantisme mais une volonté d’échanges et de convivialité qui cherche avant tout à s’exprimer au sein de groupes que l’on peut fréquenter quand on le souhaite. « A l’instar des Etats-Unis où les seniors sont particulièrement actifs (la principale association de retraités, Association of Retired Persons, compte près de 34 millions de membres sur une population d’environ 220 millions de personnes) ”27, près d’une personne de plus de 60 ans sur deux est membre d’une association (47%), un chiffre plus élevé que pour toutes les autres tranches d’âge. L’adhérent type est âgé de moins de 70 ans, vit en couple et a un niveau culturel élevé.
Ce désir de s’impliquer dans des activités de solidarité, dans la vie culturelle, sociale, politique et citoyenne procède notamment de leur quête de sens : ils n’ont pas envie que leur utilité disparaisse avec leur vie “ active ”, disons professionnelle. Ils revendiquent leur droit à jouir de la vie et à avoir un statut social qui ne soit pas simplement défini en creux de leur vie active antérieure. Les seniors sont désormais porteurs de nouveaux défis pour notre société, susceptibles d’intéresser l’ensemble de la population. La modernité va de pair avec une bonne qualité d’insertion sociale, qu’elle soit informelle (copains, relations, voisins, famille…) ou formelle (activité de solidarité, groupe avec lequel on partage la même activité…), qui ne se limite pas aux personnes de leur âge ou de leur milieu. Ils attachent désormais une importance primordiale à leur rôle dans la société : 80% des plus de 65 ans considèrent jouer un rôle actif dans la société, sans compter qu’ils surestiment grandement leur poids au sein de la société (61% des 50-75 ans interrogés estiment la proportion des plus de 50 ans à 61% alors qu’ils ne représentent en réalité que 35% de la population française !).

Le rapport strictement personnel à la société s’enrichit de dimensions liées au devenir des générations plus jeunes. Si leur implication, économique ou intellectuelle dans le devenir de leur descendance maintient un lien direct avec des problématiques telles que le chômage ou l’environnement, d’autres éléments pourtant essentiels au lien social sont peu cités : la politique souffre, ici comme ailleurs, d’un net désaveu. Moins d’une personne sur trois conçoit le terme “ politique ” comme positif. En conséquence, le vote n’apparaît pas en soi comme un acte de participation sociale, tout au plus comme une habitude.

      1. Rapport à la politique et à la vie de la Cité


Le taux d’abstention des 60-74 ans est inférieur aux autres (13% en 1995 contre 22% chez les 25-59 ans et 28% chez les 20-24 ans). Cependant, après 75 ans, la politique semble moins concerner les personnes âgées qui, toujours en 1995, se sont abstenues à 31%. On estime qu’en 2020, 1 électeur sur 2 aura plus de 60 ans (1 sur 3 aujourd’hui). Les retraités représentent 30% des votants et un quart du corps électoral d’après l’INSEE. 30% des maires sont aujourd’hui des retraités contre 15% il y a 20 ans ; de même, 54% des sénateurs ont plus de 60 ans et 12,8% des députés ont plus de 65 ans28.

Comment expliquer que le pourcentage de maires retraités ait doublé en 20 ans ? Philippe Pottiée-Sperry, rédacteur en chef adjoint du Courrier des maires et des élus locaux s’exprime sur le sujet : « Le retraité n’est pas plus fanatique que les autres du mandat municipal. Il est simplement… plus disponible ! »29 . Toujours selon lui, la conquête des mairies par les retraités va se poursuivre : “ Il y aura sans doute beaucoup plus de nouveaux élus, mais pas de rajeunissement à l’issue des municipales (…). Les indemnités de maires sont faibles. Des gens, même très motivés, ne peuvent pas se permettre de se présenter. ” L’avenir des communes est plus que jamais entre les mains des seniors. Ils sont nombreux dans les instances politiques locales parce que disponibles, ce qui est très précieux pour les maires. Reste que l’avenir des communes passera aussi par les jeunes, avec le concours des seniors…

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