Surtout ‘’Antigone’’, ‘’Becket ou l’honneur de Dieu’’








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Ornifle ou le courant d'air

(1955)
Drame
Le comte Ornifle de Saint-Oignon traverse la vie comme un insaisissable courant d'air dont seuls les dégâts marquent le passage. Cœurs et vies brisés se multiplient derrière lui et, passée l'apogée, il se maintient par le défi : «J'ai eu un ami, mon seul ami peut-être, qui, lui, est mort jeune et qui me disait : ‘’Dieu se détourne des hommes de plus de quarante ans.’’ Eh bien, si Dieu se détourne, je me détournerai aussi ! Je compte être un vieillard ignoble.» Ce riche aristocrate prend, sans scrupules et sans questions, ce que lui offrent les jeunes femmes en fleurs. Parfois même elles donnent trop : avec une grâce faisandée, il se débarrasse de la jeune Clorinde, qui, enceinte, essaya de se suicider. Comme toile de fond, une relique du passé, Nénette, femme de chambre, revenue de tout, et une hypothèque sur l'avenir, Mlle Supo, fidèle secrétaire qui attend son heure et devient vieille fille :

« - Mlle Supo soupire, s'essuyant les yeux : ‘’Cet homme me torture ! Voilà dix ans que je souffre. Mais c'est tout de même délicieux !

- Nénette : ‘Moi, cela fait près de vingt ans. D'ailleurs, voilà longtemps que je ne souffre plus. Malheureusement, c'est à peu près à l'époque où j'ai cessé de souffrir que j'ai commencé avec mes rhumatismes. C'est la vie ! On n'est jamais vraiment heureux. »

Les rapports entre Ornifle et ses épouses successives sont dramatiques, la troisième demeurant solide au poste parce que sa passion éteinte a pris la caractéristique de l'amour vrai, l'indulgence. Ornifle d'ailleurs lui rend hommage, sans s'oublier d'ailleurs (« un couple exceptionnel ») et, plus loin, confesse avoir aimé une seule personne, sa femme actuelle. La comtesse Ariane, lucide et pleine de dignité, cache une souffrance qu'on sent toujours à fleur d'âme.

En contrepoint des aventures passées, qui viennent en écho à celle de Clorinde : Ghislaine de Simieuse et Bérénice Smith, toutes deux enceintes et abandonnées par Ornifle, entre-temps Lucette Perceval (« Une paire de cuisses admirables encombrées d'une jeune femme blonde dont je ne savais que faire l'après-midi. ») et Betty Brook (« Des seins ravissants et le reste médiocre. Mais les plus jolis seins que j'ai vus de ma vie ... »)

De telles répliques soulignent un trait essentiel du caractère de ce don juan : son désir naît d'une préoccupation esthétique qui tend toujours, par un côté au moins, à l'unique. Ce collectionneur chasse d'abord le spécimen rare, et seul reste en sa mémoire le détail exceptionnel qu'il remarqua ; hormis cela, l'oubli complet, et il confesse à son fils, Fabrice, qui rappelle « la fille d'un secrétaire d'ambassade » : « Une autre idiote. Je l'avais oubliée ... On les oublie vite, tu sais ! »

Toutes ces aventures supposent une philosophie que le héros exprime fort lucidement pour l'instruction de son fils : « Les plaisirs ne sont jamais vains, au moins pendant la minute où on les goûte... De quelle activité humaine mieux cotée peut-on en dire autant? » On ne s'étonne pas de voir cette profession de foi étayée par d'amères constatations psychologiques, par exemple sur l'inutilité d'essayer d'empêcher les autres de souffrir parce que c'est leur désir profond, surtout chez les femmes, et sur la force irrésistible et désolante de l'habitude. OrnifIe arrive à l'âge de la vie où l'aventure devient répétition et la découverte simple rabâchage. Il continue simplement parce qu'il faut « vivre pour vivre » ; bref, ce don juan porte en lui son châtiment parce que maintenant il se connaît trop : « Tu feras tous les gestes un par un, et comme il faut ; jusqu'à la minute où le plaisir donné et pris, tu te retrouveras tout seul à côté de cette viande inconnue, te demandant ce que tu fais là. C'est ça le péché, mon Père. Pas besoin de comptabilité céleste, c'est payé comptant. »

Pour cette raison sans doute Anouilh donne à son personnage la mort que tout don juan souhaiterait : une crise cardiaque au moment où il attend, dans le hall de l'Hôtel Montesquieu, l'élue du moment, Marie-Pêche, jeune et belle. Cette mort lui épargne l'odieuse déchéance vers laquelle il se dirigeait inexorablement, car il se préparait à séduire Marguerite, sa belle-fille.
Commentaire
On remarque des références à des œuvres classiques. D’une part, Anouilh a donné à dessein à la comtesse le nom de la sœur de Phèdre, qui sauva Thésée du labyrinthe et en fut bien mal récompensée. Surtout, avec cette pièce, il écrivit son propre ‘’Don Juan’’ ; mais, chez lui, le destin frappe sans cruauté et le dénouement d'’’Omifle’’ ne ressemble pas à celui de la pièce de Molière, où Don Juan grandit infiniment en refusant le pardon de Dieu, où la vengeance du Ciel pérennise le héros du défi et de la liberté, entré dans l'au-delà, debout, tout botté et l'épée à la main ; où, en ce sens, on peut soutenir que Dieu, prisonnier de sa menace, valorise Don Juan en l'exécutant ; où, comme Sisyphe, comme Prométhée, le personnage a trouvé sa victoire morale dans sa défaite physique, devenant un héros au sens mythologique du terme. Ici, le Ciel impose sans marchandages à OrnifIe sa miséricorde et le tue au bon moment. Le personnage reste homme et nulle transcendance ne vient l'auréoler. Bien qu'obsédé par Molière, Anouilh a su garder sa liberté d'invention. Par exemple, s'il nous montre deux médecins-ganaches, totalement incompétents, le docteur Subidès et le professeur Galopin, il place à côté d'eux Fabrice, étudiant de troisième année, qui diagnostique juste en quelques instants, au cours d'une scène de farce tragique.

Ce fils tire sur son père plusieurs fois, mais en vain car le barillet est vide ; néanmoins, OrnifIe s'écroule et Fabrice lui crie : « Attendez ! Je n'ai encore pas tiré ! (Il regarde son pistolet). Je me demande bien où sont passées les balles? C'est encore un coup de Marguerite ! (Il jette son pistolet, furieux, voit Omifle inanimé par terre ; il murmure) : Il n'a pas le cœur solide cet homme-là. (Il relève Omifle, l'étend sur le canapé, écoute son cœur longuement, puis constate, récitant un peu, après avoir vérifié quelque chose dans un livre qu'il sort de sa poche, incertain). Rétraction du ventricule gauche. Atonie mitrale. Tachycardie intermittente. Pas de doute, c'est la maladie de Bishop. »

Comme le Don Juan de Molière, Ornifle devient hypocrite. Lorsque les deux médecins chevronnés l'ont rassuré, le séducteur, sûr de ne pas être atteint, se sert du diagnostic de sa mort prochaine pour engager deux entreprises de séduction, celle de Marie-Pêche et celle de sa belle-fille. Son trépas montre aux spectateurs la vérité de ce que l'on croyait faux : étrange et profonde situation où Ornifle dit vrai en croyant mentir, lui qui constatait deux actes auparavant, dans des paroles qui vont revêtir une terrible ironie : « Le mensonge est quelquefois une forme préalable de la vérité. »

En outre, Anouilh reporta sur plusieurs personnages les traits de Sganarelle. L'ami et tête-de-turc de Don Juan, chargé des missions les plus désagréables, a, par certains côtés, inspiré Machetu, « self-made man » vulgaire qu'Ornifle méprise et insulte cordialement, tout en se servant de lui avec cynisme. Le commanditaire-éditeur va, on le sent, tomber dans le piège, épouser Clorinde et à son insu, selon la formule, « effacer la faute » qu'elle a commise avec le Comte ! La secrétaire, la belle apôtre, s'attribue le rôle de mentor :

« - Mlle Supo halète : ‘’J'aurai toujours pitié de vous parce que je vous aime. Mais le Ciel, lui, n'aura peut-être pas pitié et un jour il enverra quelqu'un ou quelque chose...’’

- Ornifle hausse les épaules : ‘’Laissez donc le Ciel tranquille, Supo. Je m'arrangerai avec lui.’’ » La vieille fille, dont la pureté se compose, comme souvent, de désirs refoulés et de résistances mal-à-propos dont elle se repent d'ailleurs aussitôt mais trop tard, n'a pas plus de titre pour parler au nom de la religion que le serviteur de Don Juan. Molière complète ce rôle de porte-parole par le père du héros alors qu'Anouilh prend une option moins grinçante en introduisant un prêtre, le père Dubaton, personnage fort sympathique au cynisme souriant. La scène de la confession (acte III) est un chef-d'œuvre : Ornifle commence par cette phrase : « Mon Père, je m'accuse de ne pas avoir assez péché ! », met en confiance le confesseur par des remarques sur les bigotes, entre dans le vif du sujet et discute sans biaiser des problèmes de la vie. En apparence match nul : Ornifle ne reçoit pas cette absolution qu'il n'attendait pas. En réalité, le séducteur a constaté son désarroi et son insatisfaction de tout, son angoisse de ne pas pouvoir tout posséder, bref, sa triste vie de mendiant de l'éternel. Le prêtre a le dernier mot, et donne un beau sujet de méditation : « Décidément, les matérialistes n'entendent rien au plaisir... »

Anouilh conserve à Ornifle la noblesse, non sans ironie d'ailleurs, mais il fait de son séducteur un poète et situe là, très habilement, la dualité. Le fils naturel véritable, une mine de renseignements sur Ornifle, ayant raconté comment son père sema à tout vent, conclut : « De cette ignoble période grecque, par une étrange contradiction, vous avez pourtant rapporté un recueil de poèmes ; les plus purs, les plus déchirants qui aient été écrits depuis Apollinaire. Tout Paris se plut à saluer en vous l'espoir de la jeune génération !... Trois mois après la parution de votre livre - à cause duquel deux jeunes filles s'étaient suicidées d'admiration en province - vous acceptiez de faire les couplets de la nouvelle revue du Casino de Paris. » Ce grand poète comprit trop vite qu'il ne parviendrait jamais à la beauté, inaccessible à tous, et en tira aussitôt la conclusion pratique, désolante et intelligente. Plutôt que de continuer à se meurtrir, il dirigea ses talents dans des voies plus lucratives. Ornifle, dès la scène d'ouverture, cite sans complexes quelques vers de génies reconnus et patentés. On s'aperçoit bientôt que ses couplets soutiennent fort bien la comparaison. Citons celui que évoque le mieux l'atmosphère de la pièce :

« Constructions légères

Vite démolies

Dans les toiles peintes

J'ai passé ma vie... »

Ainsi, renonçant à l'inaccessible femme idéale, Ornifle se contente d'approximations ayant le mérite d'exister et qui, pour l'espace d'un soupir, peuvent donner le change et former l'illusion du grand amour. L'idéal restant impossible, sa quête l'a remplacé et parfois le reflète. Il y a une grandeur certaine dans ce refus de renoncer et, plus que des victimes, les maîtresses d'Ornifle restent des partenaires dans la folle aventure de la poursuite d'idéal. Son péché fut de comprendre son échec, de ne pas perdre espoir et de chercher ailleurs alors qu'elles continuaient, contre toute logique, à cristalliser leur sentiment sur le séducteur. Son crime fut de continuer le jeu alors qu'il avait perdu toute foi et tout respect : «Il n'y a pas une seule scène d'amour dans le théâtre grec. C'étaient des gens bien !» Sa rédemption vient du désespoir grandiose qui précède le dénouement et où l'on retrouve les tragiques accents d'Antigone : «Et la première fois passée, le premier combat perdu, la vie redeviendra toute simple. Il n'y aura plus qu'à mentir – enfin !»
La pièce fut créée le 7 novembre 1955 à la Comédie des Champs-Élysées dans une mise en scène et des décors de Jean-Denis Maclès, avec Pierre Brasseur, Catherine Anouilh et Louis de Funès.

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Pauvre Bitos ou le dîner de têtes

(1956)
Drame
Dans une petite ville française, Bitos, un fils du peuple devenu substitut au procureur de la République, a fait régner la terreur au lendemain de la Libération, ayant été un agent cruel, servile, et efficace de l'épuration. Sa robe rouge a couvert des vengeances personnelles, elle a compensé des complexes d'infériorité : « Il se croit Robespierre. La Justice immanente est en marche et c'est lui. La rigueur et la vertu du peuple sont dans nos murs. Notre petite ville pourrie n'a qu'à bien se tenir. » Le temps a passé, mais rien n’a été oublié. Maxime, aristocrate décadent, pourri mais combatif, a convié ses amis de la haute société à une fête qui dissimule aussi un piège cruel, destiné à humilier et détruire Bitos, jadis leur condisciple.

Dans le cadre d’un ancien prieuré des Carmes où un tribunal révolutionnaire siégea effectivement durant la Terreur, Maxime distribue les rôles avec compétence. Cependant, il ne va pas présenter une pièce proprement dite, mais un « dîner de têtes » où chaque participant, après avoir étudié le caractère et les actions d’un personnage de la Première République (Saint-Just, Danton, Tallien, Mirabeau, Camille et Lucie Desmoulins, Madame Tallien, etc.), se maquille le visage pour lui ressembler mais porte son habit de soirée d'aujourd'hui, à l'exception de Bitos qui, mal renseigné, vient costumé en Robespierre des pieds à la tête. Ils le font boire pour l’amener à dévoiler ce qu’il pense réellement sur la Révolution et sur l’Ordre. Ainsi deux réalités se superposent : celle de la Terreur et celle, récente et brûlante, procédant des souvenirs personnels, de l’épuration où justice et vengeance se mêlèrent parfois.
Commentaire
Ainsi est assuré le va-et-vient du présent au passé, la «pièce grinçante» et la « pièce costumée », la pièce historique, ne font plus qu’une. Anouilh usa de beaucoup de liberté pour jouer avec le temps, pour dédoubler les personnages à sa guise. Manifestant autant de dégoût pour le héros révolutionnaire que de pitié pour cet homme « qui tue parce qu’il n’a pas su grandir », il fit de Robespierre une sorte d'insecte parlant d'une voix fausse ; s’il le tourna en ridicule, il sut aussi le montrer comme un naïf aux idées sociales qui fut amené à défendre l’ordre dans la révolution. Il s’acharna sur Bitos comme sur le représentant vaincu de ses propres illusions.

Ainsi, par-delà la valeur psychologique, la pièce suggéra toute une critique de l’action politique. La satire cynique de l’ordre bourgeois devint elle-même un instrument pour la satire contre-révolutionnaire. Mais, à une droite immonde et lucide, s’oppose une gauche idéaliste qui ne peut être qu’inconsciente ou hypocrite. Furent dénoncées toutes les formes de l'assassinat légal, en particulier celles qui résultent d'expédients politiques (les mains sales) ou d'un idéal social (le cœur pur).

Anouilh s’attaqua à la fois à la gauche et à la droite. Critiquant laTerreur, il ne pouvait manquer de se mettre à dos les prophètes de la gauche, avec lesquels il avait un compte à régler ; d'autant plus qu'il leur assénait des vérités difficilement supportables : «Lorsque les révolutionnaires - les révolutionnaires sérieux - prennent le pouvoir, les premiers qu'ils font fusiller bien avant les réactionnaires et les petits bourgeois qu'ils estiment, à juste titre, peu dangereux, ce sont toujours les anarchistes... Vous ne voudriez pas qu'ils laissent ces excités-là aller leur déclencher des grèves tout de même?» Un auteur prudent se serait assuré au moins, pour écrire de telles choses, de l'approbation de la droite ; mais Anouilh la battit en brèche aussi et rappela la réaction de Thermidor après la Terreur, la Terreur Blanche après les Cent Jours, la répression versaillaise après la Commune, puis couronna l'ensemble d'une conclusion amère : « On n'est pas des brutes ! Deux, trois signatures, quatre s'il le faut ! En France, on trouve toujours un général pour signer un décret ou pour refuser une grâce et, si on n'a pas le texte de loi qu'il fallait, on le fait, avec effet rétroactif, bien entendu ! On a des manières. On tue, soit, mais on y met des formes... » Anouilh sembla régler un compte personnel avec la cruauté et se mit tout le monde à dos, sans compter que, pour la bonne mesure, il s'en prit aussi à la Justice et au « Système ».

En évoquant le passé révolutionnaire, il s’attaquait sans merci à l’hypocrisie de la société et de la politique contemporaine, faisait la satire violente des idéalismes qui avaient conduit aux excès de l'épuration, dénonçait les procès politiques, y compris ceux de la Libération. C'est sans doute pourquoi la pièce, jugée provocatrice, a fait scandale, les spectateurs sortant en colère, la critique s’enflammant.

Il indiqua le thème par la brutalité froide et inconsciente de trois répliques dans la bouche du procureur ivre qui se souvient avoir envoyé un camarade à l'échafaud :

« - Bitos : ‘’Vous croyez que c'est drôle, au petit matin, d'être obligé d'aller voir mourir quelqu'un qu'on connaît? C'est horrible. J'ai failli vomir mon café au lait !’’

- Amanda, qui le caresse : ‘’Pauvre Bitos...’’

- Bitos, sombre, tendu, nerveux, leur crie : ‘’J'ai acheté une poupée à la petite fille ! La plus chère ! Alors pourquoi dit-on que je ne suis pas bon? »

L'ironie ici dépasse de loin les bornes de la cruauté.

L'Histoire exalte ou dégoûte selon le côté duquel on la regarde, et ces deux aspects s'excluent mutuellement : celui qui voit la grandeur et l'héroïsme doit oublier la douleur et le sang innocents, celui qui pense aux crimes, légaux ou non, ne peut plus apprécier la valeur militaire ou patriotique.

Anouilh attaqua courageusement la France (combien d'auteurs contemporains préférèrent s'abriter derrière des pays fictifs?). Mais le problème traité dépassait singulièrement les limites de l'Hexagone : il s'agissait d'abord du phénomène de « la raison d'État » qui souille l'histoire nationale de tous les pays. Le sujet était aussi grinçant et désagréable que celui des ‘’Justes’’, des ‘’Mains sales’’, de ‘’La condition humaine’’. La plupart des personnages de cette pièce illustrent la profession de foi du damné, si bien formulée par Simone de Beauvoir : «Dans une société criminelle, il faut être criminel.» (‘’Privilèges’’).

La moralité de cette pièce semble toute simple : l'être humain ne change pas, il reste un loup pour l'être humain. Il tue, toujours, mais les modalités varient. Soit il le fait ouvertement et avec cynisme ; soit il s'abrite derrière de nobles principes (Vulturne, qui joue Mirabeau, constate : « Ceux qui parlent trop souvent de l'humanité ont une curieuse tendance à décimer les hommes. ») Puis un jour vient la lassitude qui paralyse et tue les révolutions, même les plus sanguinaires (Danton reconnaît : « Oui, Saint-Just, je vieillis. Le sang commence doucement à m'écœurer. Et d'autres choses, de toutes petites choses de tous les jours, dont je ne soupçonnais même pas l'existence, se mettent à prendre de l'importance pour moi. » et à Saint-Just qui lui demande : « On peut savoir quelles choses? », il précise : « Les métiers, les enfants, les douceurs de l'amitié et de l'amour. Ce qui avait toujours fait les hommes jusqu'ici. » Lorsque Camus défendit les mêmes idées, dans sa belle présentation de Saint-Just dans ‘’L’homme révolté’’, on l'écouta avec une sympathie pleine d'intérêt. Au contraire, on vilipenda « le cynisme révoltant » d'Anouilh alors que, dans ce drame cruel, il avait donné une peinture des méfaits criminels de l'idéologie, il avait montré la nécessité de redonner aux mots leur vrai sens en travaillant pour un humanisme qui ne commence pas par exiger le sang des êtres humains.

Écrite dans une langue sobre, le style nerveux, sans effets appuyés, étant tout entier au service de l’idée, la pièce soutient les thèses pessimistes d’Anouilh avec une éloquence qui touche. La poésie, comme souvent chez lui, vient ici moins des mots eux-mêmes que de l’assemblage des situations.
La pièce fut créée le 22 octobre 1956 au Théâtre Montparnasse-Gaston Baty dans une mise en scène de Jean-Denis Malclès, le rôle étant tenu par Michel Bouquet.

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En 1956, Anouilh publia un recueil : ‘’Pièces grinçantes’’.

Le critique Jean-Jacques Gautier l’accusa de fascisme, étiquette dont il allait porter la blessure pendant un certain temps, avant d’en rire avec son « rire du sage ».

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