Emmanuel Lasker, deuxième champion du monde d’échecs, de 1894 à 1921








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Tournoi zonal16 asiatique. Sa remarquable troisième place le qualifia pour le prestigieux Tournoi des candidats17.

C’est du reste à cette époque qu’il commença à synthétiser ses idées révolutionnaires, insufflées en partie par celles de penseurs aussi divers que Aldous Huxley, Ivan Illich, ou encore Henri Bergson - auquel, singulièrement, il ressemblait par le physique – dont il avait dévoré les œuvres complètes. Ce travail de systématisation aboutit à l’application au jeu d’échecs d’une théorie originale, fondée à la fois sur la critique d’une technoscience totalitaire et la réhabilitation du concept de libre arbitre. Il la baptisa provisoirement « transprogressisme », en l’attente d’approfondissements à venir, pour signifier son enracinement dans deux notions-clés qu’il avait refondées : la nécessité d’une transgression par rapport à la norme, d’une part, l’affirmation d’un au-delà humaniste au progrès technique, d’autre part.

Ce fut loin pourtant d’être un travail solitaire, Ali Reza puisait une part de son inspiration dans de fréquents échanges intellectuels avec ses parents ou avec Firouz Adani, ami de longue date et maître international d’échecs, chacun de ses interlocuteurs professant dans leur discipline respective, la sociologie et l’architecture, des idées similaires aux siennes.
Son postulat était élémentaire : l’usage des ordinateurs, dont la puissance de calcul avait crû de manière exponentielle au cours du quart de siècle écoulé, dévoyait l’esprit du noble jeu. Les machines, selon lui, s’étaient approprié les échecs au détriment des joueurs de chair et de sang, qui les avaient dès lors élevées au rang de maîtres à penser, voire de dieux omniscients. Les implacables jugements assénés par les saint Fritz, saint Rybka et saints consorts18, idoles des temps modernes, ne souffraient pas d’être remis en cause par les faillibles êtres humains, ravalés au rang d’adorateurs inconditionnels, sinon d’esclaves. L’obéissance absolue aux lois du silicium se substituait dorénavant à l’expression créative du libre arbitre.

Rezvani n’avait nullement l’intention de fonder une nouvelle école. Il abhorrait sectes et chapelles, religieuses ou d’autres sortes, dont les dogmes conduisaient à l’appauvrissement d’une pensée libre et vivante, au même titre que celui contre lequel il se rebellait à présent : l’infaillibilité de la technologie.

Connaissant sur le bout des doigts son histoire des échecs modernes, il reliait ses phases successives aux grands courants de pensée artistiques, culturels et sociaux des deux siècles écoulés : romantisme, classicisme, hyper-modernisme, rationalisme scientifique… Il admettait que chacun avait nourri le jeu d’apports théoriques et pratiques essentiels et ne niait pas non plus que le dernier en date, caractérisé par l’usage de la technologie cybernétique, l’ait également enrichi. Chaque courant émergent, cependant, ne faisait jamais table rase des acquis des précédents, le processus d’évolution procédait par intégrations qui, au fur et à mesure de leur succession, alimentaient le corpus de connaissances.
Il suffit à quiconque d’observer le déroulement d’une partie d’échecs pour parvenir aux mêmes conclusions que Rezvani. Deux adversaires qui se font face, un échiquier et des pièces qui sont alternativement mues par l’un et l’autre. Les joueurs pensent, réfléchissent, calculent, élaborent des stratégies… Certes. Mais ne font-ils réellement que cela ? Sous leur masque d’apparente impassibilité, ne perçoit-on pas, chez l’un un léger tremblement des mains au moment de jouer un coup mûrement médité, chez l’autre l’exsudation de quelques gouttes sur son front plissé lorsqu’il est sous le feu d’une attaque ? Ces manifestations incongrues ne trahissent-elles pas un submergement de la raison raisonnante par des émotions incontrôlées ? Oubliées, à ces instants de vérité, les analyses objectives et les préparations maison, conçues avec l’assistance de logiciels hyperpuissants. Ne sont plus, devant l’échiquier, que deux êtres à l’ego vulnérable, agissant sous l’empire de leurs peurs et de leurs désirs.
Firouz Adani serait du voyage à Marrakech. Le grand maître Ali Reza Rezvani l’avait élu comme secondant en vue de sa préparation pour le Championnat du monde et il tenait dès lors à ce qu’il l’accompagnât jusqu’au bout… Jusqu’au titre, qui sait ?

Rezvani dut batailler ferme pour imposer sa décision. Diverses instances l’en dissuadèrent, qui auraient préféré lui adjoindre un grand maître dans les papiers du pouvoir. La direction du Renseignement et de la sécurité nationale voulait en outre lui imposer la présence durant le match les « préparateurs mentaux » Mohammad et Hachemi. Après un long bras de fer psychologique, les deux parties transigèrent : Firouz Adani serait le secondant officiel du grand maître, les pasdaran seraient ses coaches.

7

Marrakech, 4 juin
Le commissaire a convoqué tôt dans la matinée l’équipe dédiée à la surveillance du Championnat du monde d’échecs - une poignée d’hommes auxquels il accorde toute confiance - afin de finaliser le dispositif qu’il a mis au point la veille.

La nuit durant, d’obsédantes pensées ont hanté son esprit, qui lui ont valu une abominable insomnie. Ce n’est qu’aux alentours des cinq heures qu’il s’est enfin assoupi, peu avant d’être tiré de son lit par l’horripilante sonnerie du réveil. Il est, en ce matin pourtant annonciateur d’une radieuse journée, d’une humeur de dogue que ne parviennent à dissiper, ni les bienveillantes attentions de Khadija, son épouse bien-aimée, ni les folâtres éclats de voix de Marwan et Najat sous les orangers du patio, ni les succulentes crêpes nappées de miel, disposées sur une soucoupe auprès de son café, dont il se délecte de coutume. C’est ruminant et grommelant qu’il parcourt à pied les quelques hectomètres le séparant du commissariat de la Medina, répondant du bout des lèvres aux es-salām ali-koum19 et aux labāss20 des affables commerçants qu’il croise chaque matin.
Parmi les policiers qui se retrouvent dans le hall du commissariat, seul l’inspecteur Fouad Idrissi a été mis dans la confidence par leur supérieur. Ce dernier est pour l’heure confiné dans son bureau afin de mettre une dernière main aux préparatifs du briefing. Sa tâche préliminaire sera de convaincre chaque membre de son équipe du bien-fondé de la mission qu’il va leur confier. Déjà, il anticipe les interrogations de ses hommes quant à l’ampleur du dispositif qu’il a imaginé par rapport à « l’insignifiance » de l’événement, du moins concernant le « maintien de l’ordre ».

Benmansour punaise sur le planisphère du continent africain, couvrant en partie une cloison de son bureau, le plan de l’hôtel Atlas Souss qu’avec minutie il a dressé la veille au soir avec l’aide de son directeur. Il invite ensuite à venir le rejoindre les policiers qui patientent dans le hall en sirotant, qui leur café, qui leur thé à la menthe. La pièce est exiguë, quelques chaises y ont été apportées, réduisant encore l’espace pour se mouvoir – cela fait des lustres que le commissaire réclame en vain à son administration une salle de réunion digne de ce nom – mais toute la petite escouade parvient tant bien que mal à s’y caser.

Après un bref rappel de l’événement débutant le lendemain, au cours duquel s’échangent de perplexes regards entre les policiers attentifs, le commissaire Benmansour s’efforce d’éclairer ses auditeurs sur les raisons qui l’ont amené à les mobiliser en nombre.

- Vous savez, ou peut-être l’ignorez-vous, que la République islamique d’Iran et l’État hébreu sont depuis longtemps à couteaux tirés. Les provocations des ayatollahs iraniens auxquelles répondent les vociférations des dirigeants israéliens ont conduit la tension à son comble. Et aujourd’hui, nous, le royaume du Maroc, qui n’avons jamais pris parti dans ce conflit larvé, héritons de l’accueil d’un Championnat du monde d’échecs qui va opposer deux joueurs de ces nations…

À ce point de son discours, le commissaire s’interrompt quelques instants afin de laisser à ses hommes le temps de digérer les prémices du briefing.

- Nous sommes pris entre deux feux, c’est ça, Ssi Abdelaziz ? interroge le gardien de la paix Ali Benjelloul.

- En quelque sorte, Ali, tu as résumé la situation. Et nous devons naturellement observer une stricte neutralité. C’est entre autres pour sa position non partisane que notre royaume a eu l’honneur d’être choisi pour accueillir le Championnat du monde d’échecs. En haut lieu, on compte sur nous pour que la rencontre se déroule pour le mieux. Nous devons en conséquence, nous, forces de sécurité, veiller au grain. En toute discrétion, cela va sans dire ! D’ailleurs, nous serons tous en civil durant cette mission, inutile de le préciser.

- Mais que peut-il se passer de délictueux, questionne à son tour le brigadier Ahmed Benhaddou. Un match d’échecs, c’est quand même pas la guerre !

- Dieu seul le sait ! Une guerre psychologique, très probablement. Espérons qu’elle ne dégénèrera pas en incidents sur notre sol, que nous aurions alors à gérer, intervient l’inspecteur Fouad Idrissi.

- Incha Allāh ! C’est une lourde responsabilité, Ssi Fouad, remarque pertinemment Benhaddou.

- Je suis heureux de te l’entendre dire, réagit à son tour le commissaire. J’en suis le premier conscient mais si je vous engage sur cette opération c’est que je vous fais entièrement confiance pour la mener au mieux. Notre mission sort du cadre traditionnel, mais je suis convaincu que vous accomplirez parfaitement les tâches qui vous seront dévolues, poursuit-il sur un ton solennel. Bien, passons aux aspects concrets.

Se saisissant prestement de sa longue règle en bois – souvenir de ses années de collège - il se lève de son coin de table pour se diriger vers le mur où est affiché le plan de l’hôtel Atlas Souss.

- L’hôtel comporte une entrée principale qui donne sur l’avenue du Président Kennedy. Benhaddou et Benjelloul, vous serez affectés à sa surveillance. À proximité du portail, qui reste ouvert durant la journée, se trouve une guérite où se tient un homme qui appartient au service de sécurité de l’établissement. Son rôle est de vérifier sommairement l’identité des personnes entrantes et de manœuvrer la barrière à bascule pour laisser passer les véhicules qui se rendent sur le parking et les taxis qui amènent des clients. Ce vigile a reçu des consignes pour renforcer les contrôles dès aujourd’hui et jusqu’à la fin du match et au départ des délégations. A vingt-trois heures, il termine son service et ferme la grille du portail. Benjelloul, puisque tu es encore célibataire, tu feras les nuits. Et pas question de dormir dans la guérite, il s’agir de veille active jusqu’au lever du soleil !

Les allusions du commissaire suscitent quelques rires étouffés de la part des collègues de l’infortuné gardien de la paix, connu pour ses déboires sentimentaux et sa propension aux longues siestes.

- Wākha, Ssi Abdelaziz ! Je serai fidèle au poste, c’est un grand honneur, acquiesce le gardien de la paix en se mettant au garde-à-vous.

- Ça va comme ça, Ali, pas besoin d’en rajouter, je compte sur ta vigilance. Au moindre doute, tu m’appelleras sur mon portable, je serai joignable à n’importe quelle heure. Bien, Ahmed, tu relaieras Ali dans la journée. Tu ne risques pas de t’ennuyer avec le vigile Sebbar, il est plus bavard qu’une pie. Que ça ne t’empêche pas pourtant d’ouvrir l’œil !

- OK, Ssi Abdelaziz, ma kayne mouchkil21 ! Tu te souviens de l’affaire du Jardin Majorelle, rappelle à son supérieur le brigadier Benhaddou, alias Ahmed « Œil de faucon ».

- Bien sûr ! C’est grâce à ta perspicacité que nous avons pu démanteler ce réseau de pickpockets qui dévalisaient les touristes et les mettre sous les verrous. C’est bien pour cette raison que je t’attribue ce poste-clé… Au fait, Ahmed, tu joues aux échecs ?

- La22 ! Mais je suis un champion aux dominos. Demande donc à l’inspecteur Belali qui ne veut plus m’affronter !

- Je te crois sur parole. Tu devrais te mettre aux échecs, tu as toutes les qualités requises. Avec Fouad, on pourrait presque monter un club, lance le commissaire afin de détendre l’atmosphère.

- Bon, reste l’entrée des fournisseurs sur l’avenue el Qadissia, reprend-il plus sérieusement. De l’avis du directeur de l’hôtel, celle-ci n’appelle pas de surveillance particulière. En dehors des horaires de livraison où un chaouch23 est présent, le portail à double battant est toujours verrouillé… Quant à nous trois, Belali, Idrissi et moi-même, nous serons présents à l’intérieur du complexe hôtelier durant la journée. Notre rôle consistera à rester aux aguets afin d’anticiper le moindre incident, notamment durant les parties qui se dérouleront l’après-midi.

Pour conclure, Benmansour n’omet de leur désigner d’un geste éloquent le précepte mnémotechnique du rhéteur Quintilien - qu’il a fait sien en le calligraphiant patiemment en arabe – affiché depuis des lustres au-dessus de son bureau : Quis, quid, ubi, quibus auxilius, cur, quomodo, quando ?24 Piqûre de rappel à sa méthode si se produisait d’aventure quelque événement requérant l’exercice de leur intelligence policière.

8

Marrakech, 5 juin
En provenance de Tel-Aviv-Jaffa, via Madrid, l’Airbus A320 de la compagnie Iberia atterrit peu avant quatorze heures à l’aéroport Menara.

Dans le hall des arrivées, le directeur de l’hôtel Atlas Souss, accompagné d’un porteur qu’il vient d’enrôler sur le parking, patiente en retrait d’une foule bigarrée au comble de l’agitation. Dès que les premiers passagers se présentent à la sortie de la zone douanière, il brandit au-dessus de la marée de têtes, qui gênent en partie sa vision, un panonceau à l’en-tête de l’hôtel sur lequel s’inscrivent en lettres capitales les nom et titre de l’hôte attendu :

M. BORIS BRONSTEIN – CHAMPION DU MONDE D’ÉCHECS
Au même moment, une silhouette arpente le hall à pas mesurés, lançant de temps à autre un œil aigu sur la photo glissée dans sa paume. Il s’agit bien du grand maître qui s’avance à présent : Benmansour l’identifie sans hésiter, en dépit de son visage aux traits vieillis et de sa drue chevelure poivre et sel qui contrastent avec le portrait déjà ancien illustrant la rubrique Wikipédia qui lui est consacrée.
Avant son entretien de la veille avec le directeur de l’Atlas Souss, le commissaire supposait que toute une cohorte accompagnerait le Champion du monde lors de son séjour à Marrakech, ce qui ne manquerait pas assurément de leur compliquer la tâche. À son vif soulagement, son interlocuteur le détrompa, lui révélant que seules quatre chambres avaient été retenues par les Israéliens, aux noms du grand maître Bronstein, de Per Hansen, son secondant, du docteur Benyamin, sophrologue, et de Michel Guedj, président de la Fédération israélienne des échecs.

Plus tard, alors qu’il regagnait à pied le poste de police, le fait lui revint à l’esprit. Un curieux détail le mettait mal à l’aise et l’impression de soulagement qu’il avait de prime abord ressentie s’estompait inexorablement au fur et à mesure de sa progression hâtive au long de l’avenue el Qadissia. Ses pensées le ramenaient constamment à cet étrange constat : le grand maître israélien séjournerait à Marrakech sans gardes du corps pour assurer sa sécurité… Sitôt arrivé à destination, il s’en ouvrit à l’inspecteur Idrissi.

- Les Israéliens n’ont réservé que quatre chambres à l’Atlas Souss

- Ah ! réagit instantanément l’inspecteur, ce n’est pourtant pas dans leurs habitudes d’envoyer une personnalité à l’étranger sans la flanquer d’une escorte !

- C’est exactement ce que je pense,
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