Manuel de subversion urbaine








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Quatrième partie
Le Printemps noir

Occupé à réviser ses cours au domicile familial, Massinissa Guermah ne peut, en ce 18 avril du printemps 2001, jouir du soleil qui baigne le bourg de Béni Douala, ce bourg où, au détour d’un virage, fut assassiné Matoub Lounès, un enfant du pays, un enfant du village. Massinissa, pourtant enfant à l’époque, épisode, se rappelle avec précision de ce jour de deuil. Il n’arrive pas à se concentrer sur son travail, gêné par le bruit que font dehors les gars du quartier, des adolescents de son âge. Quel âge a-t-il ? se demanda-t-il en souriant. Dix-neuf ans. Dans les générations qui l’ont précédé, on est déjà marié à cet âge-là, et on avait déjà un premier enfant, de préférence un garçon, car les mères Kabyles ont le culte du mâle. Son père lui, était fier de lui… Non, pas vraiment de lui mais de ses résultats scolaires !



Massinissa Guermah

Photo : Archives familiales

Il repousse ses cahiers en soupirant, se lève et sort intimer à ces joyeux lurons de faire moins de bruit. Mais ils se sont déjà éparpillés. Il se retourne vers la maison familiale lorsqu’une 4x4 verte de la gendarmerie freine dans un crissement de peine pile à deux ou trois mètres de Masinissa, manquant le renverser. Il regarde le conducteur qu’il connaît de vue comme étant le sergent Mestari-le-cow boy, ainsi appelé à Béni Douala en raison de sa brutalité, de sa manière de rouler de prendre des postures de cow-boy. Pendant qu’il revenait de sa frayeur, le conducteur de la 4x4 ouvre violemment la porte et se jette sur lui, lui enserrant les épaules ; « Atlaâ ! » (*) Massinissa hésite, ne comprenant pas l’ordre qui

(*) Atlaâ ! : « monte ! », en arabe.
lui est donné. Le gendarme lui donne un violent coup de genou dans le bas-ventre. De douleur, Massinissa met les mains jointes à son bas-ventre lorsqu’un coup, porté de bas en haut le jette à la renverse sur le sol. De lourdes bottes de rangers lui piétinent le ventre, les épaules, les flancs. Il crie le prénom de sa mère. Il est saisi à bras le corps et jeté à l’arrière du véhicule. Il manque s’affaler sur une personne se trouvant déjà sur la banquette. Hébété et souffrant de multiples douleurs, il ne la reconnait pas au premier abord. Puis le 4x4 s’immobilise. Il est traîné hors du véhicule et poussé, en même temps que son compagnon, à l’intérieur de la brigade de gendarmerie, dans ce qui sert d’ « accueil » et de salle d’attente aux murs lépreux. C’est là qu’il reconnaît confusément son compagnon d’infortune : il s’agit de Merabet Koceila, un enfant du village, à peu près du même âge que lui.
On les laisse « mûrir » quelques heures, technique utilisées par tous les agents de la répression dans le monde pour mettre en condition le « suspect » à interroger. Puis, me sergent Mestari, le cow boy, s’approche de Massinissa, sa Kalachnikov en bandoulière :
« Pourquoi t’a-t-on ramené ici ? »

Massinissa lève les bras au ciel et répond :

  • Mais c’est vous-même qui m’avez ramené ici…Alors vous devez savoir

pourquoi…Moi je ne le sais pas.

  • Tu fais le malin, hein ?

  • Je ne fais rien, monsieur. J’attends seulement de rentrer chez moi…Mes parents vont s’inquiéter.

Se faisant conciliant, il ajoute :

- Ce doit être une erreur. Je n’ai rien fait.

- On ne ramène jamais ici les gens par erreur. Il y a toujours une raison…

Malgré la douleur, Massinissa tenta une réponse qu’il croyait subtile :

- Oui, il doit y ravoir une raison… mais une raison que je ne connais pas ».

Il avait mal. Il se frottait les tempes, les côtes.

Son voisin au village et à la brigade, Koceila, lui aussi avait mal. Tout comme Massinissa, il a été tabassé. Il souffre de multiples contusions aux tempes et a des œdèmes sur tout le corps.
Il en est là, à écouter sa douleur, lorsqu’il vit soudain Massinissa s’affaisser, une fraction de seconde avant d’entendre le bruit de la rafale, puis une deuxième rafale. Il crut voir également un autre gendarme, debout aux côtés de son collègue le « cow boy » se baisser précipitamment et empoigner de ses mains sa propre chevilles. On saura plus tard qu’il s’agissait du gendarme auxiliaire nommé Mounir Benferdi et que celui-ci a été touché à la cheville par une des balles d’une des rafales.

Le temps des mensonges

Pendant que l’ambulance transporte, toutes sirènes dehors, Massinissa à l’hôpital Mustapha d’Alger, Koceila Merabet se répétait : « Non, non, les gendarmes peuvent arrêter les gens, mais pas les tuer…ça, jamais ! »

La preuve que des gendarmes peuvent tuer, c’est que leurs balles sont souvent mortelles et que Massinissa décéda de ses blessures aux deux cuisses, les rafales lui ayant causé des lésions complexes au fémur droit et des plaies vasculaires notamment à la face postérieur du genou gauche, le 20 avril, deux jours après son admission à l’hôpital.

Dans le rapport (n°140/2001) du lendemain 21 avril adressé par le commandement de la gendarmerie nationale au ministre de l’Intérieur, il est signalé qu’ « un mouvement de mécontentement et d’indignation (…) au sein de la population de Béni Douala, se traduisant par l’envoi d’une requête au Groupement de gendarmerie de la province de Tizi Ouzou »… Le rapport croit devoir ajouter que « les habitants de Béni Douala ont de tout temps manifesté une hostilité envers le Pouvoir ».

Voilà donc l’explication : le décès du jeune Guermah est imputable à l’hostilité de la population de Béni Douala envers le pouvoir !

Cependant… Cependant, on relève dans les « documents additifs » une résolution de l’Assemblée provinciale de Tizi Ouzou. Cette résolution rappelle « l’appel lancé le 22 avril 2001 par lequel l’Assemblée attirait l’attention des autorités sur les dépassements des brigades de gendarmerie ».

Entretemps, à Oued Amizour, région de Kabylie réputée pour sa participation exceptionnelle à la guerre d’indépendance, les gendarmes procèdent, sans motif aucun, à l’interpellation de trois lycéens se rendant au stade communal accompagné de leur professeur d’Education physique, interpellation arbitraire s’il en est. La nouvelle fait le tour de la ville. Les gendarmes savent-ils qu’ils viennent de semer là les germes de la colère, A partir de cet instant, la rumeur prend l’envol, amplifiée par la colère, mais une colère que l’on croyait dans un premier temps circonscrite à Béni Douala. On ignore que cette colère est annonciatrice de tragédie, à présent qu’elle a atteint la région de Bougie, région frondeuse par vocation. La rumeur prend alors les couleurs de l’injustice. Sourde, d’abord, balbutiante, ensuite, elle explosera en une marche pacifique et bruyante à travers les rues et artères de la ville. Ici et là, on brûle quelques vieux pneus usagés. Alors, plusieurs voix exhument le vieux chant kabyle toujours prêt à reprendre du service : « Annerrez oula neknou » (Plutôt rompre que plier).
Plus tard, lors de la reconstitution judiciaire de « l’incident » ayant eu lieu au sein de la brigade de gendarmerie et entraîné la mort du jeune Massinissa, le gendarme Mestari prétendra que sa Kalachnikov qui tenait par une courroie à son épaule a glissé par terre, ce qui a déclenché les deux tires de rafales. Quiconque au fait des choses de la balistique et aurait manipulé au moins une fois dans sa vie une Kalachnikov aurait tout de suite éventé ce grossier mensonge. Les balles qui ont atteint Massinissa Guermah ont été tirées du haut vert le bas. Or, lorsqu’une Kalachnikov tombe sur une surface dure, elle tombe sur sa crosse, donc les tirs devraient aller du bas vers le haut. Deuxièmement, une Kalachnikov n’est pas un pistolet automatique. Lorsqu’elle reçoit un choc, la culasse demeure immobile. Il faut donc actionner la détente pour que la balle s’engage dans le canon.

Le rapport d’autopsie dont nous avons pu avoir connaissance et l’examen de ce rapport indiquent que « les balles sont parties de haut vers le bas. Alors que l’arme de type de celle que détenait le gendarme Mestari, qui échappe au contrôle de son détenteur, a plutôt tendance à rebondir de bas vers le haut ». Le rapport relève que « les balles qui ont atteint la victime décrivent une trajectoire oblique de la droite vers le la gauche et du haut vers le bas. C’est une trajectoire contraire au mouvement de l’arme. La Kalachnikov est une arme d’assaut dont l’angle d’incidence important l’entraîne naturellement du bas vers le haut.

Et puis, qu’est-ce qui justifie la détention au corps d’une arme à feu à l’intérieur de la brigade de gendarmerie ? Et pourquoi la Kalachnikov était-elle armée avec une balle au canon, le cran de sûreté désactivé. Tout cela a une vague odeur de préméditation. Le gendarme Mestari voulait-il mériter son surnom de « cow boy ». Des juristes nous ont affirmé qu’  il s’agit là de ce qu’on appelle dans le jargon du Droit « une faute lourde équipollente au dol qui assimile alors l’acte involontaire à l’acte volontaire ».

Autre élément révélateur, deux collègues du sergent Merabet Mestari, les gendarmes Youcef Merzoug et Rabah Rouabah, démentent l’affirmation selon laquelle la Kalachnikov est tombée.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Intérieur affirmera sans sourciller que la victime était un délinquant âgé de 26 ans, multirécidiviste et repris de justice…

Le père de Massinissa exhibera devant les journalistes médusés un certificat de scolarité délivré la veille par le lycée que fréquentait son fils, un extrait de casier judiciaire vierge et un extrait d’actes de naissance prouvant que son fils n’avait même pas atteint la majorité, démentant ainsi les propos mensongers du ministre qui tentait de justifier à postériori le crime.

La vague humaine

Massinissa Guermah sera inhumé le 23 avril 2010 au cimetière voisin, à Tizi Hibel, et une foule estimée par la Commission d’enquête (voir plus bas) à plus de 4.000 personnes assistera aux obsèques.
En Kabylie, les grandes décisions se prennent collectivement à l’occasion des grands évènements : cérémonie de mariage, d‘une circoncision…ou de deuil. Les mensonges du ministre de l’Intérieur ont aggravé le climat déjà extrêmement tendu chez la population de Béni Douala. C’est ainsi que, sans protocole ni de trop longues discussions, fut décidée au cimetière-même pour le lendemain une marche pacifique le à travers toute la Kabylie pour faire coïncider la commémoration du 21ème anniversaire du Printemps berbère avec la protestation contre l’assassinat de Massinissa Guermah et l’arrestation des 3 jeunes lycéens d’Amizour.…sur une superficie globale de 6.226 km² ! Des comités de villes et de villages furent mis sur pied, chapeautés par une coordination centrale.

Le lendemain, une vague humaine emplit les artères et les rues de Kabylie…
Quel est le gendarme qui, le premier, a tiré sur cette foule d’adolescents ? Nous ne le serons sans doute jamais, au vu de l’Omerta qui règne au sein du corps de la gendarmerie. Mais nous avons été consternés par la réponse claire tout en se voulant ambigüe du colonel X à la question de savoir qui a donné l’ordre de tirer : « L’ordre de tirer vient d’en haut, de très haut … A toi de faire ton travail ! »
Ce que l’on saura, par contre, quelques jours plus tard au vu des rapports d’autopsie, c’est que l’on a tiré pour tuer. En effet, la plupart des manifestants ont été touché de dos, u crâne, à l’occiput, au coup et dans la partie supérieure du dos, avec des balles explosives. Ce genre de munitions, interdites par la Convention de Genève, fait des trous d’entrée de quelques centimètres, mais des orifices de sorties qui vont jusqu’à 20 fois la longueur du projectile.

Enfin, toujours selon les rapports d’autopsie, il y eut utilisation de fusils à lunette, arme utilisé pour des assassinats ciblés ou, internationalement, lors des prises d’otage(s).

Les marches de protestation ont continué jusqu'au 28 juin. Elles auront duré 35 jours. Les forces de l’ordre auront, durant ces 28 jours, tué 136 adolescents. Nous avons le triste privilège de publier ci-dessous une liste non exhaustive(*) des morts.

(*) Nous avons précisé « non exhaustive » car le ministère de l’Intérieur à refusé de nous laisser prendre connaissance de la liste originale. La présente a été faite avec l’aide du de différents témoignages, notamment ceux du personnel médical des différents hôpitaux.

Toutefois fois, des sources différentes mais concordantes font état de 136 tués

1. Abdou Mdouad, 19 ans, tué par balles le 26 juin 2001 par un policier à Azzaba (Skikda).

2. Adara Fouad, 28 ans, demeurant à Sidi Aïch (Bgayet), tué d’une balle dans la tête par un policier en civil, alors qu’il était attablé dans un café le 26 juin 2001.



3. Aghadir Ahcène, 20 ans, originaire de Tizi Bouchène, tué le 27 avril 2001 à Azazga (Tizi-Ouzou) de trois balles au thorax et à l’abdomen.

4. Agri Ali, 31 ans, marié et père de 3 enfants, tué par balles le vendredi 25 mai 2001 par les brigades anti-émeutes, près de la daïra de Tazmalt (Bgayet).

5. Ahmane Mourad, 33 ans, tué le 28 avril 2001 d’une balle dans la tête à Tizi Rached (Tizi-Ouzou) par un gendarme.

6. Aït Aba née Aït Ouslimane Nadia, 30 ans, enseignante à Sidi Ali Ouyahia (Aïn El Hammam), tuée le 28 avril 2001 par des gendarmes à Aïn El Hammam alors qu’elle était au domicile d’une amie, situé au 5e étage d’un immeuble. Un jeune citoyen qui participait à son évacuation sera tué par les gendarmes (Naït Amara Omar).

7. Ait Mansour Saddek dit Nabil, grièvement blessé par balles à la tête par les services de sécurité à Seddouk (Bgayet) succombe à ses blessures le 14 février 2003 à l’hôpital de Tizi-Ouzou.

8. Akkouche Abderrahmane (ou Abdelaziz), 19 ans, demeurant à Tadmaït (Tizi-Ouzou), tué par balles le lundi 28 mai 2001 par des gendarmes.

9. Alkama Djamel, 19 ans, tué le 28 avril 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

10. Alouane Hocine, 22 ans, tué le 28 avril 2001 à Mekla (Tizi-Ouzou).

11. Amghar Tahar, 29 ans, tué le 27 avril 2001 d’une balle dans la tête à Fréha (Tizi-Ouzou).

12. Amini Karim, jeune citoyen de Maatkas (Tizi-Ouzou), est tué par balle.

13. Amir Aïssa, 21 ans, écrasé par un camion de la gendarmerie lors des manifestations à El Asnam (Bouira) le 28 avril 2001. 



14. Arab Noureddine (ou Nacereddine), 25 ans, tué par balles le 25 avril 2001 à El Kseur (Bgayet).

15. Arezoug Slimane, 28 ans, demeurant à Akbou (Bgayet), tué par balles le lundi 18 juin 2001 à hauteur de l’hôtel Le Palace.

16. Aribi Abdelkader, 81 ans, demeurant à la cité Rabia de Bgayet, mort dans la nuit du 25 mai 2001 à son domicile, suite à une asphyxie par gaz lacrymogènes.

17. Aribi Yamina, 71 ans, épouse d’Aribi Abdelkader, demeurant à la cité Rabia de Bgayet, morte dans la nuit du 25 mai 2001 à son domicile, suite à une asphyxie par gaz lacrymogènes.

18. Arkam Salem, 17 ans, lycéen, originaire du village Issaradjène, tué par des gendarmes à Boudjima (Tizi-Ouzou) le samedi 28 avril 2001.

19. Asbaï Yahia, 19 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à El Kseur (Bgayet).

20. Ayad Ramdane, grièvement blessé par une grenade lacrymogène le 18 juin 2001 à Aïn Legradj (Ait-Ouartilane - Sétif), succombe à ses blessures le 22 juin à l’hôpital de Sétif.

21. Azouani Saïd, 24 ans, originaire du village d’Aït Azouane, tué d’une balle dans la tête le 28 avril 2001 à Bouzeguène (Tizi-Ouzou).

22. Bayou Idir, 19 ans, lycéen de terminale, demeurant à Tadmaït (Tizi-Ouzou), grièvement blessé par balles à la tête le 28 mai 2001, succombe à ses blessures le 9 juin à l’hôpital de Tizi-Ouzou, après 12 jours de coma.

23. Becha Massinissa, 25 ans, originaire de Béni Douala (Tizi-Ouzou). Tué par balles le 15 juin 2001.

24. Bélaïd Ouramdane, 15 ans, tué à Addekar (Bgayet) le 28 avril 2001

25. Belhouane Azzeddine, 25 ans, tué par une balle explosive le 26 avril 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou). 

26. Belkacem Mouloud, 31 ans, tué le 28 avril 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou) par un gendarme alors qu’il tentait de porter secours à un blessé.

27. Belkacemi Djamel, 31 ans, tué le 28 avril 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

28. Bellahcène Rachid, 14 ans, collégien, grièvement blessé par un tir de grenade lacrymogène le 24 mars, succombe à ses blessures lors de son transfert à l’hôpital

29. Benaïssa Hamza, 18 ans, tué par balles au niveau du thorax le mercredi 23 mai 2001 à Feraoun (Tizi-Ouzou).

30. Benattou Idriss, 30 ans, marié, grièvement blessé par une grenade lacrymogène, avant d’être violemment heurté par un camion de police le 24 mars à Seddouk (Bgayet), succombe à ses blessures de 30 mars à l’hôpital de Tizi-Ouzou. 

31. Benhamidi El Hadj, 31 ans, tué par balles le samedi 26 mai 2001 à Chorfa (Bouira).

32. Bensalem Mourad, 31 ans tué le 28 avril 2001 d’une balle dans la tête à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

33. Bettar Lyés, 17 ans, originaire de Tiliouacadi, près de Sidi Aïch (Bgayet), grièvement blessé le jeudi

21 mars 2002 à la tête d’une balle de Seminov, lors des émeutes de Chemini (Bgayet), succombe à ses blessures à l’hôpital de Tizi-Ouzou où il a été transféré. 

34. Bouarab Samir, tué le 28 avril 2001 aux Ouadhias (Tizi-Ouzou).

35. Boughrara Arezki, 28 ans, tué d’une balle dans le thorax le lundi 28 mai 2001 à Draâ Ben Khedda (Tizi-Ouzou).

36. Bouguerra Rachid, 25 ans, originaire de Maâtkas (Tizi Ouzou), bénévole au Croissant Rouge Algérien, blessé par balle le 27 avril 2001 par des policiers de la BMPJ à Boghni, selon le témoignage de son frère, a succombé à ses blessures à l’hôpital de Tizi-Ouzou.

37. Boukhedad Kamel, 15 ans, tué de trois balles dans le dos, tirées par le chef de brigade de gendarmerie de Seddouk (Bgayet) le 25 avril 2001. 

38. Bouremoua Zahir dit Djamel, 21 ans est mortellement blessé par balle par un policier à Toudja (Bgayet) le 9 juin2001.

39. Brahmi Saddek, 35 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à Ouzellaguen (Bgayet).

40. Chaïbet Hocine, 16 ans, tué le 26 avril 2001 à Aït Yahia Moussa (Draa El Mizan) par un gendarme. Selon le témoignage de sa famille, le père de la victime avait été également tué par le même gendarme en 1996.

41. Chekal Rachid, 24 ans, originaire de Tigrine (Bgayet), tué par balles lors des affrontements du lundi 18 juin 2001, près de l’hôpital d’Akbou.

42. Cherat Ali, dit Noureddine, 36 ans, originaire de Ait-Yenni et demeurant à Aïn Benian (Alger), disparu lors de la marche du 14 juin 2001 à Alger, découvert mort à la morgue de l’hôpital de Aïn Naâdja d’Alger.

43. Chilla (ou Chima) Farid, 28 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à Ouzellaguen (Bgayet).

44. Chilla (ou Chima) Nacer, 16 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à Ouzellaguen (W. Bgayet).

45. Chirani Ali, gardien à la direction de l’action sociale (DAS) de Khenchela, mort suite à un traumatisme crânien le 19 juin 2001

46. Daïd Mebarek, 42 ans, marié et père de 03 enfants, tué d’une balle dans le cou le 28 avril 2001 à Irdjen (Tizi-Ouzou).

47. Didouche Ferhat, 14 ans, demeurant à Draa El Mizan (Tizi Ouzou) tué le jeudi 21 juin 2001 par balles. 

48. Djebbar Mourad, tué le 27 avril 2001 à Azazga (Tizi Ouzou).

49. Feddi Lamara, 25 ans, tué aux Ouadhias (Tizi-Ouzou) le 28 avril 2001. 

50. Ghorab Djamel (ou Djallal), 13 ans, demeurant à Aïn M’lila (Oum El Bouaghi), tué par balles le 19 juin 2001 par un responsable d’une entreprise privée de sécurité.

51. Guendoud Amar, 23 ans, tué le 27 avril 2001 à Maâtkas (Tizi-Ouzou).

52. Guermah Massinissa, 19 ans, lycéen à Béni Douala, grièvement blessé à la brigade de gendarmerie du village le 18 avril 2001. Succombe à ses blessures le lendemain à l’hôpital Mustapha d’Alger.

53. Haddad Nadir, 26 ans, tué par balles le 25 avril 2001 à Ouzellaguen (Bgayet) 

54. Hamache Arezki, 32 ans, tué le 28 avril 2001 à 15h 30 par des gendarmes à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

55. Hameg Nacer, demeurant à Draâ Ben Khedda (Tizi-Ouzou), mort par asphyxie suite aux jets de grenades lacrymogènes le lundi 28 mai 2001.

56. Hamened Youcef, 18 ans, lycéen en classe de terminale, originaire de Timizart, tué le samedi 28 avril 2001 à Mekla (Tizi-Ouzou) par des gendarmes.

57. Hamidechi Mohamed, grièvement blessé par balles à la tête le lundi 28 mai 2001 à Tadmaït (Tizi-Ouzou), succombe à ses blessures. 

58. Hamouda Mohamed, 26 ans, tué par balles le 29 mai 2001 à Tadmaït. (Tizi-Ouzou)

59. Hamoudi Yahia, 60 ans, tué d’une rafale de kalachnikov à Béni Mohli (Sétif) le 27 avril 2001. 

60. Hamza Rachid, tué le 23 mai 2001 à Feraoun (Bgayet). 

61. Hanniche Hamid, 19 ans, lycéen originaire de Frikat, près de Draâ El Mizan (Tizi-Ouzou), grièvement blessé d’une balle dans la tête par un militaire, en faction devant l’Amirauté d’Alger, à la fin de la manifestation pacifique du 31 mai 2001, (alors que la victime se trouvait dans un camion s’apprêtant à rejoindre son village), succombe à sa blessure le 5 mai à l’hôpital Mustapha. 

62. Harem Slimane, 34 ans, originaire du village d’Aït Mesbah, grièvement blessé au siège de la garde communale le 24 mai 2001, succombe à ses blessures le 6 juin 2001. 

63. Harfi Mokrane, 25 ans, originaire du village Takhourt Neldjir, tué par des gendarmes à Boudjima (Tizi-Ouzou) le samedi 28 avril 2001.



64. Hassan Noureddine, 17 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à Ighzer Amokrane (Bgayet). 

65. Haya Noureddine, 27 ans, demeurant à Helouane, près d’Ighzer Amokrane (Bgayet), grièvement blessé par balles le 19 juin 2001, succombe à ses blessures de 20 juin à l’hôpital d’Akbou.

66. Heddad Hamza, tué le 27 avril 2001 aux Ouadhias (Tizi-Ouzou). 

67. Hettak Youcef, 22 ans, originaire de Bouzeguène (Tizi-Ouzou), disparu lors de la marche du 23 avril. Son cadavre est retrouvé à la morgue de l’hôpital d’El Harrach.

68. Ifis Ramdane, originaire d’Ighram (Bgayet) tué le 6 juin 2001.

69. Irchane Kamel, 27 ans, originaire d’Aït Aïssi (Yakouren), tué le 27 avril à Azazga (Tizi-Ouzou) par balles au niveau du thorax par des gendarmes postés sur des terrasses, alors qu’il portait secours à un blessé.

70. Kennache Aziz, 27 ans, tué le 28 avril 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

71. Khelfouni Kamal, 28 ans, demeurant à Draa El Mizan (Tizi-Ouzou), tué par balles le jeudi 21 juin par des gendarmes.

72. Khorsi Hamza, tué aux Ouadhias (Tizi-Ouzou) le 28 avril 2001.

73. Laadlani Saïd, 50 ans, agent du PMU, mort le 22 mai 2001 à Maâtkas (Tizi-Ouzou), suite à une asphyxie par gaz lacrymogènes. 

74. Lamini Samir, 19 ans, meurt écrasé par un camion de la gendarmerie le 19 juin 2001 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou) lors des affrontements qui ont eu lieu dans la ville.

75. Madjane Mehdi, 35 ans, originaire de Béni Djelil, tué le 28 avril 2001 Seddouk (Béjaïa).

76. Makhmoukhen Kamal, 18 ans, tué de deux balles dans le dos tirées par des gendarmes le mercredi 25 avril 2001 à Ighzer Amokrane (Béjaïa.

77. Malek Kamel, 24 ans, journalier, originaire de Timézouine Chorfa, tué d’une balle dans le thorax, le 27 avril 2001 à Azazga (Tizi-Ouzou). 

78. Medjane Farid, 11 ans, tué le 26 avril 2001 à Seddouk (Bgayet).

79. Mehadi Mustapha, 30 ans, cuisinier de profession, tué d’une balle dans le thorax, le 27 avril à Azazga (Tizi-Ouzou).

80. Menad Benabderrahmane, 32 ans, marié et père d’un enfant, grièvement blessé d’une balle dans la tête le vendredi 25 mai 2001 à Tazmalt (Bgayet), succombera à ses blessures le dimanche 27 mai à l’hôpital d’Akbou.

81. Merzouki Arezki, 75 ans, père de 4 enfants, demeurant à Tala N’Chebiha, près de Tigzirt (Tizi-Ouzou), grièvement blessé lors de la marche du 14 juin 2001, succombe à ses blessures le 25 juin à l’hôpital de Tizi-Ouzou.

82. Mesbah Abdelkrim, dit Krimo, 20 ans, originaire de Guendouz, près d’Ighil Ali (Bgayet), tué par balles le lundi 18 juin 2001 près de l’hôpital d’Akbou par le policier Ali Belhbib, selon le témoignage de sa famille et de ses amis.

83. Messalti Hafid, 13 ans, tué par balles par un gendarme devant la porte du domicile familial à Takrietz (Bgayet) le vendredi 25 mai 2001.

84. Meziani M’Henni, 19 ans, lycéen, originaire d’Iloula, tué le 28 avril 2001 à Boubhir, près de Bouzeguène (Tizi-Ouzou).

85. Mimoun Charf Eddine Mourad, 15 ans, originaire de Boukhlifa, tué le jeudi 26 avril 2001 à Tichy (Bgayet).

86. Mokdaden Djamel, 16 ans, tué le 25 avril 2001 à Seddouk (Bgayet).

87. Mokhtari Amar, tué le 27 avril aux Ouadhias (Tizi-Ouzou).

88. Mokrab Oulbane, dit Azeddine, 23 ans, tué le 28 avril 2001 par balle par des gendarmes à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou).

89. Morsli Baghdad, demeurant à Labiod Sidi Cheikh (El Bayadh), tué d’une balle dans la nuque le 4 octobre 2001 par un policier selon le témoignage de ses proches lors des émeutes qui avaient éclaté dans cette localité. 

90. Mouter Sofiane, 21 ans, tué d’une balle au thorax, le 27 avril 2001 à Azazga (Tizi-Ouzou).

91. Naâmane Tewfik, 25 ans, originaire d’Aït Toudert (Tizi-Ouzou), mortellement blessé par un véhicule banalisé au Hamiz (Boumerdés), alors qu’il se dirigeait à la marche du 14 juin à Alger.

92. Naït Amara Omar, 29 ans, tué par balles par des gendarmes le 28 avril 2001 à Aïn El Hammam (Tizi-Ouzou), alors qu’il participait à l’évacuation de Mme Aït Aba Nadia, mortellement blessée.

93. Naït Lamara Mohand El Hocine, 19 ans, lycéen, originaire du village d’Abouhassant, près d’Aïn El Hammam (Tizi-Ouzou) est tué le 28 mars 2001 par balle près de la brigade de gendarmerie d’Abi Youcef (Aïn El Hammam).

94. Nedjma Fadhila, 26 ans, journaliste au quotidien Echourouk, écrasée par un fourgon de la gendarmerie le 14 juin 2001. Elle succombera à ses blessures à l’hôpital Mustapha. 

95. Nekali Abderrahmane, 27 ans, demeurant à Akbou (Bgayet), tué par balles le lundi 18 juin 2001 à hauteur de l’hôtel Le Palace. 

96. Ouahab Rachid, 17 ans, lycéen, tué le 27 avril 2001 à Maâtkas (Tizi-Ouzou) par des gendarmes d’une balle dans la tête. 

97. Raab Slimane, 23 ans, originaire de Bouzeguène (Tizi-Ouzou), grièvement blessé au cou par des tirs de gendarmes le 28 avril 2001, décédé le 12 mai à l’hôpital de Tizi-Ouzou suite à ses blessures. 

98. Rahim Karim, 20 ans, employé à l’hôtel Thiniri de Boghni (Tizi-Ouzou),tué par balles le 28 avril 2001 lors du saccage de l’établissement. 

99. Rihane Mohamed, 18 ans, originaire d’Almabouamane, près de Timizart (Tizi-Ouzou), grièvement blessé à la tête lors d’un tabassage par les services de sécurité le 26 mars 2002 à Fréha (Tizi-Ouzou), succombe le lendemain à ses blessures (hémorragie cérébrale).



100. Saddek Brahim, 38 ans, tué par balles le 26 avril 2001 à Ouzellaguen (Bgayet) par des gendarmes.

101. Sadet Youcef, 20 ans, originaire de Tamassert (commune d’Aghribs), grièvement blessé d’une balle dans la tête à Azazga (Tizi-Ouzou) le 27 avril 2001. Mort à l’hôpital Mustapha trois jours plus tard.

102. Saïdani Djamel, 39 ans, originaire de Bgayet, grièvement blessé lors de la marche du 14 juin, succombe à ses blessures le 18 juin.

103. Saïdi Akli, 35 ans, originaire d’Aokas, routier de profession, tué d’une balle dans la tête à Ouzellaguen (Bgayet) le 25 avril 2001. 

104. Sebas Lahcène, 15 ans, lycéen, demeurant à Tizi N’Braham, commune de Bouandas (Sétif) tué par balles le 30 mai 2001, lors des manifestations de rejet des "élections " législatives.

105. Sennour Boudjemaâ, 14 ans, collégien, originaire d’Aït Abdelkrim (Ouadhias), tué le 28 avril 2001 aux Ouadhias (Tizi-Ouzou).

106. Serraye Hafnaoui, 30 ans, demeurant à Bgayet, circulant en moto avec son compagnon, fut violemment percuté par une voiture banalisée de la police lors de la reprise des manifestations, le vendredi 15 juin 2001. Ses amis accusent le policier surnommé Ali Bab El Oued d’être l’auteur de ce meurtre. Selon le témoignage de son frère, la moto aurait été ensuite incendiée par des policiers.

107. Sidhoum Karim, 17 ans, originaire de Chellata, grièvement blessé par balles le 18 juin 2001 à Akbou (Bgayet), succombe à ses blessures à l’hôpital de Sétif.

108. Slimani Nafaâ, 23 ans, originaire du village Ikoussa, est tué par balles au thorax par des gendarmes le 23 mai 2001 à Bouzeguène (Tizi-Ouzou).

109. Tounsi Djamel, 25 ans, originaire de Mizrana, est tué par arme blanche le 1er avril 2001 à Tigzirt (Tizi Ouzou) suite aux affrontements avec les gendarmes.

110. Yagouni Noureddine, 34 ans, père de 2 enfants, tué le 28 avril 2001 de plusieurs balles par des gendarmes à Chemini, près de Sidi Aïch (Bgayet).

111. Yahiaoui Habib, 34 ans, demeurant à Dahra (Chlef), tué le samedi 28 juillet 2001 par balles par le maire du village, suite à un mouvement pacifique de protestation devant le siège de la mairie.

112. Yahia Chérif Karim, 31 ans, tué par balles le jeudi 26 avril 2001 à El Kseur (Bgayet).

113. Yakoub Lyès, 13 ans, demeurant à Guenzet (Sétif), grièvement blessé par balles lors des émeutes du mercredi 20 juin 2001, succombe à ses blessures le jour même lors de son transfert à l’hôpital de Bordj Bou Arréridj.

114. Yousfi Azzeddine, 36 ans, marié et père de 2 enfants, demeurant à Tassaft, près de Ait-Yenni (Tizi-Ouzou), tué par un tir de grenade lacrymogène près de la brigade de gendarmerie de Tassaft le 29 mars 2001.

115. Zekkar Fatiha, épouse Remadni mère de famille, demeurant à Khenchela, tuée d’une balle dans le thorax le 11 juin 2001, alors qu’elle se trouvait sur son balcon, observant les manifestations.

116. Zerrouk Adel, 25 ans, journaliste au quotidien El Bilad, meurt écrasé par un fourgon de la gendarmerie lors de la marche du 14 juin 2001.

Les massacres se sont provisoirement arrêtés, mais ils reprennent, le temps, pour Bouteflika de reprendre souffle. Pour faire diversion, il imagine un stratagème : sachant par expérience que le meilleur moyen d’enterrer une enquête c’est de lui créer une commission enquête. Il décide donc, sur les conseils mal avisés de son frère Saïd Bouteflika, notoirement connu pour son incompétence mais nommé par népotisme Conseiller à la Présidence, d’en nommer une « chargée de faire toute la lumière sur les évènements ayants secoué la Kabylie ».

Pour donner une crédibilité à son initiative, il fera appel à un avocat de notoriété internationale réputé pour son intégrité et qui, de surcroit, est Kabyle : Me Mohand Issad. Celui-ci ci prendra, comme tout ce qu’il entreprend, sa mission très au sérieux. Il constituera son équipe composée essentiellement d’avocats, d’enseignants en droit, de magistrats et de membres de la sociéte civile, tous connu pour leur probité :

Issaâd Mohand (professeur de droit, avocat, président de l'ex-CNRJ), Ablaoui Mohamed Arezki (avocat, bâtonnier d'Alger, membre de l'ex-CNRJ), Allouache Driss (avocat, juriste-enseignant, membre de l'ex-CNRJ), Ammed Mostapha (ancien parlementaire), Bahloul Mohamed (économiste), Bakelli Abdelouahab (ancien ministre, ancien parlementaire), Belabid Ali(architecte), Benabid Abdelouahab (avocat, bâtonnier de Sétif, membre del'ex-CNRJ), Benchaâbane Redouane (avocat, bâtonnier de Blida, membre de l'ex-CNRJ), Benhizia Mounir (juriste-enseignant, membre de l'ex-CNRJ), Benmesbah Djaffar (journaliste), Bennadji Cherif (professeur en droit), Boudiaf Ahmed Réda (avocat, bâtonnier national, membre de l'ex-CNRJ), Chenaïf Fatima Zohra (magistrat, membre de l'ex-CNRJ), Cherif Amor (avocat, ancien bâtonnier adjoint), Djeghloul Abdelkader (sociologue), Djilali Ghalib (professeur de médecine), Foudil-Bendjazia Chafika (avocat, membre de l'ex-CNRJ), Ghouadni Mahi (avocat, bâtonnier d'Oran, membre de l'ex-CNRJ), Ghouma Brahim (ancien parlementaire), Lakhdari Saïd (juriste), Louaïl Mohamed Lamine (magistrat, membre de l'ex-CNRJ), Meziane Ali (avocat), Remaoun Hassen (sociologue), Yanat Abdelmadjid (juriste-enseignant), Zekri Abdelaziz (industriel, ancien membre du CNT).
A la fin de l’enquête, le président de la Commission, Me Mohand Issad, avocat et président de la Commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie, a accordé à Lamia Tagzout du quotidien El Watan le 16 avril 2010 une interview portant ce titre : « L’idéal serait de remonter jusqu’à celui qui a donné l’ordre de tirer ».



« Y a-t-il eu des suites à votre rapport d’enquête sur les événements du printemps noir ?

Le rapport que j’ai rédigé a permis aux autorités algériennes d’ouvrir des pistes pour leurs enquêtes et les suites à donner à ces affaires. Mais dans notre pays, il se trouve qu’il y a un déficit de transparence, donc je ne m’attendais pas à ce que ce travail de longue haleine ait de l’écho. Le rapport comporte deux aspects : civil – sur l’indemnisation des victimes – et pénal, qui concerne la poursuite pénale des auteurs et des commanditaires de ces crimes. A ma connaissance, les poursuites n’ont pas eu lieu, excepté dans le cas du gendarme Mestari, auteur de l’assassinat de Massinissa Guermah.



Pourquoi, selon vous, n’ont-ils pas été jugés ?

Il y a un problème de volonté politique. Ce qui a retenu mon attention dans l’enquête, c’est que les responsables politiques n’ont évoqué que la légitime défense, mais ils n’ont pas expliqué ce qui a provoqué ces attroupements devant les casernes. Ils n’ont retenu qu’un aspect de l’affaire, c’est-à-dire les gens qui étaient devant les casernes, et menaçaient de les envahir. Ils n’ont pas envisagé la cause : l’affaire en amont, ce qui était provoqué par les gendarmes.
Pensez-vous que les auteurs de ces assassinats seront jugés un jour ?

En tant que juriste, je dirai que toute infraction à la loi, toute bavure de cette nature – et ce n’est pas une bavure, c’est beaucoup plus grave que cela – doivent être sanctionnées. On ne pardonne pas le crime. Dans la législation pénale algérienne, on n’a pas encore introduit le crime de génocide, le crime contre l’humanité. Tant que ce n’est pas fait, je ne vois pas comment on pourrait rouvrir le dossier.



Vous voulez dire qu’il n’y a aucun espoir de rendre justice aux victimes et à leurs familles ?

L’espoir ? L’espoir de quoi ? Il ne faut pas se faire d’illusion, l’affaire est assez sensible. C’est une affaire politique. Si on gratte dans le dossier du printemps noir, on peut aller très loin. Pour cette raison, les politiques pensent qu’il serait plus sage de tourner la page comme le cas des fusillades d’Oran et de Constantine en 1986. Ce sont des dossiers douloureux dans l’histoire de la nation. Les politiques ne sont pas près de les rouvrir.
Certaines victimes arrivent à identifier les gendarmes qui leur ont tiré dessus, ils peuvent quand même saisir la justice, avec des preuves tangibles…

Les gendarmes ont deux arguments pour se défendre. Le premier est qu’ils ont reçu des ordres, et leur deuxième argument est la légitime défense. L’idéal serait de remonter jusqu’à celui qui a donné l’ordre de tirer ou jusqu’à ceux qui n’ont pas donné l’ordre de ne plus tirer. En tant que juriste, je souhaite que l’enquête aille jusqu’au bout et qu’au bout, on trouve la solution. Mais politiquement, la sanction n’est pas possible, car cela amènerait à se pencher à nouveau sur les événements de 1988, les tueries de 1986 et à chaque fois que la troupe fut amenée à tirer sur la foule en colère.
Quel regard portez-vous sur le printemps noir neuf ans après ?

C’est un remake de 1963, 1980 et 2001. Tant qu’il y aura des problèmes politiques, économiques et culturels en Kabylie, il y aura des soubresauts périodiquement, comme il y en aura ailleurs, pour d’autres raisons, à savoir le logement, le chômage, etc. En Kabylie, à tous ces paramètres s’ajoute le problème culturel. Il faut dire que si on ne règle pas le problème culturel et politique en Kabylie, il y aura toujours des événements comme le printemps noir. Le problème en Kabylie n’est pas culturel, il est beaucoup plus profond que ça. Il est important aussi de savoir que les politiques jouent avec la Kabylie, et c’est leur rôle de manipuler. C’est à la Kabylie d’éviter le jeu de la manipulation. En tant que juriste et citoyen, je ne veux pas que les actes criminels demeurent impunis, et c’est valable pour 1988, et pour tous les abus de droits. Il ne faut pas enterrer les dossiers si on veut construire un Etat de droit ».
Nous avons posé la question au colonel X qui, sous réserve de l’anonymat, nous a affirmé : « L’ordre de tirer n’est pas venu des structures de la gendarmerie… Il est venu de plus haut, de très haut…Fais ton travail ».

Faut-il lier cette réponse à cette fuite sur la teneur de l’échange entre le général-major Mohamed Lamari et le président de la République, issue de l’Etat-major de l’Armée, fuite qui, nous en somme certains, était organisée :

« Merci de me recevoir, monsieur le Président.

- Wach kayen(*)?

- Je suis venu vous remettre ma démission et demander ma mise à la retraite anticipée.

- Walach (**)?

-Parce que j’assume, depuis quelques jours, une fonction sans pouvoirs. J’ai été parasité dans mes prérogatives. On se connaît depuis des années, monsieur le Président, et vous savez que jamais je n’aurais donné ordre de tirer sur une foule désarmé…Mais vous êtes mieux placé que quiconque pour savoir qui a donné cet ordre.
(*)Wach kayen : Que se passe-t-il, en arabe

(**)Walach : Pourquoi donc, en arabe

Se délester de la Kabylie

Malgré les massacres d’avril 2001, malgré l’oppression subie et, partant, la résistance depuis dont elle a fait preuve depuis l’indépendance, la Kabylie refuse la sécession. Car c’est cela qui est recherché : la récession de cette Kabylie rebelle, frondeuse et à l’avant-garde des luttes démocratiques. L’option « Guerre civile » est, semble-il, celle qui a été choisie. On sort alors le plan B, l’arsenal politique dont la manipulation et l’instrumentalisation, dirigées par le DRS(*), ne sont pas le dernier outil.

Le Bouteflika va faire avoir recours au savoir-faire d’Israël, à travers la colonne vertébrale de cet Etat : le Mossad (**). Il faut dire que sa collaboration avec l’Etat d’Israël remonte au milieu des années 1995 : il avait envoyé des officiers supérieurs de la police algérienne effectuer une formation chez le Shin Beit (***).
En coordination avec le Mossad, le DRS organisera la grande manip. Il s’agira de fabriquer un « gouvernement Kabyle » qui dirigerait la sédition de la Kabylie. Pour cela, l’instrument est tout prêt : le « Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie » (MAK).

Ce « mouvement », fondé en 2001 par l’ex-chanteur Ferhat Mehenni qui en sera le
(*) Département Recherche et Sécurité, service secret algérien.

(**) Mossad signifie en hébreu « Institut ». Il désigne le service secret israélien chargé de l’espionnage et du service Action externe.

(***) Shin Beit : Service de sécurité intérieure israélien.

président jusqu’au jour d’aujourd’hui, revendiquait, à l’origine, l’autonomie régionale de la Kabylie, vues les spécificités linguistiques, de cette région, de même qu’il recommandera le même statut pour les autres régions d’Algérie dans le cadre d’une république fédérative. Cela est en soi louable, nous semble-t-il, la nation algérienne étant, à l’instar d’autres nations, multiculturelle.

Ferhat Mehenni a eu un parcours militant exemplaire.

Né le 5 mars 1951 au village d’Illoula, en Kabylie, Ferhat Mehenni fait des études en Sciences politiques à l’université d’Alger. Plongé dans le bain contestataire estudiantin, il sera très tôt sensible à la question berbère. Il s’engage alors dans la chanson politique hostile au pouvoir.

Il contribue, en
1989, à la création du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), parti à l’idéologie social-démocrate dont il se sépare à l’occasion de désaccord portant sur des questions de leadership avec les membres de la direction.

Il sera arrêté à de nombreuses reprises jusqu’en 1985, il sera condamné à trois ans de prison ferme. Il en fera deux, bénéficiant d’une grâce présidentielle.

Présent à bord du vol AF 8969 d’Air France détourné en décembre 1994 par les Groupes Islamistes Armés (GIA), il en réchappe, à l’instar des autres passagers, grâce à l’intervention du GIGN.

Or, ne voila-il pas que le 21 avril 2010 il proclame, à partir de Paris, un « Gouvernement provisoire de Kabyle ».
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