Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921








télécharger 429.69 Kb.
titreEmmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921
page4/15
date de publication16.04.2017
taille429.69 Kb.
typeManuel
p.21-bal.com > documents > Manuel
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15
khouya25. L’État hébreu ne compte jamais sur les pays hôtes pour veiller à la sécurité de ses ressortissants. Quelque en soit la raison, méfiance, paranoïa, culte du secret ou autre, c’est un principe chez eux.

- Ça peut alors signifier deux choses : soit ils estiment que le grand maître n’est pas une personnalité assez intéressante pour risquer quoi que ce soit sur notre sol, mais j’en doute vu le contexte et les enjeux, soit ils ont pris des dispositions qu’ils souhaitent garder secrètes. J’en ajouterais bien une troisième, néanmoins hautement improbable : ses bodyguards ne seraient quand même pas descendus dans un autre hôtel ?

- La, la ! Ce serait parfaitement stupide de leur part ! Ça ne colle pas avec l’idée d’une surveillance rapprochée. Je penche plutôt pour ta deuxième hypothèse. Mais je n’aime pas du tout ça… Je n’ai rien a priori contre une collaboration avec des services de sécurité étrangers, mais je réprouve les opérations en sous-main qui s’avèrent souvent non productives, sinon risquées. Écoute, il faut absolument résoudre cette question des gardes du corps, on ne peut pas se contenter de suppositions.

- La liste des passagers du vol Iberia, suggéra Idrissi. On pourrait savoir qui a embarqué au départ de Tel-Aviv et qui a embarqué à l’escale de Madrid, ça donnerait déjà des indications. Qu’en penses-tu ?

- C’est une piste… De toute façon, je compte être demain à l’aéroport pour attendre le vol de Tel-Aviv. J’y resterai ensuite jusqu’à l’arrivée des Iraniens, dont l’avion atterrit deux heures plus tard. Il s’agit de ne pas les oublier ceux-là !

- Combien seront-ils, de leur côté, nos Persans ?

- Eh bien ! D’après le directeur de l’hôtel, huit chambres ont été réservées par l’intermédiaire d’une agence de tourisme iranienne. On connaît leur identité, mais mystère sur leur fonction respective. Probablement un ou deux secondants pour assister le grand maître et un représentant de leur Fédération nationale, quant aux autres, je n’en sais rien.

- Peut-être des porte-parole du régime, des dignitaires…? Voire… des gardiens de la révolution ?

- Hum ! Intéressantes hypothèses… En tout cas je doute que des pasdaran se présentent comme tels au grand jour, leur réputation est bien trop sulfureuse. Bon, demain est un autre jour, nous en saurons plus après l’arrivée de tout ce beau monde, Incha Allāh !
Deux personnes encadrent le grand maître Bronstein. Son sophrologue et le président de la Fédération, devine le commissaire. Quant à Hansen, son secondant, il n’est attendu que dans la soirée, en provenance de Copenhague. « Quatre chambres réservées, quatre sīdi26 » : le compte est bon, note-t-il, avant de s’attacher à l’observation détaillée du grand maître, autant par conscience professionnelle que par curiosité personnelle.

Le Champion du monde paraît détendu, plus que ne l’exigeraient les circonstances, se figure Benmansour. « Mais après tout, qu’est-ce que j’en sais ? Que sais-je de la psychologie des champions d’échecs ? Et de leur préparation physique et mentale ? Wālou27 ! » reconnaît-il en toute franchise. Il comprend la présence d’un sophrologue, avec toute cette tension nerveuse qui doit s’accumuler au fil des parties. Entraîné physiquement aussi, observe-t-il, en voyant passer sous ses yeux le grand maître qui ne correspond en rien à l’image que l’on peut se forger a priori d’un joueur d’échecs. Le teint hâlé, la stature athlétique, l’allure décontractée et un large sourire qui découvre une parfaite dentition, il ressemblerait davantage à un joueur de tennis ou bien à un surfeur, tel ceux qu’on peut voir sur les plages d’Essaouira. Vieillissant certes, mais encore débordant d’énergie. Bref, il lui laisse de prime abord une impression de force tranquille, celle d’un homme prêt à relever tous les défis, notamment celui du jeune prétendant qui lui sera opposé au cours de la compétition à venir.

Benmansour n’a pas souhaité être présenté aux deux concurrents. Il préfère demeurer dans l’ombre. Un anonymat, est-il convaincu, nécessaire à la distance qu’impose la situation inédite à laquelle il se voit confronté. Il veut se garder de tout sentiment d’empathie ou d’antipathie à l’égard de l’un et l’autre des joueurs. Aucun, non plus, de ses hommes ne sera autorisé à les approcher de près durant la rencontre, hors événement imprévisible…
Une luxueuse limousine Mercedes, garée devant l’aérogare, attend ses passagers. Dès qu’il les aperçoit, précédés du pousseur de chariot à bagages, son chauffeur en livrée, un fez vissé sur le crâne, s’empresse de quitter son habitacle climatisé afin de leur ouvrir les portières en se ployant exagérément, tandis que le porteur enfourne les valises dans le coffre.

Quelques dizaines de mètres en arrière, l’inspecteur Idrissi, au volant d’une Peugeot 405 fatiguée, s’apprête à prendre en chasse la limousine, comme convenu avec son supérieur. Or, au moment où il va démarrer, un agent de la circulation trop zélé, qu’il n’a vu approcher, se met à tambouriner sur la vitre de son véhicule intercalé dans la file de taxis, pour lui signifier qu’il est en infraction et doit dégager fissa28.

- Boulīss29 ! Balek30 ! aboie furieusement Idrissi en lui brandissant au visage sa carte d’officier de la Sûreté nationale.

- Smehl-i31 Ssi Inspecteur, smehl-i…se confond l’agent en excuses, bes slāma32 !

Ce ridicule incident a fait perdre quelques précieuses secondes à l’inspecteur Idrissi. Il démarre en trombe pour tenter de rejoindre la Mercedes qu’il aperçoit s’engager à grande allure sur la bretelle de sortie de l’aéroport. Son attention est néanmoins attirée par la manœuvre d’une berline de location qui s’est glissée entre leurs deux véhicules. Intrigué, il appelle aussitôt le commissaire, resté à l’intérieur de l’aérogare pour consulter la liste des passagers du vol d’Iberia.

- Abdelaziz ! Une Laguna gris métallisé louée chez Avis, immatriculée 48556 alif 26, file la limousine. Deux hommes… Je suis derrière eux… l’informe-t-il sous l’empire de l’excitation.

- Pas de panique, khouya ! Il s’agit certainement de nos bodyguards. Ils ont dû arriver sur un vol précédent, louer un véhicule et attendre sur le parking l’arrivée de Bronstein. Garde le contact et tiens-moi au courant dès que tu arrives à l’hôtel.

- Wākha ! Je leur colle au train. À plus !
Benmansour a minutieusement épluché la liste confiée par l’agent de comptoir de la compagnie espagnole. Hormis une famille de touristes, l’ensemble des passagers israéliens ont débarqué à Madrid. Il note en revanche que deux ressortissants espagnols embarqués à Tel-Aviv-Jaffa ont poursuivi leur voyage jusqu’à Marrakech. Ce fait insolite trouble le commissaire : « Touristes…? Hommes d’affaires...? » Le voilà griffonnant sur son calepin le nom des deux « suspects » avant de rappeler son collègue.

- Allô, Fouad ! Tu es arrivé…? Pas encore... Bon, tu te renseigneras auprès du réceptionniste de l’Atlas Souss. Je veux savoir si des dénommés José Pérez et Jesus Manzanares, de nationalité espagnole, ont retenu des chambres. Ils étaient sur le vol d’Iberia. Sinon, tout est sous contrôle ? Tu les suis toujours... ? Bon, garde tes clients à l’œil, moi j’attends les Iraniens.

9

Marrakech, 5 juin
Pour accueillir le grand maître israélien et sa suite, une charmante réception est organisée au Blue Note, le piano-bar de l’hôtel qui jouxte la piscine. Après l’incontournable speech de bienvenue du directeur, sont servis à volonté cocktails de jus de fruits, verres de thé à la menthe et pâtisseries. Pour couronner le tout, se succèdent une série de petits spectacles de danses, chants et percussions, dans le style gnawa33. Cette cérémonie de bon aloi charme Boris Bronstein qui complaisamment lève son verre au toasts qui lui sont portés, n’ayant cependant d’autres pensées en tête que celles de plonger dans les eaux tentantes du bassin avant de se cloîtrer dans ses appartements pour vérifier une fois de plus les variantes d’une préparation inédite, concoctée à l’occasion de ce Championnat du monde.
De son côté, l’inspecteur Idrissi parvient à capter discrètement l’attention du directeur, momentanément seul au détour d’une allée, pour le distraire un court instant de ses occupations.

- Es-salām ali-koum ! Labāss…? Plus tard, plus tard, je suis très occupé, Ssi Inspecteur, anticipe son interlocuteur.

- El-hemdou Allāh34! Juste une minute, c’est d’une importance capitale. Je souhaiterais instamment consulter le registre des entrées. Pour les besoins du service.

- Wākha ! Suis-moi jusqu’à la réception, se résout en soupirant le manager surmené, afin de respecter la promesse de collaboration inconditionnelle qu’il a donnée aux autorités policières.

En consultant le registre, Idrissi constate que le directeur de l’hôtel a fait preuve de bon sens en répartissant les Iraniens et les Israéliens dans des chambres situées aux ailes opposées de son établissement. Il parcourt dans le moindre détail la liste des occupants de « l’étage israélien » : « Voyons… B. Bronstein, grand maître international d’échecs, Israël, ch. 201… P. Hansen, entraîneur, Danemark, ch. 203… Dr. Benyamin, sophrologue, Israël, ch. 205… M. Guedj, président de la Fédération israélienne des Échecs, Israël, ch. 207… Ah, tiens ! J. Pérez, chef d’entreprise, Espagne, ch. 202… J. Manzanares, directeur import-export, Espagne, ch. 204... Ces deux-là logent juste en face des grands maîtres Bronstein et Hansen… Bizarre ! » Il continue de parcourir la liste : « S. Papadopoulos, chef d’entreprise, Grèce, ch. 206… K. Sparkis, directeur de société, Grèce, ch. 210… Hum ! C’est on ne peut plus louche, ça fait beaucoup de businessmen dans le secteur des Israéliens… Ils sont décidément très forts pour brouiller les pistes... Abdelaziz a eu du flair ! »

Il lui reste une petite vérification à effectuer auprès du réceptionniste pour être sûr de son fait.

- Ces chambres, interroge-t-il en désignant celles des hommes d’affaires, c’est vous qui les avez attribuées ?

- La ! Ssi Inspecteur, elles ont été réservées par des agences sur Internet. Elles ont versé des arrhes. Ces chambres, pas d’autres, elles ont toutes précisé. Les chambres étaient destinées à des gens importants, des hommes d’affaires. On a dû faire déménager des clients… Elles étaient très… convaincantes, je dois dire.

- Choukrane ! Quelle excellente mémoire !

- Bla jmīl35, Ssi Inspecteur, à ton service.

En s’éloignant du comptoir, l’inspecteur Idrissi se frotte les mains d’un air satisfait. « Hé ! Hé ! Super boulot, Fouad ! se félicite-t-il avec une certaine complaisance. Informons immédiatement Abdelaziz ! »

- Les deux de la Laguna et tes deux Espagnols ont réservé des chambres en face de celles des Israéliens, résume-t-il. Il s’agit certainement d’hommes appartenant aux services secrets israéliens, j’imagine… Le Mossad ?

- Sans doute, sans doute… Protection rapprochée… Ça peut nous faciliter la tâche. J’espère seulement qu’ils se cantonneront à ce rôle, Incha Allāh !

- Que veux-tu dire par là ? Ils pourraient espionner les Iraniens, par exemple ?

- Je n’en sais fichtrement rien ! Pas de supputations hâtives. En tout cas, il va falloir garder un œil sur eux. Tu es sur le coup, khouya !

- Wākha ! T’inquiète, je ne vais pas les lâcher d’une semelle !
Tout en poursuivant cette conversation téléphonique, l’inspecteur s’en est retourné aux abords de la piscine, dans laquelle la suffocante chaleur de cet après-midi de juin a précipité une fournée de touristes. Il aperçoit, fendant la molle masse des corps immergés, le grand maître Bronstein qui, imperturbable, aligne les longueurs sous les regards intrigués de spectateurs indolemment étendus dans les transats alignés tout autour du bassin.

Consciencieux, il jette un coup d’œil circulaire afin de localiser les hommes qu’il est chargé de surveiller, les soupçonnant de rôder d’ores et déjà dans les parages. Sous les claies en roseau qui abritent quelques tables, il repère finalement, déambulant tout en sirotant des jus de fruits, un duo insolite dont l’habillement tranche avec les tenues nonchalantes et décontractées des vacanciers. Ray-Ban opalescentes, chemises sombres cintrées, baskets de marque en cuir, costumes décontractés, coupes de cheveux ultracourtes et barbes de trois jours, ils n’ont pas non plus l’allure compassée des hommes d’affaires qui peuplent à Marrakech les séminaires d’entreprise.

« Les señores Pérez et Manzanares, présume-t-il. Ils ne font pas illusion avec leur look de barbouzes. Repérables comme le nez au milieu de la figure ! »
Abdelaziz Benmansour n’est plus fait pour ces interminables attentes. L’impatience, cette funeste ennemie du policier, l’a irrémédiablement gagné. Le spectre de la vieillesse approchant a engendré chez lui un impérieux besoin d’emplir sa vie d’incessantes occupations pour fuir l’uniformité déprimante de journées sans surprises.

Aussi tourne-t-il et vire-t-il à présent, tel un fauve dans son enclos, dans le hall de l’aérogare, entre deux cafés engloutis sur le pouce à la cafétéria de la galerie. À sa fièvre vient s’ajouter une sourde irritation lorsque, lorgnant pour la énième reprise le tableau déroulant des arrivées, il lit :

CASABLANCA ATLAS JET… DELAYED 35 MINUTES
« Merde ! Foutu avion ! » peste-t-il, tout en se dirigeant d’un pas nerveux vers le comptoir d’Atlas Jet.

- Problème technique, rien de dramatique, repartit une impassible hôtesse d’accueil à sa demande d’explications.

Benmansour doit se contenter de cette réponse évasive, admettant que son interlocutrice n’en sait elle-même pas davantage. Ce retard… Il se prend fugacement à échafauder d’improbables scénarios bâtis sur la présence du grand maître iranien à bord du vol en provenance de Casablanca… Mais finit par se raisonner et museler ses vagues craintes. D’humeur rassérénée, il se décide à prendre son mal en patience en s’absorbant dans l’épluchage de la rubrique International du Monde.
Peu avant dix-sept heures trente, le vol est enfin annoncé. Le commissaire a l’impression de vivre un remake : la limousine qu’il entr’aperçoit au travers des issues vitrées de l’aérogare se garer au centimètre près à l’emplacement où elle stationnait plus tôt dans l’après-midi, le directeur de l’hôtel pourvu de son panonceau d’accueil qui se dirige vers le hall des arrivées, la même foule bourdonnante qui se presse… Un seul détail différencie les deux scènes : la survenue d’une seconde limousine qui vient se glisser derrière la première.

« Ah ! Deux limousines… Ils sont venus en nombre, nos amis iraniens, en déduit le commissaire. Eh bien ! Ce Championnat du monde d’échecs, c’est une véritable aubaine pour le bizness de l’hôtel Atlas Souss ! »

Comme deux heures plus tôt, il reste en retrait de la cohue tout en se ménageant un angle de vision qui lui permettra de guetter l’arrivée du grand maître Ali Reza Rezvani et de sa suite. Les voilà enfin ! En groupe compact, ils mettent le cap sur le directeur pour, quelques instants plus tard, se diriger vers la sortie en sa compagnie.

Benmansour gagne rapidement son véhicule. Il a juste le temps de tirer quelques bouffées de la cigarette qu’il vient d’allumer avant que les hommes ne s’engouffrent dans les Mercedes et ne soient chargés leurs bagages. En dépit de la distance qui l’en sépare, il identifie aisément le grand maître, un jeune homme de frêle constitution et d’allure anodine, engoncé dans un strict costume de couleur sombre et affublé de lunettes aux verres cerclés de métal. « L’antithèse absolue de Bronstein »
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15

similaire:

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconMorgane Jolly Lecoutey (us etrepagny)
«jeune» champion du monde vétéran, Loic Gosselin, du club de judo de Saint Marcel, va rechercher, avant tout, à se faire plaisir...

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconPrix du champion pour le 10e anniversaire de la lapho
«experts municipaux», avec le soutien du gouvernement de l’Ontario, célèbre cet anniversaire en lançant pour cette occasion unique...

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconEn revanche, une suractivité telle que la compétition de haut niveau...
D'effroyables dangers menacent la vie du champion cobaye transformé en champion-suicide. Notre inquiétude de médecins pénétrés de...

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconLe monde est-il vraiment ce qu’il parait ?
...

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconEmmanuel du pontavice 18

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconLe piège du deuxième tour

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconJe dédie le deuxième tome de ce livre à

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconDeuxième Partie: Stratégie Nationale de Sécurité Alimentaire

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconLa deuxieme enfance ( la periode d’enfant en ecole maternelle )

Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921 iconSpécialiste de l'athlétisme sur France 2 et champion de France de...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
p.21-bal.com