Manuel de subversion urbaine








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Partir en délégation officielle du Parlement Européen, c’est reconnaître une légitimité au dialogue interparlementaire. Cela ne pose aucun problème de principe, seulement de situation. Pour le moment, c’est elle qui prime. Plutôt inconfortable quand vos interlocuteurs sont une représentation notoirement déformée par la fraude électorale, quand la question de l’autonomie parlementaire, par rapport à l’exécutif, déclenche le sourire entendu de tout Algérien, quand le pouvoir paraît jouir d’un discrédit avéré. Votre position de parlementaire délégué au Maghreb en visite officielle à Alger devient alors délicate !

Je ne veux pas me satisfaire du rôle de “voyeur” qui rapporte après coup. A qui ? à l’opinion publique internationale ? Encore moins me contenter du “confort” du protocole. En fait, c’est le désir d’entrevoir un bout de vérité, au détour d’un discours convenu, provoqué par une question jugée agaçante. L’envie de débusquer derrière le titulaire du pouvoir officiel, le doute qu’il s’applique à nier. La conviction que votre interlocuteur, fusse-t-il tortionnaire, qu’il vous révulse ou pas, est un être humain… de la même humanité que vous. C’est cela qui dissipe l’inconfort de ma position qui, à priori, est utilisée par le pouvoir en place pour dorer son blason.

En fait, très vite, l’évidence vous tient : il faut tenter de comprendre. Et pour cela, entendre beaucoup d’histoires, des histoires de vies, des histoires à ne pas dormir… La mère qui pleure son fils mort, ou peut-être mort et le général qui commandait les forces de sécurité. Le journaliste qui cherche la vérité et le Ministre de la justice qui se félicite de la concorde civile. La famille d’un jeune tué à Béjaïa et le président de la commission d’enquête qui parle de légitime défense, …

Ni voyeur, ni donneur de leçons, vous êtes directement interpellés : le chaos algérien est aussi le nôtre. Fonder un avenir commun après être morts les uns contre les autres, lutter démocratiquement contre la violence armée, penser son identité en pleine relation au monde, vivre ensemble dans la diversité des langues, des cultures et des histoires entremêlées, répondre au discrédit total du politique, à la mainmise de 20% de la population sur 80 % des richesses…

Défis du présent algérien… Possibles demains du monde.

Les familles de disparus sont la manifestation la plus violente de la schizophrénie du pouvoir : comment être juge et assassin ? Supposer comme le général Nezzar que la majorité des disparus sont, étaient des militants islamistes, que le pays était en guerre civile et que l’éradication de l’islamisme armé est une cause supérieure de l’Etat, c’est finalement, répondre et invalider toute demande de justice. Le besoin des familles de connaître la vérité n’est pas soluble dans la raison d’Etat. Les grandes enquêtes, jamais individualisées dans leurs conclusions, sont un masque sur une question à laquelle l’Etat ne veut pas répondre : qu’a fait l’armée de l’Etat au nom de la raison d’Etat ? Pour lever le voile, toutes les familles de disparus que j’ai rencontrées, demandent la venue du rapporteur spécial de l’ONU sur les disparitions forcées. Y a-t-il une raison de nos Etats qui pourrait nous interdire de soutenir cette demande ?

Après la guerre civile, la réconciliation…

La concorde civile”, dit le Général Nezzar, “est la couverture politique tardive d’un accord de 1997 entre l’armée et l’Armée Islamique du Salut”. Le Ministre de la Justice mesure au nombre des 6 000 islamistes descendus du maquis sa pleine réussite. Une députée raconte la tragédie de cette grand-mère tenant dans les mains ses deux petits-enfants, leurs pères sont morts, l’un tué par l’armée, l’autre par les islamistes. Elle dit : quand ils auront vingt ans sauront-ils ne pas s’entretuer ? D’autres reconnaissent dans leur voisinage l’assassin de leurs enfants, dénoncent l’arrogance des repentis, crient à l’impunité : ” C’est un accord d’impunité réciproque sur le dos du peuple, de la justice et de la vérité !”. Le Ministre de la Justice dit que plus de 400 maquisards et 300 militaires sont poursuivis actuellement par la justice… on attend les procès. “Si nous avions promis des procès, croyez-vous qu’ils seraient descendus des maquis ?” interroge le général Nezzar.

La concorde civile sème la discorde. Comprendre, faire justice, permettre aux douleurs individuelles de se raconter publiquement, de faire l’histoire, tragique mais commune. C’est peut-être le chemin de la réconciliation. Aux otages de la guerre civile, que la logique des camps armés a étouffés, d’ouvrir la voie… Ingérence de les soutenir ?

Les exigences citoyennes sont réelles, les balles aussi

A Tizi-Ouzou, à l’écoute des témoignages des parents, des frères des jeunes tués, des blessés, vous comprenez vite, malgré l’émotion, que les ” événements ” dits de Kabylie sont le précipité d’un état prolongé de domination par la force, d’un pouvoir spoliateur sur une population pauvre et digne, en quête d’avenir.

Vous êtes épatés par leur incroyable sang-froid, maturité citoyenne, et détermination et vous prenez l’engagement de les aider à débroussailler des chemins de liberté. Repassent dans votre tête les propos du Ministre de la justice, tardivement compatissants et globalement insipides, les déclarations vainement volontaristes des présidents de commissions d’enquête, les phrases trop générales sur la situation économique et sociale des leaders politiques. Vous vous dites : La société algérienne est très loin devant, saurons-nous être à sa hauteur ?

Arras, 10 juin 2001.

SOMMAIRE :

Page 4. le contexte de la visite

Page 5. une société qui étouffe, un régime à bout de souffle

page 6 1. La sale guerre 1.1 Sale guerre : la version officielle page 7 1.2 ” Dépassements ” et massacres page 9 1.3 Arrestations illégales et disparitions forcées

page 12 2. L’insécurité page 12 2.1 Les islamistes armés aujourd’hui page 12 2.2 Cinq cent mille hommes armés “contre le terrorisme” page 13 2.3 La concorde civile, échec de Bouteflika ?

page 15 3. Les enjeux d’un partenariat euro-méditerranéen page 15 3.1 Un pays riche peuplé de pauvres page 16 3.2 Un environnement saccagé page 17 3.3 Des libertés publiques mises entre parenthèses page 19 3.4 L’accord d’association Europe-Algérie

page 21 l’insurrection démocratique

page 22 octobre 88-printemps 2001

page 22 22 mai 2001, TIZI OUZOU page 23 1. Victimes de la ” hogra ” page 26 2. ” Vive la gendarmerie, à bas tamazight ” page 27 3. ” Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir ” page 28 4. Promesses de Démocratie page 29. 5. Notre responsabilité, en Europe

page 31 les Annexes

Un contexte particulier

Cette visite, “ordinaire” prévue de longue date dans le cadre du dialogue inter-parlementaire Algérie-Union européenne, s’est déroulée dans un contexte “extraordinaire” : en plein renouvellement des termes mêmes du débat national et international sur “les sales guerres” qui ont endeuillé l’Algérie tout au long de la seconde moitié du siècle. En plein développement de la contestation et de la révolte commencée en Kabylie :

  l’histoire récente de l’Algérie en débat Pour la première fois à cette échelle, en France notamment, un large débat public met en évidence, depuis plusieurs mois, les méthodes criminelles employées par l’armée française, entre 1954 et 1962, pour contenir la lutte de libération nationale algérienne. Les témoignages de victimes mettent directement et personnellement en cause plusieurs haut responsables militaires français. Concernant l’Algérie, c’est surtout son histoire récente qui fait l’objet d’interrogations ; le Président Bouteflika a lui même estimé, dans une déclaration publique, à plus de 100 000, le nombre de victimes de la guerre civile commencée en 1992. Plusieurs livres et témoignages de protagonistes de cette sale guerre, de victimes et de témoins, accusent gravement les méthodes employées par les forces de sécurité contre des civils suspectés de complicité ou de complaisance envers les islamistes. Une plainte portée contre l’une des principales figures des généraux “décideurs” algériens a failli aboutir à son arrestation à Paris, quelques jours avant la visite, sous des inculpations de crime universel.

  la révolte des jeunes A la suite de la mort, consécutive à ses blessures par balles, dans les locaux de la gendarmerie de Béni Douala, le 18 avril, d’un jeune lycéen, Massinissa Guermah, la révolte de la jeunesse s’est généralisée à toute la population de Petite et Grande Kabylie. Alors que la délégation était à Alger, Le 21 mai, 500 000 personnes manifestaient à Tizi Ouzou contre la violence et les meurtres commis par les forces de sécurité, contre le mépris et l’injustice généralisés, pour demander la justice sociale, la démocratie, la reconnaissance des identités culturelles. Ces événements dits “de Kabylie”, si distants et si proches, ont alimenté, sous tendu, toutes les conversations officielles et informelles, tout au long du programme de visite. A l’évidence, cette mobilisation populaire avait un impact et une résonance qui allaient alors déjà, bien au delà des limites géographiques de cette région ; c’est l’avenir de toute l’Algérie qui était -qui est- en suspens.

Plusieurs “grandes questions” émergeaient de la préparation à la visite : Où en est l’Etat de droit mis “entre parenthèses” depuis le décret de l’état d’urgence le 9 février 1992 (réforme de le magistrature, lois sur la communication, suspension des libertés publiques, loi sur le terrorisme) ? Quels sont les résultats de la concorde civile ? de la création des milices d’autodéfense (GLD) ? Quelle est la réponse apportée aux dossiers des arrestations illégales et des disparitions forcées ? Quelles conclusions sont tirées de la révolte des jeunes ? Ou en est la situation économique et sociale ? Quelles perspectives faut il en déduire pour les relations euro-algériennes ? Tel fut le fil conducteur des questions posées, dans le cadre du dialogue interparlementaire, des rencontres avec la société civile, et, avec les autorités algériennes.

L’INSURRECTION DEMOCRATIQUE

A Dahman et Yayiah, sans oublier notre chauffeur Octobre 1988 - printemps 2001

Plusieurs parlementaires rencontrés, des journalistes, des témoins, le général Nezzar…se rejoignent, paradoxalement, pour comparer ces deux “insurrections” motivées par une “protestation générale contre la misère, le manque d’emplois, de logements, de perspectives, la hogra, le rejet des autorités…”

Le massacre de 500 manifestants mitraillés par l’armée, à Alger, en octobre 88, avait été suivi de mesures politiques d’ouverture, de l’instauration du pluralisme, du droit d’association.

Il avait également eu pour conséquence la montée du FIS.

L’interruption du processus électoral et l’instauration de l’état d’urgence, en février 92, alors que le FIS, avec 28 % des voix, était sur le point d’obtenir la majorité absolue des sièges à l’Assemblée Populaire Nationale, a été suivie du développement de l’islamisme armé, de longues années de tragédie, d’une violence extrême qui a coûté la vie à (100 000 selon le président Boutéflika , 200 000 selon le FFS) algériens et algériennes.

A ces chiffres effrayants, il faut ajouter toutes celles et ceux, plus nombreux et nombreuses encore qui portent les stigmates des blessures physiques et morales qui ont affecté de larges secteurs de la population, bien au delà des protagonistes directs du conflit armé.

La décroissance des conflits armés et de la pression qu’ils exercent sur la population semblent bien rendre possible la reprise de la contestation et de la protestation d’aujourd’hui.

22 mai 2001, à Tizi Ouzou

Comment repartir d’Algérie sans essayer, sans écouter, les acteurs de ces manifestations quotidiennes ? Comment ne pas avoir envie de transgresser le protocole de la visite officielle pour aller à la rencontre de ces manifestants, ” vus à la télé ” derrière ces calicots tragiques sur lesquels ils écrivent ” vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts “ ?

Il s’agit moins de rapporter que de comprendre.

La triple revendication, de justice sociale, de démocratie et de reconnaissance de l’identité culturelle et l’opposition au ” pouvoir assassin ” n’annoncent elles pas l’émergence d’une troisième voie, d’une Algérie plurielle qui ne demande qu’à s’épanouir en rejetant les deux termes de l’alternative violence islamiste/violence d’état ? Qu’attendent ils de l’Europe, de ses citoyens, de ses institutions ?

Le refus, exprimé tardivement, par le protocole de l’APN, d’organiser cette visite, l’a sans doute finalement facilitée : aucun protocole officiel n’aurait su organiser un programme d’une telle intensité : aller-retour en voiture Alger-Tizi, accueil par les responsables de la Maison des droits de l’homme et du citoyen, rencontre avec les victimes et leurs proches, avec la coordination des étudiants, avec la ligue algérienne de défense des droits de l’homme (laddh), de la willaya de Tizi, avec les élus (Sénat et commune de Tizi), avec la coordination des aouch (comités de villages).

§ 1 Victimes de la ” hogra “

La première étape fut la plus bouleversante et la plus éprouvante de tout le voyage : à la Maison des droits de l’Homme et du citoyen, lieu défini par nos hôtes comme “un espace dédié au développement des droits de l’homme, créé par le bénévolat, dans une cité populaire “, ou attendaient plusieurs dizaines de personnes.

Le témoignage de victimes et de parents de victimes des violences des forces de sécurité, pendant plus de 3 heures, fut un grand choc émotionnel et …un réquisitoire implacable contre la férocité et le caractère délibéré des crimes et des exactions commises au nom de l’Etat.

Bélaïd Bouzerma, 31 ans, de Larba Nath Irathène

Blessé par balles tirées à la mitrailleuse depuis la terrasse de la gendarmerie, le 28 avril, à Larbaa Nath Irathène (LNI), amputé d’un jambe. Il dit : ” il n’y a pas de boulot, que du chômage, aucun espoir pour notre génération… C’est après la mort de Massinissah que nous avons manifesté…Pourquoi cette hogra ? on est jeunes, démocrates, je n’ai jamais manqué de respect pour les autorités…j’ai été deux fois militaire et me suis mis à la disposition de cet Etat qui n’est pas à la hauteur…nous sommes des hommes libres -imazighen- nous n’acceptons pas cette hogra… “

§ M Guermah, père de Massinissah Guermah, 20 ans, de Béni Douala ” Depuis quelque temps les gendarmes multipliaient les provocations, ils avaient été dénoncés le 16 avril par le comité de village. Le 18, mon fils, interrompant ses révsions du bac pour prendre l’air a été interpellé par 2 gendarmes sur le trottoir au pied de notre logement. Frappé durant son transport, il est entré titubant au poste. 5 minutes plus tard, des témoins qui se trouvaient dans le gendarmerie ont entendu 2 rafales. Il a été transporté à l’hôpital de Tizi puis à celui d’Alger où ils est décédé deux jours plus tard, le 20 avril. Mon fils était une force de la nature, qui a résisté deux jours, avec 6/7 de tension, après avoir perdu beaucoup de sang, les 2 jambes déchiquetées par des balles explosives tirées à bout portant, j’ai vu de mes propres yeux ses blessures… C’était un ange, il ne supportait pas l’injustice…10000 personnes ont assisté à son inhumation…je n’ai pas assisté à la mise en terre car je suis resté à l’entrée du cimetière pour supplier les jeunes de renoncer à toute violence…j’ai perdu un ange, je ne veux pas en perdre d’autres…Les instances ont embrasé les chose avec les communiqués du commandant de gendarmerie insultant moi fils accusé d’être un voleur et un agresseur et avec celui du Ministre de l’Intérieur, Zerhouni, parlant d’un délinquant âgé de 26 ans… J’ai peut être été formé à l’école des ânes mais je suis plus intelligent qu’eux : je ne veux pas de violence ! … je ne témoignerai pas devant leurs instances (les commissions d’enquête présidentielle et parlementaire)…je tiens à rendre hommage aux avocats et au personnel hospitalier de la région qui font tout pour aider la population… “

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