Chapitre 6








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Chapitre 6


Motricité, corps et conduite motrice.

Classiquement, la motricité est l’ensemble des mécanismes permettant à un organisme de se mouvoir ainsi que l’étude des fonctions produisant le mouvement, mouvement qui « est, avec la capacité de reproduction, l’une des propriétés qui définissent le vivant » (M Bonens, M Piel, 2006). Étudier la motricité, c’est classiquement s’intéresser aussi bien à la saisie du bébé, à ses premiers pas qu’au geste technique de l’artisan ou à l’action la plus accomplie du sportif, en passant par les actions quotidiennes de toute personne, aux situations de travail ou de loisir. Mais c’est aussi s’intéresser aux mouvements dans l’embryogenèse ou à la production de mouvements au sein de la cellule ou d’êtres multicellulaires.

Le moteur, au sein d’un corps conçu comme un organisme, est la part qui permet le mouvement, à la fois les structures et les fonctions remplies par ces structures. La vision physiologique classique de la motricité et du moteur s’appuie sur une conception organiciste du corps pour laquelle il faut une source d’énergie pour produire des forces et donc la conversion d’une énergie chimique en travail mécanique. Mais la motricité pourrait tout aussi bien concerner tout l’organique jusqu’au cerveau comme structure organique, tout aussi bien réintégrer les subjectivités du sujet ainsi que la dimension culturelle !

Le moteur, c’est aussi ce qui meut et émeut le vivant, ce qui met en mouvement et poursuit celui-ci. Il dépend sans doute du rôle joué par ce moteur et cette motricité pour le vivant comme du sens vécu et du sens donné par le sujet à son action et à son comportement ainsi que de ses projets, faisant de tout mouvement une action, un geste1 et de toute action une conduite.

S’interroger et étudier la motricité, reviendrait à redéfinir le corps abordé alors dans sa globalité, redéfinir le mouvement comme acte et l’action motrice comme conduite à partir de l’étude du fonctionnement de l’organisme conçu comme une totalité intégrée et intégrative. La motricité serait, alors dans une logique de continuité, d’une part l’étude de la motilité et de l’intention du vivant et d’autre part l’étude du « champ et (de) la nature des conduites motrices » (P Parlebas, 1999, 252) en interrogeant cette notion dès la motricité fœtale, à partir de l’étude du fonctionnement du corps dans une logique holistique intégrée, pour la production de comportements moteurs. Étudier la motricité, c’est sans doute la dépasser pour étudier l’action motrice et, plus largement la conduite motrice.


  1. Organisation hiérarchique du système nerveux et motricité intégrée




    1. Le modèle conceptuel de la performance humaine2


Ce modèle considère le sujet comme un système de traitement de l’information, mais il intègre les différents circuits d’assistance au mouvement grâce au contrôle en boucle fermée de celui-ci. Le sujet en même temps qu’il commande la réponse va envoyer une copie d’efférence qui va permettre de vérifier l’exactitude de la commande et une copie d’afférence, ou informations attendues en retour du fait de l’exécution correcte du mouvement qui va servir de référence pour vérifier l’exactitude du mouvement et le corriger si besoin. Cependant, l’exécution du mouvement va donner lieu à différents types d’informations en retour qui pourront être comparés avec ce qui était attendu et va donner lieu à différents niveaux de régulation du mouvement grâce à des boucles de rétroaction plus ou moins longues. Ces boucles de rétroaction sont ainsi des boucles de correction du mouvement qui peuvent être préparées par la commande. En particulier pour ce qui est de la régulation de l’équilibre, le cervelet « prépare » les récepteurs neuromusculaires à réagir à partir de seuil d’étirement et permet le contrôle du mouvement lors de l’apparition de certaines conditions.

Erreur







Identification

Du stimulus











Schéma de reconnaissance


Schéma de rappel

Spécifications réponses passées

Conséquences sensorielles passés
Schéma de la réponse motrice

Résultats passés













Programmation de

la réponse


Conséquences sensorielles attendues























Programme

moteur


M2


Référence.






Feed back produits par la réponse












Moelle

Epinière M1




Vision périphérique









Vision fovéale





Muscles


Feed back force musculaire, longueur


















Mouvement

Feed back position articulaire, position du corps
























Environnement



Feed back vision, audition








Figure 6-1 : le modèle de la performance humaine (construit à partie des différentes schématisations de RA Schmidt, 1975)

Commentaires :

2 grands systèmes de contrôle de l’action grâce aux feed-back peuvent êtres repérés :

-une boucle « consciente » qui par comparaison entre les informations attendues et les informations en retour grâce au comparateur permet d’évaluer l’erreur et donc de corriger le mouvement suivant au regard de l’écart entre ce qui est remonté et ce qui était attendu (comparateur). Cette boucle porte à la fois sur les informations proprioceptives et tactiles intrinsèques et donc sur la réalisation (connaissance de l’exécution) et les informations visuelles fovéales et auditives et donc sur le résultat (connaissance du résultat). Suite à cette évaluation consciente le sujet peut corriger grâce au système central de traitement de l’information, ses décisions et donc la programmation de la réponse, donc changer ou adapter son programme moteur et la copie d’afférence servant de référence. C’est essentiellement la boucle du contrôle volontaire de l’action. En fonction du résultat et au regard des attentes et des conditions initiales il y aura renforcement ou non de la réponse qui avait été programmée avec inscription en mémoire de rappel des paramètres de programmation et en mémoire de reconnaissance des sensations correspondantes.

-des boucles non conscientes qui par des circuits plus courts infra cortex, et des temps plus courts, permettent de contrôler le mouvement au fur et à mesure de son déroulement par adaptation aux variations non prévues mais aussi sans doute par correction automatique grâce à la comparaison aux différents niveaux d’intégration des informations attendues et des informations en retour ou par prédisposition (pré-stimulation ?) des récepteurs.

Ainsi la boucle M1 correspond aux circuits réflexes et au servo-moteur, les boucles M2 et de la vision périphérique aux circuits des programmes moteurs innés et acquis automatiques qui sont contrôlés par le tronc cérébral et les noyaux gris centraux (cf. b-).


    1. L’organisation hiérarchisée des programmes moteurs et les niveaux de contrôle de l’action.


C’est Jakson (1876) qui a introduit le concept d’une organisation hiérarchisée de la motricité, comportant plusieurs niveaux, allant du plus automatique au moins automatique, ce dernier étant aussi qualifié de volontaire. Le niveau le plus automatique est aussi le plus rigide, le niveau volontaire est au contraire le moins organisé. Il est cependant capable de se structurer par apprentissage et, de fait, devient de plus en plus automatique au cours du temps (J Massion, 1984).

« En bas», au niveau des structures les plus organisées se trouve le réflexe dont le niveau d’intégration est la moelle épinière. Mais un réflexe pour ce qui est de la contraction musculaire par exemple est toujours couplé avec un autre qui joue un rôle opposé et complémentaire (ex : Myotatique et myotatique inverse) permettant et améliorant la contraction elle-même ainsi que la protection du muscle en cas de surcharge. Ces boucles réflexes assurent des fonctions d’asservissement de la longueur du muscle et de la force qu’ils développent (C Collet, 2002). L’ensemble constitué d’un effecteur, d’un circuit de commande et d’un circuit d’assistance à la contraction est un servo-moteur dont le niveau de contrôle est la moelle épinière.

Un servo-moteur comprend un circuit d’assistance à la contraction et un circuit de protection. Le circuit de protection est assuré par le réflexe myotatique et par le réflexe myotatique inverse. Le circuit d’assistance à la contraction musculaire par la commande alpha est assuré par la commande gamma de la musculature intra fusale du fuseau neuromusculaire,sous la dépendance du cervelet, de la formation réticulée et des noyaux vestibulaires, afin qu’il y ait asservissement de la longueur du fuseau et que le récepteur puisse jouer son rôle quelle que soit la longueur du muscle. Ces boucles s’intègrent dans un fonctionnement plus général puisque par exemple, le circuit d’assistance réflexe à la fonction tonique de contraction (boucle gamma) est sous la dépendance du cervelet.

Au deuxième niveau correspondent les programmes moteurs innés tels que ceux de la locomotion, de l’équilibration ou les coordinations visuo-manuelles de préhension. Ces programmes sont ceux des habiletés fondamentales développées pendant la petite enfance. Il s construisent une motricité primaire spécifique à l’espèce permettant de s’adapter à l’environnement. La motricité correspondante construit des habitudes et compose un référentiel organisateur et normalisateur pour l’action dans le sens où il limite les possibilités du sujet et où le sujet fera systématiquement appel à lui. Ils sont pré- câblés à la naissance et présentent une certaine flexibilité, c’est- à- dire qu’ils peuvent accepter en fonction de leurs conditions de maturation une marge de manoeuvre par rapport à la norme autorisant ainsi une adaptation aux contraintes de l’environnement dans certaines limites.

Cette marge est permise par des circuits de contrôles dont le niveau de régulation est le tronc cérébral avec le cervelet. Ces programmes intègrent les réflexes en regroupant plusieurs servo- moteurs. La coordination d’au moins 2 servo-moteurs (ex : agonistes –antagonistes et innervation réciproque) constitue un mouvement contrôlé par auto-régulation. Il y a auto- régulation des mouvements automatiques primaires. Par exemple, pour la locomotion, Il y a existence d’un contrôle par rétroaction avec contrôle médullaire et intégration au niveau du tronc cérébral ainsi qu’un déclenchement impliquant la région locomotrice mésencéphalique, locomotrice pontique et locomotrice subthalamique. D’une part, «Le sujet en mouvement bénéficie (..) d’une assistance automatique à la contraction, de la relaxation coordonnées des muscles agonistes et antagonistes qui dépendent du fonctionnement intégré de la moelle épinière » (C Collet, 2002, 52), d’autre part il peut faire appel à des dispositifs de régulation de niveau supérieur. Pour la locomotion, cette régulation est permise grâce à un générateur spinal de rythme et par 2 hémi-centres locomoteurs antagonistes dans le tronc cérébral qui s’inhiberaient alternativement et seraient régulés par certains noyaux de la région mésencéphalique, subthalamique et pontique (C Collet, 2002, 55-56) aux pulsations variables.

« L'un des principes de base de cette logique d'organisation modulaire hiérarchisée paraît résider dans la flexibilité que confère à chacune de ces unités fonctionnelles l'existence de circuits d'assistance. Grâce à cette autonomie de réglage, chaque unité dispose d'une possibilité d'auto- ajustement de son activité, d'une tolérance d'écart par rapport à ces normes habituelles de fonctionnement. La hiérarchie des niveaux de contrôle reflète, ici, une cascade de dispositifs de rattrapage des ajustements de niveaux inférieurs. Dès qu'un système est dépassé dans ses capacités propres d'auto-régulation, il appelle l'assistance d'un dispositif de régulation supérieur chargé de le ramener dans sa plage d'autoréglage » (J Paillard, 1986, p 196). Le sujet assimile l’environnement à ses structures.

Cependant, du fait de la flexibilité de ces programmes, ils vont donner lieu à des variations culturelles se traduisant par des postures, par des démarches spécifiques que M Mauss a appelé les techniques du corps3. Ces variations vont aussi se retrouver entre classes sociales au sein d’une même culture (Habitus corporel de P Bourdieu, 1972, 1982 et de L Boltanski, 1969). Il s’agit cependant d’un premier niveau de ces techniques, le deuxième niveau étant constitué par des apprentissages moteurs impliquant une remise en cause de ces programmes au- delà de leur marge de flexibilité et portant par exemple sur l’utilisation d’un pied comme une main (certains artisans marocains), sur la mise en oeuvre de coordinations particulières dans les activités de grimpe (chasseurs de nid d’hirondelles en Thaïlande), sur des déplacements sur embarcations (eskimo et kayak, les maoris, prao et catamaran en Polynésie), avec des skis, sur des chevaux…

Au- delà, les programmes font appel aux capacités d’auto- organisation du système nerveux et à la propriété de plasticité de celui-ci. Le sujet accommode ses structures pour les adapter à l’environnement.

Ces nouveaux programmes résultent d’une auto- adaptation des programmes moteurs innés ne nécessitant pas nécessairement l’intervention du niveau des processus idéo-moteurs. « Le recours aux processus adaptatifs traduit, de ce point de vue, une capacité supplémentaire d'ajustement autonome conférant au système la possibilité de modifier durablement son fonctionnement interne lorsque l'autorégulation cybernétique de la machine câblée n'est plus à même de répondre aux problèmes posés" (J Paillard, 1986, p 196). Jusqu’à ce niveau de contrôle, l’adaptation du sujet à l’environnement est assurée par les dialogues sensori- moteurs directs des instruments locaux avec le monde. Lors du port de lunettes grossissantes perturbant la réaction compensatrice de l’œil lors d’un mouvement de rotation rapide de la tête, on a constaté une adaptation progressive du gain de la boucle compensatrice qui n’est pas sous le contrôle conscient du sujet (Melvil Jones, 1977 cité par J Paillard, 1982). Une poule équipée de lunettes prismatiques qui dévient son regard de 90°finit par adapter son comportement pour réussir à picorer des graines. Au début elle picore là où la dirige son regard puis progressivement elle devient capable de picorer là où sont les graines. Il en est de même pour l’être humain qui ne peut voir son bras et n’a pas d’indications sur la mesure de son résultat. Il y a recalibration des coordinations visuomanuelles sans contrôle conscient. Par contre, les plongeurs travaillant sur des plates-formes pétrolières et ayant déjà appris à corriger l’action du masque, vont retrouver plus rapidement la correction nécessaire grâce à une attention sur les écarts de réalisation mise en relation avec leurs expériences antérieures (H Ripoll, 1991). De même l’être humain équipé de lunettes prismatiques qui peut voir son bras et surtout à qui l’on donne des indications sur son erreur apprendra plus vite grâce au contrôle conscient de son action montrant par là qu’il existe une boucle consciente qui facilite l’acquisition de nouveaux programmes moteurs quand la motricité primaire est dépassée.

Les nouveaux programmes résultent d’autre part d’une construction par auto- organisation qui suppose au moins au début l’intervention de processus mentaux. L’auto organisation cognitive nécessite des processus intentionnels,- choix délibéré d’agir et possibilité de différer dans le temps l’exécution sous la dépendance de la volonté-, et des processus attentionnels qui distribuent les ressources perceptives en fonction du projet. Cette dernière nécessite les opérations mentales supérieures et la mise en relation de différentes aires du cortex- notamment cortex moteur et aire prémotrice- à travers les opérations d’intention, de planification, de programmation et d’évaluation. Ces programmes peuvent être plus ou moins acquis et soit être automatisés soit nécessiter un contrôle volontaire quand ils sont en cours d’acquisition ou quand les conditions d’exécutions sont inhabituelles ou trop contraignantes. Ces programmes intègrent les précédents, ils sont conditionnés par eux, mais s’en enrichissent. Ce niveau de contrôle nécessite une activité mentale au sein du compartiment idéo moteur avec consultation des représentations internes de l’environnement physique incorporées en mémoire (J Paillard, 1991).


Mouvement volontaire contrôlé par l’attention



Mouvement volontaire automatique



Programmes moteurs primaires



réflexe

Figure 6-2 : notion de performance motrice intégrée (C Collet, 2002)

Commentaires de l’auteur : « Les niveaux d’organisation du système nerveux central sont hiérarchisés en fonction de la complexité de leur organisation. Chacun d’eux garde sous son contrôle une famille de mouvements. L’ensemble ne fonctionne pas de manière séparée, mais comme une totalité intégrée. Chaque niveau fait partie intégrante des étages supérieurs. » ( 27)
Mais ce schéma doit être complexifié puisqu’il comprend des boucles de rétroaction et de contrôle et qu’il n’est pas seulement hiérarchique ni totalement contraignant.

Structures les plus plastiques,

Comportements les moins organisés

cortex

Mouvements contrôlés par l’attention






Noyaux gris centraux

Mouvements automatiques acquis par apprentissage



Structures les plus organisées

Tronc cérébral et cervelet

Programmes moteurs primaires



Comportements les plus rigides

Moelle épinière

Réflexes ; servo-moteurs

Figure 6-3: organisation hiérarchisée du système nerveux et motricité :

Commentaires :

Tout en bas se trouvent les comportements les plus rigides, ceux sans doute nécessaires à la survie de l’espèce et à la protection de l’organisme. Ils sont contrôlés par des boucles passant par la moelle épinière, mais ne sont pas indépendants de l’étage supérieur qui les intègre en tant que contraintes dans son fonctionnement mais aussi dont ils dépendent. L’étage des programmes moteurs primaires est celui des programmes de l’espèce construit au cours de la phylogenèse. Ce sont eux qui ont permis l’exploration de l’environnement et la recherche de nourriture. Ils présentent cependant une forte dimension anthropologique et composent une grande partie de la motricité liée aux techniques du corps au sens de Mauss. Les mouvements automatiques acquis dépendent de la culture du sujet et bien évidemment de l’expérience motrice du sujet. Ils ont une forte dimension anthropologique mais aussi sociale et renvoient à la conception élargie des techniques du corps présentée dans la partie théorique. Ils peuvent être acquis par auto adaptation, on pourrait dire aussi par imprégnation ou par insight, sans détour par la connaissance du résultat et sans contrôle conscient. Ils peuvent être appris aussi grâce au contrôle volontaire et contrôlés par l’attention grâce au cortex. Cependant, ce dernier niveau, pour des raisons d’économie énergétique et attentionnelle, et pour permettre des apprentissages ultérieurs, a toujours intérêt à passer sous contrôle automatique par la boucle cortex associatif, noyaux gris, thalamus.
Chaque niveau est en effet régulé par un certain nombre de boucles de contrôle qui font de tout mouvement une activité régulée à différents niveaux.



Figure 6-4: Les niveaux de contrôle de l’action. (J Paillard, 1979 ; 1985)

Commentaires : En réintégrant les boucles de contrôle, la présentation de J Paillard est la plus complète. Par contre soit elle n’est pertinente qu’au regard de l’ontogenèse, soit elle demeure malgré tout sur un paradigme cognitiviste. Pourquoi en effet, ne réserver la notion d’auto-organisation qu’au niveau supérieur. L’auto-adapatation ne dépendrait-elle pas des possibilités d’auto-organisation de la circuiterie nerveuse ?
Ainsi tout acte moteur résulte de l’action coordonnée des différents niveaux de contrôle permettant une économie cognitive importante. « La motricité humaine, y compris les techniques sportives, implique le fonctionnement intégré de la totalité du système nerveux central même si on peut identifier des niveaux d’organisation particuliers, comprenant des structures originales et contrôlant des séquences motrices spécifiques » (C Collet, 2002, doc int).

La moindre course dépend des servo-moteurs qui contrôlent l’action musculaire elle-même et du niveau de contrôle des centres du tronc cérébral. La moindre coordination complexe remettant en question la motricité innée suppose la transformation de celle-ci et sa réintégration dans un ensemble plus vaste qui l’intègre, la contrôle, la transforme mais utilise en même temps ses caractéristiques. Il s’avère même qu’à un certain niveau de pratique le sujet est capable d’optimiser ses réflexes pour les intégrer dans une motricité plus efficiente. Lors d’un saut en contre bas pour remonter sur un plinth, on constate que le débutant met en œuvre une activité électrique dominante avant d’arriver au sol et s’écrase au sol puis pousse signifiant que l’étirement important du quadriceps a entraîné son relâchement avant que n’arrive ensuite la commande de contraction. On constate à l’inverse que l’activité électrique est maximale et unique après l’arrivée au sol de l’expert qui ne s’écrase pas et rebondit directement signifiant une sommation temporelle de la commande alpha et de gamma par l’étirement (G Cometti, 1987). Ainsi, la contraction plyométrique doit son efficacité à l’étirement préalable du muscle, à l’intégration du réflexe myotatique et à l’inhibition du myotatique inverse pour que la contraction qui résulte de l’étirement corresponde temporellement avec la commande de contraction grâce au motoneurone alpha. De même le griffé en saut en longueur lors d’une impulsion, grâce au mouvement de flexion de la cheville précédent une extension au moment de la pose du pied sur la planche d’où il résulte une traction explosive de l’avant vers l’arrière, permet la mise en œuvre d’un fonctionnement plyométrique au niveau des jumeaux.

Par contre, il n’est pas certain que la mise en place de cette sommation temporelle nécessite un contrôle volontaire, ni même que celui-ci soit possible. Il y a bien à l’entraînement une attention indiquée par l’entraîneur et portée par le pratiquant sur l’action du pied, mais on constate surtout la mise en place d’une multitude d’exercices imposant cette action qui semble plus émerger par auto-adaptation que par contrôle conscient d’autant que le propre d’un réflexe est d’être incontrôlable. De même l’apprentissage du cycle avant en course se fait par auto-adaptation. Mais comment expliquer les apprentissages moteurs en gymnastique qui sont une remise en cause complète des programmes moteurs innés chez des gamines de moins de huit ans alors qu’à cet âge, les capacités cognitives d’abstraction ne sont pas encore développées. Si la fonction réflexe est difficilement modifiable, car elle est contrôlée par une structure rigide, fortement pré-organisée, la motricité primaire peut être déstructurée si elle constitue un obstacle à l’acquisition d’une motricité inédite grâce au contrôle attentionnel. Il est possible cependant que, même les programmes totalement nouveaux puissent s’acquérir en dehors de tout contrôle volontaire conscient, sans faire appel aux processus cognitifs « supérieurs »4, ce qui remettrait en question non pas l’organisation hiérarchique mais son fonctionnement systématique et militerait pour une motricité fondamentalement par corps pouvant être indépendante de l’esprit et nourrissant l’esprit.

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