Résumé : Les différents projets présentés promeuvent et participent au développement du capital émotionnel en vue de la prévention de risques psychosociaux et un développement des personnes harmonieux pour un mieux-être et mieux-vivre ensemble.








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Présentation d’un des outils mobilisés dans les différents projets : Thérapie de l’acceptation et de l’engagement et développement du capital émotionnel

Au-delà de l’apprentissage et l’éducation aux émotions (Projet R. Khan et de C. Teyssier), les projets de B. Gendron, J. Haenjohn, E. Molinier, et C. Teyssier ont mobilisé des outils renvoyant à la psychologie positive ; précisément, l’outils ACT et la pleine conscience. S’intéressant autant aux dimensions intra-personnelle, interpersonnelle que sociale, la psychologie positive étudie les conditions et processus qui contribuent au bien-être, à l'épanouissement ou au fonctionnement optimal des personnes, des groupes et des institutions. Lecomte (2009) propose plusieurs critères pour favoriser ce bien-être psychologique ; particulièrement, l'acceptation de soi, la croissance personnelle, l'autonomie, les relations positives avec autrui, la maîtrise sur son environnement et le sens à la vie. Ces derniers renvoient à un certain nombre de compétences relevant du capital émotionnel. La thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) peut être un des outils au service du développement du capital émotionnel. Dans cette partie, nous évoquerons ses origines, ses principes et le modèle sous-jacent aux interventions (Gendron, 2011b).
Origines et fondements de la thérapie de l’acceptation et de l’engagement

L’ancrage théorique

S’inscrivant dans un contextualisme fonctionnel des comportements aussi bien verbaux que non verbaux considérant que les comportements des personnes sont influencés à chaque instant par une multitude de facteurs contextuels externes (environnement socioculturel, conséquences sociales, facteurs historiques) et internes (p. ex. relation entre celui qui pense et sa pensée), l’approche de la Thérapie de l'Acceptation et de Engagement (Acceptance and Commitment Therapy-ACT-) de Hayes et ses collaborateurs part d’une reconceptualisation de l’approche cognitive en prolongeant les travaux du conditionnement opérant de Skinner sur le langage et la cognition et de la Théorie des Cadres Relationnels qui en est le support théorique et expérimental.

L’approche expérimentale et clinique

Au niveau clinique, l’ACT découle de l’observation que nombre de souffrances psychologiques sont le résultat d’évitements d’expérience. Hayes et al., (2001) montrent que changer le contenu désagréable d’une pensée peut s’avérer contre-productif, En effet, par la nature même du langage, l’effort de modifier les phénomènes psychologiques dérangeants peut engendrer chez la personne en souffrance, une lutte intérieure dans laquelle la personne va évaluer négativement ses réactions intérieures qui peuvent l’amener à développer des stratégies de contrôle ou de fuite pour supprimer l’inconfort ressenti et/ou éviter les situations pouvant les faire ressurgir. Cet évitement expérientiel a souvent comme conséquence de limiter son répertoire comportemental et d’engendrer une certaine rigidité psychologique.

La méditation comme mode opératoire

La thérapie d’acceptation et d’engagement comme celle de la pleine conscience ciblent ces évitements comportementaux et des pensées à partir de la méditation. Elle est un moyen d’apprendre à focaliser intentionnellement son attention et de lutter contre les évitements au travers d’une prise de conscience volontaire de la douleur, du corps, et des pensées telles qu’elles arrivent involontairement à l’esprit. Dans la thérapie de pleine conscience, cette méditation passe par une attention focalisée sur la respiration dans un premier temps, puis sur les différentes sensations physiques des différentes parties du corps. Dans la thérapie d’acceptation et d’engagement, la méditation passe par des exercices expérientiels et métaphoriques. Du point de vue de ses origines au niveau de la recherche fondamentale, deux axes principaux ont contribué à l’émergence de cette dernière approche : certaines propriétés du langage et de la cognition. En effet, au cœur de l’ACT réside le principe selon lequel les propriétés symboliques du langage rendent toute tentative de contrôle des événements psychologiques vaine et contre-productive, même lorsque ces derniers constituent une source de souffrance. Sa démarche va donc viser à augmenter la capacité à accepter les émotions et pensées désagréables et l’engagement dans des comportements valorisés par un travail consistant à limiter l’influence du langage en aidant la personne en souffrance à se remettre en contact avec les conséquences directes de ses comportements. Cette approche à la dimension humaniste existentielle peut se rapprocher de l’acceptation inconditionnelle et de l’Approche Centrée sur la Personne de Rogers, ou encore de la logothérapie du point de vue de l’existence pleine de sens et de la Gestalt en mettant l’accent sur la notion de « moment présent ».
Principe, objectif et méthode de l’ACT

Les principes

La thérapie de l’acceptation et de l’engagement postulent que les évitements comportementaux et cognitifs constituent la base des difficultés et sont à l’origine du maintien des souffrances de la personne. Précisément, elle considère dans son principe de base que la plupart des problèmes rencontrés par la personne est liée à l’évitement expérientiel, un usage excessif des règles au détriment des contingences environnementales pour guider le comportement et un manque de clarté concernant les valeurs personnelles fondamentales ainsi qu’un déficit de l’habileté à s’engager dans leur direction. En cela, sa démarche s’inscrit dans la psychothérapie cognitivo-comportementale. Elle ne vise pas directement les symptômes de la personne en souffrance en cherchant à modifier la fréquence des phénomènes psychologiques douloureux (pensées, émotions, etc.), leur contenu (ex. modifier une pensée irrationnelle en pensée rationnelle) ou leur forme (ex. transformer une sensation de tension en relaxation). Elle intervient plutôt sur la manière dont la personne en souffrance aborde l’émergence de ses phénomènes intérieurs pour qu’ils ne l’empêchent plus d’agir en direction du sens qu’il veut donner à sa vie. Elle est centrée sur des dimensions du comportement qui peuvent être directement changées.
Les objectifs

Le but premier de la méthode n'est pas la réduction des symptômes ni l’élimination des événements psychologiques qui sont source de souffrance. Elle vise plutôt l'augmentation de la flexibilité psychologique définie comme « la capacité à ne pas agir uniquement dans le but de modifier les expériences psychologiques désagréables » (Hayes, Strosahl & Wilson, 1999, Monestès, Villatte & Loas, 2009, Vuille, 2007, Dionne & Neveu, 2010) afin de favoriser l'engagement dans des actions contribuant à la construction d’une existence riche et pleine de sens, à savoir le développement de la capacité de la personne à être complètement conscient du moment présent (phénomènes internes et environnementaux) et à ajuster ses comportements en fonction de ce que la situation permet pour agir en direction de ses valeurs. Précisément, elle cherche à favoriser l'acceptation des événements personnels désagréables (pensées, images, sensations) dans les situations où les efforts pour les supprimer ou les modifier,- leur évitement-, conduisent au renoncement ou à la persistance dans des actions contraires aux valeurs de la personne ou interfèrent de manière défavorable avec celles-ci. Son objectif est de mettre en adéquation les comportements de la personne avec ses valeurs en s’appuyant directement sur le langage comme outil adaptatif pour entrer en contact avec des conséquences distantes en diminuant certaines formes de contrôle verbal. Pour ce faire, elle va travailler sur les processus du langage qui interférent avec la flexibilité.
Méthode et démarche

La démarche de l’ACT s’appuie en particulier sur l’emploi de métaphores et d’expériences vécues par la personne. Son processus met en jeu l’observation fine du vécu et de ce qui fait souffrir la personne, la distanciation d’avec ce que lui disent ses pensées, la connexion profonde avec l’expérience qu’elle a d’être soi, l’acceptation, le contact avec ses directions de vie choisies (ses valeurs) et l’action engagée en direction de ce qui lui est important. Le travail et les interventions visent non pas à changer le contenu des événements personnels mais à en modifier le contexte, notamment le contexte de littéralité dans lequel les sons formant un mot ou une phrase acquièrent les fonctions perceptives des réalités qu'ils désignent. Il est centré sur le contact avec le moment présent et l'acceptation de ce qui est éprouvé, pensé et ressenti. Quand ce changement réussit, il permet d'accepter plus facilement des événements personnels désagréables. L'évitement n'est alors plus la seule issue et l'engagement dans des actions au service des valeurs choisies devient possible. Précisément, les interventions tentent de diminuer l’impact de la « fusion cognitive » et des règles verbales au profit d’un contact avec l’expérience psychologique directe, sans besoin de se protéger, pour encourager les actions en direction des valeurs choisies par la personne, points que nous allons développer. Aussi, c’est cette tendance à « confondre » les événements reliés arbitrairement avec une source réelle de danger nommée « fusion cognitive » qui est perçue comme l’une des sources importantes de la perte de flexibilité, c’est-à-dire la tendance à agir de façon stéréotypée face aux événements psychologiques difficiles.
Dimensions du modèle et flexibilité

Les six dimensions de la matrice Hexaflex

La flexibilité résulte de l’interaction de différents processus illustrés dans un modèle à six dimensions, une matrice hexagonale, que les auteurs de l’ACT ont nommé « l’Hexaflex » (Fig. 1). Ce modèle comprend deux ensembles de processus fondamentaux, d’où l’appellation de la thérapie d’acceptation et d’engagement : les processus d’acceptation et de pleine conscience et ceux de changement comportemental et d’engagement. Ils regroupent six dimensions explicitées ci-dessous, qui sont les cibles d’intervention permettant, progressivement, à la personne de faire l’apprentissage d’une autre façon de vivre avec ses expériences intérieures difficiles. Ces différentes angles représentant les six dimensions de l'ACT sont inter-reliées et présentent chacune deux faces : l'une participant à la problématique de la personne, l'autre participant au changement par sa remise en mouvement.
Fig. 1. La matrice Hexaflex (Egide, 2011)


La première dimension s’intéresse au rapport au temps. La personne peut, au regard du temps, d’un côté, porter son attention sur son passé qui se manifeste dans le souvenir ou la rumination, ou sur son futur en l’organisant, le planifiant mais aussi en pouvant en être inquiète. De l’autre, elle peut porter son attention sur l’instant présent dans des activités par exemple le sport, les activités physiques, la méditation. C’est l’instant présent qui est au cœur des approches de la pleine conscience, car en cherchant à focaliser son attention sur l’ici et le maintenant, on limite l’influence du verbal en devenant le plus conscient possible de ce qui est en train d’être vécu. L’attention de la personne est orientée sur ce qui se déroule au fur et à mesure dans le moment présent à l’intérieur d’elle-même et dans son environnement. Cette habileté permet de se remettre directement en contact avec les conséquences de ses comportements dans l’ici et maintenant et de diminuer l’emprise et la vigueur des règles verbales et des conceptualisations du passé (ruminations…) ou du futur (anticipations…) pouvant gouverner nos comportements. La personne devient alors plus sensible à l’effet de ses comportements et à leur efficacité.

La deuxième dimension rend compte du dualisme de l'acceptation et de l'évitement de l'expérience, c’est-à-dire de la façon dont nous rencontrons notre expérience. L'évitement expérientiel représente les tentatives de contrôle ou d'évitement des événements intérieurs labellisés comme négatifs ou considérés comme aversifs. A l’inverse, l’acceptation ou l'approche expérientielle se caractérise par une attitude d'ouverture, de bienveillance, de non contrôle, d'exploration et de curiosité par rapport à l'expérience intérieure, quelle qu'elle soit. Ici, l’«acceptation» ne se confond pas à résignation, au contraire, elle renvoie à une acceptation « active », au contact avec l'expérience vécue, qui va permettre de changer les réseaux de relations en lien avec les événements évités par l’ajout d'expériences nouvelles. Elle représente la démarche active de faire une place aux pensées, émotions, sensations, impulsions, souvenirs, et images telles qu’elles émergent, sans chercher à les modifier ou les diminuer. Elle consiste d’abord à explorer les coûts et bénéfices des stratégies d’évitement et de contrôle pour ensuite créer une attitude d’ouverture face à l’inconfort. Elle devient ainsi un support pour se recentrer vers l’action (ne plus lutter contre soi, mais agir vers ce qu’on peut modifier), support qui va permettre d’accroître l’étendue des actions possibles (flexibilité psychologique).

Le rapport aux pensées est mis en évidence dans la troisième dimension. Elle renvoie à ce que nous avons évoqué plus avant, la fusion cognitive qui est la tendance à considérer de façon littérale ses pensées, c'est-à-dire à considérer que leur contenu représente la réalité. Autrement dit, la personne, sous l'influence d'un état particulier, va sélectionner les pensées et les informations disponibles tant internes (souvenirs) qu'externes (éléments de l'environnement) en cohérence avec cet état et considérer ce qui en ressort comme une réalité, et non comme une production dépendante de nombreux facteurs internes et externes. Si elle se comporte en fonction du langage, sa flexibilité en est réduite à chaque fois. Ainsi, lorsque j’agis en fonction de mes pensées comme si elles avaient toujours raison (fusion cognitive), je ne suis plus en contact avec les conséquences de mes actions (insensibilité) : « je dois boire pour ne plus être triste », « je dois me brosser les dents et me laver les mains encore et encore, sinon je vais attraper des maladies ». Afin de ne plus agir uniquement en fonction du langage (sans discernement), le principe de la défusion consiste à redonner au langage sa place de convention arbitraire afin de percevoir qu’il ne reflète pas nécessairement la réalité (les pensées ne sont pas les événements eux-mêmes et ce qu’elles disent ne sont pas toujours vrai). Dès lors, le travail sur la défusion cognitive va consister à appréhender les pensées comme le produit de l'interaction entre un organisme ayant une histoire d'apprentissage particulière et un environnement particulier présentant certaines caractéristiques, comme des événements psychiques dont le contenu n’est pas obligatoirement un reflet fiable de la réalité, ni comme des vérités. La défusion cognitive est le procédé qui va permettre à la personne de se détacher du contenu littéral de ses pensées pour les considérer comme des phénomènes psychologiques qui ne constituent pas nécessairement des expériences réelles. Dès lors, la personne est plus consciente qu’elle a des pensées, mais qu’elle n’est pas ses pensées (fusionnée à leurs contenus). Défusionner de ses pensées revient à considérer l'événement interne pour ce qu'il est : un événement interne, une pensée, un souvenir une image mentale. Ainsi, la défusion est utilisée afin de créer un recul face aux pensées (justifications, jugements, conceptions de soi) qui limitent la personne à agir en direction du sens qu’elle veut donner à sa vie.

C’est le rapport que l’on entretient avec le concept de Soi qui constitue la quatrième dimension du modèle. L'approche comportementale du concept de Soi distingue trois types de concepts de Soi. Le Soi comme contenu ou conceptualisé (le Soi - nuage) est ce que la personne dit d’elle aux autres et à soi-même : « Je suis sociable », « Je suis quelqu’un de peu courageux », « Quand on m’énerve, je me mets facilement en colère », « je suis comme ça parce que mon histoire… » etc. C’est la définition de soi formulée par soi-même ou par les autres et à laquelle on adhère. Elle est verbalement très élaborée, socialement renforcée et rigide. Elle fait référence à l'ensemble de propositions verbales à propos de soi que la personne développe en dérivant des relations d'évaluations concernant sa façon d'interagir avec le monde, en comparaison à ce qu’elle a déjà fait et ce que fait ou a déjà fait autrui. Autrement dit, il correspond à une évaluation opérée ici et maintenant sur les événements de notre vie qui sont apparus et les comportements que nous avons émis « là et à ce moment-là ». Comme toute activité verbale, cette prise de perspective et la cohérence que la personne donne à l’ensemble de son histoire peuvent être arbitraires. Ces propositions peuvent être positives («je suis une personne sur qui on peut compter») mais aussi négatives («je suis un gros nul »). La question n’est pas de savoir si sa conceptualisation de soi est juste ou fausse, mais plutôt de percevoir que l’organisation de son histoire en règles verbales tend à la détacher de son environnement, c'est-à-dire des événements qui apparaissent ici et maintenant. Et dès lors, ce Soi comme contenu peut agir comme un piège s'il se développe dans une direction négative et auto-dépréciative (« je suis une grosse » « je suis un bon à rien », « je ne m’en sortirai jamais »). La démarche de l’ACT est alors de promouvoir le changement de perspective, de considérer le Soi comme contenu comme un nuage.

Le Soi comme processus, ou connaissant, (le Soi – météo) fait référence à la conscience de soi. Il place la conscience au niveau de ce qui est en train de se passer. Il correspond à observer ses pensées (les jugements, les évaluations, les explications), ses émotions, ses sensations et, plus généralement, ses comportements comme s’ils étaient perçus de l’extérieur. Cette manière d’observer participe du développement de la pleine conscience, du « contact avec l’instant présent » et conduit ainsi la personne à repérer qu’elle formule quasi-continuellement des évaluations sur les événements qui l’entourent, et en particulier sur elle-même. Développer l’observation de cette activité psychologique permet de mieux distinguer la part de l’arbitraire liée à l’activité langagière (ou les « réponses relationnelles arbitrairement applicables ») du non arbitraire (ce qui se produit indépendamment de ce que la personne pense). C'est ce concept de Soi qui est travaillé dans les exercices expérientiels lors de l’observation de leurs pensées ou de leurs émotions, un Soi-météo.

Le Soi comme contexte ou transcendant, (le Soi – ciel ou toile de fond) représente un soi continuellement présent à travers les âges, l’espace et les événements, semblable à un ciel, ou une toile de fond sur laquelle apparaissent les phénomènes psychologiques transitoires (pensées, émotions, etc.) de la personne. C’est le Soi qui est constamment là à chaque moment de sa vie. Il s'agit d'un Soi comme conscience pure, pas uniquement de ce qui est en train de se passer comme c'est le cas dans le Soi comme processus (en train de se passer : le nuage), mais aussi de la conscience de cette partie de nous qui est consciente. Il s'agit du concept de Soi le plus proche de la spiritualité qu’on retrouve dans différentes philosophies ou religions. L’exemple du ciel traversé par une météo variable est une manière concrète de décrire ce Soi transcendant ou encore l’analogie de la gare. La gare (« soi comme contexte ») contient différents trains (soi conceptualisé, le nuage) qui arrivent et repartent, comme les expériences internes passagères qui traversent l’individu au quotidien. En se positionnant sur le quai de la gare, la personne peut observer les différents trains (son contenu intérieur) qui passent et choisir de les laisser passer ou d’embarquer selon leur utilité. Aussi, les effets d’insensibilité liés à la fusion avec le langage dans la définition de soi (qu’elle soit vraie ou fausse) peuvent amener la personne à se conformer à cette définition, et à éviter ce qui peut menacer le « soi conceptualisé » et rendre de ce fait, difficile l’engagement dans des comportements nouveaux ou de s’exposer à des situations nouvelles qui permettent le changement.

La cinquième dimension concerne les valeurs personnelles. Celles-ci sont les qualités désirées des actions que la personne entreprend. Les clarifier, les rendre conscientes influencent les actions et opérations constituantes du comportement de la personne. Elles facilitent son engagement dans des actions allant dans leurs directions. Elles donnent une orientation à la personne, tracent une ligne de conduite, un chemin sur lequel il y a des actions concrètes pouvant répondre à des objectifs précis. Une valeur se distingue d'un objectif. La différence est de la même nature que celle entre «être» et «faire».La première est un concept verbal qui ne peut être qu'incarné dans l'action, comme « être » disponible, à l'écoute, aimant. Le second est fonctionnel (« faire ») dans la mesure où il nous permet d'incarner une valeur. Il est une action concrète, réalisable, ayant un début et une fin comme « faire » les courses, un voyage. Aussi, tout objectif et par conséquence, toute action incarnent ou sont sous-tendue par des valeurs mais sa réussite importe peu. Ce qui compte, selon l’approche, c'est d'avoir eu l'occasion d'incarner la valeur sous-jacente à la réalisation de cet objectif. Cette distinction est importante car elle permet de se positionner dans l'action et non dans la réussite (pour ne pas regretter ou être en souffrance de ne pas avoir essayé). Elle permet de mettre la personne dans une position où elle a davantage de contrôle sur sa vie : « elle contrôle ce qu'elle fait avec ses mains, ce qu'elle dit avec sa bouche et les endroits où elle mène ses pieds ». En revanche, elle ne contrôle pas la réussite de ses objectifs, mais seulement sa volonté d'y travailler ou pas. Ce changement de perspective ramène dans les mains de la personne le contrôle de ses renforcements dans la mesure où c'est l'action d'incarner une valeur qui est proposé comme renforcement, non la réussite de l'objectif. L'objectif de l’approche ACT est de permettre à la personne de se libérer des règles verbales pour donner un sens à sa vie en l’aidant à mettre en évidence ses valeurs, à repérer ce qui compte réellement pour elle, quelles sont les grandes orientations qu’elle souhaite donner à son existence. Le simple fait d’agir dans le sens de ses valeurs constitue en soi un renforcement. Mais surtout, la mise en lumière des valeurs permet d’augmenter l’influence des conséquences qui apparaîtront à long terme, et de minimiser celles qui apparaissent à court terme et qui sont souvent à l’origine des évitements.

Une fois les valeurs mises en évidence, s’inscrire dans l’action pour développer des comportements en accord avec ces valeurs, quels que soient les événements psychologiques qui en découlent est la sixième et dernière dimension du modèle. C’est la partie « engagement » de l’approche. La démarche générale consiste à remettre la personne en action dans le sens de ses valeurs, en s’orientant vers les comportements qui « fonctionnent » (pour lesquels elle peut constater une efficacité) et en abandonnant ceux qu’elle constate être contre-productifs. Ses actions engagées sont des actions menées en direction de ses valeurs. Elles reviennent à « faire ce qu’il faut pour vivre une vie pleine de sens, en accord avec ses valeurs « choisies ». Elles sont de deux sortes : l’une correspond à poursuivre un objectif, l’autre correspond à se réorienter vers une valeur. Une notion souvent liée à l'action est l'envie. L'ACT distingue l'envie de la bonne volonté, du fait d'être d'accord de faire. Une limite importante de l'envie est qu'elle est parfois considérée comme un stimulus discriminatif essentiel à l'action. Cette perspective met le comportement sous le contrôle du stimulus (verbal ou non) avec les conséquences que cela entraine : le comportement s'installe dans une dynamique répondante, l'individu réagit à son environnement au lieu d'agir dessus. Ici, la démarche de l'ACT propose de poser le comportement dans une dynamique opérante, en diminuant l'impact du stimulus «envie» au profit de la «bonne volonté» à réaliser une action, et ce, au service de se mouvoir en direction d'une valeur importante aux yeux de la personne. Enfin, ces six dimensions du modèle sont inter-reliées par la flexibilité à laquelle elles participent toutes.
La flexibilité

La flexibilité est l'habileté de la personne à être pleinement consciente, présente et ouverte à l'expérience de soi et de son environnement, en posant des « actes engagés » orientés par ses valeurs. Le travail sur les six axes renvoyant aux dimensions se réalise grâce à l’utilisation de métaphores et d’expériences vécues par la personne. L’objectif est toujours de limiter l’influence du langage, bien qu’il constitue le matériel incontournable de l’approche, en l’aidant à se remettre le plus possible en contact avec les conséquences directes de ses comportements : de passer de l’inaction, la rigidité psychologique à la flexibilité psychologique. L'augmentation de la flexibilité est au centre des interventions de cette méthode. Plus les capacités à être pleinement conscient, à être ouvert à l'expérience, et à agir d'une façon cohérente avec ses valeurs personnelles sont développées, plus grande sera la capacité de la personne à répondre de façon flexible et adaptée aux défis et pressions que la vie et son existence posent sur son parcours, et plus grande sera sa qualité de vie. En s'engageant dans la vie guidée par ses valeurs personnelles, cela redonne à la personne une « vitalité », un sens d'être pleinement en vie et d’embrasser pleinement celle-ci ici et maintenant, indépendamment de ce qu’elle est en train de ressentir : il y a autant à se réjouir de la peine que de la joie, car chacune est une manifestation de la vie.
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