Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89








télécharger 425.97 Kb.
titreJean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89
page3/11
date de publication16.04.2017
taille425.97 Kb.
typeDocumentos
p.21-bal.com > documents > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

LES DEBUTS DIFFICILES




  1. Décidé à chercher des maîtres plus aptes à le comprendre, Loutreuil quitte le 31 août 1909 sa province natale pour Paris. C'est un pas franchi mais pas une rupture. Maurice n’oubliera jamais que sa “ tradition familiale ” est sarthoise; les noms de Montmirail, Chérancé, Fresnay, Noyen, Mamers, - et, bien sûr Le Mans - viendront souvent s’inscrire en arrière fond de sa vie douloureuse.

Dans la famille, on naît et on meurt en Sarthe où l’on a son cœur et les siens, même quand la vie, ou la guerre, vous en éloignent pour un temps.

La Sarthe reste le port d’attache et on garde toujours un peu de sa terre à ses pieds pour s’en souvenir, même quand les chemins de la vie conduisent en Sardaigne, en Tunisie, en Afrique noire …ou à Paris.

C’est dans cet esprit que Maurice tiendra à conserver jusqu’au bout à Chérancé la bien modeste maison provenant de sa mère, qu’il avait reçue en héritage.

  1. Entreprise assez périlleuse toutefois , que le départ à vingt quatre ans, avec  des moyens restreints  de cet homme  peu préparé à un tel changement , qui avoue  : – mon avenir m'appelle d'un côté, et tout mon passé me retient de l'autre , et confessera plus tard : – venu à Paris pour apprendre l’art, je ne savais nullement ce que ce mot représentait .

Il arrivait de la Sarthe au moment où nombre de ses futurs compagnons et amis arrivaient à Paris des quatre coins du monde, d’Europe Centrale en particulier. Bien qu’il vînt de plus près, la démarche qui allait le conduire à se joindre à eux, pour faire de la capitale - terre d’élection et non terre d’asile - la patrie de leur art, n’était pas différente.

Car “ l’ AILLEURS ” dont ils surgissaient, défini par des besoins et des attentes de même essence morale et intellectuelle, échappait à la géographie, aux nationalités, aux religions et aux races, lorsqu’ils vinrent confronter dans la capitale où naissait le siècle, leurs préoccupations et leurs “ regards ”, sans trop savoir encore – français et étrangers – ce que les uns apportaient aux autres et les autres aux uns, dans ce “ foyer ” ouvert à toutes les altérités, qu’André Warnod appellera plus tard “ Ecole de Paris ”.

  1. Maurice loge tout d’abord, 332, puis 207, rue Saint-Honoré, avec pour seules ressources les 120 f. par mois que lui assure la location des quelques biens hérités de ses parents.

  2. Il indique à l’époque avoir dû prendre  un emploi dans le commerce , pour compléter ses modestes revenus : un emploi rue des Pyramides, aux appointements de 90 f., (la Société de raffinerie de pétrole de Lille et Bonnières et M. Dousset ont été cités tour à tour comme ses employeurs).

  3. Mais ce travail, en le privant d'un temps précieux pour fréquenter les académies, lui permet tout juste de suivre les cours du matin de Ferdinand Humbert, en même temps, d’ailleurs, que Marthe Lepeytre et Marcel Chotin, qui deviendront des amis fidèles avec lesquels il correspondra souvent.



1910

  1. Décidé à limiter les tâches qui ralentissent sa formation, Loutreuil reprend sa liberté fin mai, pour se consacrer totalement au dessin et à la peinture, après avoir adressé le 1er février, avec l'appui de Ferdinand Humbert, une demande de subvention au Département de la Sarthe, suivie en novembre d'une demande de prêt d'honneur à l'Amicale des anciens élèves du lycée du Mans.

  2. Bourse et prêt d'honneur lui sont accordés : d’une part une allocation de 500 francs dès le 11 mai - dont l'octroi lui sera annuellement renouvelé jusqu'en 1914 - et d’autre part 300 francs, qu'un second prêt de 200 francs complétera plus tard.



ETUDES AUX BEAUX-ARTS




  1. Le peintre apprenti s'inscrit une première fois le 18 mars, mais sans succès, en tant qu'élève d’Humbert, au concours d'admission à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts.

  2. Régulièrement présent dans les Galeries à compter du 14 avril 1910, il voit sa candidature à l’atelier Cormon écartée. Il écrit à son frère le 10 juin 1910 que le refus qui lui a été opposé a été justifié par « Soyez plus jeune, ou soyez plus célèbre…» !

  3. Bien que titulaire d’un premier certificat établi par Leroux à la fin du mois de juin, c’est finalement en tant qu’élève de Gabriel Ferrier, - quelques années après Fernand Léger dans le même atelier - qu’il poursuit sa formation, comme en témoignent le certificat de massier établi à son nom le 6 juillet, et le registre où sa présence assidue est consignée pour les années 1910-1911 et 1911-1912.

  4. L’achat, pour 40 francs, d’une petite peinture de Marcel Lenoir, en puisant dans ses maigres économies, annonce dès ce moment, l’intérêt qu’il manifestera toujours pour les travaux de ses contemporains.

  5. En fin d’année, semble-t-il, Maurice devient humoriste malgré lui, pour arrondir son budget toujours insuffisant, en exécutant au jour le jour des dessins à 10 francs pour Le Pêle Mêle, Le Sourire, Le Rictus, L'Indiscret, L'Assiette au beurre, Le Rire, et Le Charivari qui fait aussi appel à Gris à la même époque.


1911

  1. Outre différents dessins publiés au fil des mois, à partir de novembre 1910, dans les pages intérieures du « Charivari illustré, Satirique, Politique, Financier », Loutreuil signera, au moins à 13 reprises fin 1911 et au cours de 1912, les importants dessins destinés à la page de couverture de l’hebdomadaire.

  2. Après avoir loué, au début de l’année, un logement de 350 francs au 12, rue des Saints Pères, Maurice se présente au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux Arts – à nouveau en vain, bien qu’il soit classé 34ème sur 180 avec 17/20 à l'épreuve de figure dessinée d'après nature, ce qui ne  prouve rien  écrit-il d’ailleurs à son frère le 27 avril.

  3. Sans doute est-ce à l’époque, qu'il rencontre la jeune actrice Claudine Roland, amie de Damia. Née à Bruxelles en 1892, - fantaisiste, gavroche, danseuse - elle avait débuté toute petite dans des rôles d’enfant à l’Alcazar, puis joué successivement à l’Alhambra, à la Scala et aux Variétés où on l’avait surnommée la “ Mistinguett bruxelloise ”.

  4. Avec Claudine, Maurice projettera jusqu'à l'été 1914 de se construire une vie stable, mais il sera conduit à y renoncer, après que - tuberculeuse - elle aura pesé sur lui de longs mois moralement et financièrement.

  5. Venu à Paris avec le sentiment (non dissimulé) d’avoir tout à apprendre en matière d’art, Loutreuil se révèle curieux de ce qui se fait dans les genres les plus divers, non sans exercer son sens critique.

  6. Les aptitudes de  peintre-musicienne et de lettrée , qu’il trouve en Marthe Lepeytre la désignent pour devenir la confidente de ses découvertes, dont il lui fait part dès cette époque, à travers une correspondance suivie.

  7. Sans aucunement prétendre les connaître, il ressent intensément, d’instinct, la musique, mais aussi la danse, qui lui inspire notamment une description remarquable d’Isadora Duncan à son amie  :

Je suis retourné plusieurs fois au Concert des Tuileries et je ne désespère pas d'arriver un jour à comprendre la musique et à l'identifier avec les sentiments dont elle est extraite

Ce qui m'a le plus emballé de tout ce qu'il m'a été donné de voir ou d'entendre jusqu’ici, je veux parler d'Isidora Duncan.

Je ne peux pas vous dire toute sa grâce, sa beauté simple ; elle est faite comme un antique et interprète des morceaux de musique tels que Iphigénie en Aulide, Orphée, les valses de Brahms dans le même esprit que celui des antiques, c'est-à-dire avec puissance, simplicité, noblesse, majesté, grâce chaste et vie, elle sait retrouver l'instinct humain enfin la nature dans ce qu'elle a de plus pur, on dirait une jeune vierge se jouant sous l’impulsion des sentiments les plus purs.

Quelquefois elle marche sans danser pendant un quart d'heure et c'est beau quand même, ajoutez que c'est l'orchestre Colonne et les chœurs qui accompagnent et que Mounet-Sully dit des vers. Mais il faut l'avoir vue pour sentir cela, c'est difficile à décrire .

  1. Américaine arrivée en Europe à l’âge de 23 ans, Isadora affichait, il faut dire, un comportement qui n’était pas fait pour déplaire à Maurice : “ dansant pieds nus, refusant le mariage, proclamant haut et fort son indépendance, méprisant les conformismes et les préjugés, entendant vivre libre et sans limites, selon sa devise ”.

Sans doute, Maurice - épris d’absolu - avait-il apprécié ces mots d’Elie Faure, en conclusion de sa préface au cahier de dessins des danses d’Isadora par Jean-Paul Lafitte, qui ne peut lui avoir échappé : “ Nous marchons tous vers quelque chose qui sera. Et la marche est déjà la danse, surtout quand des voix s’élèvent çà et là du milieu de ceux qui vont ensemble, pour imposer à notre pas le rythme de leur passion. ”.

  1. A Paris, les expositions sont aussi pour Maurice une source d’enseignements précieux, qu’il s’agisse du choix des 3 meilleurs concurrents au prix de Rome, d’une exposition de Léon Bakst, intéressante, quoique dans un genre un peu spécial, du salon le plus intéressant … cette année , le Salon d’Art Religieux au Musée des Arts Décoratifs,  sujet un peu aride et d'ordinaire si ennuyeusement traité, où il apprécie Maurice Denis, Eugène Carrière, Pierre Puvis de Chavannes, Georges Desvallières, Jean-Louis Forain, avec quelques eaux-fortes comme je n'en avais pas encore vu d'aussi bien de lui .

  2. Le récit que fait Loutreuil de sa visite à l’exposition de la Gravure originale chez Petit, et de sa préférence pour les eaux-fortes en couleur de Marc-Henri Meunier, Van der Loo et Olaf Lange - bien que  très peu connus en France  - confirme son attirance pour cette technique.

  3. Convié un mois plus tard à voir tirer des eaux-fortes en couleurs dans l’atelier montmartrois du graveur Eugène Delâtre, ami de son camarade du Mans Ernest Hiron, et jugeant que c’est un procédé magnifique, Maurice exprimera d’ailleurs dès ce moment son désir de pouvoir en faire à son tour.

  4. Déjà, les orientations de Loutreuil s’affirment, - avec à l’époque un intérêt prépondérant (lié à ses études) pour la fresque et les arts monumentaux, - et ses rejets sont sans appel, en matière de peinture, comme en littérature :

– La fresque de Henri Martin, pour l’Hôtel de Ville de Toulouse, lui rappelle le bon temps vécu jadis à la campagne, comme le lui rappelle, sans doute, la délicieuse promenade en bicyclette d’une dizaine de jours, qu’il fait avec son frère au cours de l’été, de Lorient à Vannes en passant par Belle Isle, après un séjour de 2 semaines au Mans.

J’aime bien Gustave Moreau, mais sans le goûter tout à fait cependant .

Un que je n’aime pas du tout, c’est Chéret. Je n’ai jamais aimé ses compositions que je trouve maigres et sèches, sans aucun amour de la matière .

j’avais commencé la Philosophie de I’Art par Taine, je n’ai pas continué, j'avais l’impression que je perdais mon temps à apprendre un tas d'anecdotes amplifiées sur les anciens artistes ou qu'on est tenté d'amplifier et cependant cela doit être très utile justement pour comprendre, mais c'est par goût que je ne leur reconnais pas toute leur importance.

Il y a une chose qui me préoccupe depuis longtemps : lequel vaut le mieux pour un peintre de s'instruire et de s'ouvrir l'esprit le plus possible par la lecture ou au contraire de se fier uniquement sur son sentiment personnel en essayant de le dégager le plus clairement et le plus simplement possible et sans tenir aucun compte de tout ce qui a pu se faire avant lui – et bien mieux, est-ce que la peinture n'est pas la seule carrière qui soit dans ce cas ? Je n'ai pas encore pu me mettre d'accord sur ce point.

Pour moi, je voudrais arriver à saisir la vie dans tout son frémissement même immobile, toute l'expression qui est concentrée et accumulée par la vie dans les moindres traits et les moindres gestes des personnages. Il y a quelqu'un dans lequel je découvre tout cela, c'est Rodin.
1912

  1. D’ailleurs, Maurice achète alors,  “ l’Art ”, ouvrage dont le sculpteur est l’auteur, après avoir déclaré : – En somme je n’ai encore trouvé personne qui me passionne autant que Rodin.

  2. Soucieux de comprendre la musique et de l’identifier avec les sentiments dont elle est extraite, il ne pouvait être insensible en littérature, à la musique que recèle la poésie, et notamment celle de Paul Verlaine vers lequel il se tourne, en ce début d’année : – c'est plein d'accents très humainement sentis et exprimés, c'est délicieux et douloureux, comme la vie. Je ne connais rien à la musique, mais j'ai cru voir que très souvent, il répète successivement des assonances semblables ce qui donne quelque chose de musical à ses vers.

  3. Toujours fixé rue des Saints Pères, Loutreuil s'inscrit une fois encore au concours d'entrée aux Beaux-Arts mais n'en achève pas les épreuves.

  4. Il envoie à la même époque une étude du Casque d'Or à l'exposition de la Société des Amis des Arts du Maine.

  5. Maurice constate alors qu’il y a des architectes qui commencent à mettre des fresques sur la façade des maisons  et que c’est le mode de décoration le moins cher et qui donne les effets les plus artistiques.

  6. Un atelier de fresque, sous la direction de Paul Baudouin, vient justement de se créer (il s’y inscrit), en même temps qu’une occasion se présente à lui de faire ses premières armes dans ce domaine et d’espérer pouvoir en tirer quelque profit :

–  j'ai commencé et j'ai la ferme intention d'étudier à fond une esquisse sur de très grands travaux qui ont lieu en ce moment boulevard des Italiens.

On a abattu tout un "pâté" de maisons et on reconstruit, et çà s'élève à vue d’œil. Je voudrais en dégager l'animation qui y règne et arriver à y mettre à la fois du réalisme et du style... mais l'homme propose et Dieu dispose.

– Si je fais quelque chose de passable, je l'exécuterai à fresque, car je fais maintenant de la fresque dans un atelier qu'on vient d’ouvrir à cet effet à l'Ecole, le métier est très agréable, mais je ne sais s'il convient bien à notre époque où l'on se moque un peu de la solidité du travail. Aussi je ne fais presque plus de dessins, pour l’instant car il est grand temps que je travaille sérieusement si je veux arriver à quelque chose.

  1. La première commande d’une fresque de 2 mètres carrés, qu’il se voit confier le 10 mai 1912, pour la propriété de M. et Mme. Matthey au Plessis Trévise, et qu’il réalise le 28 juillet suivant, vient conforter son sentiment.

  2. Je suis encore tout bouleversé de joie, écrit-il 3 jours plus tard, en annonçant que l’architecte Georges Pradelle lui demande à son tour de collaborer à l’exécution d’une fresque, au 5ème étage d’un immeuble de Neuilly, pour 1f50 de l’heure, et nourri .

  3. Ces 2 commandes l’incitent à décider de prospecter à son retour de vacances, pour voir si l’on voudrait lui  confier quelques pans de mur à décorer .

Une entrevue, le 11 septembre, en compagnie de son ami manceau Jacques Bouvier, avec l’architecte Raoul Brandon, récemment nommé professeur à l’Ecole des Beaux Arts, lui donne à ce sujet de sérieux espoirs.

  1. D’une visite au Salon d’Automne, Loutreuil retient des recherches d’ameublement très intéressantes, mais rien de bien extraordinaire dans la peinture.  J'aime toujours beaucoup Desvallières et Fornerod, mais à part les quelques noms connus et quelques autres exceptions peut-être, il me semble que le niveau d'art à ce Salon n'est pas plus élevé qu'au Salon des Artistes Français, c'est-à-dire que dans ce dernier les exposants cachent leur insuffisance sous un monceau d'habilité, de science et de plagiats, tandis qu'au Salon d'Automne ils l'étalent en plein jour. Au fond ce sont les mêmes hommes, pas plus parfaits les uns que les autres, mais ayant eu une éducation différente, qu'ils soient bohèmes dépenaillés ou bourgeois dissimulant leur misère, lequel vaut le mieux, je me le demande.

J'ai vu les envois de Lombard et d’Othon Friesz, mais je crois qu’il est bien difficile de porter un jugement individuel, autant qu'il m'est permis de le dire, ils ne m'attiraient pas beaucoup, sans doute parce que je ne les comprends pas bien. Othon Friesz m'a semblé dériver de Cézanne.

  1. En octobre il loue 16, rue des Canettes, pour 390 francs, une sorte d’appentis en planches sur cour, tout à côté de Saint-Sulpice, dont écrit-il, les cloches rappellent absolument celles de Chérancémon village, à l’angélus . Il partage cet  atelier  avec son camarade de la Roche d’Oisy,  non peintre , et avec lui aussi, pour tout plat quotidien,  cuite dans la cheminée,  une soupe composée de pommes de terre, navets, et un ou deux litres de lait , affirmant  se nourrir très bien à bon compte   pour quinze à vingt sous chacun par jour environ.

  2. Mais les divergences apparues entre l’enseignement qui lui est délivré et ses aspirations se confirment : en novembre Loutreuil est renvoyé de l'atelier de G. Ferrier, sous prétexte - dit-il - que j'étais très dangereux pour mes camarades et que ce que je faisais ne convenait pas dans une école. Il est vrai qu'il avait précédemment écrit : – Ce qui me répugne à l'Ecole des Beaux Arts, c'est qu'on y traite la peinture comme une science, on y fait des savants, mais pas d'artistes.

  3. Dans l’espoir de trouver dans la peinture décorative à fresque un moyen de concilier le vrai art et la Société , l’étudiant renonce alors définitivement à la section « Peinture » des Beaux Arts et ne fréquente plus que l'atelier de fresque de Paul Baudouin (auteur des fresques du péristyle du jardin du Petit Palais à Paris) qui constate ses “ progrès étonnants, faisant espérer beaucoup ”, et porte sur lui d'excellentes appréciations pour 1912-1913 et 1913-1914.

  4. A l’automne, toutefois, après qu’Eugène Delâtre a passé ses vacances à Chérancé, Maurice décide d’aller également s’initier auprès de lui au métier de l’eau forte en couleurs, en même temps, semble-t-il qu’à la technique de l’estampe.

  5. On sait que beaucoup d’artistes connus étaient alors familiers de l’atelier du graveur au 87 de la rue Lepic ; Steinlen notamment, que Loutreuil y rencontra : – L'autre jour comme j'étais chez Delâtre, Steinlen était là et racontait que Degas avait rencontré dernièrement M. Doucet, un riche amateur qui venait de vendre avec un bénéfice de plusieurs millions sa collection de tableaux, et voilà le dialogue qu'ils ont échangé :

“  Bonjour mon cher Degas - comment allez-vous ?

- Pardon Monsieur, mais je ne vous remets pas très bien.

“  Mais je suis M. Doucet, vous me connaissez bien.

- M. Doucet ! mais il est mort.

“  Mais puisque c'est moi M. Doucet.

- Mais puisque je vous dis qu'il est mort.

“  Enfin, je vous assure ………

- Enfin je le sais bien moi qu’il est mort puisqu’on vient de faire sa vente ”.

Degas est d'ailleurs renommé pour ses mots cruels, ajoutait alors Maurice, au sujet de cette histoire dont Félix Fénéon, dans le bulletin de la Vie Artistique, devait prêter 9 ans plus tard à Jacques Doucet en personne, une version quelque peu différente… et moins gênante pour le collectionneur…

  1. Si des essais d’estampe en couleur, faits par Loutreuil en décembre, ne répondent pas à son attente et l’amènent à renoncer à exécuter une série d’estampes d’actrices dont on pensait le charger, il a néanmoins la satisfaction de se voir confier par Delâtre une première commande d’eau-forte pour un menu de la Société des Amis du Livre et un projet d’affiche pour le chocolat Avion.


1913

  1. Delâtre m’est d’un grand secours,  constate Loutreuil, après que ce dernier lui ait trouvé en janvier d’autres estampes à faire, travail suivi en février d’une nouvelle commande d’eau-forte.

Le don d’une petite eau-forte à la tombola de l’Union Sarthoise, en septembre suivant, constituera la dernière allusion connue de Maurice aux techniques de la gravure, qu’il paraît avoir abandonnée pour mieux se consacrer à la fresque.

  1. A l’atelier de Baudouin, en ce début d’hiver, l’élève fresquiste fait connaissance de André Masson, son cadet de 11 ans, récemment arrivé de Belgique avec sa famille, sur le conseil d’Emile Verhaeren, (ami de son maître Constant Montald) qui lui a dit que “ la peinture se fait à Paris ”.

  2. Maurice deviendra – selon Masson –  “ son meilleur ami de l’époque ”  : ils sont alors compagnons de travail ; voyagent ensemble ; Leurs goûts artistiques les rapprochent et seront la source d’échanges ininterrompus entre eux pendant plus de 6 ans, notamment en matière de littérature et de musique au sujet de laquelle Loutreuil exprime pour la première fois, à l’époque, combien il la sent liée à la peinture, dont il veut par contre éloigner la littérature : – Je suis allé dimanche soir écouter à l'église de la Sorbonne le Christ au mont des Oliviers de Beethoven et l'Enfant Prodigue de Debussy – et j'y retournerai le plus souvent possible – je lis en ce moment une histoire de la musique et un volume sur Wagner, j'ai une vraie fringale de musique en ce moment et je voudrais en rapprocher la peinture le plus possible.

  3. Il pose d’ailleurs clairement, dès cette époque, les bases de ce monde de beauté et d’harmonie qu’il désire orchestrer : – Mon principe maintenant en art est de voir tout en bien, toute la nature en beau et de tâcher de le faire voir ainsi à tout le monde, et comme moyens pour cela, de pénétrer tout ce qu'il peut y avoir d’harmonie dans la nature – surtout la musique – J’ai une immense faim de musique et je veux en faire en peinture.

Je crois qu'il y a beaucoup à tenter de ce côté, par opposition formelle avec la littérature que je veux rejeter complètement de la peinture ; arriver à quelque chose qui charme, – qui émeuve et qu'on chérisse et qui vous soit une source où puiser de la joie pure – du bonheur, toutes les variétés du bien, suivant la personne elle-même qui la regardera.

  1. La prédilection de Loutreuil pour les sentiments exprimés par les danses libres d’Isadora Duncan ne se dément pas, à l’annonce du malheur qui la frappe au lendemain d’un spectacle de gala au Châtelet en faveur de la coopération des artistes : – Je suis allé voir hier soir Isadora Duncan – et les journaux d’aujourd’hui annoncent la mort par accident de ses 2 filles (en fait la noyade de sa fille Deirdre et de son fils Patrick) – elle avait eu hier soir un succès énorme – notamment dans “ La jeune fille et la mort ” par quoi elle avait fini le spectacle et qui se trouve être de lugubre circonstance.

  2. Il n’en demeure pas moins cependant un lecteur assidu : – Je viens, (écrit-il), de lire un très beau volume sur Wagner et aussi un sur Verhaeren. Et c'est toujours Verlaine que je préfère, c'est vous dire si je lirais ses “ Dialogues mystiques ” avec joie.

  3. Présent pour la 1ère fois dans une exposition importante, Loutreuil envoie en avril un fragment de fresque au 23ème Salon de la Société Nationale des Beaux Arts.

  4. 4ème et dernière inscription sans résultat, à la même époque, au concours des Beaux Arts, surtout, semble-t-il, afin de pouvoir en justifier, pour conserver son statut d’élève subventionné.

Arrivés l’un et l’autre de Vilna, Chaïm Soutine, inscrit le 17 juillet 1913 puis Michel Kikoïne, inscrit le 3 novembre 1914, entreprendront eux aussi de préparer le concours, mais après avoir été admis à l’atelier Cormon (ils sont, il est vrai, plus jeunes ! sinon plus célèbres…).

  1. Employé pour 100 f. par mois depuis mars à la retouche photographique au Radical, Maurice continue à rechercher aussi, - mais sans grand succès - l'application commerciale de ses études de fresque, pour l’exécution de panneaux décoratifs, dessins, enseignes, affiches...



1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

similaire:

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconA : École supérieure de la cuisine française, Centre Jean Ferrandi...

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconTel : 03. 21. 31. 39. 51- fax : 03. 21. 87. 38. 94

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconAdresse Tél & Fax

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconAdresse Tél & Fax

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconTél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586 Mobile : (+44) (0) 794 127 1010

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 icon75 avenue du Progrès 69680 chassieu tél : 04 78 60 57 00 Fax : 04...

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconSéance 3 L’art de la description – le traitement de l’espace et des objets
«rue d’Antin», «rue Laffitte» (chap. I), «rue de Provence», «rue du Mont-Blanc», «rue Louis-le-Grand», «rue de Port-Mahon» (chap....

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconLaurent lopez 10 rue Jean dor

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 iconMarina montalbo 1 rue du Val Boulier – 76560 doudeville tél. 06 13 89 44 33

Jean levantal – 5, rue Coq Héron. 75001 Paris – Tél / Fax 01. 42. 36. 96. 89 icon15 rue de Tournon 75006 paris








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com