Manuel de subversion urbaine








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§ Hamza Bellahouès. 31 ans, Mekla Blessé de 2 balles dans le dos. ” on ne peut faire du bien qu’avec du bien, pas avec du mal… “. Il parle d’une vie ” inutile, de mort anticipée… nous sommes déjà morts… “

§ M Saïd Mokrab, père d’Oulbane Mokrab, dit Azzedine, 25 ans, Larbaa Nath Irathène, tué le 28 avril

Les gendarmes ont tiré sur mon fils alors qu’il se trouvait à plus de 150 mètres de la gendarmerie ; il a reçu une balle qui lui a traversé le cou. Il était a- politique, il a été tabassé le jeudi (26), assassiné le samedi. Ici, ce n’est pas le problème d’une région, c’est le problème d’une Nation. C’est une lutte pacifique de jeunes contre la mal vie, pour l’identité… Nous voulons le jugement des criminels, je veux entendre prononcer le nom de l’assassin de mon fils…

Il voulait vivre, les enfants avaient des pierres, les gendarmes, postés sur les terrasses des gendarmeries, tiraient partout. Ils agissaient sur ordre. Ils avaient une stratégie, tirant derrière les manifestants pour qu’ils se rapprochent de la gendarmerie. Il faut que l’Union européenne fasse pression sur l’armée pour qu’elle livre les responsables des tueries car ici, la justice n’a aucun pouvoir sur l’armée… “.

A ses cotés, d’autres témoins, membres de l’association des parents de victimes de LNI, dont l’un, faisant état de ” 24 mois de services dans la Mitidja “, ont vu, le 28 avril, à 15h30, Areski Hammache et Mouloud Belkalem, être ” achevés au P.A par le Chef de la brigade de gendarmerie de Larba N.I. “.

Belkacem Bouguera, frère de Rachid Bouguera, 25 ans, de Boghni, ” Le 27 avril, mon frère, volontaire au Croissant Rouge algérien, a été abattu d’une balle dans le cou alors qu’il se rendait au siège du CRA. Les témoins ont vu que c’était un policier, membre de la Brigade Mobile de Police Judiciaire (BMPJ) qui l’avait tué. Les témoins ont subi des pressions de la police leur demandant d’accuser la gendarmerie.”

Samir Allalou, 23 ans, de Borj Menaïel, Blessé par balles le 29 avril, à Boumerdès, avec 6 ou 7 autres personnes alors qu’ils se trouvaient à plus de 500 mètres du commissariat et de la gendarmerie. Etait hospitalisé depuis 23 jours souffrant de graves blessures à l’abdomen.

M Béchar, père de Ali Béchar, 21 ans, Son fils a été blessé par une balle tirée, à Naciria, par un policier, non menacé, distant de 30 mètres au moment du tir, a plus de 500 mètres du commissariat.

Khellil Raab, frère de Slimane Raab, 23 ans, de Bouzeguene Sorti de son domicile le 28 avril, une heure après le début des manifestations, son frère a reçu une balle dans le cou alors que des manifestants fuyaient dans tous les sens. Est décédé le 14 mai.

Le frère de Kemal Irchène, 27 ans, d’Azaga, Dit que son frère a été abattu par des gendarmes tirant du toit de la gendarmerie alors qu’il portait secours à un blessé. Avant de mourir, il a écrit le mot ” Liberté ” avec son sang sur le mur du café en face de la banque. Depuis, les habitants avaient érigé une petite stèle à cet emplacement, déposaient des fleurs, allumaient, chaque soir, des bougies. A ce moment, les gendarmes à plusieurs reprises, on lancé des pierres. La veille, 21 mai, ils avaient tiré des grenades lacrymogènes sur les personnes se recueillant. On apprendrait le lendemain, que, pendant cet entretien, ils se livraient à une véritable profanation en brisant le portait de Kemal Irchène. Le juge d’Azazga a demandé au père de la victime ” d’apporter la preuve que son fils a bien été tué par les gendarmes “.

Salah Ouidir, 22 ans, de Aïn El Hammam Blessé par balle, dans la jambe, le 28 avril, à Ain El Hammam. Dit qu’alors que des écoliers effectuaient une marche pacifique en criant ” pouvoir assassin “, les gendarmes ont commencé par proférer des grossièretés. ” Ils sont revenus 20 minutes plus tard avec des kalachnikovs, nous ont poursuivi en tirant jusqu’en lsière de forêt. “. Un de ses amis venu lui porter secours a été tué.

M Aït Abba, époux de Nadia Aït Abba, 33 ans, institutrice, de Aïn El Hammam. Habitant à AEH devant la gendarmerie, dit qu’il ” a assisté à la guerre …le 26 avril, j’avais vu les gendarmes sur leur toit, filmant, photographiant… le 28 avril, son épouse, enseignante en arabe, ” qui avait peut être été vue donnant du vinaigre aux enfants suffocant dans les lacrymogènes “, a été abattue de plusieurs balles -dont une balle explosive qui lui a provoqué une lésion de 8 cm- (cf annexe) alors qu’elle se trouvait derrière la fenêtre, chez sa voisine, au 5 ème étage. Son beau frère témoigne : ” ils tiraient dans tous les sens…ils ont continué à nous tirer dessus alors que nous tentions de l’emmener sur un brancard… “. C’est ainsi qu’ils ont tué Omar Naït Amara, venu à son secours.

Brahim Bouktoube, 17 ans, de Mekla Atteint d’une balle dans le dos, le 28 avril, à Mekla, alors qu’il allait chercher son petit frère à l’école. ” Aurait été achevé s’il n’avait été évacué par des témoins… “.

le père de Kamal Rahim, 26 ans, de Boghni Décédé des suites des blessures consécutives à 3 coups de couteau. Son père ne dispose d’aucun témoignage confirmant qu’il a été frappé par les gendarmes.

Mohamed Hassani, 26 ans, de Matkas Le 28 avril, à 15h30 ; ne participant pas à la manifestation, rencontrant des ” forces spéciales ” de gendarmerie sur le trajet entre la boutique où il travaille et son domicile. Ceux-ci lui intiment l’ordre de se déshabiller, en pleine rue, puis le forcent à le faire en déchirant ses vêtements à l’aide de leurs baïonnettes. Humilié en public, , contraint de boire l’eau des égouts, battu et ne devant son salut qu’à la fuite, après voir essuyé des coups de feu. Soutenu par le président de l’APC (maire) de son village, qui raconte une tentative d’interposition menée avec son collègue de Mekla pour faire remplacer, avec l’accord des jeunes, les gendarmes par des policiers. Démarche menée sans résultat auprès du Wali (Prefet). Le commandant de gendarmerie refusant quant à lui toute négociation et repoussant, avec brutalité, la médiation de l’élu.

Dans un bilan établi en date du 21 mai, figurant en annexe de ce rapport, la Laddh dénombrait, 49 morts dans les willayas de T. Ouzou, Béjaïa, Bouira, Sétif et Boumerdès, 563 blessés, dont 221 par balles, 18 cas de sévices et tortures (Willaya de Tizi Ouzou), plus de 490 blessés (Willaya de Béjaïa).

2 ” Vive la gendarmerie, à bas Tamazight “

Nous avons pu voir ce slogan inscrit au stylo feutre sur la blouse de Nadia Ait Abba, tuée par les balles de la gendarmerie le 28 avril. Le soir de l’assassinat, les habitants d’Aïn El Hammam accusent les gendarmes d’avoir saccagé l’école et ainsi manifesté leur haine.

Contrairement aux hypothèses ou aux allégations entendues lors des rencontres avec des parlementaires et des membres du gouvernement, il suffit d’aller passer une après midi à Tizi Ouzou, ou sans doute à Béjaïa, et dans d’autres willayas, pour n’avoir aucun doute : comme les nombreuses blessures pas balles dans le dos l’attestent, les gendarmes n’ont, en aucune façon, agi, en état de légitime défense ; les moyens utilisés, armes de guerre, balles explosives, ne sont absolument pas proportionnées à la ” menace ” que peuvent représenter les manifestations pacifiques, le plus souvent d’écoliers et lycéens, du mois d’avril.

Dans plusieurs villages, les tirs ont été opérés depuis les terrasses des casernements. Des victimes ont été poursuivies, achevées.

Il convient d’observer que des policiers ont également participé à la répression et commis plusieurs assassinats. Ils sont accusés d’avoir cherché à faire disparaître des preuves en allant rechercher, dans les hôpitaux, les balles extraites des corps.

De nombreuses victimes ont reçu des convocations de juges les sommant de prouver qu’ils étaient victimes de la gendarmerie. Aux demandes de rapports d’autopsie, il n’avait jusqu’alors été répondu que par la fourniture de certificats attestant que des autopsies avaient été éffectuées…

Réponse à la ” hogra ” si fortement manifestée par les forces de répression, de nombreux habitants, des victimes, des témoins, la population, fin mai, boycottaient les gendarmes, ceux-ci étant contraints, suite au refus de les servir des commerçants, de s’approvisionner à l’extérieur de la région. Beaucoup demandaient ” le départ de la gendarmerie, qui en Kabylie, selon M.Aït Amara, ” représente la hogra ” “. Des représentants des comités de village n’hésitaient pas à affirmer que ce corps d’état joue un rôle essentiel dans la délinquance : ” allez en boîte de nuit, vous n’y verrez que des gendarmes, à la tête des réseaux de trafic de drogue, de prostitution etc… “.

Si l’exigence de vérité, de justice, de punition des coupables, est, bien légitimement, générale, plusieurs familles de victimes expriment fortement leur conviction que ces actes sont commis parce qu’ils sont assurés de l’impunité.

Sentiment résumé dans une expression : ” nous voulons la punition des coupables et au delà, savoir qui est coupable de n’avoir pas donné l’ordre d’arrêter de tirer ! “.

§ 3 ” Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir “

Cette sentence prononcée par un parlementaire local du FFS, dit toute la difficulté de la solution pacifique et démocratique de cette crise. Comment obtenir de ce pouvoir, sinon une proposition d’avenir convaincante et crédible, au moins qu’il reconnaisse la gravité de la situation et qu’il donne, toutes affaires cessantes, les ordres nécessaires à l’arrêt des crimes commis contre une population pacifique ? Comme le disait Belaïd, blessé par balles, ” cet Etat n’est pas à la hauteur “.

Les médecins et les soignants de l’hôpital de Tizi Ouzou ont ainsi refusé de voir et parler au Ministre de l’Intérieur, M.Zerhouni, venu en visite impromptue à minuit, après avoir injurié la mémoire de Massinissah.

A la date ou la laddh diffusait cet état de la situation, le Préfet (Wali) évoquait ” une quarantaine de victimes ” sans fournir de liste ni de précisions sur les circonstances, l’origine des blessures.

A l’assemblée Nationale Populaire, dans les Ministères, les membres de la délégation ont pu entendre de façon unanime, les élus et Ministres rencontrés, pourfendre la dernière résolution du Parlement européen, votée quelques jours avant la visite sur la proposition de Députés qui souhaitaient surtout faire part de sa condamnation des massacres, au motif qu’elle contenait un passage certes inapproprié, singularisant les droits du ” peuple berbère de Kabylie “.

Diversion bien opportune pour qui ne souhaitait pas se prononcer plus clairement sur les évènements en cours !

Tous ces interlocuteurs ont dénoncé ce qu’ils appellent des ” dépassements “. La main sur le cœur, ils ont appelé de leurs vœux enquêtes et punitions. Il s’est trouvé un responsable de groupe parlementaire, celui du groupe EnHada, islamiste membre du gouvernement, pour demander ” qu’on sanctionne les participants aux émeutes “ ! Le Ministre de la justice, tout en se disant “prêt à engager et à accompagner les poursuites “…évoquait la mise sous mandat de dépôt d’un seul gendarme,… ” celui dont l’arme est tombée… “.

Le Président de la République et l’Assemblée Nationale Populaire ont diligenté deux commissions d’enquêtes.

On a promis aux parlementaires européens qu’ils seraient parmi les premiers destinataires de ces rapports. Le président de la commission d’enquête parlementaire a assuré que toutes les pièces lui seraient communiquées, ” même les rapports d’autopsie “, quelques heures avant que le Ministre de la Justice n’affirme que les commissions pourraient accéder à tous les documents, ” sauf, bien sur, les rapports d’autopsie… “. M.Issad, Président de la commission d’enquête nommée par Abdelaziz Bouteflika, ne prétend pas, lui, faire le travail de la justice, mais plutôt savoir, ” si un chef d’orchestre se cache derrière ces évènements. “

Les victimes ne veulent rencontrer, ni l’une, ni l’autre, de ces commissions.

Les étudiants de Tizi Ouzou, comme les représentants de la Laddh, mettent en cause la volonté de provoquer des troubles, une stratégie concertée, relevant qu’on a ouvert le feu, le même jour dans des localités distantes de plus de 200 kilomètres.

De nombreux témoins affirment que les gendarmes avaient multiplié les provocations envers les habitants, les commerçants, dans les semaines précédant les premières manifestations.

Un Sénateur (FFS) de Tizi, nomme l’enjeu de ces provocations : ” l’hégémonie par le désordre “. Il s’agirait de discréditer tel ou tel haut placé au pouvoir tout en autorisant la reprise en main d’une région qu’on tente d’isoler du reste de la population.

Dans cette situation, seul l’affichage d’une volonté politique nouvelle de faire toute la lumière et d’assumer une transition légitimée par le retour de l’état de droit et des élections libres, semblent susceptibles de satisfaire la demande de dignité et de démocratie. Ce régime en est-il capable ?

§ 4 ” promesses ” de Démocratie

La société civile semble, en Algérie, dix pas en avance sur le système politique officiel. Il faut d’abord rendre hommage aux familles de victimes qui, sans aucune exception, malgré des souffrances indicibles de parents auxquels on a arraché leurs enfants, refusent de céder à la tentation de la vengeance, revendiquent leur non violence, et se concentrent sur l’exigence, sans concession, de justice. N’oublions pas non plus tous ces avocats, ces médecins, et tous les personnels médicaux, unanimement loués. Et puis aussi les femmes, frappées elles aussi, massivement présentes dans les rues le 21 mai, mais trop absentes lors des différentes rencontres.

Les étudiants, reconnaissant n’être intervenus que dans un deuxième temps, en solidarité des enfants, élèves du primaire, collégiens et lycéens, premiers descendus dans les rues. Le 21 mai, jour de grande manifestation, ils tentaient de ” canaliser ” la virulence des plus jeunes, assurant un service d’ordre protégeant la police. Ils expriment avec beaucoup de conviction et de clarté ce qu’il appellent leur ” soif d’un avenir de liberté et de démocratie “.

Les revendications de toute la population sont communes, sinon identiques ;
  refus de la hogra, du mépris érigé en système de gouvernement
  Justice sociale, de vivre dignement dans ce pays riche
  Démocratie ; élections libres et non truquées, justice, état de droit
  Reconnaissance du Tamazight : identité culturelle et exercice de la pleine citoyenneté. ” Savoir être ensemble “, solidaires, s’appuyant sur la préservation des communautés de base.


Tous réfutent toute visée uniquement identitaire. Pour les comités de villages, (aouchs) ” la revendication identitaire n’est pas une priorité, on assiste surtout à une explosion sociale “. Quant à la revendication séparatiste ? c’est complètement idiot !

Notre révolte et nos revendications sont pour toute l’Algérie” disent tous les acteurs rencontrés. Les étudiants rappellent que 17 lycéens ont été tués, au sud d’Alger, à Médéa en décembre 2000.

S’il faut singulariser leur région, beaucoup emploient le terme de ” soubassement démocratique ” pour décrire une tradition ancrée dans l’histoire de ses luttes.

Pour le président de l’APC (commune) de Tizi Ouzou, FFS, ” en 80, on revendiquait beaucoup de Tamazight, un peu la démocratie, en 88 c’était une manifestation de ras l’bol général, pour la démocratie, en 2001 ; c’est justice sociale contre les licenciements, démocratie et Tamazight “.

Les responsables de ce parti, disent que les incendies de permanences politiques, y compris du FFS, sont significatifs de ” l’absence de médiation politique dans laquelle se trouve le pays après 10 années d’état d’urgence “. Ils dénoncent ” la privatisation des pouvoirs publics ” à laquelle s’est livré le pouvoir et ” le droit de vie et de mort sur les citoyens ” qu’il exerce dans ” une guerre à huis clos. “

La coordination des comités de villages avait organisé, la veille, le 21 mai, à Tizi, la plus grande manifestation de l’histoire de la Kabylie, à laquelle ont participé 500 000 personnes, hommes et femmes, venus des villes et villages de toute la région. Cette organisation traditionnelle semble aujourd’hui ljouer un rôle fédérateur des aspirations citoyennes.

En s’organisant ainsi dans chaque village, ses représentants veulent” mettre fin à la démission des adultes, cesser de nous occuper de nos petites affaires, et alors que les jeunes et les enfants se sont soulevés, disent que plus un gosse ne doit mourir… qu’ils vont prendre leurs responsabilités et …restaurer des espaces naturels de citoyenneté… “.

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