Surtout ‘’Antigone’’, ‘’Becket ou l’honneur de Dieu’’








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Fables’’

(1962)
Recueil de nouvelles pour enfants

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La foire d’empoigne

(1962)
Drame
Louis XVIII a le beau rôle contre Napoléon : le roi parle pour lui, expose ses idées et lui donne raison de se moquer de la gloire impériale et de sa vanité.
Commentaire
C’est une «pièce costumée».

Les Français appartenant à la génération d'Anouilh avaient vécu sous trois Républiques et une dictature. Ils avaient pu constater qu'à chacun des soubresauts de l'Histoire, la distinction ne se faisait ni entre les bons et les méchants, ni entre la droite et la gauche, mais d'abord entre les vivants et ceux que l'on tua, ensuite entre les naïfs, leurrés et plumés, et les combinards qui se retrouvent toujours sur le dessus du panier, ayant su faire à temps les virages nécessaires pour voler au secours de la victoire. Un changement de régime constitue d'abord une foire d'empoigne où les plus malins et les plus forts gagnent.

Anouilh, produisant après ‘’Becket’’ une autre pièce historique, la nomma délibérément « mélodrame ». II essaya par là de jeter l'Histoire à bas du piédestal où les marxistes comme les traditionalistes la placent. On essaya, à droite comme à gauche, de tuer la pièce dans l'œuf : écrite en 1959, acceptée par le Comité de lecture de la Comédie-Française, elle n'y fut pas jouée. Anouilh, chose impardonnable, osait piétiner les idoles tout en se moquant d'elles. Il présenta ainsi sa pièce : « ‘’La foire d'empoigne’’ est une farce où, bien entendu, toute ressemblance avec Napoléon ou Louis XVIII ne saurait être que fortuite et due au hasard. » […] Et il n'y a pas de régime en France qui ait réussi à empêcher les Français de faire des chansons. ‘’La foire d'empoigne’’ n'en est qu'une de plus. »

Mélodrame, farce et chanson, la pièce constitue un symbole double : celui des changements et celui de la permanence de l'Histoire. Pour ce qui est des changements, on ne pouvait pas mieux, comme Anouilh l’annonça dans sa présentation : « La pièce commence au moment où le roi file et où Napoléon revient, puis très vite c'est le roi qui revient et c'est Napoléon qui file. » Derrière cela, une permanence, celle du rapport entre exploiteurs et exploités, avec l'idée qu'une révolution consiste précisément à intervertir les termes, pour quelques-uns, alors que la masse demeure semblable à elle-même : « L'Histoire de France, hélas ! c'est le Châtelet. Quelques vedettes vieillies, avec des trucs éprouvés, toujours les mêmes et une troupe de Dupont, mal payés, massacrés périodiquement et toujours enthousiastes pour leurs grands hommes. »

On peut donc considérer cette pièce sous deux angles : comme une attaque sauvage et anarchiste contre les princes qui nous gouvernent, en tout temps, sous quelque étiquette que ce soit, ou bien comme une description pathétique du peuple constamment victime, quelles que fussent les promesses des personnages auxquels il fît confiance. Comme le faisait remarquer La Boétie, écrivant lui aussi à la fin d'une période troublée, la servitude est toujours volontaire (‘’Discours de la servitude volontaire’’).

On retrouve aussi un des thèmes fondamentaux d'Anouilh, exprimé déjà dans ‘’Pauvre Bitos’’ par Deschamps, l'instituteur : « Le peuple, le vrai peuple a seul l'honneur et l'élégance d'appartenir à la race qui ne fait que donner. » L'astuce pour les dirigeants consiste donc uniquement à obtenir ce qu'ils veulent. Fouché, chargé de la réputation que l'on sait, indique avec cynisme qu’on garde le pouvoir en sachant changer de direction à temps : «Et quand on change, on trouve une autre jeunesse égaIement éprise d'absolu. D'un autre absolu. II y en a plusieurs.» Le ministre ici joue le rôle du chœur et du dieu : il commente et il agit. Les grands hommes d'État qu'il conseille diffèrent beaucoup. Anouilh règle un compte personnel avec Napoléon, le présente comme un histrion dangereux, souffrant d'une mégalomanie intelligente : «Napoléon : ‘’Alors, la clémence d'Auguste... Vous croyez à ça, vous?’’ (Il se met à déclamer, emphatique) : ‘’Prends un siège, Cinna, et avant toute chose... [...] Mon petit ami, nous ne sommes pas au théâtre. Ou plutôt, si, nous y sommes... , mais pas dans la tragédie, dans le mélo, comme au Boulevard du Temple. Moi, je suis un acteur de drame historique.» Ensuite, il proclame la nécessité d'une répression violente et invente le mot « épuration ». Au contraire, Louis résiste à toute soif de vengeance, il en a assez du sang, mais, au fond, il vise le même but que l'Empereur : la puissance. Son indulgence résulte de la lucidité politique, il veut absorber le passé pour s'en servir, comme Créon : «Les guerres de l'Empire, je les prends à mon compte ! Et la Révolution, pareil ! Je la digère. Quelquefois je rencontre un os, comme Fouché, dans mon ministère. Je vomis, discrètement. Et je ravale. Cela ne regarde que moi si j'ai des hauts-le-cœur. Je n'ai pas à faire la fine bouche, moi ! Je suis l'estomac de la France, il faut que je digère tout

Entre le peuple et ses chefs, une classe intermédiaire, méprisée (les policiers dans ‘’Antigone’’, les barons dans ‘’Becket’’, ici surtout le sergent), sert, efficace et indifférente, tous les régimes :

«- Le factionnaire : ‘’Alors, vive la République ! Moi je m'en fous ! Papa a tout servi.

- Le sergent, sévère : ‘’Il n'en est pas question. Vous me ferez quatre jours. Vous avez l'air d'avoir mauvais esprit, vous. Dites-vous bien que je vous ai à l'œil.’’»

Nous connaissons trop ce genre de remarque pour ne pas nous hâter de rire avant que d'en pleurer.

Après toutes les œuvres de déification de Napoléon, de ‘’L'aiglon’’ à ‘’Madame Sans-Gêne’’, on ressentait en France un véritable besoin de satire. D'autre part, tant sur le plan historique que sur celui de la politique en général, il est ironique de constater qu'Anouilh inventa peu, sauf sur un point : ses grands hommes ont peut-être plus d'humour dans sa pièce que dans la réalité.

L'humanité apparaît divisée en mystificateurs et mystifiés. Le dramaturge refusa de croire et de prendre des vessies pour des lanternes, il partagea certainement l'opinion suivante, formulée par le plus lucide et le plus écœurant de ses personnages :

«Fouché : ‘’Ce serait amusant s'il y avait de l'imprévu. Mais l'équilibre des forces en présence connu, le lourd glissement du destin sur l'un ou l'autre plateau de la balance n'est plus une surprise que pour les imbéciles.’’» Anouilh risquait d'ouvrir les yeux à quelqu'uns de ces derniers, et cela apparut à certains comme dangereux et impardonnable !
La pièce fut créée le 11 janvier 1962 à la Compagnie des Champs-Élysées dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Pietri, avec Paul Meurisse.

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‘’L’orchestre’’

(1962)
Pièce-concert
Dans une ville d’eaux, l'orchestre de musique légère de Madame Hortense donne ce soir, à la ‘’Brasserie du Globe et du Portugal’’, les brillants morceaux du répertoire que sont : "Cocardes et cocoricos" de Duverger, arrangements par Benoiseau; et le non moins mémorable "Volupté à Cuba".

Mais les cinq femmes de l’orchestre s'entredéchirent à cœur joie entre deux morceaux sirupeux, sous l'œil du pianiste, seul mâle présent.

Les personnages aux vies médiocres de cette tragi-comédie grinçante, essaient tant bien que mal de sauver les apparences. Tour à tour, les amours, les frustrations et les fantasmes de chacun se révèlent, la musique ne suffit plus à calmer les esprits, la folie s'empare de l'orchestre.

Parviendront-elles à ne pas s'entretuer avant le final?
Commentaire
Ce lever de rideau, une de ses pièces les plus méchantes, avait été inspiré à Anouilh par la profession de sa mère.

Mise en scène par Jean Anouilh et Roland Pietri, elle fut créée le 10 février 1962 à la Comédie des Champs-Élysées sur une musique de Georges Van Parys.

En 1972, Anouilh la reprit en café-théâtre.

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En 1963, Anouilh mit en scène ‘’Victor ou les enfants au pouvoir’’, de Roger Vitrac, auteur d’un théâtre surréaliste qui n’était pas du tout le sien, mais qu’il permit de redécouvrir et qu’il fit triompher, et ‘’L’acheteuse’’ de Steve Passeur. En 1964, il adapta et commença à mettre en scène ‘’Richard III’’ de Shakespeare à la Comédie-Française, mais le travail fut interrompu à la suite d’un prétendu conflit avec le président Charles de Gaulle et continué dans un théâtre privé, le Théâtre Montparnasse-Gaston Baty.

En 1966, il adapta et mit en scène ‘’L’ordalie ou la petite Catherine de Heilbronn’’ de Kleist.

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Le boulanger, la boulangère et le petit mitron

(1968)
Drame
Adolphe et Élodie se sont dit unis. Mais, maintenant, ils se déchirent devant nous, se disputent sauvagement, mènent une existence empoisonnée où le bonheur n'a pas sa place. Que faire pour vivre malgré tout? Ils choisissent l'évasion immobile dans des rêves de compensation qui les jugent. Elle s'imagine riche, entourée de prévenances et d'amour par un bellâtre de caf-conc'. Il se voit chevalier d'industrie, tyran et séducteur. Chacun se crée un monde irréel peuplé d'amants, de maîtresses, de potentats, de mille personnages séduisants et inaccessibles, avec lesquels ils sont constamment en rapport. Ces êtres fictifs se mêlent à la réalité visible, et les rêves se déroulent parallèlement à l'action dramatique.

Mais, face à ce couple pitoyable et terrible, il y a un enfant, Toto (dix ans), leur fils, qui suit pas à pas l'éclatement qui approche, qui voudrait tellement voir ses parents heureux. «Le bonheur en famille, tel que le rêvent les petits garçons», dit l'auteur. Car Toto rêve aussi, notamment sur sa leçon d'histoire où Louis XVI et Marie-Antoinette ont commencé à faire un vrai couple au Temple, avant leur exécution (leur sobriquet : le boulanger, la boulangère). Un instant, il imagine son père et sa mère sous les traits de Louis XVI et de Marie-Antoinette, à la Conciergerie, quelques jours avant leur mort (d'où le titre de la pièce) à l'instant où, la vie les abandonnant, ils comprirent qu'au fond ils s’étaient toujours aimés... Toto est certain que ses parents, eux aussi, ne pourront se réconcilier que dans la mort. Et ce sont les Indiens peuplant son univers enfantin qui vont les assassiner. Dans son dernier rêve, il entend un autre de ses héros lui dire, faisant allusion aux parents en divorce : « Tu vas oublier leurs souffrances, devenir un homme, je t'apprendrai à faire des nœuds. »
Commentaire
C'est une pièce cruelle et corrosive, ni rose ni noire, qui se situerait dans le registre «grinçant», si elle n'avait une dimension poétique particulière. La pièce tout entière prenait l'aspect d'une scène de ménage où se trouvent rassemblés tout le passé des personnages, leurs nostalgies, leurs dérisoires espérances. Nous voyons leur drame sous forme d'un vaudeville traditionnel. L'essentiel du décor est un lit à deux places comme au Palais-Royal. Ils en viennent à souhaiter des malheurs exemplaires afin de pouvoir sortir des noirceurs habituelles de la vie quotidienne.

Cependant, l'amertume, la virulence auxquelles Anouilh nous avait habitués furent, ici, tempérées par une harmonie et une sérénité toutes nouvelles. Sa tendresse, qu'il dissimulait sous des apparences brutales, apparut enfin. C'est pour cela que cette pièce va plus loin et nous touche plus que les autres. On y trouve cette rareté, cette quiétude qu'un écrivain n'atteint que sur l'autre versant de la vie. Anouilh n'était plus au cœur de la passion. Il la dominait parce qu'il en était libéré. Très calme, il conta les misères de la vie avec une humanité qu'on ne lui connaissait pas. Et sa technique était devenue si vertigineuse qu'à l'image des grands classiques (et de son maître, Molière) il dit tout par l'action, presque rien par les mots. Nous recevons une merveilleuse leçon de morale sur un ton de comédie qui est propre à toucher tous les publics. Souffrir et faire souffrir, le rose des rêves ne saurait purifier la vie de son horreur, le thème central d'’’Antigone’’ semble toujours avoir déterminé, directement ou non, le fond du théâtre d'Anouilh.

Après la représentation de cette dernière pièce, le critique Bertrand Poirot-Delpech écrivit : « Si le dénigrement de la bourgeoisie classe à gauche, comme il semble ces temps-ci, alors Anouilh bat de loin les plus enragés des enragés. Le mépris de Brecht paraît une gracieuseté comparé à la hargne que l'auteur de ‘’La sauvage’’ témoigne à son milieu depuis trente-cinq ans. »
La pièce fut créée le 13 novembre 1968 à la Comédie des Champs-Élysées dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Pietri, avec Michel Bouquet et Sophie Daumier. Voué à Anouilh, Michel Bouquet fut l'interprète rare de cette œuvre rare et jamais il ne fut plus émouvant et plus subtil. Pourquoi? «Parce que, dit-il, tout ici est suspendu entre le comique, la poésie, la lucidité et l'expérience ; parce qu'à chaque seconde il se passe quelque chose d'étonnant ; parce que c'est une pièce touchée par la grâce».

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Cher Antoine ou l'Amour raté

(1969)
Drame
L’auteur dramatique, Antoine de Saint-Flour, est en butte à un critique dramatique qui est un être ridicule et haineux, qui a passé sa vie à «foutre des zéros» et qui, pendant toute la pièce, rêve de tuer un chien qui pleure la mort de son maître.
Commentaire
Dans cette pièce nettement autobiographique, qui fut insérée dans les “Pièces baroques”, sous la forme du théâtre dans le théâtre, Anouilh mettait en scène des souvenirs d’enfance et d’adolescence dérisoires et bouleversants, mais aussi sa haine, qui tournait à l’obsession, des modifications sociales provoquées par la guerre et surtout par l’«épuration» qui l’avait suivie. Il montrait aussi la difficulté d'être heureux en amour. Il proposait une réflexion sur le théâtre, sur la vie et la mort. Il y exploita encore l'époque 1900, ses vieilles actrices, son faux patriotisme, son faux panache et son faux esthétisme. Il pastiche ouvertement Tchékhov et Pirandello : on y a vu un hommage à ses maîtres. Ainsi, la première scène de la seconde partie est renouvelée de “Six personnages en quête d’auteur”. Mais, si on peut lui être reconnaissant d'avoir gommé tous les morceaux de bravoure auxquels on s'attend à chaque instant, il n'a pas su, comme Tchékhov, montrer en filigrane le désespoir d'une vie ou même de toute vie. Il ne s'est pas mis en scène lui-même. Il n'a offert en holocauste au public qu'un homme de paille du répertoire.

Tous les thèmes qui lui sont chers s’y retrouvent : l'amertume, le désenchantement, la médiocrité, le suicide, l'adultère, le donjuanisme, les réflexions désabusées sur le théâtre et sur la vie («On meurt sans savoir et il n'y avait rien à connaître»). C’est une autre des pièces pessimistes qu’on pardonne à cet esprit réactionnaire, d'autant plus qu'il y a toujours une petite fleur bleue qui fleurit dans un coin.
La pièce offrit son dernier rôle à Françoise Rosay.

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Ne réveillez pas Madame

(1970)
Drame
Julien Paluche est un metteur en scène intransigeant, persécuté et solitaire, qui ne peut oublier son enfance malheureuse, la « Madame » qu’il ne faut pas réveiller trop tôt le matin étant sa mère, une comédienne ridicule qui, dans sa jeunesse, jouait du Bernstein, puis, successivement, chacune de ses deux épouses qui se conduit aussi mal que sa mère et ne comprend rien aux exigences de son génie. Il monte de l’Ibsen ou du Tchékhov, sacrifie tout à son art et est couvert de dettes jusqu’à ce qu’il devienne riche et célèbre.
Commentaire
Dans cette pièce proche du vaudeville, qui faisait écho à ‘’Cher Antoine ou l’amour raté’’, une fois de plus, nous sommes en plein pirandellisme, en plein théâtre dans le théâtre. Anouilh, à travers cet artiste, voulut donner l’image qu’il se faisait de lui-même, éternel écorché vif qui ne serait jamais sorti de l’enfance, n’aurait jamais liquidé son complexe d’Oedipe.

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Les poissons rouges ou Mon père ce héros

(1970)
Drame
Un fils d'ouvrier qui est une abominable crapule et un médecin bossu, ivre de méchanceté, sont devenus socialistes, communistes et résistants parce que envieux et féroces. Ils n'existent que pour faire souffrir Antoine de Saint-Flour, un auteur dramatique qui a écrit les mêmes pièces que Jean Anouilh et qui est bon, généreux, parfait, mais exaspéré par ce monde où de Gaulle est l'allié des Soviets, où la Sécurité sociale est une atteinte permanente à la liberté de l'individu. Il hurle que, si on lui reproche d'être un «fâchiste», c'est que le mot vient de «fâcheux» et qu'il est fier d'en être un. Là-dessus, il fait le salut hitlérien face au public qui éclate en applaudissements, enfin vengé des horreurs de la Révolution française (la pièce a été créée exprès le jour anniversaire de la mort de Louis XVI), vengé de la prise de la Bastille et de l'atroce Libération. Il n'attire sur lui la hargne des pauvres, des femmes et des bossus que parce qu'il n'a jamais fait que ce dont il avait envie, comme le jour où, enfant, il a pissé dans le bocal de poissons rouges de sa grand-mère.


Commentaire
La caricature se voulait féroce, elle ne fut que conventionnelle. Dans cette pièce nettement autobiographique, qui fut insérée dans les “Pièces baroques”, sous la forme du théâtre dans le théâtre, Anouilh mettait en scène des souvenirs d’enfance et d’adolescence dérisoires et bouleversants, mais aussi sa haine, qui tournait à l’obsession, des modifications sociales provoquées par la guerre et surtout par l’épuration qui l’avait suivie. Carrément fasciste, Anouilh se mit lui-même en scène pour régler leur compte aux gens de gauche qu'il exécrait. Il révéla les secrets de son univers. Les accusations qu’il porta contre le mensonge social se faisaient plus amères, comme se faisait plus pathétique sa nostalgie de la pureté ; plus désespérément cynique que jamais, il laissa entendre que le mal en ce monde ne pouvait que s’accroître lorsqu’on tente de le guérir.

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En 1970, Anouilh publia un recueil : ‘’Pièces baroques’’.

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‘’Le directeur de l’opéra’’

(1972)
Drame
Sur ce directeur de l’opéra s’abattent tous les malheurs du temps : fils insolent, grève sur le tas, impuissance chronique.
Commentaire
Dans cette pièce aussi, Anouilh régla de vieux comptes, se fit encore plus misanthrope et grinçant.

La critique, même celle qui le portait aux nues, la refusa en bloc.

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Tu étais si gentil quand tu étais petit

(1972)
Drame
Côté cour, sur une estrade, se trouve un petit orchestre miteux formé de trois femmes et d’un homme. Ces femmes, en se préparant, papotent bêtement et méchamment, mêlant à leurs souvenirs intimes des commentaires triviaux sur l‘histoire des Atrides. Côté jardin, Électre drapée de deuil attend Oreste. Égisthe passe avec Clytemnestre, chargée de bijoux et de maquillage, « une grue qui aurait réussi à se faire épouser par un riche armateur grec », souffle le choeur. Oreste s’avance vers le tombeau d’Agamemnon.

Au début de la seconde partie, Égisthe et Clytemnestre discutent de leur propre assassinat avec lui. Égisthe parle en vieil amant fatigué qui refuse de vieillir, Clytemnestre en mère maquerelle. Mais Oreste n’entend rien : il n’est qu’une petite brute dressée. Le double meurtre accompli, il n’entend pas les propos presque incestueux d’Électre. L’orchestre soudain se déchaîne pour jouer le rôle d’Érinyes tricoteuses qui achèveraient bien le jeune homme à coups de talons aiguilles si le pianiste-choryphée n’intervenait en évoquant la possibilité du pardon d’Apollon.
Commentaire
La pièce fut l’”Électre” d’Anouilh, sa dernière variation sur un mythe antique, celui des Atrides.

En traduisant ou en paraphrasant, il suivit plutôt “Les choéphores” d’Eschyle que l’”Électre” de Sophocle, fit un « remake » à la manière de Giraudoux et de Sartre, mais en se contentant, vieux cuisinier, de puiser dans ses pièces anciennes, à commencer par ‘’La sauvage’’ et ‘’L’orchestre’’.

Mais cette tragédie regardée par le petit bout de la lorgnette, l’orchestre étant la forme moderne du choeur, est un assez morne exercice parce que les trucs et les obsessions d’Anouilh avaient vieilli, sa basse démagogie esthétique ne pouvait plus tromper personne. Il n’est question que d’odeurs, de ventre, d’entrailles, d’ovaires, de sexe sale et triste, de castration. Agamemnon est saigné comme un porc et Clytemnestre avoue qu’elle lui a « coupé le morceau qu’elle haïssait le plus ». L’orchestre fait des commentaires sur, par exemple, la nécessité pour une artiste de savoir préparer un haricot de mouton si elle veut garder son homme. L’une des femmes de l’orchestre rappelle que les hommes ne sont plus des hommes et qu’un gosse, on le « baffe ».

Mais, comme cette même dame et ses deux copines se changent en Érinyes à la fin, Anouilh évita le piège où on aurait pu l’enfermer. Il continuait à régler ses comptes avec l’Occupation et la Libération : Égisthe est un collaborateur redoutable ; il y a des couplets sur les horreurs de la libération d’Argos et Oreste est un milicien têtu. Anouilh défendait les jeunes contre les pédagogues-de-gauche-qui-les-poussent-au-crime.

Cette ‘’Électre’’ fut bien moins convaincante que, naguère, son ‘’Eurydice’ ou son ‘’Antigone’’.

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‘’Monsieur Barnett’’

(1974)
Pièce de café-théâtre
Monsieur Barnett a tout : la fortune, la puissance. Mais pas l'amour. Il a tout essayé, en vain. Cet homme si important se confesse et meurt dans un fauteuil de coiffeur, devant une petite manucure.

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L’arrestation

(1975)
Pièce de théâtre
Dans le hall désert du vieux palace d'une petite ville d'eaux de province, débarquent un soir un homme déjà usé par la vie et un jeune homme qu'il a rencontré à la gare, distante de quelques kilomètres, et qui l'a invité à partager avec lui l'unique taxi qui attendait le train du soir.

Il y a aussi, dans cet hôtel, un petit garçon à demi somnambule qui vient s'endormir chaque soir, dans des fauteuils du hall, pour ne pas rester seul dans la chambre que sa mère, une musicienne de l'orchestre, déserte chaque nuit pour aller retrouver son amant...

Et si ce petit garçon, le jeune homme et cet homme vieilli n'étaient qu'un seul et même personnage, dont l'homme agonisant dans un fossé, après une embardée de sa voiture, poursuivie par celle de la police, revoit la pauvre vie, dans les quelques secondes qui précèdent sa mort?
Commentaire
C’est une «pièce secrète», une œuvre grave, très autobiographique, qui jouait de façon très subtile avec la chronologie.

Ce fut un échec.

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Chers Zoizeaux

(1976)
Pièce de théâtre

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‘’Le jeune homme et le lion’’

(1976)
Scénario
Charlemagne et Roland sont unis par une forte amitié.
Commentaire
Anouilh retrouva la gravité de son ‘’Becket’’ dans ce scénario, destiné à la télévision, qui fut réalisé par Jean Delannoy et interprété par Georges Wilson.

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‘’Le scénario’’

(1976)
Pièce de théâtre
En août 1939, à la veille de la guerre, dans une petite auberge de la forêt de Fontainebleau, deux cinéastes sont en train de travailler à un scénario, tandis qu'Hitler vocifère à la radio. L'un d'eux, le metteur en scène d'Anthac, ne sait pas qu'il va mourir bientôt. Car, à ce moment, le seul scénario prêt à être tourné, c'est la guerre.

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Léonora

(1977)
Pièce de théâtre
Il s’agit de Léonora Galigaï, la suivante de Marie de Médicis qui, avec son amant , Concino Concini, faillit prendre le pouvoir.

Commentaire
C’est une «pièce costumée».

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Cette crise de l’histoire de France passionna Anouilh à un tel point qu’il y revint dans :

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‘’Vive Henri IV’’

(1977)
Pièce de théâtre
«Vive Henri IV ! Vive notre bon roi !», chantaient les Français qui étaient heureux quand, avec Marie de Médicis, venue de Florence pour ses noces royales, survint la personne sans grâce ni beauté, mais dangereusement intelligente et maléfique, qu’était sa suivante, Léonora Galigaï. Son ambition, décuplée par celle de son amant et complice, l'aventurier Concino Concini, fit qu'elle manipula admirablement la reine et, à travers elle, le roi. L'opinion publique voua bientôt un culte à sa nouvelle idole, Concino Concini, devenu amant de la reine et promu maréchal de France ; et, si un certain marquis de Luynes n'avait pas si bien organisé son assassinat, il aurait pris le pouvoir. La Galigaï, arrêtée et condamnée, finit décapitée, ses restes brûlés sur un bûcher. La France avait eu chaud.
Commentaire
Anouilh fit revivre sur scène les personnages de cette crise et leurs passions dans un nouveau style à ellipses bousculant le réalisme chronologique, et dans une nouvelle écriture théâtrale, qu'heureux et enthousiaste il expérimentait pour la première fois.

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En 1977, Anouilh publia un recueil : ‘’Pièces secrètes’’.

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‘’La culotte’’

(1978)
Pièce de théâtre
En France, la révolution féministe ayant eu lieu, les femmes sont au pouvoir, et leur dictature s’exerce impitoyablement sur les hommes. Léon de Saint-Pé, grand académicien, phallocrate avoué et homme de droite écrasé par une gauche triomphante, est depuis plusieurs jours attaché à un poteau de torture. Il est accusé par son épouse, Ada, d'avoir entretenu des relations compromettantes avec la bonne. Il doit patiemment attendre son procès devant le tribunal féministe, en subissant les accès de colère de sa femme et les commentaires de son entourage. Il y a Flipote, la domestique bonasse mariée à La Ficelle, le valet fidèle mais prudent. Il y a Toto, le fils de Léon, un gamin moqueur et cynique. Il y la nouvelle bonne, une jeune femme pétillante que Léon aime bien. Il y a Lebelluc, un avocat qui a dû renoncer à sa masculinité pour pouvoir exercer ses fonctions, ce qui lui donne une curieuse voix de tête... Il y a aussi la petite Marie-Christine, fille de Léon, qui déteste sa mère, adore son père et amuse tout le monde. Et il y a finalement la belle-mère de Léon, une vieille femme espiègle qui s'amuse à jouer la sourde oreille.

Vient finalement le procès. Le tribunal est présidé par Simone Beaumanoir et son assistante. Lebelluc tente tant bien que mal de défendre son ami Léon. Les témoins défilent : Flipote, la nouvelle bonne, La Ficelle, la Belle-Mère, Toto, Marie-Christine, et finalement Ada. Les déclarations sont fracassantes et le procès, d'informel qu'il était au départ, tourne au cirque.

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‘ ‘Oedipe ou Le roi boiteux’’

(1978)
Pièce de théâtre
Commentaire
Cette adaptation de Sophocle ne fut publiée qu’en 1986.

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En 1980, Jean Anouilh reçut le grand prix de l’Académie française.

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Le nombril

(1981)
Pièce de théâtre
L'auteur dramatique, Léon de Saint-Pé, écrivant une pièce en même temps qu'il la vit. Il a la goutte, et doit écrire des «polars» pour subvenir aux besoins d’une famille dépensière. Au seuil de sa vie, il règle ses comptes avec la société contemporaine, mais aussi avec ses proches, son médecin, sa petite amie, son ex-femme, ses enfants, son copain qui est «écrivain de gauche».
Commentaire
C’est une «pièce farceuse», une comédie joyeusement délurée où l'on ne cesse de rire. Les mots d'auteur fusent de toute part comme des pétards. Le canevas, quasi pirandellien, est déjà en lui-même une amusante trouvaille. À son habitude, Anouilh régla quelques vieux comptes : la famille est malmenée, les faux amis fourmillent, les médecins jaillissent et le théâtre est l'espace des réquisitoires.

La pièce fut créée par Bernard Blier.

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En 1984, Anouilh publia un recueil : ‘’Pièces farceuses’’.

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‘’La vicomtesse d'Eristal n'a pas reçu son balai mécanique’’

(1987)
Autobiographie
Commentaire
Ce fut un livre de souvenirs et d'anecdotes.

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Le 3 octobre 1987, à Lausanne, Jean Anouilh mourut d’une crise cardiaque. De nombreux comédiens lui rendirent hommage. C'est pour eux qu'il écrivait, en homme de métier pour qui écriture et représentation étaient indissociables.

Selon sa fille, Caroline Anouilh, il fut «un écorché vif qui ne voulait pas s'expliquer mais souffrait d'être mal compris, un prétendu réactionnaire qui exprimait, en réalité, toutes les révoltes de l'adolescence, un malade du théâtre, un auteur à succès qui ne croyait qu'au travail et à l'humilité, un être béni des dieux et inapte au bonheur.» Antoine Blondin a su le dessiner avec finesse : « Derrière les lunettes cerclées de métal, les yeux du Petit Chose sont ouvets sur les visions d’un Grand Meaulnes piétonnier. »

Le théâtre était le lieu qui lui convenait par excellence, le lieu où il a rencontré toutes les personnes qui ont été importantes dans sa vie. Il aurait aimé être acteur, mais sa timidité l’en a empêché. Il s’est contenté d’être dramaturge et a pu ainsi réaliser ses fantasmes. Il donna et mit en pratique cette belle définition du théâtre : «La vraie vie est informe. L'art du théâtre est de lui donner une forme aussi fausse, aussi arbitraire que possible, et de faire plus vrai que le vrai. C'est le secret des grands maîtres et il faut essayer de l'apprendre humblement. Il faut être en possession de ce secret, mais le secret du théâtre ne se communique qu'à ceux qui l'ont déjà de naissance. On aura beau aller dans la Lune, c'est là une chose à laquelle le progrès ne changera rien

D’entrée de jeu, dans son théâtre, s’affirma une vision du monde teintée de nietzschéisme. Deux «races» s’y affrontent dans un combat sans issue ni réconciliation : «les médiocres» et «les purs». Les premiers, englués dans le conformisme, la soumission à l’ordre établi, l’obsession du confort matériel, sont des fantoches à la fois veules et suffisants, parfois ignobles. Héritiers sinistres des petits-bourgeois de Labiche, ils font, comme on dit, du théâtre (discours ronflants, affabulations, poses étudiées…) pour camoufler le sordide de leur existence et, pire, de leurs sentiments. En face, le camp vulnérable de la jeunesse et de la pureté. Ce sont des intraitables qui rejettent : «Notre belle morale, notre chère liberté, votre sale bonheur», trois des cibles favorites d’Anouilh. Fût-ce au prix de leur vie, ils refusent de se compromettre, de pactiser. C’est que la pauvreté leur a fait voir très tôt le monde et les humains tels qu’ils sont. La richesse, pour eux, n’a même plus d’attrait. Ils savent trop ce qu’elle recouvre de bassesse et de cruauté. Ils rejettent tout ce qui est proposé comme modèle pa l’idéal bourgeois. En même temps, et c’est par là qu’ils peuvent toucher, leur innocence, leur pureté, leur amour sont flétris par les nécessités du quotidien, par l’inscription dans la comédie sociale. Leur intransigeance échoue, se brise contre les aspérités du réel : misère, tartufferie, renoncement. Les êtres unis pour le meilleur demeurent liés à leur passé, pour le pire : l’argent vampirise toute liberté, tout désir et toute action ; l’idéal se dissout dans la nécessité et ses compromissions. Surtout, le temps use les énergies, émousse les passions, amène la résignation. Aussi, les héros, conscients du péril, refusent-ils la durée. Mais, peut-être, ce faisant, refusent-ils la réalité. Ils rêvent d’un instant primordial où se concentrerait l’existence tout entière. L’instant des commencements émerveillés. Ils sont donc pris à leur propre piège. Leur existence morale, leur rêve existentiel leur interdisent de se compromettre. C’est-à-dire, en fin de compte, de vivre. Des solutions? Anouilh n’en proposa guère : la fuite (mais où? et pour quoi faire?) ; la mort acceptée ou recherchée.

Ainsi Anouilh a dressé une suite de réquisitoires contre le mensonge social, la famille, l’impossibilité des idéaux de pureté, d’amour, d’amitié. Ses pièces ont été révélatrices des faits d'une époque et du pessimisme fondamental de ce dramaturge à l’ironie meurtrière dont, cependant, la fantaisie, l’humour, offraient une évasion. Surtout, malgré ses thèses sombres, il demeurait attachant et tendre car la poésie de son écriture transfigurait ses visions négatives de la grande prison du monde.

Certes, il arriva qu’il parât cet univers de couleurs riantes. Mais ces pièces qu’il nomma « roses » confirmèrent au fond une vision du monde fondamentalement noire : le seul espace de bonheur et de fête est celui du rêve, de l’illusion, du théâtre. C’est un monde parallèle, piste de cirque, tréteaux où passent des clowns légers, des jeunes filles dansantes. Les situations obéissent à une logique à la fois irréfutabe et farfelue. Les fantoches, ici plus ridicules que méchants, rappellent ceux de Musset ou de Giraudoux, et les jeunes gens finissent par être heureux.

Le « métier » d’Anouilh témoigna d’une grande précision (celle des didascalies de cet écrivain scénique qui sont déjà une mise en scène insistant sur la théâtralité : dispositif scénique, éclairages, costumes, changements à vue) et d’une grande virtuosité.

Auteur de pièces antiques et modernes, de comédies de moeurs et de caractères, de drames, il se sentait à l’étroit dans la division traditionnelle en genres et se plut à mêler les registres, préférant classer ses pièces selon une indication de tonalité qui ne préjugeait pas d’un genre fixe : “Pièces costumées”, “Pièces brillantes”, “Pièces noires”, “Pièces grinçantes”, “Pièces secrètes”, “Pièces roses”, “PIèces farceuses”, car il oscilla de la fantaisie à la noirceur, avec un goût de plus en plus marqué pour le trait appuyé et l’acrimonie.

Si la critique a toujours été à son égard partagée, ses pièces, à de rares exceptions près, ont connu d'immenses succès, et il fut un des maîtres du théâtre contemporain. Mais ses œuvres souffrent aujourd’hui d’un double discrédit. D’une part, sa dramaturgie resta enfermée dans des formules éprouvées, la tradition du théâtre de texte bien «ficelé» qui prévalait entre les deux guerres, d’un théâtre immobilisé dans ses conventions, désormais démodé. D’autre part, sa vision du monde resta singulièrement figée dans un moralisme qui, aujourd’hui, a vieilli, sa misanthropie tourna à l’aigre, et, amer, pessimiste et démagogue, il ne chercha jamais à combler le fossé qui le séparait chaque jour un peu plus des nouvelles générations, il ne ménagea pas ses sarcasmes à l’encontre de toute utopie progressiste, ses thuriféraires se recrutant pour la plupart à droite. La société qu’il dépeignait semble d’autant plus irréelle qu’il avait, dans le même temps, renoncé à la fantaisie et à l’onirisme de ses pièces « roses ». Aussi cette bourgeoisie qui, jadis, avait assuré son succès, ne se reconnut-elle plus guère dans le miroir qu’il lui tendait et dans cette image caricaturale d’elle-même étrangère à des évolutions dont d’autres auteurs du Boulevard ont su s’emparer. La critique, depuis longtemps, ne regardait plus de près ses pièces, se contentant de le cataloguer parmi les auteurs « de droite » et « démodés ».
Jean Anouilh prêta aussi son talent à des adaptations et à des mises en scène, signa des ballets, des scénarios et des dialogues de films. Intéressé par toutes les formes d'expression théâtrale, il travailla aussi pour le café-théâtre.
Après Cocteau, Genet et Sartre, ses contemporains, Jean Anouilh trouva finalement sa place dans la Bibliothèque de la Pléiade où deux tomes furent consacrés à son théâtre. Bernard Beugnot a retenu, présenté et annoté trente-quatre des quarante-sept pièces qui ont été créées à la scène, mais il est l'auteur de plus de soixante-dix textes dramatiques. Contrairement à Montherlant, Genet ou Sartre, Anouilh n'a pratiquement laissé que des textes de théâtre et des réflexions qui s'y rapportent. Selon Beugnot, les écrits parallèles permettent «de saisir la complexité de l'homme qui s'est entièrement investi dans l'invention dramatique». Ainsi, la section "Appendices" des deux volumes rassemble des textes, des programmes et des entretiens, mais aussi des notes préparatoires, des scènes inédites et des variantes importantes. Une vraie somme. En révélant des archives jusqu'ici méconnues, cette entrée dans la Pléiade devrait, à en croire Beugnot, «réhabiliter un dramaturge dont l'univers imaginaire peut encore parler aux consciences modernes hantées par l'incommunicabilité des êtres, la théâtralisation de l'existence et l'angoisse du temps». Convaincu, il nous invite à relire Anouilh «avec le nouveau regard que permettent aujourd'hui les deux décennies écoulées depuis sa mort». Qui sait, avec toute la conviction qu’il a placée dans la réalisation de ces deux tomes, il se pourrait bien qu'une nouvelle génération trouve ses repères dans le legs d'Anouilh.
Pendant plus d'un demi-siècle, le théâtre d'Anouilh (mythologique, historique, contemporain, politique ou, comme le disait l'auteur lui-même, rose, noir, brillant ou grinçant) a joui d'une exceptionnelle réception sur les scènes françaises et internationales. Jean-Louis Barrault, Michel Bouquet, Pierre Brasseur, Edwige Feuillère, Suzanne Flon, Laurence Olivier, Ludmilla Pitoëff, Madeleine Renaud et Jean Vilar ne sont que quelques-uns des grands acteurs qui l'ont joué. Pourtant, peu d'oeuvres ont été aussi mal jugées par la postérité. Conservatrice, bourgeoise et boulevardière sont les qualificatifs qui reviennent le plus souvent. Peu monté en France, le théâtre d'Anouilh ne l'est pour ainsi dire plus du tout au Québec. Selon les spécialistes, il y aurait plusieurs raisons à cela. L'anticonformisme social, politique et culturel de l'auteur y serait pour quelque chose. Aussi, la célébrité extraordinaire d'’’Antigone’’ aurait occulté le reste de l'oeuvre. Enfin, le recours aux formes et à certains procédés du théâtre de boulevard aurait dissimulé la vraie nature d'un théâtre essentiellement poétique. Selon Jean-Pierre Énard, qui signe l'entrée consacrée à Jean Anouilh dans '’’Encyclopedia Universalis’’, cette dramaturgie finira bien par révéler sa modernité : «Lorsque le temps aura débarrassé son théâtre des scories boulevardières ou politiques, on situera mieux Anouilh, entre les virtuosités de Giraudoux et le désespoir des absurdes.»
André Durand
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