Propos et textes recueillis, traduits et annotés








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Elégie pour cordes dans un concert d'abonnement de la saison suivante.

La seconde fois, ce fut quelques semaines plus tard, à Mexico, lorsque Herrera de la Fuente (71) me pria de diriger à plusieurs reprises l'Orchestre National du Mexique. C'était mon premier « vrai » concert. J'avais dix-neuf ans.

Si au Curtis Institute, le diplôme obtenu ne menait nulle part, à l'Université du Minnesota, il permettait d'accéder au Master of Arts. Je pratiquai la même méthode qu'à Philadelphie et obtint ainsi mon Master of Arts en deux ans au lieu de quatre. En dehors de la musique, j'étudiai les littératures espagnole et latino-américaine. Ma thèse fut ma  Partita . En dehors de ce que m'apprit Doráti, qui fut énorme et essentiel, tout le reste s'avéra négligeable.

Doráti était en conflit permanent avec Sokoloff, le manager de l'orchestre. Ce dernier eut le dessus puisque Doráti dut donner sa démission. Comme cadeau d'adieu, il prépara pour Sokoloff une bande enregistrée de hurlements. Il était d'un tempérament terrible. En aucun cas un modèle dans le domaine comportemental. C'était un dictateur. Mais un très grand chef d'orchestre. Je fus son dernier élève. Il avait en effet déclaré au Minneapolis Tribune qu'après moi, il ne prendrait plus personne. J'avais eu la chance de profiter de l'enseignement d'un des derniers Grands Maîtres d'une tradition en voie de disparition. Un privilège rare, une chance inouïe.

Lors de ma deuxième année à Minneapolis, j'avais fait la rencontre de Mme Faith Smyth, une mécène qui semblait cultiver le complexe dit de « Von Meck » (celle qui soutint, sans d'ailleurs jamais le rencontrer, Tchaïkovsky). Elle avait favorisé de nombreuses carrières.

Elle me prit sous sa protection, me commandita une œuvre pour grand orchestre(Partita) qui non seulement me servit de thèse pour l'obtention de mon diplôme supérieur (Master of Arts) mais que, grâce à elle je pus diriger, (avec l'accord de son directeur, Howard Mitchell), à la tête du National Symphony Orchestra de Washington. Je présentai Mme Smyth à Doráti et elle accepta de sponsoriser l'enregistrement de sa Symphonie. Maintenant, mes études étaient finies. L'avenir me semblait flou, incertain.

Mais ma plus grande expérience était à venir, celle d’être chef associé de Leopold Stokowski, directeur du tout nouveau American Symphony Orchestra de New York.

14.  Il y a chez vous un instinct, une intuition innée pour

diriger un orchestre
C'est de la manière la plus naturelle que j'ai commencé à diriger, vers l'âge de onze ans. J'ai donc appris de la même façon qu'un enfant apprend à marcher : par l'expérience et en évitant de commettre deux fois la même erreur. J'étais persuadé que c'était chose parfaitement normale. C'est pourquoi je ne peux même pas me souvenir de la première fois où j'ai travaillé avec un grand orchestre. Ni d'aucune peur ou quelconque émotion liées à cet événement. Je crois, néanmoins, que ce fut à Minneapolis, en 1958, lorsque Antal Doráti me demanda d'effectuer la première lecture d'orchestre de la totalité du second mouvement (andante cantabile, con alcuna licenza) de la Cinquième Symphonie de Tchaïkovsky.

J'avais, bien évidemment, idée de comment c'était supposé être joué, mais il m'a alors semblé que j'étais incapable de faire démarrer l'orchestre, que j'essayais, en vain, de faire bouger un éléphant. Quelque acte positif dut se passer, puisqu'à la fin, plusieurs instrumentistes vinrent me féliciter. J'étais comme anéanti, mais heureux. Fidèle à son habitude, Doráti ne fit aucun commentaire. Mais le lendemain, il m'invita à diriger mon Elegie lors d’un des concerts d'abonnement de la saison 1958/59.

Un an plus tard, mon attitude face à un orchestre était toute autre. Je n'avais plus aucun problème à faire partir et à contrôler un grand ensemble symphonique. J'avais acquis une maîtrise certaine. Il est vrai que plusieurs expériences avec des ensembles de haut niveau professionnel avaient affiné mon bagage technique. Notamment comme chef invité de l'Orchestre National du Mexique, et comme responsable de l'Orchestre de l'Université de Minneapolis (Minnesota).

C'est à la fin de ma deuxième saison auprès de Doráti que je revins en Uruguay, après quatre ans d'absence et y dirigeai pour la première fois l’Orchestre SODRE. Etaient inscrites au programme La Grande Pâque Russe de Rimsky-Korsakov, et la Huitième Symphonie de Beethoven, dont les critiques jugèrent ma lecture trop stricte, trop carrée ! Je crois qu'ils avaient raison. La liberté, à l'intérieur même d'un rigoureux cadre classique me fut permise plus tard, grâce à l'expérience d'une part, aux subtilités apprises des grands maîtres (Monteux, etc) d'autre part. Par la suite, cette Huitième Symphonie deviendra l'un de mes chevaux de bataille et l'un de mes succès tant en salle que sur disque.
15. Il semble que diriger comporte certain risque inattendu !
En 1975, je fus invité par l'Université de Mexico (qui est probablement la plus gigantesque de la planète) pour mettre sur pied et diriger un festival consacré à la musique contemporaine. Les solistes venaient des Etats-Unis, les orchestres et les chœurs étaient mexicains.

Le festival s'avéra une complète réussite et un large succès populaire. Lors du concert de clôture où je dirigeai une vaste œuvre chorale et orchestrale due au compositeur hispano-mexicain Rodolfo Halffter (frère de Ernesto et oncle de Cristobal), j'eus un accident qui me valut la première page des journaux un peu partout dans le monde.

J'étais arrivé par le vol en provenance de Pittsburgh et mes bagages avaient été égarés. J'avais donc un urgent besoin de vêtements, etc, et d'une baguette pour diriger. Le chauffeur venu me prendre et à qui j'exposai mon problème me rétorqua de ne pas m'inquiéter car, disait-il : « Les baguettes d'orchestre, à Mexico, vous pouvez en acheter à chaque coin de rue ! ».

Ce que je fis au premier arrêt. Mais au lieu d'être de bois, la baguette était, malheureusement, en fibre de verre, fabriquée de façon évidente à l'usage des chefs de bandas. Quand le bois se brise, la cassure est nette et sans grand danger. Quand c'est de la fibre de verre, la baguette se métamorphose en une arme tranchante et redoutable. Il était à craindre que la baguette se casse durant le concert en heurtant le pupitre porte-musique métallique et se transforme ainsi en une lame effilée.

La partition d'Halffter nécessite un immense chœur qui encercle littéralement le public. Comme j'essayai frénétiquement de le faire chanter en faisant un tour complet sur moi-même, ma maladresse et mon élan voulurent que je me perce la main gauche. La baguette se brisa en deux morceaux. L'un traversant ma main gauche, l'autre, minuscule, toujours enchassé dans mon poing droit. Possédé par l'intensité de la musique, en totale osmose avec l'œuvre, je n'éprouvai alors ni douleur, ni surprise, ni choc quelconque. Je continuai à diriger jusqu'au bout.

Comme l'œuvre touchait à sa fin, tandis que je battais la mesure de la main droite, je m'arrangeais pour extirper le morceau de baguette de la gauche, sans manquer une seule battue. Les musiciens me regardaient, horrifiés, effarés. L'ovation qui suivit fut si tonitruante qu'on se serait cru à la fin d'une corrida.

Et la douleur arriva. On me transporta illico à l'American Hospital pour y recevoir une piqure antitétanique que je refusai de toutes mes forces quand je m'aperçus que l'infirmière déchiffrait très lentement, et avec difficulté, les instructions inscrites sur la boite contenant les aiguilles.

La nouvelle fit la une des journaux mexicains. Et fut reprise avec ampleur par divers journaux américains dont le New York Times. Elle fit le tour des agences par télescripteurs et Time Magazine m'interviewa sur les dangers de la direction d'orchestre !

La semaine qui suivit, Sir Georg Solti eut un semblable accident en dirigeant le Don Giovanni de Mozart au Metropolitan Opera de New York. Un peu différent, toutefois, car il se servait d'une baguette en bois, pas très longue et se piqua la paupière. On baissa le rideau et la représentation dut s'interrompre. Solti fut soigné et réconforté. Les médias n'en firent aucun écho, totalement indifférents. « Ils doivent croire que les chefs d'orchestre font ça tout le temps », me dit Solti peu après.

Hélas, mon accident, lui, eut une fâcheuse conséquence. Un des nerfs de ma main gauche était sérieusement endommagé, ce qui m'obligea à renoncer au violon. Ce ne fut pas une tragédie, car ma profonde passion musicale allait surtout à l'écriture et à la direction d'orchestre.

Notes

(1) L'ouverture dite 1812, opus 49, fut composée en 1881 par Tchaïkovsky (1840-1893) à la demande de Nicolai Rubinstein (1835-1884) pianiste, chef d'orchestre et pédagogue. La première exécution eut lieu le 20 août 1882. L'œuvre évoque à l'aide de cloches, coups de canon, citations de thèmes folkloriques, de  La Marseillaise , de l'Hymne National Russe et de  Dieu, préserve ton Peuple  la retraite forcée de Napoléon Ier, stoppé à Borodino par les troupes de Koutouzov, en 1812. Serebrier en a fait, à ce jour, trois enregistrements. Le 1er avec l'orchestre de Melbourne, le second avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres, et le troisième avec l'orchestre de Bamberg. Rappelons qu'Antal Doráti avait été le premier chef à en effectuer un enregistrement avec de vraies cloches et d'authentiques coups de canon ( à la tête de l'orchestre de Minneapolis) dans les années cinquante.

(2) Un mile terrestre équivaut à 1609 mètres.

(3) Léopold Auer (1845-1930) : violoniste et pédagogue russe. Il eut pour élèves, notamment Jascha Heifetz, Misha Elman. Célèbre pour avoir refusé le Concerto de Tchaïkovsky qui lui était dédié.

  1. Jascha Heifetz (1901-1987) : élève de Leopold Auer. Il fuit la Révolution Russe pour se rendre aux Etats-Unis. Citoyen américain en 1925. L'un des plus grands violonistes de tous les temps. C'est pour lui que Prokofiev, Castelnuovo-Tedesco, Walton, Korngold, Rόzsa écrivirent concerti et pièces diverses. Il fut le violoniste préféré des plus grands chefs : Barbirolli, Toscanini, Cantelli, Reiner, Beecham. Parmi ceux qu'il forma : Pierre Amoyal, Kyung Wha Chung, Erik Friedmann. Il se produisit en trio avec Artur Rubinstein (piano) et Gregor Piatigorsky (violoncelle) avec un succès triomphal ( cf. Million Dollar Trio,  1952, documentaire de Jules Dassin).

  2. SODRE (ou S.O.D.R.E.) : l’institution officielle de radio et de télévision d’Uruguay, semblable à celles de la BBC ou de Radio France. C’est une organisation indépendante, comprenant un orchestre symphonique, un quatuor à cordes, des ensembles de musique de chambre, un chœur à plein temps, un ballet, et qui organise chaque année une saison de concerts. SODRE signifie : Service Officiel de Diffusion Radio-Electrique.

  3. Nicolai Rimsky-Korsakov (1844-1908) : descendant d'une famille noble. D'abord officier de Marine, il n'abandonna la carrière militaire que tardivement (1905) malgré le succès grandissant de son œuvre (opéras, poèmes symphoniques). Auteur de Schéhérazade, Capriccio espagnol, Sadko, Mlada, Le Coq d'or, le Tsar Saltan, etc. Chef de file du groupe des cinq (surnommé « clique puissante ») auquel appartenaient Moussorgsky, Balakirev, César Cui et Borodine. Son Traité d'orchestration doit beaucoup à celui de Berlioz.

  4. Vicente Ascone (Italie 1897-Uruguay 1979) : « C'était un homme merveilleux et un enseignant hors pair. C'est lui qui m'apprit l'harmonie et la théorie à l'Ecole Municipale de Musique. Il utilisait, pour ses cours, la méthode du français Dubois. Il me facilita, par la qualité de son enseignement, l'accès à la classe d'Estrada, créée à l'ouverture même du Conservatoire. C'était aussi un compositeur non négligeable, qui jouait parfois sa propre musique. Contrairement à Santórsola ou Estrada, qui écrivaient une musique très « européenne », alors fort à la mode, Ascone utilisait, lui, des thèmes d'Amérique du Sud » (J. Serebrier, lettre à M. Faure).

(8) Shtetl (Stetl ou Shtetel) : bourgade à forte population juive des pays de l'Est. Le réseau de ces bourgades et ghettos juifs disséminés en terre chrétienne de la Baltique à la Mer Noire, de l'Oder au Dniepr fut appelé Yiddishland. Au XIXème siècle, les Tsars expulsèrent des villes les juifs qui allèrent grossir la population des Shtetls. On lira avec profit le livre de Rachel Ertel Le Shtetl entre les deux guerres (Payot, Paris).

Très belle description filmée d'un Shtetl dans Yankel le Forgeron (Der Singendiker Schmid, Etats-Unis : The Singing Blacksmith), d'Edgar G. Ulmer (1904-1972), réalisé en 1938.

Beltz ou Belz, a fait l'objet d'une chanson de J. Jacobs et A. Olshanetsky, enregistrée par Moshe Leiser (chant), Ami Flammer (violon), Gérard Barreaux (accordéon).

(9) Cacher ou casher ou kasher (hébreu : bon, utile) : religieusement propre à être utilisé ou consommé. La Cashrout (ou Cacherout) est l'ensemble des lois alimentaires de la Torah (Pentateuque, cinq premiers livres de la Bible, au sens général : ensemble de la loi juive).

(10) Baal Shem Tov ( en hébreu : le maitre du bon nom, c’est à dire le thaumaturge, le bienfaisant). Surnom de Israel Ben Eliezer (1700-60), fondateur en 1740, en Pologne, du mouvement Hassidique (Hassid : pieux, pluriel : Hassidim). Mouvement socio-religieux populaire d'inspiration piétiste et mystique qui met l'accent sur la joie et la ferveur de la prière plutôt que sur l'érudition talmudique, le Talmud étant le code de la loi orale et comprenant la Mishnah et la Guemarah. Il a deux aspects, l'un législatif, la Halakha, l'autre édifiant, la Haggadah. Les Hassidim portent le Caftan.

(11) Shoah : extermination des juifs d'Europe par les nazis. L'un des crimes majeurs de l'histoire de l'humanité. Génocide perpétré avec une froideur et une absence d'humanité inconcevales. Et qui a pulvérisé l'illusion que le développement de la culture (et de la science) allait de pair avec le progrès moral (cf. George Steiner : La Culture contre l'Homme, ou Dans le Chateau de Barbe-Bleue, le Seuil, puis Gallimard).

(12) Montevideo : capitale de l'Uruguay, située sur le Rio de la Plata. Un million et demi d'habitants. Production et exploitation de viande, laine, peaux, industries textiles et alimentaires. Trois grands poètes français sont nés à Montevideo : Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont (1846-1870), Jules Laforgue (1860-1887), Jules Supervielle (1884-1960).

(13) Mamele (en Yiddish : maman) : dénomination respectueuse et admirative de la mère juive, pivot éternel du foyer. Glorifiée dans le film Yiddish homonyme de Joseph Green et Konrad Tom (1938) avec la célèbre Molly Picon.

(14) Bar-Mitzvah : jeune garçon qui atteint sa majorité religieuse (treize ans) . Par extension, fête qui marque cette date.

(15) Kibboutz (pluriel Kibboutzim) : mot hébreu qui désigne une exploitation communautaire, généralement agricole, en Israel.

(16) Shabbat ( repos ) : jour de repos hebdomadaire qui commence le vendredi soir et prend fin le samedi soir à la sortie des étoiles. Temps pendant lequel les juifs prient pour célébrer la création achevée par Dieu.

  1. Isaac Bashevis Singer (1904-1991), Israel Joshua Singer (1893-1944), Cholem Aleikhem (1859-1916), Isaac Leib Peretz (1852-1915) : écrivains yiddish de première grandeur. Né à Varsovie dans une famille de rabbins hassidiques, Isaac Singer a traduit Flaubert et Knut Hamsun en yiddish. Il fut journaliste avant d'être romancier. Parmi ses œuvres majeures : Gimpel le Fou, Le Domaine, Le Manoir, Le Magicien de Lublin, Yentl, La Famille Moscat, La Corne du Bélier, Ennemies. Prix Nobel 1978. Son frère aîné Israel Joshua est l'auteur, lui aussi, d'admirables romans : Les Frères Ashkenazi, Yoshe le Fou, La Famille Carnovsky, Fer et Acier. Cholem Aleikhem (littéralement : paix sur vous) : De son vrai nom Cholem Rabinovitch, fut chassé de Russie par les pogroms de 1905. Il rejoint les Etats-Unis où il est accueilli par Mark Twain. Auteur du fameux : Tevié le Laitier (Un Violon sur le Toit), porté deux fois à l'écran (M. Schwartz et N. Jewison). Créateur du personnage de Menahem Mendel (à l'écran Solomon Mikhoels, dans le Bonheur Juif, réalisé en 1926 par Alexis Granowski). Auteur également des Contes Ferroviaires, du Tailleur Ensorcelé et Autres Contes. I. L.Peretz, juif polonais influencé par Henri Heine. Ecrit d'abord en hébreu. Après le pogrom de Kichinev, devient chantre du yiddish, qu'il déclare « langue nationale juive ». Auteur de drames symbolistes en vers blancs : La Nuit sur le Vieux Marché, la Chaine d'or, Enchainé devant le Temple. Auteur également de nouvelles : Contes Hassidiques.

(18) Opéra composé par Jacques Offenbach (1819-1880) juste avant sa mort (il ne manque que les dernières mesures) et dont la Barcarolle est devenue un Must international, une pièce incontournable dans les concerts populaires, un Bis célébrissime, presque une rengaine. Elle dure un peu plus de quatre minutes.

(19) Ces quatre suites furent écrites par Jean Sébastien Bach (1685-1750) entre 1717 et 1725, parallèlement aux Concertos Brandebourgeois et à la Passion selon Saint-Jean.

(20) Guido Santórsola (Italie 1904-Uruguay 1997) : c'est avec lui que José Serebrier étudia le solfège, la théorie musicale et la composition. C'est lui qui conduisit la création mondiale de l'Elégie de Serebrier, en 1954, au Brésil, à Bello Horizonte. C'était aussi un brillant violoniste et un altiste de talent, un excellent pianiste, un chef méticuleux et un compositeur fécond. Les vingt dernières années de sa longue vie, il devint un spécialiste reconnu de la guitare. Les élèves venaient du monde entier pour suivre ses Master Classes à Montevideo. Son œuvre écrite pour guitare solo, guitare et orchestre ou ensemble de guitares sont des classiques du genre. Santórsola et Estrada étaient en lutte perpétuelle pour le contrôle du minuscule milieu musical de la capitale. Plus rusé, plus habile politiquement, Estrada gagnait presque toujours. « Pendant un temps, j'étudiai simultanément avec les deux. Au Conservatoire National avec Estrada, en privé avec Santórsola. Mais leur incessant et implacable combat me fit prendre conscience que si je voulais faire une carrière musicale, avec le minimum d'atouts et de possibilités pour y parvenir, je devais impérativement aller étudier et travailler dans un pays plus grand, où la compétition était moins rude et où il y avait de la place pour tout le monde » (J. Serebrier, lettre à M. Faure).

(21) Léopold Stokowski (1882-1977) : célèbrissime chef d'orchestre né en Angleterre naturalisé américain. Chef des orchestres de Cincinnati, Philadelphie, Houston, American Symphony. Fut un invité privilégié de toutes les grandes formations mondiales. Champion incontesté des musiques de Mahler, Schoenberg, Ives et aussi de beaucoup de nouveaux compositeurs du monde entier. Chef d'orchestre du film Fantasia (1939) de Walt Disney, il apparut également aux côtés de Deanna Durbin dans One Hundred Men and a Girl (Deanna et ses Boys), réalisé en 1937 par Henry Koster. Avant d'être chef d'orchestre, il avait été organiste à Londres.

(22) Erich Kleiber (1890-1956) : chef d'orchestre autrichien, naturalisé argentin. Il fit la plus grande partie de sa carrière en Allemagne. Directeur de l'Opéra de Berlin (1923-1933), créateur du Wozzeck de Berg (1926), du Christophe Colomb de D. Milhaud (1930). Il quitte l'Allemagne en 1935 en protestation contre l'antisémitisme et la politique culturelle du régime nazi. Grand interprète de Beethoven, Mozart, Richard Strauss, il est le père du non moins grand chef d'orchestre Carlos Kleiber (né en 1930).

(23) Fritz Busch (1890-1951) : chef d'orchestre, frère du grand violoniste Adolf Busch (1891-1952) et du comédien Willi Busch (1893-1951). Successivement en poste à Riga, Gotha, Aachen, il dirigea régulièrement l'Opéra de Stuttgart et la Philharmonie de Berlin. Il succéda en 1922 à Fritz Reiner à la tête de l'Opéra de Dresde. Il quitte l'Allemagne à l'arrivée des nazis au pouvoir. De 1934 à sa mort, il fut directeur des orchestres de Stockholm et de Copenhague et surtout du festival de Glyndebourne. Il a réalisé de fabuleux enregistrements mozartiens (opéras). Il fut aussi un incomparable interprète de Beethoven et de Richard Strauss.

(24) Hermann Scherchen (1891-1966) : chef d'orchestre et pédagogue allemand, il a été le créateur des principales œuvres d'avant-garde de l'entre-deux guerres et entre 1945 et sa mort, il a formé nombre de musiciens d'importance : Maderna, Nono, Xenakis, Hartmann. Interprète exceptionnel de Bach, Schoenberg et Malher.

(25) Nikolai Malko (1883-1961) : chef d'orchestre russe. Elève de Rimsky-Korsakov et de Glazounov. Successivement directeur de l'Orchestre de la Radio Danoise, de celui de Sydney. Il a gravé, de 1951 à sa mort, des dizaines de disques consacrés à la musique russe, Haydn, Beethoven, à Paul Hindemith (avec Hindemith lui-même à l'alto !). Il est l'auteur d'un Concerto pour clarinette, écrit à l'intention de Benny Goodman. Rappelons qu'il fut le créateur de la Première symphonie de Chostakovitch (en 1926).

(26) Artur Rodzinski (1892-1958) : chef d'orchestre d'origine polonaise. S'installe aux Etats-Unis en 1938. Directeur de l'Orchestre Philharmonique de New York de 1943 à 1947. Ardent défenseur de la musique du XXème siècle. Présida à la formation du NBC Symphony pour Toscanini. A enregistré avec succès en Grande-Bretagne et en Italie.

(27) Antal Doráti (1906-1988) : chef d'orchestre et compositeur hongrois, naturalisé américain. Directeur des Orchestres de Dallas, Minneapolis, National Symphony, Detroit, Stockholm. Principal chef des London Symphony, BBC Symphony, Royal Philharmonic. Spécialiste de Kodály (dont il fut l'élève), de Bartók, de Brahms et de Beethoven. Commandita de nombreuses œuvres signées Piston, W. Schuman, Hindemith, etc. Auteur de Symphonies, d'un Concerto pour piano (qu'il enregistra avec sa seconde épouse, Ilse Von Alpenheim), de Variations pour piano sur un thème de Bartók, etc. On lui doit un livre de souvenirs, Notes on Seven Decades (1979).

(28) Paul Hindemith (1895-1963) : altiste virtuose, chef d'orchestre, pédagogue et compositeur allemand. Opposé au nazisme, il dut s'exiler et passa une partie de sa vie aux Etats-Unis et en Suisse. On lui doit des opéras (Cardillac, Mathis Der Maler), des ballets (Nobilissima Visione, les Quatre Tempéraments), des Métamorphoses Symphoniques (sur un thème de Weber), d'innombrables et passionnantes pièces concertantes (violon, alto, piano) et de musique de chambre, de partitions pour piano solo (Ludus Tonalis) et de cycles chantés qui ont ouvert de nouveaux horizons dans le domaine du  « lied » (exemple : Das Marienleben, d'après R. M. Rilke).

(29) Paul Paray (1886-1979) : chef d'orchestre et compositeur français. Grand prix de Rome 1911. Dirigea les Concerts Lamoureux, les Concerts Colonne, l'Orchestre de Monte-Carlo. C'est en 1939 qu'il se produisit pour la première fois en Amérique avec le Philharmonique de New York. Après avoir donné sa chance à Yehudi Menuhin, dirigé à Boston, Chicago, Pittsburgh et Philadelphie, il est nommé en 1952 Directeur Musical de l'Orchestre de Detroit. Il y restera jusqu'en 1963. Il apparut en public pour la dernière fois à quatre-vingt dix ans à la tête de l'ensemble du Curtis Institute. Comme compositeur, on retiendra de lui : une Symphonie pour cordes, une pour grand orchestre, des sonates, des ballets et une Messe pour le 500ème anniversaire de la mort de Jeanne d'Arc qui bénéficia de plusieurs enregistrements dont un par lui-même.

(30) Juan José Castro (1895-1968) : chef d'orchestre argentin qui joua un rôle éminent dans le développement de la vie musicale de son pays. Il créa de nombreuses partitions de compositeurs contemporains sud-américains (Panambi de Ginastera en 1937, par exemple). Son opéra Proserpina y el extranjero (1952) gagna la compétition, sponsorisée par la Scala de Milan pour le cinquantième anniversaire de la mort de Verdi. C’est la soprano Rosanna Carteri qui tenait le rôle titre à la création.

(31) Composée par Ernest Chausson (1855-1899) en 1889-90, cette symphonie en si bémol opus 20, d'une durée de trente-trois minutes fit l'objet de remarquables gravures du 78 T au CD : Monteux, Ansermet, Paray, Martinon, Eduardo Mata, José Serebrier (avec l'orchestre de la RTBF).

(32) Carlos Estrada (Uruguay, 1909-1970) : premier directeur du Conservatoire National de Musique de Montevideo. Il avait fait ses études en France, était amoureux de la culture française et francophile fervent. Très grand pédagogue (théorie, composition). José Serebrier suivit ses cours pendant deux ans. Il fut aussi l'un des chefs d'orchestre et compositeurs les plus importants de son pays.

(33) Doktor Faustus (écrit de 1943 à 1947), dans lequel son auteur, Thomas Mann (1875-1955), prix Nobel de littérature (1929) conte l'histoire d'Adrian Leverkuhn, compositeur dodécaphoniste (Schoenberg lui servit en partie de modèle, qui détesta le portrait censé être plus ou moins le sien). Un chef d'œuvre à la fois religieux et démoniaque, au style éblouissant. Rappelons que la vie du compositeur y est racontée par un ami.

(34) Eleazar de Carvalho (1912-1998) : chef d'orchestre brésilien. Elève de Serge Koussevitzky à Tanglewood, condisciple de Léonard Bernstein. Koussevitzky lui conseilla de se consacrer à la musique contemporaine, essentiellement. Ce que fit de Carvalho qui devint l'un des chefs incontournables du répertoire du XXème siècle dans les deux Amériques.

« J'ai rencontré de Carvalho lorsque je dirigeais la première de mon ouverture, « La Légende de Faust », à Montevideo. Je le vis plusieurs fois par la suite, à Tanglewood, en 1956 et 1957. En 1958, je devins son élève, dans la classe de direction d'orchestre dont il avait la charge. Mon compagnon de chambre, élève comme moi, s'appelait Seiji Ozawa. De Carvalho était un excellent professeur, très rigoureux sur la gestuelle, les mouvements nécessaires à une bonne direction. Zubin Mehta, Claudio Abbado furent aussi ses élèves à cette époque. Mais, curieusement, aucun d'entre eux ne le mentionne dans sa biographie » (J. Serebrier, lettre à M. Faure ). Rappelons que Tanglewood (Lenox, Massachusetts) est la résidence d'été, le lieu du Festival et de l'Institut de Musique du Boston Symphony Orchestra.

(35) Serge Koussevitzky (1874-1951) : chef d'orchestre russe naturalisé américain. Fondateur des Editions Musicales Russes qui éditèrent Prokofiev et Stravinsky, à l'époque (1916-1920) inconnus. Emigre aux Etats-Unis en 1924 où il prend la direction du Boston Symphony Orchestra jusqu'en 1949. Fonde en 1938 le Berkshire Music Center et en 1942 la Koussevitzky Music Foundation qui suscite la naissance de nombreuses œuvres contemporaines (Bartók, Harris, Hanson, Honegger, Messiaen, Copland). Il avait d'abord été contrebassiste et a écrit pour cet instrument un Concerto référentiel. Un véritable mécène à qui maints compositeurs et chefs d'orchestre doivent beaucoup.

(36) John Cage (1912-1992) : compositeur américain inventif, extravagant, d'une originalité qui dérangea souvent. Il a travaillé (entre autres) avec Henry Cowell et A. Schoenberg. L'un des premiers à intégrer des bruits à la musique traditionnelle (Construction en Métal, 1939). Créateur de la technique dite des « pianos préparés » (on introduit entre les cordes des corps étrangers pour en modifier la résonnance, pour exemple Bacchanale). A écrit pour les ballets de Merce Cunningham. L'un des initiateurs de la musique aléatoire. Pionnier de la musique sur bande magnétique. Il a expérimenté toutes les techniques avec plus ou moins de bonheur. Plus qu'un véritable créateur, il fut un découvreur, un catalyseur, un stimulateur hors pair. Ce qui lui valut nombre de récompenses (Academy of Arts and Letters, Fondation Guggenheim).

(37) Aaron Copland (1900-1990) :  compositeur americain. Elève de Karl Goldmark, puis de Nadia Boulanger (1921-1926). On retrouve dans sa musique les influences de Stravinsky, Hindemith aussi bien que du folklore américain traditionnel ou du jazz. Il fit dans les années cinquante quelques tentatives sérielles sans lendemain. Professeur de composition très prisé (Tanglewood). Musicien de films désormais classiques (le Poney Rouge, Our Town, Something Wild). Auteur de Rodeo, Billy le Kid, Appalachian Spring, El Salón Mexico, d'un Concerto pour piano, d'un pour clarinette (à l’intention de Benny Goodman), de A Lincoln Portrait, Short Symphony, Organ Symphony, American Songs, Connotations, Dance Symphony,Fanfare for the common man (à l’origine début du quatrième mouvement de la grandiose Troisième symphonie).

(38) Samuel Barber (1910-1981) : compositeur néo-romantique par excellence. S'aventura un temps dans le néo-classicisme puis le dodécaphonisme. Auteur de concerti pour piano et violon, de symphonies, de quatuors à cordes, de ballets (Medea), d'œuvres opératiques (Vanessa, sur un livret de Menotti, Antoine et Cléopâtre), de chansons (Hermit Songs, Prières de Kierkegaard), de scènes dramatiques chantées (les Adieux d'Andromaque, Knoxville été 1915, d'après James Agee). Longtemps critiqué par l'Intelligentsia d'avant-garde, il est aujourd'hui aimé et respecté de tous les musiciens et interprètes et l'un des auteurs américains les plus joués au monde (grâce, surtout, à son célèbre Adagio, si utilisé par le cinéma, dans Platoon d’Oliver Stone, par exemple).

(39) Walter Piston (1894-1976) : compositeur américain issu de Harvard. Il suit, comme son compatriote Copland, l'enseignement de Nadia Boulanger. Très influencé par Hindemith, il fut l'un des maîtres du néo-classicisme américain. Auteur de Symphonies, du Ballet L'incroyable Flûtiste, de Quatuors à cordes, de pièces innombrables pour piano et de nombreux Concerti. Son Traité d'orchestration, comme ses livres sur le contrepoint, l'harmonie ou l'analyse, fait toujours autorité.

(40) Roy Harris (1898-1979) : compositeur américain. Lui aussi élève de N. Boulanger. Néo-romantique imprégné de Country, de folklore western. Maître de la Fugue et du Choral. Sa Troisième Symphonie (1937) fut l'une des plus jouées dans les salles américaines. Auteur prolifique : Poèmes Symphoniques, Concerti (dont un pour accordéon), musique de chambre. Orchestrateur puissant et brillant.

(41) Edgard Varèse (1883-1965) : compositeur américain d'origine française. On ne lui rendit justice qu'après 1945, grâce à des gens comme Pierre Boulez, qui mirent en évidence son génie novateur, même révolutionnaire. Il avait été élève de Widor, de d'Indy et de Roussel et avait travaillé avec Busoni et R. Strauss. Expérimentateur génial et complexe des premiers instruments électroniques, son apport à la musique contemporaine a été primordial (rythme, timbre). Auteur de Offrandes, Amériques, Arcana, Ionisation, Densité 21,5 (pour flûte), Ecuatorial, Deserts, Nocturnal (principales œuvres s'échelonnant de 1921 à 1961).

(42) Carl Ruggles (1876-1971) : compositeur américain. Avec Charles Ives, l'un des pères fondateurs de la musique américaine du vingtième siècle. Auteur de Angels (1920), Men and Mountains, Sun-Treader, Evocations (1945), Lilacs (1924), Portals (1925), Organum pour orchestre (1946).

(43)  Ionisation  : composée en 1931 par Varèse. Œuvre pour percussion et sirènes. Partition radicale, sans intention descriptive ou évocatrice. Cependant par l'utilisation des sons issus du monde où il vit, Varèse évoque peut-être malgré lui l’environnement rude et bruyant des villes modernes.

(44)  Sun Treader  (1932) : de Carl (ou Charles) Ruggles. Troisième partie d'une sorte de triptyque intitulé Men and Angels, dont la première partie s'intitule Men and Mountains, et la seconde Angels. Ruggles commença ce triptyque en 1920, l'acheva en 1932 et en tira une suite en 1936. Partition dense, puissante, contrastée dont l'écriture pour les cordes et les cuivres est d'une texture complexe. Un des compositeurs américains les plus originaux, souvent comparé à Charles Ives.

(45) Charles Ives (1874-1954) : compositeur américain. Une des personnalités les plus curieuses, les plus originales du XXème siècle musical. L'un des pionniers du langage sonore de notre temps. Son œuvre abondante comprend quatre Symphonies, des pièces diverses pour orchestre (Central Park in the Dark, Three Places in New England, Robert Browning Overture, The Unanswered Question, etc), pour petites formations (Tone Roads, The Pond, Rainbows), des sonates (Concord Sonata pour piano). Prix Pulitzer 1947. Fondateur avec Julien Myrick de la « Ives and Myrick Assurance Co ». Un inventeur, un expérimentateur, un prophète, un esthète.

(46) Virgil Thomson (1896-1989) : compositeur et critique américain. Fut élève de Nadia Boulanger. Ne se rattache à aucune école, aucun système. Eclectique et d'une immense culture artistique. On lui doit : Four Saints in Three Acts, opéra d'après Gertrude Stein, Filling Station, ballet, Louisiana Story, superbe musique pour le film de Robert Flaherty, The Plow that Broke the Plains, The River, suites pour des documentaires de Pare Lorentz. A travaillé pour le théâtre (notamment pour Orson Welles) et laissé un abondant catalogue d'œuvres pour chant, musique instrumentale, de partitions concertantes ou de musique de chambre. On lira avec intérêt le livre que lui ont consacré John Cage et Kathleen Hoover ( Sagamore Press, USA 1959, Buchet-Chastel, France 1962, traduction de Lily Jumel).

(47) Hugo Balzo (Uruguay 1914-1982) : le plus célèbre pianiste d'Uruguay de son temps. Directeur artistique du SODRE (l'équivalent de l'Orchestre de Radio-France ou du BBC Symphony). C'est lui qui recommanda Serebrier à Antal Doráti par l'intermédiaire d'un télégramme envoyé de Montevideo à Minneapolis, en 1958, au moment même où Serebrier venait d'obtenir son diplôme au Curtis Institute.

(48) Erik Satie (1866-1925) : compositeur français. Esprit brillant mais farfelu. Auteur d'une œuvre passionnante mais parfois singulière, si ce n'est étrange. On lui doit : Trois Gymnopédies (1888), Trois Gnossiennes (1890), Pièces Froides (1897), Jack in the Box (1917), Parade (1917), Socrate (1918), Relâche (1924). On l'aperçoit dans le film avant-gardiste de René Clair, Entracte (1924). Il aura une grande influence sur le groupe des six.

(49) Efrem Zimbalist (1889-1985) : violoniste russe, élève, comme Heifetz, de Leopold Auer. Débute aux Etats-Unis sous la direction d'Arthur Nikisch (1ère américaine du Concerto de Glazounov). Marié une première fois à Alma Gluck, puis à M. Curtis Bok. Père de l'acteur Efrem Zimbalist Jr et grand-père de l'actrice Stephanie Zimbalist. Il posséda le dernier authentique violon fabriqué par Stradivarius.

(50) Eugene Ormandy (1899-1985) : de son vrai nom Jenö Blau. Chef d'orchestre hongrois, installé aux USA en 1927. Successeur de Leopold Stokowski à la tête de l'Orchestre de Philadelphie qu'il dirigea pendant plus de quarante ans. Spécialiste de Rachmaninov (dont il fut l'ami), de Kodály (dont il fut l'élève), de Chostakovitch, de Tchaïkovsky, mais aussi des compositeurs contemporains américains (Thomson, Harris, Barber, Yardumian, Creston, etc). Il a accompagné les plus grands solistes, de Rubinstein à Horowitz, d'Oistrakh à Rostropovitch.

(51) Howard Hanson (1896-1981) : compositeur et chef d'orchestre américain. Auteur de l'opéra Merry Mount (1934, créé sous la direction de Tullio Serafin avec Lawrence Tibbett, l'un des plus fameux barytons d'avant-guerre), de 7 symphonies, de concerti, de Lament for Beowulf, Mosaics, North and West (poèmes symphoniques). Directeur de la Eastman School of Music et du Eastman Rochester Orchestra avec lequel il a enregistré pour Mercury un nombre impressionnant de disques, tous consacrés à la musique américaine de son temps (Barber, Ives, Moore, Piston, Gould, Griffes, Carpenter, Still, Lane, etc). Résolument tonale et néo-romantique, son œuvre s'affirme aujourd'hui puissante et séduisante. Il avait été élève de Respighi (ce qui est évident dans sa façon d’orchestrer) et Prix de Rome pour son ballet Californian Forest Play.

(52) Bohuslav Martinů (1880-1959) : pratiquement autodidacte, ce grand compositeur tchèque travailla par la suite avec Roussel et fut influencé aussi bien par Stravinsky, le néo-classicisme d'un Hindemith, que par l'Ecole Française « impressionniste ». Auteur de plus de quatre cent œuvres, dont : les Fresques, les Paraboles (écrites pour Charles Munch), Concerto Grosso, de symphonies (la 6ème pour Charles Munch et l'orchestre de Boston), Concerto pour violon, Concerti pour piano, Concerto pour clavecin, la Prophétie d'Isaïe, Concerto pour deux orchestres à cordes, timbales et piano, 5 Madrigaux, etc. Une musique tonale, polytonale, aux rythmes souples et changeants. Il a aussi composé de nombreux opéras, un peu tombés dans l'oubli.

(53) Einojuhani Rautavaara (né en 1928) : compositeur finlandais, issu d'une famille de musiciens, il est le plus important représentant de la musique de son pays. Il est l'auteur de plusieurs symphonies, de quatuors à cordes, de l'opéra La Mine, d'un Requiem de notre temps (1953) pour cuivres et percussion, de pièces pour piano, pour chœurs. Parmi ses partitions majeures, Prevariata (1958), Concerto pour violon, Isle of Bliss, Angels and Visitations, Angels of Light (7ème symphonie), Angel of Dusk, Playground for Angels, Concerto pour piano (écrit pour le pianiste Vladimir Ashkenazy).

(54) Notamment  Angels and Visitations  (composé en 1978 et inspiré d'un poème de R. M. Rilke) avec l'orchestre de la Radio d'Helsinki.

(55) Walter Goehr (1903-1960) : chef d'orchestre allemand puis anglais. Il n'eut jamais la célébrité que méritait son grand talent. Il avait été l'élève de Schoenberg et dirigé le BBC Symphony Orchestra pendant de nombreuses années. Sa version du Messie de Haendel était celle que préférait Igor Stravinsky. Il mourut d'une attaque cardiaque à l'issue justement d'une représentation de cet oratorio célèbre. Il était le père du compositeur Alexandre Goehr (né en 1932).

(56) Lukas Foss (né en 1922) : compositeur, chef d'orchestre, pianiste et professeur né en Allamagne puis naturalisé américain. Diplômé du Curtis Institute de Philadelphie en 1942. Pianiste du Boston Symphony Orchestra (avec Charles Munch), professeur à l'UCLA, directeur de l'orchestre de Buffalo. Auteur de compositions vocales qui lui valent de nombreuses récompenses (La Prairie d'après Carl Sandburg, Song of Anguish (Isaïe), Song of Songs, Parable of Death, Psalms). Compositeur également de Ode et Symphony of Chorales (pour orchestre), de Quatuors à cordes, de Concerti pour piano, d'un Concerto pour violoncelle (dédié à Rostropovitch), de Time Cycle (créé par Leonard Bernstein), Elytres, Paradigm, Geod, Baroque Variations, etc. Grande activité pianistique, instrumentale (percussion). Il a été l'élève d'Hindemith, de Koussevitzky, de Reiner et de Randall Thompson (nombreuses bourses et prix : Guggenheim, New York Critic's Circle, Pulitzer Scholarship, etc). Il a enregistré de nombreux disques (Sibelius, Ives, Milhaud, Bartók, Skalkottas, Foss, Cage) à la tête de l'orchestre de Buffalo ou du Zimbler Sinfonietta (Boston).

(57) Seiji Ozawa (né en 1935) : le plus célèbre chef d'orchestre japonais. Diplômé de la Toho School of Music. Elève et disciple d'Eugene Bigot, de Charles Munch, de Leonard Bernstein et d'Herbert von Karajan. Directeur des orchestres de Toronto, de San Fransisco, de Boston. Directeur du Festival de Ravinia (Chicago Symphony Orchestra). L'un des artistes les plus sollicités (et les plus talentueux) de la direction d'orchestre. Il est aussi excellent dans l'opéra. Créateur de nombreuses œuvres contemporaines (Messiaen, Dutilleux, William Russo, Ishii, Takemitsu, etc).

(58) Charles Munch (1891-1968) : chef d'orchestre français, directeur de la Société des Concerts du Conservatoire (1938-1946). Succéda à Koussevitzky à Boston en 1949. Présida à la création (1967) de l'Orchestre de Paris. Il avait été premier violon du Gewandhaus de Leipzig (1925-1932). Il assura de nombreuses créations (Honegger, Dutilleux, Martinů, Bernstein (Kaddish Symphony)). Grand interprète de Ravel, Debussy, Berlioz. Auteur de Je suis chef d'orchestre (publié en 1954).

(59) Hugh Ross : directeur de la Schola Cantorum de New York. Effectua de nombreux concerts (et enregistrements) avec Toscanini, Walter, Bernstein (avec ce dernier sont disponibles les CD de Mahler (3ème), Ravel (Daphnis et Chloé), Vaughan-Williams, Bach (Magnificat).

(60) Zubin Mehta (né en 1936) : chef d'orchestre hindou, fils du directeur de l'orchestre de Bombay. Elève de Swarowsky à Vienne. Dirige les orchestres de Vienne, Berlin, Rome. Directeur du Los Angeles Philharmonic à 29 ans. Directeur de l'Israel Philharmonic Orchestra, du New York Philharmonic. Grand chef d'opéra, mais aussi de musique moderne (Searle, Nono, Foss). Spécialiste de Strauss, Bruckner, Mahler et de l'école de Vienne (Berg, Webern).

(61) Claudio Abbado (né en 1933) : chef d'orchestre italien issu d'une famille de musiciens milanais. Elève de Eleazar de Carvalho et de Hans Swarowsky. Prix Koussevitzky en 1958. Prix Mitropoulos. Directeur de la Philharmonie de Vienne (1971), débute à Salzbourg en 1967. Directeur de l'Orchestre de la Scala, puis à partir de 1972 du théâtre. Succède à André Previn à la tête du London Symphony. Directeur de l'Orchestre Philharmonique de Berlin où il succède à Karajan. Directeur de l'orchestre «  Gustav Mahler » des jeunes d'Europe.

(62) Pierre Monteux (1875-1964) : chef d'orchestre français. Premier alto des Concerts Colonne et de l'Opéra-comique. Joue, pour vivre, dans les casinos (à Dieppe notamment) et les cinémas. Ce n'est que tardivement qu'il connaît la gloire comme chef d'orchestre. Directeur des orchestres de Boston, San Francisco, London Symphony, Concertgebouw d'Amsterdam. Créateur du Sacre du Printemps, de Petrouchka, du Chant du Rossignol (Stravinsky), de Jeux (Debussy), de Daphnis et Chloe (Ravel). Fondateur d'une école de direction d'orchestre dans le Maine. Fait citoyen américain en 1942.

(63) La Symphonie Inachevée de Franz Schubert (1797-1828) : la partition de cette symphonie, commencée en 1822, ne fut retrouvée qu'en 1865, chez son ami Anselme Huttenbrenner. Créée à Vienne le 17 décembre 1865, elle est en si bémol mineur et ne comporte que deux mouvements. On ne sait pas pourquoi Schubert ne termina pas cette œuvre. On sait néanmoins qu'il fit des esquisses pour un scherzo.

(64) Une Nuit sur le Mont Chauve : poème symphonique de Modeste Moussorgsky (1839-1881), composé en 1857, complété et achevé en 1886 par Rimsky-Korsakov. D'une rare puissance, cette œuvre connaît toujours un grand succès.

(65) Vittorio Giannini (1903-1966) : compositeur et professeur américain d'origine italienne. Chantre d'un conservatisme pur et dur. D'une œuvre abondante surnagent un Concerto Grosso et une 3ème Symphonie pour cuivres et percussion de belle facture.

(66) Fritz Reiner (1888-1963) : chef d'orchestre d'origine hongroise. Elève de Béla Bartók. Débute en 1909 à Budapest en dirigeant Carmen. Chef d'orchestre à Ljubjana et Dresde. Dirige la 1ère réprésentation allemande de La Femme Sans Ombre de R. Strauss avec qui il sera très lié. Directeur de l'orchestre de Cincinnati. Naturalisé américain en 1928. Directeur de l'orchestre de Pittsburgh (1938-1948). Dirige Wagner à Covent Garden avec K. Flagstad. Succède à Kubelík à la tête du Chicago Symphony dont il va faire en dix ans (1953-1963) l'un des premiers du monde. A dirigé le premier spectacle musical classique de la télévision américaine (Carmen, 1952, avec Richard Tucker et Risë Stevens). Un immense artiste.

(67) Arturo Toscanini (1867-1957) : chef d'orchestre italien. D'abord violoncelliste, remplace au pied levé un chef dans Aida qu'il dirige par cœur. Prélude à une carrière extraordinaire. Créateur de la Bohème, de Turandot, de La Fille du Far-West (Puccini) entre autres. Il fut directeur du New York Philharmonic, du Metropolitan Opera Orchestra, de la Scala de Milan, du NBC Symphony, spécialement créé pour lui. Dire qu'il fut l'un des plus grands interprètes de l'histoire musicale relève de l'évidence. Il faut à son propos parler de génie. Une légende. De la pléthore de livres qui lui sont consacrés, on lira ceux d’Harvey Sachs et d’Howard Taubman en priorité.

(68) William Smith : chef d'orchestre, assistant d'Eugène Ormandy au Philadelphia Orchestra et directeur de l'orchestre des étudiants du Curtis Institute (dans lequel Serebrier fut violoniste). Personnage sympathique, enjoué et compétent. Il ne devint jamais célèbre hors de Philadelphie et resta, toute sa vie professionnelle, assistant.

(69) Carnegie Hall : célèbre salle new yorkaise construite en 1891 grâce au mécénat du milliardaire de l'acier, Andrew Carnegie, elle comporte 2800 places. Elle faillit être détruite il y a quelques années. La mobilisation tant des artistes, que du public, fit heureusement échouer le projet. L'histoire prestigieuse de ce lieu fit l'objet d'un film homonyme d'Edgar G. Ulmer (1947), où l’on peut voir et entendre Rubinstein, Heifetz, Bruno Walter, Lily Pons, etc…

(70) David Zinman (né en 1936) : chef d'orchestre américain. D'abord violoniste, puis élève et assistant de Pierre Monteux. Directeur des orchestres de Rochester (1974-85), Baltimore (1985-95), Tonhalle de Zurich (depuis 1995). Le premier à avoir enregistré le magnifique Livre de la Jungle de Charles Koechlin, partition longtemps dédaignée, injustement.

(71) Luis Herrera de la Fuente (né en 1916) : chef d'orchestre mexicain de réputation mondiale. Le premier qui invita Serebrier à diriger, en l'occurrence l'Orchestre National du Mexique dont il était le directeur, pour deux programmes d'abonnements, en 1960. Très impliqué dans la musique de son temps, subtil pédagogue, il exerce toujours comme chef invité, malgré un âge avancé.

Deuxième Partie

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