Surtout ‘’Antigone’’, ‘’Becket ou l’honneur de Dieu’’








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L’hurluberlu ou le réactionnaire amoureux

(1957)
Drame
Un général héroïque, inutile et bourru, vit dans un petit village aux côtés de sa jeune femme dont il est fort épris, la douce Aglaé, une vraie perle qui, cependant, souffre d'un vague-à-l'âme que seuls comprennent le curé et l'Hurluberlu. Le général, alerté, finit par ouvrir les yeux et constate : « Les filles sont toujours amoureuses d'Alceste, au début. Elles disent : Enfin, un qui n'est pas comme les autres... Et puis, elles finissent toujours par le tromper, avec un qui est comme ces autres. C'est une loi. » Leurs deux enfants, Marie-Christine et Toto, jeunes mais délurés et fort-en-gueule (comme dans ‘’Ardèle’’ où ils paraissaient déjà avec les mêmes noms), ont la manie atterrante de mettre les adultes en contradiction avec eux-mêmes. Enfin, d'un premier lit, le général a eu une autre fille, Sophie, car il avait donné dans le piège tendu par une chanteuse qui jouait dans une tournée de l'Opéra-Comique et lui avait fait le coup du grand amour, puis le trompa aussitôt copieusement et le quitta. Le fringant militaire confia aux bonnes sœurs l'éducation de sa fille. Elle n'a que dix-huit ans, et nous apprenons bientôt que le jeune snob David Edward Mendigalès est au moins son troisième amant. Enfin, complète le tableau de famille la sœur du généraI, tante Bise, vieille fille prude et obsédée qui, comme Bélise dans ‘’Les femmes savantes’’, imagine avec une horreur délicieuse et effarouchée que tous les hommes veulent monter à l'assaut de la forteresse inexpugnable de sa vertu.

Patriote du type « tout ce qui est national est nôtre », le général a décidé de sauver le pays en prenant le pouvoir par une conspiration, sa seconde d'ailleurs, la première l'ayant amené en prison et au limogeage ! Comme tous les fascistes en herbe, il est avide de pureté et veut nettoyer les écuries d'Augias : « Tout était clair enfin : la France était véreuse ! […] Le monde entier d'ailleurs. Mais moi, le monde, je m'en fous ! Je suis français, j'avais d'abord à m'occuper de la France. » La liste des conspirateurs comporte un doux épicurien nommé Christian Lebelluc, un noble faisandé et cynique, le baron Belazor, un ancien combattant professionnel, ex-Croix de feu et « prodigieusement borné », et enfin le quincaillier local, Lebadu, qui avoue : « J'aime la France mais je suis connard » et revit quand la conversation abandonne la politique pour revenir aux casseroles... Le général a donc fort mal choisi son état-major. Là comme ailleurs, il se présente comme un homme plutôt sympathique ayant perdu contact avec la réalité pratique. La trouvaille d'Anouilh consiste à lui donner d'étonnants éclairs d'une pénétrante lucidité : « Mon fils me prend pour un héros. Il est persuadé que je saute dix mètres à pieds joints, que je nage comme un poisson, que je suis capable d'assommer le laitier d'une pichenette. Mes vertus font partie de l'équilibre du monde pour lui. J'espère pouvoir tenir jusqu'à ses douze ans approximativement. » - « Oui, je me demande parfois si l'homme, tout bien pesé, n'a pas fait faire à la connaissance un énorme pas en arrière en renonçant à l'imagination et à la poésie comme moyen d'investigation scientifique. »

En face de ces réactionnaires, on trouve un quarteron de « progressistes » fanatiques, hommes de gauche ou opportunistes, comme le laitier et le père Mendigalès, qu'on voit surtout à travers leurs fils. Celui du laitier pérore en jouant avec un trophée du général (« ‘’Oh ! dis donc ! ... Comme Buffalo Bill !’’ (Il caracole, frappant de droite et de gauche). ‘’Sur les Arabes, c'est dégoûtant, c'est des Français comme les autres ; mais sur les Indiens, qu'est-ce que je leur aurais mis !’’ »), manipule Toto : « Toi, tu serais un agent traître. Tu tenterais de parler, mais j'aurais des soupçons, je te démasquerais et je t'abattrais d'une balle dans la nuque avec mon silencieux. » ajoutant, se faisant plus conciliant : « Tu ne serais pas un vrai traître! On se serait trompé et après on te réhabiliterait. »

Quant au jeune snob, il tient aussi de solides atouts en main, son patriotisme va de pair avec sa richesse : « Papa aussi était dans la Résistance. Il fabriquait, au péril de sa vie, du faux béton pour les Allemands. C'est en partie grâce à lui que le mur de l'Atlantique n'a pas tenu. » Ce faisant, il accumulait les milliards, ce qui ne gâtait rien et permit à son fils d'appartenir à la bonne société. Et il décrit avec enthousiasme le salon qu'il fréquente : « On y rencontre tout ce que Paris a de charmant : des peintres abstraits, des pédérastes, des communistes, des danseurs, un poète épicier de renommée mondiale, un extraordinaire dominicain qui fume de l'opium, Paul Lévy-Dubois, l'homme qui paye le plus d'impôts en France (c'est vous dire ce qu'il dissimule), deux ou trois altesses royales, un coureur cycliste follement beau et qui est l'ami d'un grand couturier, Marie-Louise Pépin qui est ‘’public relation’’ et qui a présenté la moitié de Tout-Paris à l'autre... Tout cela, bien entendu, très progressiste, très évolué, très crypto. On y discute passionnément du monde futur jusqu'à une heure avancée de la nuit. »

On comprend que la discussion ultérieure entre le jeune snob et le héros sur le déclin consiste en deux monologues, l'incompréhension restant totale. Le général défend, a posteriori et avec un retard qu'il reste loin de soupçonner, ce qu'il appelle l'honneur de sa fille aînée :

« - Le général : ‘’Est-elle, oui ou non, votre maîtresse?’’

- David Edward Mendigalès : ‘’Vous voyez bien que nous ne parlons pas le même langage. Vous venez de lâcher un mot qui vous paraît péjoratif et qui n'a plus le moindre sens pour nous.’’ »

Le père outragé veut un duel, mais David Edward ne connaît que le cricket. Néanmoins, lorsque le général gifle le jeune homme, celui-ci, d'un uppercut bien placé, envoie au tapis le martial héros qui en profite pour faire ce qu'il aurait bien dû faire avant : réfléchir. Mais à quoi bon mener une lutte qu'on est sûr de perdre, pourquoi supposer que les règles anciennes sont nécessairement meilleures que les attitudes modernes? Le général essaie, en effet, de s'opposer au « courant de l'Histoire ». Au nébuleux verbiage néo et post-existentialiste, il oppose une force profonde, le besoin de rire qui est le propre de l'homme. Devant les innovations désolantes, il maintient une foi élémentaire dans le principe « chassez le naturel, il revient au galop ». Bref, il ne nous semble pas perdant, malgré les apparences, dans son dialogue avec l'intellectuel d'avant-garde :

«- David Edward Mendigalès : ‘’Le théâtre moderne a fait un grand pas en avant, le jeu pur, le divertissement, c'est fini !’’

- Le général : ‘’Tiens, pourquoi? Il ne faut plus s'amuser?’’

- David Edward Mendigalès : ‘’Habitants provisoires de cette planète que menace la destruction atomique, nous n'en avons plus le temps. Il s'agit, maintenant, de travailler à la prise de conscience de l'homme, par l'homme, pour l'homme - et dans l'humain. Ce qui n'exclut en rien, vous le verrez, l'angoisse métaphysique et une sorte d'humour désespéré.’’

- Le général : ‘’Vous nous promettez là une excellente soirée ! Mais vous savez, la bombe atomique ou non, nous avons toujours été des habitants provisoires de cette planète. Cela ne nous empêchait pas de rire de temps en temps.’’»
Commentaire
La pièce, fort bien construite et habilement agencée, peint une série de tableaux de mœurs. Nous montrant l'organisation et l'échec d'un complot, elle ressemble à Cinna. Mais Corneille restait dans le sublime. Anouilh, lui, y mêla le grotesque. Ici, ses marionnettes, qui forment souvent un couple caricatural, sont la Duchesse et Hector. Le général dit à son fils : « L’homme a cela de charmant, Toto. Il rit quand même. »

L’œuvre traduit un besoin profond de crier la vérité. Ainsi, si, par certains côtés, le général reste, comme Alceste, l'ennemi du genre humain, il rappelle aussi Don Quichotte dans son combat sublime et vain contre les moulins à vent !

Anouilh évoqua l’enrichissement de Menigalès avec une férocité que ses victimes, qui faisaient la pluie et le beau temps dans le domaine de la critique, ne lui pardonnèrent jamais. Ici, l'art vitriolique du dramaturge rappelle celui de La Bruyère ou de Saint-Simon.

On a vu dans la pièce un éloge camouflé de l'O.A.S..

La scène de salon mondain où s’opposent le général bourru et l’enthousiaste David permet une critique du théâtre moderne où la nouveauté a dégénéré en procédés.
La pièce fut créée le 5 février 1959 à la Comédie des Champs-Élysées dans une mise en scène de Roland Pietri, et le rôle fut tenu par Paul Meurisse.

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La petite Molière

(1959)
Drame
L'action démarre en 1665 quand Molière est un jeune auteur raté de tragédie et se termine quelques semaines après sa mort alors qu'Armande Béjart a pris la direction de sa troupe. On retrouve ainsi Molière-l'auteur en suivant l'ascension de l'Illustre Théâtre, de ses plus cuisants échecs jusqu'à ses plus grands succès, et on découvre Molière-l'homme, en particulier à travers ses déboires amoureux avec Madeleine et Armande Béjart.
Commentaire
Le dramaturge contemporain prêta à son grand prédécesseur ces paroles éloquentes : «Mignard, je voudrais essayer d'écrire une pièce qui s'appellerait ‘’Le misanthrope’’. Ma pièce... Ma vraie pièce. Il y a longtemps que j'y travaille; mais le roi ne me laisse jamais le temps de la finir

La pièce composée avec Laurent Laudenbach fut créée par la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, au festival de Bordeaux, avec Simone Valère, Catherine Anouilh et André Brunot.

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Becket ou L’honneur de Dieu

(1959)
Drame
Au XIIe siècle, Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, nomma son ami et compagnon de débauche, Thomas Becket, d’abord chancelier, puis archevêque de Cantorbery. Mais, Thomas défendant désormais « l’honneur de Dieu », s’opposa au roi et mourut assassiné.
Pour un résumé plus précis et une analyse, voir ANOUILH - ‘’Becket ou L’honneur de Dieu’’

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En 1959, Anouilh reçut le prix Dominique de la mise en scène.

En 1960, il mit en scène ‘’Tartuffe’’ avec son lever de rideau, ‘’Le songe du critique’’, tous deux joués par François Périer.

Il publia un recueil : ‘’Pièces costumées’’ (‘’L’alouette’’, ‘’Becket ou l’honneur de Dieu’’, ‘’La foire d’empoigne’’). Il adapta pour le cinéma ‘’La mort de Belle’’, roman de Simenon.

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La grotte

(1961)
Drame
«La grotte» est cet espace de cuisines et dépendances d’un hôtel particulier du Faubourg Saint-Germain où vivent les domestiques et où les maîtres, le Comte et sa famille qui vivent à l’étage, ne pénètrent jamais. L’action commence quand un commissaire du Quai des Orfèvres vient enquêter sur le meurtre de la vieille cuisinière qui a été, dans son jeune âge, la maîtresse du Comte.
Commentaire
Première de toute une série de pièces dans lesquelles Anouilh allait se livrer à un retour sur lui-même et sur ses personnages, à une fine analyse de l'effort créateur pour tirer la quintessence de son art, ce fut aussi une tentative pirandellienne de «théâtre dans le théâtre».

Il prit ses sources dans trois pièces de Pirandello : ‘’Six personnages en quête d'auteur’’, ‘’Comme ci ou comme ça’’, ‘’Ce soir on improvise’’, créées à Paris par la troupe de Georges Pitoëff en 1923, 1926 et 1934. Il nous prévient d'ailleurs en badinant, dès le prologue : «J'entends un critique qui dit à l'oreille de son voisin qu'il a déjà vu ça dans Pirandello. D'abord vous apercevrez que ce n'est pas exactement la même chose et puis, ensuite, cela prouverait seulement qu'il a dû avoir des ennuis avec une pièce, lui aussi, Pirandello...».

Il se présenta tout bonnement comme l'auteur en train d'écrire (et on le lui a reproché) une pièce d'Anouilh ! Il effectua un audacieux mélange des genres.

Le décor, en deux étages, sépare, en bas, la grotte, l'antre obscur de la cuisine, sous-sol où vivent les domestiques, et, en haut, le salon d'apparat de la riche maison bourgeoise. À cette dichotomie scénique correspondent les personnages : dans la grotte : Marie-Jeanne, cuisinière ; Romain, maître d'hôtel ; Léon, cocher ; Marcel, valet de chambre ; Hugueline, femme de chambre ; Adèle, fille de cuisine ; Alexis, aide de cuisine ; en haut : le comte, la comtesse, le baron et la baronne Jules ; on pourrait ajouter la première comtesse, la Vieille, dont le portrait trône au milieu du salon et qui, bien que morte, conserve une puissante influence sur tous les vivants.

Trois personnages restent à part : l'auteur, sur le proscénium, qui présente, explique, commente, critique, s'indigne et annule certains passages ; le séminariste, fils illégitime de la cuisinière et du comte, donc homme du peuple et homme du monde, et le commissaire de police, qui se collette avec une obstination de taureau à sa tâche, à découvrir l'assassin de la cuisinière. La pièce débute comme un bon roman policier : Ermeline Joseph, 47 ans, a été tuée dans sa cuisine. Voilà, pour reprendre l'expression de Gide, ce qu'offre la réalité et, dans toute la suite de la pièce, le policier nous proposera à intervalles réguliers une littérature de constat et de suspense. Il se situe dans une réalité psycho-sociale, le chemin conduisant du crime au criminel. « Le pourquoi? » n'entre en considération que dans la mesure où il conduit au « Qui? ». Son imagination s'enferme dans les limites étroites du possible, voire du probable et reste sous la dépendance étroite de la logique la plus formelle :

«- Le commissaire : ‘’La police se contente des apparences. La vérité, c'est un dossier qui se tient.’’ »

La réalité de l'auteur, d'ordre esthétique, doit former un faisceau harmonieux de motivations nous permettant d'apprécier l'univers, physique et mental, du crime. Or la réponse à la question « Qui a tué? » met fin au rôle de l'imagination qui échafaudait des hypothèses, poétiques ou pathétiques.

En certains cas privilégiés, les deux réalités se combinent pour former une mélodie ; mais ici un hiatus si grave se creusa entre elles que l'auteur confessa : « Ce qu'on va jouer, ce soir, c'est une pièce que je n'ai jamais pu écrire. » Il s'apprêta donc à exhiber la suite de ses tentatives infructueuses, sa « collection d'échecs ». Camus y vit le signe de la grandeur artistique : « Mais si ces échecs gardent tous la même résonance, le créateur a su répéter l'image de sa propre condition, faire retentir le secret stérile dont il est détenteur. » (‘’Le mythe de Sisyphe’’).

Par exemple, après la première scène, où le commissaire enquête avec un bon sens terre-à-terre, l'auteur intervient : « Il faut vous dire que, dans une première version, j'avais commencé la pièce par la Marie-Jeanne, seule dans sa cuisine au petit matin, qui recevait son fils... C'était bien aussi. C'était un début de pièce plus réaliste et plus poétique à la fois. Moins brillant, mais moins artificiel que le début avec le commissaire. (Il prend une décision soudaine) : Allez ! On va le jouer aussi, l'autre début. Et puis après, on verra. »

Ou bien encore, après le dialogue où le séminariste et Adèle n'osèrent pas aborder le vrai sujet : « Évidemment, ça ne mène à rien cette scène-là ! À rien du tout. Ils s'aiment, c'est un fait ; ça crève les yeux, mais ils n'arriveront jamais à se le dire. »

Dans le premier cas, l'auteur nous présenta un jugement commenté avant le texte : à nous de déterminer si nous approuvons ; dans le second, au contraire, nous avons déjà entendu la scène lorsque le dramaturge donne son appréciation, peu favorable au demeurant.

Dire que l'auteur reçoit ce qu'il mérite serait réagir comme un Béotien. Anouilh, dans cette pièce, souleva tout le problème de la création artistique : le dramaturge compose avec des personnages qui s'imposent mystérieusement à lui, nés on ne sait où mais terriblement réels. Plusieurs touches délicates reprennent ce motif étrange. Par exemple le monologue où il évoque l'impuissance du créateur devant la dynamique propre à sa créature : « Moi-même, tous les matins, je me répétais en prenant mes papiers : ‘’Pourquoi un séminariste? Tu vas indisposer tout le monde pour rien. Fais-en un télégraphiste, un unijambiste, n'importe quoi, mais pas un séminariste. Il y a déjà assez d'histoires épineuses dans cette sacrée pièce.’’ Eh bien ! non ! C'est un séminariste. Il va falloir que vous le subissiez comme je l'ai subi. »

On pourrait d'ailleurs aller plus loin encore, car il apparaît clairement que l'auteur ne se borna pas à subir, il se sentit responsable et il souffrit très réellement. Lorsque les spectateurs commencent à comprendre l'effrayant destin de la jeune Adèle, violée par le cocher, enceinte de lui, en voie de quitter le jeune séminariste qu'elle aime pour être vendue à un réseau de traite des blanches après avoir bu une potion pour avorter, l'auteur conclut : « Tout cela est lamentable et c'est entièrement de ma faute. Je n'aurais pas dû commencer. »

À la fin, lorsque Marie-Jeanne revoit sa vie (nous venons d'apprendre qu'elle a voulu châtier son amant, le cocher), elle se rapproche de son créateur :

« - Marie-Jeanne : ‘’Mais qu'est-ce qui vous a donné l'idée de parler de moi, vous? Vous ne me connaissiez pas.’’

- L'auteur, doucement : ‘’Si, très bien.’’

- Marie-Jeanne, ingénue : ‘’On s'était rencontré?’’ (Elle rigole) : ‘’Dans le monde?’’

- L'auteur : ‘’Non, pas dans le monde.’’ »

Ainsi se profile le rôle déterminant et inexplicable de l'inspiration. L'artiste vit dans deux mondes, celui de tous les jours et celui de son imagination. Parfois un contact étrange et mystérieux engendre des créatures douées d'une telle vie qu'elles acquièrent aussitôt une autonomie déconcertante ; alors se construit l'œuvre d'art, dont la vie dépasse parfois les limites de la pièce. Mais sa perspective du monde ne change pas, parce qu'il est la personne Anouilh, dont la vision reste toujours noire parce que vraie. Cela ne l'empêche nullement de savoir rire, d'un rire qui parfois s'achève en rictus.

Le germe de sa pièce est un poème de Rimbaud, qu'il cite d'ailleurs, ‘’Les mains de Jeanne-Marie’’, et son admiration se lance : « La Marie-Jeanne, c'est pour essayer de la faire revivre, pour la sortir du monde vague des idées possibles et lui donner, avec mon faible pouvoir, deux sous de réalité, que j'avais voulu écrire cette pièce... Il ne pouvait donc pas être question de la tuer avant le lever du rideau. »

Au moment de cette profession de foi, nous savons déjà que la cuisinière est morte, l'intention de l'auteur ayant complètement déraillé. Justicière et victime, la Marie-Jeanne a parcouru dans les limbes un long chemin pour devenir un personnage apparenté à Créon. À ses côtés, pathétique, Adèle, dont la tragédie donne la même leçon que celle d'Antigone, car les contraires se touchent :

« L'auteur, la regardant partir, murmure, attendri : ‘’Elle n'a jamais appris à dire non, la pauvre. Elle obéit, voilà tout. Elle obéira jusqu'à la fin. »

Anouilh s’interrogea donc sur la responsabilité artistique des auteurs dramatiques : celle de mettre au monde des personnages et de les confronter à leurs semblables au sein d’un espace social. Il étudia dans la pièce le couple que forment le comédien et le personnage qu’il interprète, et de cet imbroglio, les rapports de force qui s’exercent entre ces deux entités. Quelle surprise pour le personnage de l’auteur, de retour sur scène après l’entracte, de recevoir l’émissaire de ses propres personnages, venant en leur nom, lui réclamer le droit d’exercer la liberté de vivre les étapes du récit à leur guise ou, à défaut, les renvoyer dans le néant de ses pensées. Enfin, il bouscula la logique du déroulement chronologique de son récit qui finit par s’apparenter à un scénario de cinéma. Le fractionnement du monde en castes et la transgression de l’ordre social sont des sujets auxquels s’est attaché l’auteur à travers la plupart de ses œuvres dramatiques.
La pièce fut créée le 4 octobre 1961 au Théâtre Montparnasse-Gaston Baty dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Pietri, avec Jean Le Poulain, Christian Lude, Anne Wartel et Marcel Pérès.

Elle fut un des rares échecs d’Anouilh.
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Anouilh se tourna alors vers la mise en scène. En 1962, avec sa femme, il traduisit ‘’L'amant complaisant’’, de Graham Greene, et le mit en scène. Il adapta pour le cinéma ‘’La nuit des rois’’ de Shakespeare.

Quand il revint à son propre théâtre, il se mit en scène lui-même, avec la collaboration de Roland Piétri. Jean-Denis Malclès signa tous ses décors.

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