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Première partie : QUI SONT LES “ SENIORS ” ?




Il y a quelques années à peine, pour évoquer des personnes à l’approche de la soixantaine, on parlait de “ troisième âge ”, de “ vétérans ”, de “ retraités ”, avec un air apitoyé. Aujourd’hui, la même catégorie s’est vue décerner le label de “ Seniors ” avec toute la solennité attachée à ce titre. S’agit-il d’une de ces manœuvres de courtoisie à l’égard de cibles supposées sensibles, du type de celles qui ont transformé la “ Seine Inférieure ” en “ Seine Maritime ” ou les “ pays sous développés ” en “ pays en voie de développement ” avec pour seul changement celui de l’appellation ? Pas du tout, les faits sont là : la population visée est objectivement plus jeune, plus nombreuse et plus aisée. Les seniors jouent donc un rôle plus remarquable sur le plan économique et social. Pour autant ils ne se reconnaissent pas forcément dans cette appellation…

A.“ Senior ” : « q’es aco ? » : tentative de définition



Evoquer la place des seniors dans notre société renvoie à deux types de questionnement : d’une part, comment la société perçoit-elle les retraités et d’autre part, quelles représentations les retraités développent-ils d’eux mêmes et de la société ? Ces deux questions vont guider le début de notre étude.

      1. La vieillesse vue à travers les âges : l’évolution des représentations sociales de la vieillesse


La vieillesse ne correspond pas seulement à un âge mais aussi aux représentations sociales qu’elle véhicule. Ces images varient selon les sociétés et les époques et influencent la place qu’une société accorde aux retraités. L’ambiguïté des attitudes à l’égard de la vieillesse au cours des siècles rend possible une vision idéalisée de celle-ci mais favorise surtout une dévalorisation du vieillissement. Malgré des progrès indéniables, la personne âgée est toujours l’objet d’une mise à l’écart et d’une crainte. Cependant, la distance qui, de plus en plus fortement, sépare la vieillesse biologique et la vieillesse sociale offre à une fraction des retraités la possibilité de reculer l’échéance de leur exclusion.

        1. Une perception de la vieillesse souvent contradictoire et négative


De l’Antiquité à la mise en place des régimes de retraite dans les sociétés occidentales (au milieu du XXème siècle), on observe une prédominance des images négatives de la vieillesse. Tel est déjà le cas dans la société grecque : d’un côté se détache la figure du vieillard pétri d’expérience et de sagesse, conseiller digne d’être écouté, symbole valorisé de la continuité et de la tradition, de l’ordre et du maintien des valeurs essentielles. De l’autre, on insiste sur le drame de la vieillesse, son immobilisme, sa laideur, son poids économique, social et culturel : le vieux dérange, inquiète et “ coûte ”. Tout sépare le vieillard idéalisé de Platon, gage de vertu et qui seul détient la capacité politique (Platon fait ainsi l’éloge du pouvoir gérontocratique dans La République : “ les vieux, délivrés des passions par l’affaiblissement des sens et capables ainsi de s’adonner à la vertu et aux plaisirs de l’esprit, doivent commander, rendre la justice et donner l’exemple aux jeunes ”) du portrait qu’en fait Aristote ; pour celui-ci, les hommes âgés sont avares, timorés, craintifs, hésitants et ne connaissent pas l’amitié désintéressée. Dans le monde romain, on voit fleurir des clichés tout aussi contrastés, et ce malgré un droit qui confère une autorité quasi absolue aux anciens. Cicéron se fait le défenseur du vieux alors que Juvénal en dresse une satire cinglante : “ La vieillesse, c’est en premier lieu ce visage déformé, hideux, méconnaissable. Au lieu de peau, ce vilain cuir, ses rides pareilles à celles que gratte une mère guenon autour de sa vieille bouche... ”. Les faiblesses intellectuelles des vieux sont tout aussi décriées : ils sont décrépis, stupides, séniles et autoritaires. Ainsi, le Dictionnaire de Richelet de 1679 donne cette définition du vieillard : “ On appelle vieillard un homme à partir de 40 ans. Les vieillards sont soupçonneux, jaloux, avares, chagrins, causeurs, se plaignent toujours, ils sont incapables d’amitié. ” De même, au cours de cette période, la littérature identifie le plus souvent ses héros à la jeunesse. Dans la littérature enfantine, des thèmes comme le vieillissement, la vieillesse ou la mort sont restés tabous jusqu’à une période très récente1, et lorsqu’ils apparaissent, les clichés et préjugés communs resurgissent : on retrouve la vieille sorcière méchante ou la grand-mère gâteau. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1980 que l’on voit se multiplier et se diversifier dans ce type d’ouvrages les images relatives aux personnes âgées. Toutefois, au XVIIIème siècle, le vieillard se voit assigner une mission pédagogique, sous l’influence de Voltaire et de Diderot : il doit favoriser la transmission de certaines valeurs, comme la famille, institution établie par la nouvelle société bourgeoise qui confère dès lors à la personne âgée un rôle de grand-parent.

        1. Une perception actuelle encore négative


Les stéréotypes, positifs ou négatifs, caractérisent toujours largement les mentalités collectives à l’égard de la vieillesse, et une représentation négative prévaut toujours sur les images positives. D’une part, le grand âge, souvent associé à l’infirmité physique ou psychique, continue à inquiéter. Cette vision négative renvoie à la crainte ancestrale et universelle de la déchéance et de la mort, que les sociétés modernes n’ont pas fini de dominer. Dans un contexte de culte du corps, la chirurgie esthétique, les publicités sur les secrets de la jeunesse et de la forme, les recherches actuelles dans le domaine biochimique (DHEA, Viagra...) semblent avoir remplacé les Fontaines de Jouvence du Moyen Âge. D’autre part, l’éloge de certaines qualités prétendument accordées à la vieillesse (sagesse, expérience) dicte en quelque sorte la conduite des personnes âgées en favorisant l’exercice d’un rôle d’éducateur et de gardien de la stabilité et de la continuité de la famille, mais ces qualités supposées lui interdisent des comportements non conformes à l’image que l’on peut s’en faire : être à l’abri de passions suppose par exemple que l’on n’éprouve plus de sentiments ou d’attirance sexuelle.

        1. Une visibilité sociale longtemps inexistante


Il faudra attendre le début du XXème siècle pour que la vieillesse sorte de son invisibilité sociale. A cet égard il faut évoquer les impacts de la création des régimes de retraite sur les représentations de la vieillesse. La retraite, reconnaissance d’un droit au repos rétribué, vient également sanctionner le moment où l’on ne s’avère plus capable de travailler dans les conditions de productivité requises. En même temps que naît un statut social et s’affirme une reconnaissance aussi bien sociale que juridique, se définit une nouvelle représentation négative de la vieillesse. Elle devient le temps du non-travail et du repos, le vieux, considéré comme inapte à la formation et incapable de toute adaptation aux nouvelles technologies en cas de modernisation de l’appareil productif, trouve sa définition sociale comme étant celui qui ne peut plus travailler. Dans des sociétés occidentales, industrialisées, la valeur “ travail ” et la notion de productivité renforcent la dévaluation et l’inutilité de l’homme âgé, devenu un poids pour l’entreprise notamment en période de crise économique (les restructurations font souvent de l’âge le principal critère de licenciement). Et ceci d’autant plus que la vieillesse sociale commence de plus en plus tôt. Les motifs humanistes et sociaux des années 1945-50 laissent aujourd’hui la place à des motivations d’ordre économique et gestionnaire. L’expérience qui était jadis valorisée devient facteur d’immobilisme et de ségrégation.

De ce départ à la retraite anticipé, lié à une politique sociale datant des Trente Glorieuses, dans un souci d’économiser les 30% de majoration de salaire qui s’imposent à l’entreprise pour rémunérer les actifs en fin de carrière, en faisant fi de leur savoir-faire et de l’accompagnement qu’il pourrait apporter à un jeune, et au profit d’un jeune embauché, on assiste à une situation transitoire pour des seniors qui ne sont plus actifs mais qui sont encore trop jeunes pour être des personnes âgées… La montée accrue d’un individualisme forcené dans l’entreprise fait que les seniors revendiqueront à leur cessation d’activité d’Être dans la société tant ils se sont sentis bafoués dans leur fin de carrière.
Le monde médical de son côté tend aussi à définir la personne âgée par le manque et la perte et à privilégier une perception négative de cet âge de la vie. La vieillesse est désormais définie en fonction de critères anatomiques et psychiques qui l’assimilent à un état d’incapacité. Cela renforce encore la crainte et le refus de la vieillesse. De plus, plusieurs rapports publiés dans les années 1990 exacerbent cette vision en mettant en avant le coût et le poids de la prise en charge des personnes âgées.

        1. Plusieurs visions de la retraite au fil du temps


Le modèle de vie post-professionnelle le plus ancien est défini par Anne-Marie Guillemard dans La retraite : une mort sociale et renvoie à la situation des personnes âgées qui vivent leur retraite repliées sur elles-mêmes. Le deuxième apparaît à la fin des années 1960, c’est celui de la “ retraite loisir ” : on se retire de la société pour étudier et se cultiver, s’amuser et voyager. Un troisième modèle a émergé au cours des années 1980 : celui de la retraite active. Il est fondé d’une part sur le maintien en activité, l’entretien du corps et la volonté de rester jeune et, d’autre part, sur la revalorisation du rôle des grands-parents.

Ces trois modèles renvoient à des images de retraités heureux et consommateurs de biens et de services plus ou moins dégagés de la vie sociale et intéressés par des activités qui dépassent le traditionnel soutien familial pour être essentiellement narcissiques et privées. Ces représentations, conçues par d’autres que les retraités, sont largement diffusées par les médias ainsi que par les politiques ou les rapports concernant les personnes vieillissantes. A ces concepts, vient s’ajouter depuis une dizaine d’années un nouveau modèle de vie post-professionnelle, celui de la retraite dite solidaire ou utile qui, pour la première fois, est très largement mis en œuvre à l’initiative des retraités eux-mêmes.
Il convient de relativiser et de faire évoluer les représentations sociales de la vieillesse et les images que notre société entretient à propos des retraités afin de ne pas freiner le développement de nouvelles pratiques sociales. Les retraités ne sauraient être réduits à des consommateurs de biens, de services et de loisirs, ils ne se confondent pas non plus exclusivement avec des grands-parents qui se consacrent à leur vie familiale ; ils sont au contraire soucieux d’entretenir un certain nombre de liens et de contacts sociaux en dehors même du champ de la famille.

      1. Difficultés d’appellation : les évolutions du langage au fil du temps…


Les différentes visions ou représentations sociales de la vieillesse, atténuées avec le temps, ont donné lieu à des évolutions lexicales notables dans le langage courant face au tabou que constitue la vieillesse.

Au XVIIIème siècle, le mot “ vieux ” était monnaie courante pour désigner des personnes âgées de 40 ans. Il est aujourd’hui très connoté et employé dans la langue française de façon assez péjorative. On lui préfère souvent, pour désigner les personnes de plus de 50 ou 60 ans, des euphémismes tels que “ nos chers aînés ”, “ les moins jeunes ”… Qu’en est-il exactement ? Il s’agit bien souvent d’un effet de mode, que l’on peut analyser sur les quarante dernières années.

Durant les années 1960, on ne parle plus ouvertement de “ vieillards ”, on évoque surtout les “ retraités ” et “ personnes âgées ” au cœur des politiques “ de la vieillesse ” qui se mettent en place. Dans les années 1970, c’est l’apogée du discours sur le “ troisième âge ”. Les clubs du même nom se créent par milliers à travers toute la France, suivis dès 1973 des Universités du troisième âge. Par contraste, le “ quatrième âge ” entend désigner l’extrême vieillesse et souvent la dépendance. Les années 1980 marquent une très nette évolution. L’allongement de l’espérance de vie et l’amélioration des conditions matérielles des personnes âgées, le rajeunissement des retraités par abaissement de l’âge légal de cessation d’activité puis par généralisation des pré-retraites, font que le troisième âge ne fait plus recette ; les Universités deviennent le plus souvent “ inter-âges ” et le concept de quatrième âge laisse place à celui de personnes “ dépendantes ”. Pour la première fois apparaît le terme “ seniors ” pour désigner un groupe démographique, les plus de 50 ans, qui déborde largement celui des seuls retraités. Les années 1990 viennent couronner l’intégration des retraités comme consommateurs à part entière, faisant du monde des seniors un nouvel Eldorado.
Les évolutions lexicales et langagières dans la désignation des personnes âgées ne sont pas innocentes : elles sont le reflet d’évolutions socio-démographiques et sont révélatrices à toute heure d’une nouvelle réalité sociale. Comme en témoigne Bernard Averous, directeur commercial de la RATP, in Faits de Société/Communication Publique : “ Ce qui me frappe, ce sont les différences entre les “ personnes âgées ” d’il y a 25 ans et ceux qu’on appelle aujourd’hui les seniors. (…) Il y a un quart de siècle, il y avait souvent coïncidence entre le début de la retraite et les premiers signes du vieillissement. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Une nouvelle vie s’installe ”.

      1. Le mot “ senior ”…


Si l’on redécouvre aujourd’hui le mot “ senior ” pour désigner les personnes de plus de 50 ans ou “ jeunes retraités ”, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit là d’un terme très ancien. Ce mot anglais apparu en France en 1884 est d’origine latine et signifie “ plus âgé ”. Il représentait sous les Romains les guerriers les plus âgés, considérés comme les plus valeureux et respectables. Le mot a ensuite évolué : “ seigneur ” dans notre langue pour les maîtres, “ señor ” en espagnol pour désigner l’homme. Il évoque aujourd’hui une catégorie sportive : les 25-35 ans, entre les juniors et les vétérans, qui participe du dynamisme de l’appellation. Le dictionnaire donne également de façon intéressante la définition du mot “ séniorité ”, anglicisme apparu il y a une trentaine d’années pour désigner la “ prééminence et garanties déterminées par l’ancienneté au sein d’un groupe social ”.

Ces définitions donnent du “ senior ” l’image d’une personne respectable et valeureuse, sportive et plutôt jeune. Rien à voir a priori avec une “ personne âgée ”… Par la magie du politiquement ou du “ socialement correct ”, on ne se risque que rarement et précautionneusement à désigner une personne de plus de 55 ou 60 ans par un autre terme que “ seniors ”, de peur de paraître irrespectueux…ou de ne pas être « à la mode »…

Pourtant, cette acception du mot “ senior ” n’est apparue que très récemment dans notre langage et notre société, sous l’impulsion de la publicité et du marketing.

      1. “ Senior ” : un terme consacré du marketing


Seniors : “ personnes âgées de 60 à 75 ans n’ayant plus de profession mais actives, valides et disposant de beaucoup de temps libre et d’un fort pouvoir d’achat ” (Philippe Demonchy, président de Sélectour). Voici un exemple de définition type du senior donnée par un marketeur.

Libie Cousteau2 évoquant les personnes âgées, s’exprime en ces termes : « par pudeur, les hommes du marketing et de la publicité les ont baptisés “ seniors ” ». Propos confirmés par Serge Clément : « Senior est un terme consacré par le marketing d’abord pour catégoriser une population de 50 ans et plus. Il est frappant de constater que, notamment lorsqu’on parle des NTIC et du vieillissement, que l’on désigne les “ âgés ” par seniors et non par vieux, personnes âgées, retraités ! Or, il y a peut-être moins de différence d’âge entre un jeune de 20 ans et ses parents qu’entre un senior actif de 55 ans et une vieille personne de 85, malade et dépendante ! Il serait peut-être plus simple de désigner ce public par une désignation plus neutre. Pourquoi pas les “ retraités ” ou les “ jeunes retraités ” si l’on veut démarrer à 60 ans. ”3 En effet, le terme “ seniors ” ne signifie rien en tant que tel car ils ne constituent pas une population homogène : comme le dit Patrice Angot, directeur commercial chez Seniorplanet, “ quand on a dit seniors, c’est comme si on avait dit les jeunes ”… C’est pourquoi, on peut avancer qu’il s’agit plus d’un concept marketing que d’une véritable cible. L’activité, l’âge, le milieu social et géographique les distinguent. Le terme “ senior ” est tout aussi imprécis que celui de “ ménagère de moins de 50 ans ”. Conscients de cela, certains annonceurs ou hommes du marketing n’hésitent pas à avancer que “ le terme senior est aujourd’hui dépassé, se contenter de cette seule étiquette ne veut plus rien dire ” (Didier Hernoux, directeur produits chez Damart). L’hétérogénéité de cette « classe d’âge » est telle que bien souvent l’on en vient à la segmenter en plusieurs sous-catégories ou « tranches d’âge ».

      1. Difficultés de segmentation et de catégorisation face à l’hétérogénéité d’une “ classe d’âge ”


Certes, la terminologie “ senior ” désigne d’une façon bien commode les plus de 50 ans en général. Très à la mode, le terme confère implicitement un côté dynamique à cette cible. Toutefois, le flou qui entoure ce terme, ou plus exactement la trop vaste étendue du champ qu’il prétend embrasser, rend difficile le fait de considérer la cible (19 millions de Français) comme un tout. Aussi, les spécialistes, marketeurs ou analystes économiques ou statistiques, s’accordent sur la nécessité de segmenter ce “ marché ”.

La première segmentation est opérée par Jean-Paul Tréguer, président de Senioragency et fondateur en 1993 de la Senior Academy, observatoire européen des marchés concernant les plus de 50 ans, puisqu’ “ il ne faut pas mettre tous les seniors dans le même sac ”. Il s’en tient au découpage classique en quatre tranches d’âge : les Masters (50-59 ans), les Libérés (60-75 ans) (les plus nombreux), les Paisibles ou Retirés (75-84 ans) et les Grands Aînés (85 ans et plus). Cette typologie permet d’associer des comportements spécifiques aux seniors selon leur âge4. Cependant, elle n’est pas suffisante pour comprendre réellement qui sont les seniors : l’âge ne peut pas être le seul élément de segmentation. C’est pourquoi une deuxième segmentation est proposée par le CSA, par modes de vie, qui distingue ainsi quatre sous-catégories5 : les novateurs ou seniors hédonistes (23,8%), les repliés ou seniors déstabilisés (33,8%), les rigoristes ou seniors du devoir (28,8%) et les notables ou seniors responsables (13,6%). Cette segmentation ne sera pas retenue pour notre étude. Nous y préfèrerons une troisième, proposée par le CREDOC, la RATP ou l’INSEE, organismes auxquels nous nous intéresserons par la suite.

Le CREDOC propose une approche basée sur les changements de comportements en matière de consommation liés aux étapes de la vie. Ainsi, Georges Hatchuel, directeur-adjoint du CREDOC, distingue les 50-60 ans des 60 ans et plus, prenant comme véritable marqueur des individus dans leurs comportements le passage à la retraite, les seniors ayant désormais conscience d’entrer dans une situation de sécurité, de stabilité. Pour cette même sous-catégorie, il faut prendre en compte deux autres critères : la différence entre les personnes qui vivent seules et celles qui vivent en couple, et la différence d’attitudes dans le domaine de la vie en société, et à l’âge du “ basculement ”. Un décrochage semble intervenir à 65 ans en matière de consommation, à 75 ans en matière d’implication vis à vis de nombreux problèmes de société.

De même, la RATP établit une segmentation par comportements dans laquelle les paramètres influents sont l’activité/l’inactivité et la perception de la retraite comme continuité/rupture par rapport à la vie active. Les quatre grands segments seniors de la RATP sont ainsi nommés les Masters + (préretraités actifs, ils préparent leur retraite), les Masters - (préretraités actifs, ils ne préparent pas leur retraite), les Libérés + (inactifs, ils vivent bien leur retraite), les Libérés – et les Retirés (inactifs, ils vivent une rupture et sont retranchés). On notera que cette typologie, du moins dans ses dénominations, est directement inspirée de celle de Jean-Paul Tréguer ; et pour cause, la RATP travaille en partenariat avec Senioragency pour ses études marketing seniors.

Enfin, l’INSEE établit une segmentation en classes d’âge directement liée aux cycles de vie, marqués tantôt par l’activité (la tranche 50-59 ans représente le summum de la vie professionnelle, les actifs sont déchargés des enfants devenus adultes, leurs revenus, leur temps libre et leur consommation augmentent), par la retraite (60 ans est l’âge marqueur de la cessation de l’activité économique et d’un nouveau rapport au temps personnel et social), par le passage à une position physique de retrait (75 ans en général : la fréquence des voyages et déplacements diminue, les problèmes de santé commencent), par la dépendance au stade ultime de la vie (au delà de 80 ans), mais la limite d’âge est sans cesse à repousser car “ l’effet d’âge devrait se décaler au-delà de 80 ou 85 ans pour être indiscutablement perceptible ”6.
En résumé, de la cessation de l’activité professionnelle au temps de la grande vieillesse, trois temps ou “ âges ” se succèdent : le premier est une période de transition entre l’activité professionnelle et la vieillesse biologique, les retraités sont consommateurs, jouent un rôle de grands-parents et remplissent une fonction de soutien et de médiation familiaux (troisième âge) ; le deuxième renvoie à une période où les individus se reposent et se consacrent aux loisirs (quatrième âge). Enfin, le troisième est celui de la dépendance et de la médicalisation (cinquième âge). La véritable segmentation est à opérer entre le troisième et le quatrième âge, la différence se faisant en termes de rôle actif dans la société ; et ensuite, entre le quatrième et le cinquième âge qui est lui véritablement marqueur de l’âge de la dépendance. C’est pour cela que lorsqu’on parlera de “ seniors ” et surtout d’Internet, on parlera en priorité des personnes âgées de moins de 75 ans.

      1. L’avis des seniors : ce qu’ils en pensent


Si le senior est perçu par les acteurs économiques comme une réelle catégorie (décomposée en sous-catégories…), le terme même n’est pas ou peu repris par les intéressés eux-mêmes. Selon Joachim Soëtard, directeur d’études à Ipsos Opinion7, plusieurs éléments gênent cette catégorisation. En premier lieu, le terme “ senior ” est spontanément associé aux retraités, ou aux personnes en passe de le devenir à court terme, mais beaucoup plus difficilement aux personnes exerçant encore une activité professionnelle. Parallèlement, les seniors sont d’abord perçus comme “ une création sociale d’institutions recherchant à globaliser une tranche d’âge économiquement intéressante ”. En définitive, le terme “ senior ” apparaît donc plus comme une tentative de définition extérieure que comme une réalité collective.

Comment les plus de 55 ans veulent-ils être nommés ? Comment se définissent-ils ? Il est tout aussi intéressant de noter, au-delà de l’appellation qu’ON leur donne, de quelle façon les plus de 50 ans ou les plus de 60 ans entendent être désignés. Le tableau ci-dessous8 résume bien l’ambiguïté et le caractère hautement délicat de la désignation des “ personnes âgées de plus de 50 ans ”, le plus souvent ressentie comme un “ étiquetage ” ou un “ catalogage ”.


N’aiment pas être désignés par le terme…

50-59 ans

60-69 ans

70 ans et plus

50 et plus (ensemble des personnes interrogées)

Personnes âgées

65%

43%

14%

41%

Retraités

43%

15%

6%

21%

Seniors

38%

41%

44%

41%

Vieux

82%

83%

71%

79%

Inactifs

80%

83%

72%

78%

Anciens

50%

38%

17%

35%


Nous noterons que le terme “ retraité ” est finalement le moins rejeté de tous ; arrivent en deuxième position, à égalité, les termes “ senior ” et “ personne âgée ”. De même, lorsque nous interrogeons les seniors9, à la question “ Qu’est-ce selon vous qu’un senior ? (En quoi se différencie-t-il de la personne âgée par exemple ?) ”, quand celle-ci n’est pas ignorée ou occultée, certains n’hésitent pas à répondre “ rien”. La question a donné lieu aux définitions les plus hétéroclites, notamment en termes d’âge… Trois sur trente se risquent à donner une définition en fonction de l’âge, que deux d’entre eux placent à 50 ans, l’autre affirme « on est senior à partir de 20 ans et jusqu’à 70 ans et plus », dévaluant par là même toute notion de classe d’âge ; pour les autres, « senior c’est dans l’intellect et pas dans l’âge et le physique. Il y a des jeunes qui sont des vieux ! », un senior « peut être très âgé » de même qu’ « on peut être jeune et vieux dans sa tête ». Ils s’expriment parfois violemment sur le non-sens que constitue pour eux cette dénomination : « je ne vois pas la frontière entre senior et non senior alors je ne pense pas pouvoir répondre à ce sujet », « politiquement correct et intellectuellement une connerie ». Ceux qui se risquent à donner une définition du senior (par opposition à la personne âgée) le définissent de manière récurrente par son désir de « rester dans le coup » ou de « rester en contact avec son temps », comme quelqu’un d’ouvert (« y compris aux nouveautés technologiques ») et d’actif « physiquement et intellectuellement » (au sein d’associations, au service des autres…). De manière générale, l’idée de l’âge auquel on devient une personne âgée se situe pour la majeure partie à 70 ans, à l’exception des 65-69 ans qui atteignent presque à cet âge et qui reculent donc l'âge de la vieillesse.

C’est pourquoi, nous ne rentrerons pas ici dans le débat et utiliserons invariablement les différents termes tout au long de notre étude. Ils serviront à désigner, dans la majorité des cas, les personnes âgées de 55 ou 60 ans à 80 ans. L’intérêt premier est d’analyser la situation de jeunes retraités ou de personnes en passe de le devenir très prochainement, en prenant comme marqueurs-temps le passage à la retraite (ou pré-retraite) et l’entrée dans l’âge de la dépendance. Néanmoins, nous ne pourrons ignorer la catégorie des 50-60 ans pour des raisons d’ordre pratique (les sondages, enquêtes, statistiques, données chiffrées dont nous disposons englobent souvent les 50-55 ans sans les dissocier des 55-75 ans par exemple) ; de ce fait, nous restons bien conscients que certaines données dont nous devrons faire état peuvent varier selon que la personne a une activité professionnelle et bénéficie de moins de temps libre, ou qu’elle est retraitée.
Quoique inapproprié dans le sens où il veut désigner une certaine catégorie de personnes, si hétéroclite qu’aucune d’entre elles ne se reconnaît vraiment dans une telle appellation, quoique non “ fédérateur ”, le mot “ senior ” semble toutefois propre à désigner une nouvelle réalité sociologique, une nouvelle donne démographique, économique et sociale. Il existe bel et bien une identité des seniors, caractérisée notamment par des valeurs communes, et un rapport commun au temps et à l’argent.

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